SCENE IX
BENARD, RENAUDIN, venant par ta . grille f SUZETTE , dans le pavillon.
- RENAUDIN, entrant très- pile. Mon ami ! tu vois l'homme le plus fortuné.
bénard. Et le plus essoufflé.
renaudin. L'un et l'autre. Le cceur et la rate sont en jeu ; mais ça ne fait rien ; -une trouvaille des plus curieuses... que je suis heureux !..,
bénard. Qu'est-ce donc?
RENAUDIN*, il va s'asseoir sur le banc qui est devant la fenêtre du pavillon , et y dépose son chapeau. Ah ! laisse-moi nie remettre un peu... Tu ne te fais pas une idée de ma joie.
Ain : // me faudra quitter F empire.
y Lorsque Colomb trouva l'antre hémib-plièrc , 0, Watt la vapeur, le vieux Noe le vin j # Parmentier la pomme uç terre., ^Et finaud Jenncr découvrit Je vaccin , Et Wevnen ,' son papier YVcynin**.
(Il setèce.)
Lorsque Bacon eut invente la poudre, ■> Et New ton je nc'çais plus quoi . . .
EKXATtD.
'.Mais quel .rapport?... tu deviens fou , je croi. re.v audis, élevant sa canne comme un peralmmenf. Et quand Franklin eut ciujialela foudre, s> Us étaient tous moins satisfaits que m or.
bénard. Conte-moi cela , au moins, que je puisse te féli citer.
renaudin. Tu sais que n.,.1 ',! . , de l'avance sur moi^Une sylphide,, un farfadet, un être aérien.! cependant' je ne la •"'perdais pas de vue ; je courais, je dévorais l'espace.
BÉNARD , r'uint. Je comprends .. quand on poursuit une duchesse.
RENAUDIN. Ne ris pas! j'étais près de
l'atteindre, lorsqu'une de ces exécrahles
voitures , tu sais ? Ces arclres de Noé à
^quatre roues, qui peuvent engloutir tonte
une population.
bénard y rfàkl. Un Omnibus! \
RENAUDIN. Juste ! Ne ris pas ! Elle saule /dedans avec la légèreté d'une gazelle.. .
bénard, riànl. Ah! diable ! une princesse en Omnibus... le cas est grave.
RENAUDIN. Je veux m'y élancer après elle, lorsque le cerbère me crie du haut de son marche-pied : Complet ! ( Avec indigw///oH.)conïplet!.. Misérable conducteur !
* Renaudin, Be'navd, Suzette, dans Je pavilhn . * f Le premier de ces deux noms doit so prononcer | ve'nèiiP, le second venin.
ce n'es t. pas ton omnibus , c'est mon mal- / heur qui est complet ! je reste stupide.
BÉNARD. Il y a de quoi !
renaudin. Et les jambes écartées...
comme ça I mais je me dis : Voyons ! quand je resterai-là , à cheval sur le ruisseau , dans la posture du Colosse de Rho- S des... jeme décide. ..jeprends macourse...
BÉNARD. Après l'omnibus ? ah î î>h ! ah I
renaudin. Après l'omnibus... et pour
mon malheur , celui-là avait des chevaux
qui jouissaient de toutes leurs facultés...
(une exception !) n'importe! j'entreprends
/cette lutte inégale et révoltante!...
bénard. Ah ! ali ! ce pauvre Renaudin!..
renaudin. Je tenais mon omnibus de l'œil ; je ne le lâchais pas... -cependant je m'apercevais que je perdais du terrain.... deux jambes contre huit! ! vingt fois, mon ami , vingt fois cette infernale voilure s'est arrêtée pour vomir des voyageurs... mais j'étais trop loin... j'avais beau courir et agiter mon mouchoir en signe de détresse. .. / elle repartait toujours avant mon arrivée.
bénard, riant. Pauvre ami !
renaudin. Tout-à-coup... ô bonheur !
la voiture s'arrête encore... je n'en étais — plus qu'à trois cents pas... une femme en descend...
bénard, d'un air goguenard. C'était la marquise?
renaudin. Elle-même... je la suis de l'œil , j'arrive.
bénard. Ah ! tu la tiens?
renaudin. Oui , mais au moment où
IJtorflW'to^u.ges pieds.
BÉNARD. De fatigue?
renaudin. Elle entre dans une allée...
et referme violemment la porte... je reste ^ stupide ... pour la seconde fois.
bénard, riant. Dans une allée! ah! ah! ah!
RENAUDIN , avec transport. Mais com- *~ prends- tu ma joie , mon bonheur ?
bénard. Parfaitement ; recevoir une porte sur le nez , c'est le comble de la félicité... Une modiste bien aimable !
renaudin, stupéfait. Comment ? une modiste?
bénard, riant. Eh! oui , une modiste ! . je m'en suis informé , et je t'en donne ma
parole d'honneur!
(11 rit.) renaudin. Allons donc ! allons donc ! <s Ça ne se peut pas , tu veux me désenchanter ; c'est \\v\ vilain tour.
bénard. Ah ! j'en suis incapable !
contraire, je t'admire.
Air : An Ums heureux de la chevalerie.
Poursuivre à pied le char fie ta maîtresse , Certes , mon cher , cYst un des plus Jx>anx tr ti
au
S'il ne fait pas honneur a ta sagesse , 11 fait du moins honneur à les jarrets, k. Pour l'avenir , mais c'est une ressource , Et tu pourras avec de tels lalens , Entrer en lice, h la prochaine course,
Avec les chevaux de six ans.
Tu peux lutter, a la prochaine course J
Avec les chevaux de six ans.
RENAUDIN , avec un peu de fatuité. Plaisante tant que tu voudras ; le fait est que je n'ai pas perdu mon tems : je sais maintenant les lieux qu'elle habite ; je sais où elle repose , au N° 57 j je sais l'air qu'elle respire, l'air de la rue Cléry.
bénard , vivement. Rue Cléry !... tu ne te trompes pas de numéro ?
renaudin. 57, c'est écrit dans mon /'cœur, une porte bâtarde.
bénard , à part. C'est la seconde porte delà maison de Dumouchel. C'était donc Zoé?..
SUZETTE , qui depuis quelques instans a ouvert la persienne du pavillon pour écouter. Zoé compromise... allons, il n'y a que ce moyen... service pour service.
(Elle se met a écrire.)
RENAUDIN. Eh bien! qu'as-tu donc? tu ^ne ris plus? tu ne partages pas ma joie ?
bénard. Si , si , vraiment ! ( A part. ) La coquette ! se laisser faire la cour , et venir ici pour lui.
(Siuettequi a plié sa lettre, la jette doucement dons le chapeau de Renaudin qui est resté sur le banc. Elle referme la persienne.)
renaudin. Ah ça! mais qu'est-ce qu'il a donc? Est-ce que tu es ensorcelé? tu te •j croises les bras comme Spartacus !
bénard , à part. La perfide !
renaudin. Allons, puisque tu continues à faire la mine, je te laisse et je rentre ~, d'autant plus que j'ai besoin de souffler un pewr (Bénard se détourne et paraît soucieux. Renaudin prend son chapeau , et trouve dedans le billet de Suzette , et dit à part : ) Qu'est-ce que c'est que ça? [Il l'ouvre avec empressement et lit. ) « Si vous ne parlez à » qui que ce soit de ce billet, » (// se détourneun peu plus pour n'être pas vu de Bénard ) « la jeune personne de Sceaux vous » recevra ce soir à huit heures, rue Cléry, » n° 57 , * au troisième... Trois coups de /» marteau, et l'on ouvrira. » O bonheur! bénard. Qu'as- tu donc ?
RENAUDIN , cachant le billet. Ricu, rien. (// part.) Mais comment se fait-il ?... dans mon chapeau ! moi qui la quitte il y a un instant!.. Ce ne peut être que de là. ( Il indique le pavillon.) Dis donc , quelqu'un ^'habite-t-il ce pavillon?
j bénard, d'un air préoccupé. Personne... le vieux jardinier.
RENAUDIN , à part. Alors , c'est de la féerie , le diable intervient. Oh ! n'importe ! oui , j'irai , oui , certes !
SUZETTE , qui vient d'ouvrir la fenêtre. Moi auss<i , et que le ciel me protège! J'ai / fait la faute , il faut la réparer.
BÉNARD, à part. Non, je ne puis vivre dans cette incertitude.,, et ce soir...