MERE À
————— ———————— arguments rationnels et de s’attribuer des significations métaphysiques rationnellement définies. Le jet brûlant des créations
surnaturelles se glace et meurt dans Pap-
pareil d’explication dogmatique où le versent les théologiens de l’école.- Les théologiens prennent des textes bibliques où s’expriment, dans un mouvement lyrique frémissant, de sublimes visions s et
ils les écrasent sous le rouleau d’un com-
mentaire logique et scolaire qui les laisse tout aplatis. Mais, si l'intelligence supporte difficilement cela, quelles répugnances ne doivent pas lui inspirer ces médiocres
esprits qui ne sentent pas le prix du| merveilleux religieux, comme création | et expression vivante de l’âme humaine, |
historiquement liée aux éléments supé-
rieurs de sa vie et à ses plus hauts essors ! |
Plus que la grande ville moderne, le Celte qu'était Renan aimait le bocage breton et, dans une claïière du bocage,
la vieille fontaine des fées. Il ne voulait |
pas qu’on la lui gâtât ; ni les théologiens,
Re: |
en élevant autour d'elle, sous prétexte de la protéger, une maçonnerie dure et
pesante qui la séparait du paysage et mettait en fuite les esprits ; ni les rationalistes
de café, en en faisant un lavoir.
Ce sont là pensées du xix® siècle.
Contrairement à la critique du xvine, qui a considéré, avant tout, la religion comme système intellectuel, afin de l’hu-
milier par comparaison avec le système
intellectuel de la science expérimentale
. et de la philosophie rationnelle, la critique
du xix° en a embrassé le contenu dans sa
totalité, dont les données intellectuelles
| ou dogmatiques ne sont qu’une partie, et non la plus essentielle; car elles ex-
priment ce qu’on croit qui est, alors que :
la religion, dans son essence, exprime ce qu’on croit et sent qui doit être et qui
| mérite d’être réalisé. La critique du
xIx® siècle a reconnu dans la religion une
organisation individuelle et sociale de
toutes les forces de l’âme en vue d’un but
idéal que les progrès de la science ration-
pe!
nelle, moyen d’action aux mains de
l’homme, ne sauraient atteindre ; organi- |
sation procédant d’un principe mystique, qui excède la raison et qui se confond sans doute avec ce qu'il y a de finalité immanente dans la vie. Cette organisation s’est pro-
duite sous les formes les plus variées |
et les plus inégales en valeur. Mais
elle apparaît universellement dans l’his- |
toire.
comme Kant, les résultats négatifs de la
critique voltairienne, mais dont l'instinct
conservateur s’efforçait de définir et de constituer, à l’aide d’interprétations symboliques, un christianisme libéré des formules étroites, et par conséquent, des difficultés du dogme. L'école écossaise prenait, avec un conservatisme plus prononcé, une position semblable. Chez nous
ensuite et dans toute l’Europe, la Révolution et les guerres napoléoniennes eurent | l'effet ordinaire des grandes secousses, qui
Ces perspectives furent ouvertes par les | philosophes allemands qui acceptaient, |
RENAN ET NOUS 163 é
\ est de mettre à nu les fondements de la civilisation et, parmi eux, la religion. De là une réaction religieuse générale contre l'esprit du xvirie siècle, réaction qui n’a pas été, pour autant, un regain des croyances dogmatiques, et à laquelle ont coopéré les écoles les plus diverses. Ce qu'il y a de positif dans les idées de Renan sur la religion se rattache à ce mouvement. Et c’est ce qui rend surprenant le degré de haine manifesté contre lui dans certains milieux. Eût-on aimé mieux avoir toujours affaire à Voltaire et au voltairianisme ? Il faut remarquer, pour être équitable, que la bêtise de cette partie de la population qui croyait bien interpréter le succès de la Wie de ésus en disant aux croyants : « Vous voyez bien que vous n'êtes que des imbéciles ! » justifiait une certaine violence et un certain aveuglement dans les représailles.
Cependant, ces considérations sur le.
. rôle du surnaturel dans la religion auraient . beau contenter un philosophe, et même
ie confirmer en lui l'esprit religieux, en le libérant des gênes intellectuelles d’une théologie doctrinale. Elles laissent intacte une question émouvante, à laquelle Renan a beaucoup rêvé, avec le sens des réalités :
qui était le sien, mais aussi avec -un grand va et vient de pensées et desentiments.
Dans le peuple (entendons par là toutes les personnes qui n’ont point de part à la haute éducation intellectuelle) dans le peuple, quand il est religieux, la foi en la réalité du surnaturel, la foi à la Vierge, aux Saints et aux miracles qu’ils peuvent faire, se mêle intimement aux bons sentiments de la religion. Elle n’en est pas précisément la cause. Ce n’est point | parce qu’elle croit à la Vierge, qu’une | mère est vertueuse. Il faudrait plutôt dire que c’est parce qu’elle est vertueuse, qu'ayant été élevée dans cette croyance, | elle la conserve et y demeure tendrement attachée. Mais cette croyance douce et | belle ajoute un charme, une poésie et un |
sourire à sa vertu. Ces mystiques figures, qui apparaissent aux âmes simples, encadrées entre les étoiles, sont pour elles la vraie lumière de l’univers. À l’encontre des rudes et pénibles expériences de la vie réelle, elles leur en garantissent la bonté. Cette invisible présence les entretient dans la meilleure et la plus précieuse des dispositions : la confiance. L’espoir qu’elles y puisent favorise ce sentiment habituel de simplicité et d'ouverture, qui est le propre contraire de la vanité et de l’orgueil, comme de la petitesse morale, et qui se reflète dans la candeur des regards, dans l'honnêteté des visages.
L'Eglise, héritière de ce qu’il y eut de plus exquis dans le florilège poétique de nos races d'Occident, a tellement enrichi cet héritage, elle a inscrit tant de délicatesses, de finesses, de charmantes subtilités dans ces idées merveilleuses, accessibles d’autre part aux intelligences les moins préparées, que la participation à ses croyances, je dis surtout aux plus
Te RENAN ET NOUS
imagées et aux moins métaphysiques, confère au peuple catholique un caractère de distinction et d’aristocratie dont on se rend compte, quand on le compare à des peuples élevés dans une religion plus sommaire et moins illuminée, | sé Que de telles croyances viennent à être brutalement chassées d’un milieu où, depuis des siècles, elles fleurissaient et consolaient ! Combien de déperditions morales ! Quels risques d’abaissement, de chute dans la vulgarité ! Quelle décoloration de la vie ! Quels dangers pour la santé des âmes |. Ne sont-elles pas bien exposées, sinon à se corrompre (et encore |) du moins à se dessécher, à perdre leur douceur, à ne plus voir le monde et la vie que d’une manière plate. La vertu personnelle pourra subsister, à cause de l'habitude héréditaire, ou par l’acceptation de principes nouveaux qui la recommandent plus froidement. Il est à craindre qu'une vertu ainsi fondée ne se ramène
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surtout à des préceptes négatifs, à ceux qui
définissent le mal, sans faire aimer le bien, qu’elle ne soit aride, qu’elle ne manque de douceur sympathique et communicative. L’atmosphère qui enveloppait les vieilles vertus se sera appauvrie. Leurs sèves nourricières se seront desséchées.
La transmission en deviendra plus dure et plus difficile. Elles ne couleront plus dans le lait maternel. Il est à craindre, disje, qu’elles ne gauchissent, ne se raidissent et ne perdent, dans cette tension forcée, beaucoup de leur ancienne harmonie avec la vie. Ce sont là des remarques qu’il est impossible de ne pas faire dans un pays comme le nôtre, où l'expérience du protestantisme n’a pas réussi, parce que son âme fine ne s’accommodait pas du vêtement plus rude et plus. épais dé cette religion. Je le dis avec le respect que j'éprouve pour la confession protestante, mère elle-même, mais mère un peusèche, à notre sens, à nous, nés dans le catholicisme, de tant de vertus.
Renan a exprimé ces choses avec une| finesse admirable. Ceux qui lui reprochent | d’avoir, par ailleurs, mortellement blessé la religion chrétienne, ne pouvaient en être désarmés. Il indisposait, d’autre part, les honnêtes universitaires si ennuyeux | qui se flattent de fonder la moralité populaire sur le rationalisme cartésien. Il aurait accepté que le peuple conservât ses croyances surnaturelles, s’il lui demeurait | permis, à lui et à ses pairs, de penser et| d'écrire librement. Il n’aurait pas demandé | à être lu au village, où, au fait, il n’est aucunement exposé à être lu. Je le vois| portant, de tout cœur, à une vieille femme| bretonne le rameau de buis bénit que sal mére attachait au-dessus de son lit d’en-| fant. — Hé quoi ! me dit quelqu’un, le!
sourcil froncé, il acceptait donc qu'll faut « une religion pour le peuple ». —|!
Cette maxime ne l’eût pas choqué, je crois.
Mais prenez garde qu’elle a deux sens!
opposés. Elle est inavouable de la part des!
personnes riches qui trouvent dans les) |
sentiments religieux de leurs domestiques un préservatif contre la convoitise que pourrait leur inspirer l’argenterie, s’ils professaient l’impiété. Elle est la plus humaine du monde, si elle signifie que des croyances, naïves au regard de la philosophie, mais d’un sens touchant pour le cœur, sont la forme sous laquelle le peuple accède au niveau moral des esprits les plus élevés.
Malheureusement, dans cette seconde acception, elle est chimérique. Ce que les gros ne croient plus, il n’y a pas moyen que les petits continuent longtemps de le croire. L’ambiance du moyen âge poussait puissamment les esprits aux croyances merveilleuses. L’ambiance de l’époque moderne ne les en détourne pas moins puissamment. Je parle des esprits qui ne pensent point par eux-mêmes.
Pour ceux-là, la négation du surnaturel, portée par de si forts courants convergents, a d’autant moins de peine à les séduire, que le non, en toutes matières,
est plus facile à dire et se dit à moins de!
frais que le oui. Dans les intelligences qui rejettent le surnaturel, comme vérité ob- Jective, sans perdre de vue les trésors de moralité et de sentiment dont il est devenu comme le dépôt dans le cours des âges, ce rejet se compense par un gain de pensée, Par une ouverture acquise sur les activités créatrices de l’âme humaine. Ce n’est pas de cet enrichissement que la négation contentieuse et hostile, qui est la négation ignorante et vulgaire, se préoccupe.
Les difficultés intellectuelles du surnaturel ne sont pas vraiment ce qui la provoque. Elle se réjouit de frapper en le frappant la beauté des sentiments qui s'y rattachent, de ramener à la médiocrité ou d’exciter à une fièvre orgueil- | leuse les âmes simples que son influence | élevait et adoucissait. Renan, pendant ses Vacances en Bretagne dans l’été de 1845, | alors que sa rupture ‘avec l'Eglise était décidée, parce qu’il ne pouvait plus ac- Cepter le miracle, écrivait à son ami l'abbé
Jognat, que ce qu’il rencontrait d’ « antihristianisme » autour de lui avait « la ouleur la plus basse et la plus dégoûante ». Or l’antichristianisme au village, ’est le ridicule jeté sur le miracle et la lérision grossière de ceux qui y croient, Jue d’ironique amertume dans le mot ameux, si peu compris, sur « Gavroche t M. Homais arrivant d'emblée avec si jeu de peine au dernier mot de la philoophie ! »
Renan n’a pourtant pas, dans cette uestion, été inconséquent avec lui- 1ême. Convaincu que la cause du suraturel était condamnée et qu’elle ne rait qu’aller de recul en recul dans l’esrit des masses populaires, il a francheent déclaré à plusieurs reprises qu’on e pouvait pas tricher avec le problème t qu’on devait entrer dans la voie une éducation rationaliste du peuple.
lélas ! quels fruits augurait-il qu’on y üt recueillir ! « Il faut en venir là, écrit-il ans un endroit de l’ Avenir de la Science,
| Mais que les laids s’en chargent ! » | exprime l'espoir que, dans quelques sié cles, l’âme paysanne, temporairement des séchée et rendue brutale par la privatic} de ses antiques sèves, en aura récupéi de nouvelles, que le terrain, dévasté dd nobles et douces végétations que d’ail leurs l’atmosphère moderne y condani nait à dépérir, aura produit de nouvelld
fleurs. Dans d’autres passages, il se monta
plus optimiste. Il espère que le ratid
nalisme de l’école produira prochaind |
ment de beaux résultats moraux, q le peuple gardera sa vieille vertu & acquérant les lumières philosophique Dans cette prédiction, il est sincèr comme :il l’est toujours. Néanmoins, si !!
cœur y est, l’imagination n’y est pal Une idée n’est vraiment une convictio que si elle n’est pas dans notre esprit u simple vérité abstraite et de raisonnemen que si nous l’imaginons réalisée, en cha et en os. Je crois que, sans injustice pou personne, Renan n’a eu une vive imaginé
ion de la bonté populaire, que liée aux royances et aux rêves des bonnes gens jui avaient entouré son enfance. Peuttre, à la rigueur, le vieux Celte qui était n lui eût-il fait bon marché des saints et les saintes du commun calendrier chréien. Mais, pour les saints bretons et les ées des fontaines, il n’en eût pas dénordu !
Nous n’avons pas encore présenté toutes es faces de la question du surnaturel, l'après Renan, ou plutôt d’après la docrine, très répandue dans le xixe siècle, lont Renan a été chez nous l'interprète riginal.
Le miracle une fois rejeté, la réalité du urnaturel l’est-elle pour autant ? Le miacle est-il la seule forme concevable du urnaturel ? La notion de miracle et la lotion de surnaturel se recouvrent-elles xactement ? On n’a pas assez remarqué a restriction dont Renan affecte l’idée le surnaturel. Il parle du « surnaturel
particulier ». Le surnaturel qu’il nie es!
le surnaturel particulier. Il existerait donc selon sa pensée, un surnaturel général Cela semble contradictoire. Ce qu’on peu appeler général, c’est ce qui appartien au couts ordinaire des choses, ce qui rentré dans le cycle normal de la nature. À!
Entre tous les ouvrages de Renan, 14 Vie de Jésus est celui où les considérationd propres à résoudre cette contradiction!
apparente, tiennent la plus grande place,
La Vie de Fésus est un livre sur lequel on à prodigieusement écrit et qui néan:
moins est très mal connu. Je n’ai Jamais lu une bonne étude littéraire à son sujet] une étude où la substance en fût sincère:!
ment et fidèlement analysée, où la doc-!
trine et les sentiments en fussent pré-+ sentés avec exactitude, où les sources!
inspiratrices en fussent recherchées avec!
la moindre attention : attention qui aurait
eu sa récompense pourtant, ces sources!
étant nombreuses et infiniment intéressantes. Il est vrai que l'insuffisance, ler
reur ou la tromperie volontaire dans la notion que l’on donnait au public de cet ouvrage en rendait plus facile le blâme ou la louange ; car c’est une observation dont la critique doit tenir grand compte (et elle n’y manque pas généralement) pu trop exacte connaissance de l’objet dont elle parle gêne beaucoup sa verve pour en parler, surtout si cette verve est inspirée par le parti-pris. Ce serait une entreprise beaucoup trop longue, et d’ailleurs étrangère au cadre du présent écrit, que de rectifier par une recension véridique, les idées fausses ou mutilées que lon se fait d'ordinaire de la Vie de fésus.
Je me permettrai, à cet égard, une seule remarque. Il est aujourd’hui de mode, parmi les critiques incroyants que ce ivre n’offense pas au point de vue relieux, de le traiter par-dessous la jambe.
Certain philosophe, d’un ton péremptoire jui ne lui allait pas beaucoup, déclaait, sans plus, que « le livre est manqué ».
1 avait donc l’idée de ce que pourrait
| | être un livre « réussi » (au point de vuel rationaliste et même anticlérical qui étai le sien) sur la vie de Jésus-Christ. Que ne l’a-t-il écrit ? D’autres prononcent que le livre est « médiocre » et passent Ceux-là je ne les trouve pas médiocres.
Je les trouve étonnamment bêtes. Qu'ils!
ouvrent n'importe quelle bibliographie} littéraire du xix° siècle. Ils y constate-| ront, tout au long de très nombreuses!
pages ou colonnes, l'énorme amas del littérature, vitupérative ou laudative, quel la Vie de ésus suscita dans tous les!
pays de l’Europe. Dire d’une œuvre quil a produit un tel effet, qu’elle est mé-| diocre, a la même qualité de comique que la définition de Bonaparte légendairement attribuée au P. Loriquet : un illustre général du roi Louis XVIII — D'un autre côté, prendre le ton lyrique et s’extasier sur la beauté dela Vie de Yésus, me paraît fade. Certes l’œuvre a. des parties très belles. Mais l'inspiration en esti beaucoup trop complexe et puisée à des
courants trop opposés pour réaliser dans l’ensemble la véritable harmonie de beauté que Renan a atteinte ailleurs. La Vie de Jésus est un fait, un fait puissant, qu’on peut aimer, qu'on peut maudire, sur lequel on peut avoir un sentiment mitigé.
C’est de là qu'il faut partir pour l’étudier et la commenter sérieusement.
Je reviens à cette notion d’un surnaturel non « particulier » qui y apparaît.
Renan, voulant donner une idée générale du phénomène moral que fut le surgissement de la foi chrétienne et sa diffusion à travers le monde, trouve un terme de comparaison dans les périodes de formation cosmique ou géologique.
Des éruptions, des explosions prodigieuses de fabuleux torrents de forces précipitées, dont rien ne nous fournit plus l’image, dans l’état actuel de la nature, se déchatnèrent alors, projetant les mondes dans l’espace, soulevant les masses des montagnes, creusant l’abîme des mers. Puis tout se tassa, s’équilibra ; les actions du
monde physique se contrebalancèrent les!
unes les autres. C’est ainsi que leurs| manifestations prirent le cours régulier, | paisible et habituel que nous leur voyons. | Cependant ces phénomènes colossaux, | d’où tout est sorti, avaient eu lieu’ con-!| formément aux lois universelles et invio- | lables de la mécanique et de la physique qui fonctionnent encore sous nos regards. | L'apparition et le développement du!
christianisme ont été, dans le monde moral un fait de même sorte. Une crise a éclaté dans laquelle des forces psychiques d’une puissance inouïe ont soulevé l'humanité | et changé sa disposition. Elles ont bouleversé tout son ancien ordre spirituel, Et quand elles sont retombées, ayant fait | leur œuvre, l'humanité avait pris une forme d’âme nouvelle : elle s’était engagée | dans la route d’un destin nouveau. Ce qu'elle a été depuis est commandé par cet événement générateur, qui apparaît | dès lors comme le sommet de son histoire. | La personnalité de Jésus, point de con-
centration et foyer d'irradiation de ces forces subversives et créatrices dépasse le niveau du genre humain. Un idéal moral s’incarne en elle, qui a tout élevé et au-dessus duquel rien jamais ne s’élèvera. Il n’est pas descendu du ciel sur la terre comme un être qui tomberait dans un milieu de nature tout à fait hétérogène à la sienne et sur lequel son action serait peu intelligible. Il émane des profondeurs cachées que l’humanité porte en elle et qui la mettent en contact avec le divin.
Le christianisme est donc surnaturel au sens le plus strict du mot qui signifie, non pas étranger à la nature, mais audessus de la nature. Dire que Renan « nie la divinité de Jésus-Christ » est vrai, au sens d’une certaine métaphysique.
Mais il y a une autre métaphysique, qui exclut le miracle particulier, sans limiter étroitement les possibilités internes de la nature, et au regard de laquelle l’exactitude de cette formule, qu'il s’est bien
RD teen TRS T0 |
gardé d'employer lui-même, est très con- | testable. C’est à cette métaphysique qu’il faut s’en prendre quand on veut atta-
quer, que ce soit au point de vue de l’orthodoxie ou au point de vue de Voltaire, la Vie de Tésus. :