COMPLEXITÉS POLITIQUES
Le cadre de cet écrit s’accommoderait
mal d’une étude des idées politiques de
Renan. Une telle étude, pour donner des résultats tout à fait vrais, doit se relier à une histoire suivie de sa pensée et de
sa carrière, parce que les observations et les conseils qu’il a émis, dans l’ordre poli- tique, se relient eux-mêmes aux événe- . ments publics dont il a été le témoin. De
plus, si remarquable et profond esprit qu’il se soit montré sur les problèmes de
cette catégorie, il n’y a pas pris et ne
pouvait y prendre une position aussi
originale que sur les problèmes de cri-
Se
: tique religieuse. Ses écrits politiques dis-
paraîtraient que la littérature en éprouverait la plus déplorable perte. Mais la chaîne des conceptions et systèmes politiques du xix° siècle n’en serait pas privée d’un anneau indispensable, comme si l’on supprimait Joseph de Maistre, Bonald ou l'ocqueville.
Pourtant, comme on discute beaucoup sur la pensée politique de Renan et que les partis, ainsi qu’il est d’usage, veulent se l’arracher, mes lecteurs seront peutêtre satisfaits de trouver ici quelque éclaircissement sur ce point en litige. Ce que j'en dirai n’a que la portée d’une simple note.
Je négligerai la passagère effervescence de démocratisme dont il fut saisi sous l'influence immédiate de la Révolution de Février. Le spectacle des journées de Juin le guérit promptement de cette fièvre.
À partir de là, il conçut à l'égard de la | démocratie une méfiance profonde dont | il ne s’est jamais départi, au moins dans le domaine théorique. Ce sentiment se |