‹ Rencontres et entretiensChapitre 2 sur 13 · AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AUX LECTEURS

C'est avec plaisir que je publie ces pages, dans Vespérance de convaincre quelques compatriotes de la nécessité, de VoUigation même, d^envoyer leurs enfants aux écoles franco-américaines qui aujourd'hui sont de beaucoup supérieures aux écoles publiques, tant sous le rapport de la morale, de la religion, que sous le rapport de V étude des langues française et anglaise qui, dans les écoles franco-américaines, sont enseignées sur un pied d'égalité.

A cette considération, ami lecteur, j'ajouterai ceci : dans ce petit volume, je ne viens pas vous offrir des pages remplies de sensation d'un romancier expert, ce sont tout simplement des notes recueillies ici et là sur les Canadiens émigrés aux États-Unis, notes que j'ai cherché à rendre a-ussi intéressantes que possible.

A. Lambert

Souvenir d'enfance

tM^on premier ami

Souvenir d'enfance

Mon premier ami

C'était au commencement de l'année 1899.

Un jour, je reçus une lettre de ma mère, qui était retournée demeurer au Canada depuis plusieurs années. La lettre entre autres choses intéressantes, m'apprenait la nouvelle suivante : « Je suis de retour de la paroisse St-G. . . pour visiter des parents, et pendant mon séjour en ce dernier endroit, j'ai pu assister aux funérailles du père Bernier. (( Te rappelles-tu le vieux père Bernier? »

Je me rappelais le père Bernier, sans doute ; et avec ce nom une foule de souvenirs se présentèrent à mon esprit. J'avais connu le père Bernier en 1874. . . c'était à Albion, R. I.

Un jour une famille nouvelle nous arrivait du Canada et venait renforcer la petite colonie de Canadiens peu nombreux alors dans ce dernier village. Cette famille s'installait dans un logis porte à porte avec le nôtre, et coïncidence assez curieuse, nos deux familles se trouvaient également composées du père et de la mère, de trois grands garçons, de sept grandes filles ; tous avaient égalité d'âge, et de caractère, car durant les trois années que nous vécûmes ensemble, jamais le plus petit nuage de discorde ne vînt troubler la tranquillité qui régnait entre nos deux familles. Néanmoins, il y avait un couple différent des autres : c'était le vieux grand'père Bernier, et moimême le treizième de notre famille. Le grand'père Bernier avait bien quatre-vingts ans, moi je n'en avais que sept. J'étais à l'âge de l'insouciance et de l'enfantillage, lui était entré dans les sombres calculs du lendemain et de l'éternité. Mais malgré cette différence d'âge, nous étions la meilleure paire d'amis que l'on pût rencontrer. Ce fut véritablement parlant mon premier ami. Ce qui explique le grand intérêt que je portais à tous les vieux Canadiens que j'ai rencontrés sur ma route par la suite. Que d'heures, que de jours passés en

tête à tête, lui, à me citer les contes du petit Poucet, de Voiseau bleu, du petit cheval vert et d'autres encore, moi, à l'écouter; m.ais ce que j'aime à me rappeler aujourd'hui ce sont les originalités peu banales du père Bernier. Pour n'en mentionner qu'une, laissez-moi vous dire qu'il était un vieux joueur de dames. Souvent je faisais la partie avec lui, mais je n'étais pas fort, vu mon jeune âge, c'est pourquoi souvent il jouait la partie seul, il jouait pour lui-m.ême et aussi pour un adversaire imaginaire. Très honnête au jeu, il se faisait scrupule de jouer franc, et pour lui-même et pour son adversaire. Maintes fois je le vis jouer une partie très intéressante, même quelquefois le père Bernier perdait la partie. Alors, vexé d'avoir perdu, il se punissait en passant le reste de la journée à ne dire mot à personne. En le voyant triste et silencieux, on savait alors à quoi s'en tenir; grand'père avait perdu la partie de dames car par nature il était gai et expansif. Avouons qu'il avait raison d'être vexé; car l'adversaire imaginaire aurait dû faire preuve de plus de jugement et de délicatesse à son égard, il aurait dû se contenter tout simplement de faire partie nulle. C'est encore mon avis. . .

Avant de venir aux Etats-Unis grand'père s'était abonné à un journal qu'il avait reçu

pendant un an. Ce journal bien conservé lui servait chaque année. Le jeudi c'était son jour de lecture, il s'enfermait dans sa chambre et repassait le numéro du journal qui correspondait à date dans la semaine de l'année parue. J'ai dit plus haut que le père Bernier me citait des contes, il possédait aussi tout un répertoire de devinettes, anciennes et nouvelles et prenait un innocent plaisir à m'en poser et à jouir de mon embarras. Un jour que nous marchions dans la rue tous deux, nous vînmes à passer devant la grande manufacture du village, dont toutes les machineries en mouvement nous renvoyaient au dehors leur bruit infernal et assourdissant. « Petit, es-tu capable de me dire qu'est-ce qu'il y a dans le moulin qui n'est d'aucune utilité, qui ne sert de rien, quelque chose sans quoi le moulin marcherait quand môme ? » Je passai quelque temps à me creuser la tête pour trouver une solution à cette devinette impromptu.

Rendu à la maison, je voulus trouver quelqu'un afin de m'instruire à ce sujet. Mais tous étaient de complot avec grand'pcre et se riaient de mon embarras. Ce n'est que le lendemain que je sus, que seul le bruit n'était d'aucune utilité dans le travail de la manufacture.

Cela m'était indifférent du moment que la devinette était trouvée.

Grand'père avait connu les jours sombres des colons sur les terres nouvelles, jours remplis de dm's labeurs et de privations, il était resté quelque chose de cela en lui, dans le temps je pensais qu'il était rongé par l'avarice, et j'avais une raison de le juger de la sorte comme vous allez voir : Grand'père était en possession d'un succulent pain de sucre d'érable du pays; dans les grandes occasions, quand je lui faisais plaisir, j'étais gratifié d'une petite croquette, ah ! mais pas gTosse du tout, car après trois ans, on se sépara, et, le pain de sucre n'était pas encore tout consommé. Ah ! le satané pain de sucre ; que de péchés de convoitise il m'a occasionnés ! Mais le père Bernier était un peu sorcier je crois, il connaissait ça des petits garçons goiu-mands, il devinait mes desseins, car à chaque fois que je croyais le moment propice de tendi^e, d'allonger le bras pom' me saisir du pain de sucre, celui-ci changeait de place, il disparaissait comme par enchantement.

Petits souvenirs d'enfance que j'aime à vous évoquer maintenant, pour faire trêve à cette vie agitée, qui par moment m'accable; aussi pourquoi ne pas me reposer quelquefois en songeant

aux joies de l'âge enfantin ?. . . J'avais connu le père Bernier en 1874, il avait quatre-vingts ans, il est mort en 1899 à cent-cinq ans. Combien d'entre nous atteindront cet âge avancé? Pas un sans doute ? Si grand'père, a vécu tant d'années, j'y vois plusieiu's raisons. En premier lieu, il ne s'échauffait jamais dans des discussions inutiles, il était seul; s'il perdait quelquefois une partie de dames avec un adversaire imaginaire, pas de gros mots; il conservait la maîtrise de lui-même et savait se taire à l'occasion. Grand'père ne s'est jamais surmené à lire les romans à dix sous et les grands journaux à sensations qui paraissent tous les jours I^a seule cause qui aurait pu raccourcir son existence serait d'avoir beaucoup fumé, mais je n'entrerai pas avant dans ce sujet, car la prétentieuse science hygiénique des antitabaconistes pourrait venir avec preuves en main, essayer de me convaincre, que si le père n'avait pas fumé, il aurait certainement vécu quinze à vingt ans de plus Je n'en crois rien. . .

Bon vieux grand'père, mon premier ami icibas, reposez donc en paix, dans les douces joies des élus, jouissez des éternelles félicités que vous avez si bien méritées C'est le vœu le plus

ardent de celui qui fut votre petit ami autrefois, et qui maintenant quoiqu'avancé en âge, aime à se remémorer ces heureux moments du temps passé

Les « Chêneurs »

Les (( Chêneurs »

C'était à Fautomne. Depuis quelque temps pour me rendre à mon travail journalier, j'avais pris l'habitude de descendre le long de la rue Union.

En passant devant une maison de modeste apparence^ j'avais remarqué, tous les jours, dans l'encadrement de la porte, quelqu'un d'assis ayant l'air d'un homxme très avancé en âge, quoique, comme je l'appris plus tard de lui-même, il ne fut pas encore dans la soixantaine.

Un jour, m'en revenant de mon ouvrage, j'arrivai près de la maison où toujours j'avais remarqué le vieillard, au moment où un orage de

pluie et de grêle éclata subitement. Je m'empressai de chercher un abri pour laisser passer la bourrasque. Le vieillard était encore assis à la même place; j'enfilai la porte, sans plus de cérémonie, ce qui me donna l'occasion de faire connaissance avec ce compatriote et de converser pour la première fois avec lui. Les jours suivants je continuai à parler avec cet homme, qui m'intéressait à un haut degré. Sa figure respirait la mélancolie; ses yeux fixés dans le vide semblaient vouloir scruter quelque chose d'un passé lointain, insaisissable. Sa voix brève et même rude, quelquefois, me le représentait comme ayant été mêlé à beaucoup de tracas dans les années de sa jeunesse.

Après ces courts entretiens au seuil de la porte, j'en vins à faire au vieillard des visites qu'il semblait apprécier beaucoup, car, de plus en plus, il devenait expansif, prenant plaisir à me confier les traits saillants de sa jeunesse troublée.

Neuf mois après que j'eus fais connaissance avec ce nouvel ami, un dimanche, m'étant rendu chez lui, je le trouvai triste et silencieux. En me voyant, toutefois, il fit un effort sur luimême pour cacher l'idée qui l'obsédait. Cela

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ne dura pas longtemps, bientôt il me confia l'effroyable histoire qui suit :

« — Mon ami, dit-il, ne soyez pas surpris si, avant peu, vous entendez parler d'un malheur qui viendi-ait s'abattre sur quelqu'un de ma famille, car depuis cette nuit je ressens une douleur étrange dans le côté droit.

A mes regards étonnés, à mon air surpris, il ajouta : « — C'est une lamentable histoire que ie vais vous raconter. Vous avez dû entendre parler souvent des premiers temps de l'étabUssement de By-Town, aujourd'hui Ottawa, des misères des premiers bûcherons Canadiens français qui allèrent se fixer dans ces endroits et de leurs démêlés avec les « Chêneurs ». Les Canadiens français étaient l'objet de leur part de haines farouches et d'attentats sans nombre et des plus meurtriers. Le nombre de Canadiens français tués et jetés dans la rivière Chaudière est incalculable; vous dire combien de ces bûcherons furent tués pendant la nuit par les « Chêneurs )), qui tenaient bien plus de la bête que de l'homme, c'est presque impossible. On parlera longtemps des sanglantes batailles que nos pères ont dû li\Ter dans ces endroits à jamais mémorables par leurs tristes souvenirs. Souvent même, poussés à bout de patience, les

Canadiens usaient de représailles sanglantes qui n'avaient aucun rapport avec le grand principe du pardon des injures.

Mais à la guerre comme à la guerre ; les Canadiens français, pourchassés comme des bêtes fauves, se défendaient. Un jour, mon grand-père s'était laissé surprendre seul en chemin par une bande de (( Chêneurs » . Comme il était d'une force herculéenne, il batailla pendant quelque temps avec succès, mais bientôt il dut succomber sous le nombre, et fut assommé à coups de bâton. Etendu sans mouvement sur la route, on le crut mort, lorsqu'un des (( Chêneurs )), plus enragé que les autres, prit un de ces crochets dont on se sert pour rouler les billots, et le lui enfonçant dans le côté droit, d'un mouvement brusque, fit rouler grand-père, à côté du chemin, où il l'abandonna à son malheureux sort. Deux heures après, un ami de la famille, passant par le même chemin, aperçut le corps sans vie, et comprit de suite ce qui était arrivé : Il le plaça sur sa voiture et le conduisit à la maison. Dire la surprise et la colère de mes parents en voyant arriver grandpère dans cet état affreux, ne peut se décrire. La blessure du côté faite par le crochet était effrayante. Deux jours plus tard, grand-père

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rendait le dernier soupir, sans avoir repris connaissance.

Ceci se passait vers la fin du printemps. Je vins au monde dans le courant de l'hiver suivant. L'on s'aperçut à ma naissance que j'avais une marque au côté droit; elle ne devait jamais disparaître. On m'a assuré que chaque fois que quelqu'un de la famille était mêlé dans une échauffourée avec l£S (( Chêneurs », tout bébé que j'étais, je passais la journée précédente à crier, que, souvent même, je portais ma main à mon côté. Chose certaine, c'est que depuis que j'ai l'âge de raison, j'ai eu souvent l'occasion d'éprouver cette douleur dont je vous ai parlé tout à l'heure. Voici un fait, écoutez : J'avais huit ans ; c'était à l'approche de l'hiver, on manquait du nécessake à la maison, car depuis neuf mois mon père atteint de rhinnatismes, souffrait les supplices les plus atroces. Un de mes oncles, qui était venu à la maison, témoin de ce spectacle avait engagé fortement mon père et ma mère à se rendre chez lui pour y passer l'hiver. Après avoir réfléchi au dénument où l'on était, mon père accepta l'invitation, et ma mère rangea tout en ordre dans la maison en vue d'une longue absence. La veille de notre départ, je ressentis cette douleur dans

mon côté droit. J'en fis part à mes parents, qui s'entre-regardèrent avec des airs inquiets en montrant des signes d'un grand embarras. J'entendis ma mère proposer un délai, suggérer de différer notre départ, mais mon père d'un ton ferme lui répondit, montrant plus de confiance qu'il n'en avait : « Puisque la douleur a lieu, c'est que cela doit arriver ; il n'y a qu'a se soumettre ici ou en route, c'est bien égal ; nous sommes prêts à partir, partons )) Le lendemain, après mille difficultés, mon père, aidé par ma mère, put se hisser dans la voiture, où, après l'avoir enveloppé dans des couvertures, ma mère s'installa pour conduire le cheval, et nous voilà partis. Tout alla bien jusqu'à un endroit appelé les Carrières, situé à environ un mille de la maison. Tout à coup, j'entendis un murmure de mon père ; en même temps je vis s'avancer cinq hommes dont la mine n'offrait rien de rassurant pour nous. En effet, les cinq hommes, après s'être approchés, reconnurent mon père et la persécution commença. Ma mère, qui pouvait prononcer quelques mots d'anglais, leur dit d'une voix tremblante : (( Mon mari est bien malade, veuillez donc nous laisser passer en paix. » Sa demande, sa prière, fut accueillie par des éclats de rire

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et des mots brutaux. Cependant, les (( Chêneurs » se contentèrent de prendre le cheval par la bride et de le faire tourner dans le chemin, en chantant et en proférant des paroles révoltantes, et cela pendant une bonne demi-heure. Les misérables jouissaient de notre frayeur : ils avaient l'humeur gaie ce jour-là. Pour nous, le temps était bien long. La farce n'était pas du goût de mon père. Malgré ses douleurs, tout blême, incapable de bouger, je l'entendis murmurer tout bas : « Mes canailles de brigands, si jamais je viens à vous rencontrer en bonne santé, je vous renconnaîtrai. )) Après avoir jugé que le supplice avait duré assez longtemps les cinq « Chênem's )) se contentèrent de souffleter mon père et ma mère, à tour de rôle, en leur souhaitant bon voyage, et chacun d'eux, prenant im bâton, ils en donnèrent sur le dos du cheval, qui partit comme une flèche. Les malotrus espéraient sans doute que le cheval viendrait à nous verser sur le sol, où nous nous serions assommés. Mais la divine Providence veillait sur nous, car nous arrivâmes chez mon oncle sans autre accident. La famille de mon oncle, voyant notre état de surexcitation, s'empressa de nous donner les soins nécessaires. Néanmoins, ma mère dut prendre le lit, et

pendant un long mois elle souffrit des effets de cette rencontre fâcheuse. « A mesure que l'hiver avançait, mon père prenait du mieux : sa robuste constitution reprit bientôt le dessus, et vers le temps des semences, il était complètement rétabli. Un jour, il annonça le retour à notre maison, disant qu'il pouvait sans danger se mettre au travail. La veille du départ, je ressentis encore cette douleur dans le côté droit ; de plus, ma mère, en me changeant d'habit, s'aperçut que de mon côté sortait une eau roussâtre. A cette vue, elle supplia, mais en vain, mon père de remettre notre voyage, mais il refusa. « Non, répondit-il avec des éclairs dans les yeux, je suis décidé de partir, et malheur à ceux qui se trouveront sur mon chemin. » Larmes et prières, rien n'y fit. C'était par une belle journée de juin, il faisait une chaleur plus qu'ordinaire pour ce temps de l'année. Nous arrivâmes aux carrières tant redoutées, vers la demi-heure du midi. Nous vîmes à une faible distance du chemin quatre hommes couchés à l'ombre d'une touffe de petits sapins. Mon père arrêta le cheval et, remettant les rênes à ma mère, il lui dit : « S'il m'arrive malheur, vous vous sauverez : )) Ma mère, connaissant les mauvaises colères de mon père,

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le supplia avec des yeux pleins de larmes de continuer notre chemin. D'un brusque mouvement, mon père lui fit lâcher prise et dit : « Voilà assez longtemps que l'on nous traite comme des chiens ! voici un groupe auquel j'ai promis quelque chose ; aujourd'hui je vais régler mon compte avec eux. » Et s'emparant d'un énorme gourdin noueux dont il s'était muni avant le départ, il entre hardiment dans la carrière, où semblaient dormir les quatre « Chêneurs », qu'il avait reconnus.

Nous fûmes alors témoins d'une scène horrible. — En disant cela, le vieillard ferma les yeux, comme pour chasser loin de lui une vision épouvantable.— Arrivé près des « Chêneurs )) endormis, mon père, tout en gardant son gourdin, saisit une énorme pierre dont il écrase la tête d'un des « Chêneurs ». Puis, prompt comme l'éclair, il saisit une deuxième pierre avec laqueUe il broie la tête d'un deuxième « Chêneur ». Les deux autres veulent se lever, ils n'en ont pas le temps. D'un coup de gourdin mon père assomme le troisième tandisque l'autre prend la fuite. Mon père jugea inutile de le pom"suivre. Revenant à la voiture, je l'entendis murmurer : « En voilà toujours bien trois de ces canailles qui ne tueront plus

personne de ma famille ni aucun Canadien. Quant au quatrième et à d'autres, que je pourrai bien rencontrer plus tard, je leur ferai leur affaire une autre fois. »

Rendu à ce point du récit, le vieillard fit une pause, mais il reprit bientôt : « Mon père ne devait jamais mettre ses projets de vengeance à exécution. Les premiers jours après notre amvée à la maison, furent employés à mettre tout en ordre. Un jour que mon père dut s'absenter encore, cette fois, il fut cerné par un parti de <( Chêneurs » et criblé de coups. La veille j'avais éprouvé cette douleur dans mon côté droit, et de plus, avait eu lieu ce suintement d'eau roussâtre, qui était un signe certain de la mort de quelqu'un. Privé de notre seul soutien, nous étions condamnés à vivre dans la plus sombre misère. Un ami se chargea de venir nous mener jusqu'à Montréal. Mais bientôt nous prîmes le chemin de l'exil : ma mère m'emmena avec elle dans le nord de l'Etat du Vermont, où elle avait trouvé un emploi chez un riche américain, qui nous occupa tous deux jusqu'au jour ou l'impitoyable faucheuse vint me ravir celle qui m'avait donné le jour.

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Je m'étais marié quelques années auparavant j'étais père de deux enfants, un garçon et une fille. Trois ans avant la mort de ma mère, j'avais eu la douleur de perdre ma femme. Je décidai de quitter cet endroit qui ne pouvait me rappeler que de tristes souvenirs. C'est depuis ce temps que je suis venu demeurer à M ... .

Quand le vieillard eut fini de parler, je restai encore quelque temps avec lui cherchant à chasser de son esprit les noirs pressentiments qui . l'obsédaient. Ce soir-là, quand je le quittai, j'étais triste et ne savais que penser. Le lendemain en revenant de mon travail, comme je passais devant la porte, je fus saisi d'une pénible émotion. Le vieillard n'était pas assis à sa place habituelle, mais à la porte pendait un crêpe. J'entrai dans la maison pom* m'enquérir de ce qui pouvait être arrivé à la famille. Voici ce qu'on m'apprit : Quelques instants après que j'eus quitté le vieillard, dans la rue en face une rencontre avait eu lieu entre un groupe de Canadiens-français et d'Irlandais. Des mots on en était venu aux coups. Dans la mêlée, au plus fort de la bataille, une pierre écartée, lancée avec force par un des combattants, était venue frapper le vieillard à la tête. On l'avait rentré privé

de connaissance. Il était resté dans cet état jusqu'à sa mort, qui arriva vers les sept heures du matin, r

La triste histoire racontée par le vieillard était bien vraie.

Une fête Saint-] e an-Baptiste dans un village américain

Une fête Saint -Jean -Baptiste dans un village américain

Dans les premiers jours de juin de Tannée 1892, mon ami Charles Rabouin me fit part d'une idée magnifique ; le père Matte, un ami de sa famille, qui demeurait à (( Central Village )), petite localité assez éloignée, avait été délégué par les Canadiens de Fendroit, pour venir à Manchester recruter un certain nombre de chantres de bonne volonté, qui consentiraient à aller chanter une messe solennelle de (( plain-chant » et des cantiques en français dans cette localité à l'occasion de la Fête Nationale du 24 juin la Saint- Jean-Baptiste.

Le curé irlandais de la paroisse avait daigné promettre que la grand' messe, ce joiu-là, serait

spécialement chantée pour les Canadiens; de plus, il devait s'efforcer de faire le sermon en français, douceur à laquelle les Canadiens de l'endroit n'avaient guère été habitués, mon ami me demanda si je serais du chœur ; avec enthousiasme, j'approuvai l'idée. Charles et moi nous eûmes bientôt fait de trouver six autres compagnons au gosier éprouvé, et sans plus tarder, nous nous mîmes à l'œuvre.

Le jour venu, nous étions prêts à affronter la critique de toutes les langues de « Central Village ».

La journée s'annonçait bien belle. Le soleil levé depuis longtemps s'était faufilé partout, faisant danser ses rayons sur les maisons et les arbres qu'il semblait vouloir rajeunir.

La brise du matin se réchauffait peu à peu et promettait de nous continuer ses caresses réconfortantes.

Le plus joyeusement du monde, nous nous mîmes en route et nous arrivâmes à « Capital Village )) quelques minutes seulement avant la messe, juste assez tôt pour nous mettre en rapport avec l'organiste de circonstance, un vieux garçon qui d'ailleurs, s'acquitta de sa tâche à la perfection.

Le plain-chant fut réellement enlevé ; les quelques mots de français plus ou moins

écorchés, prononcés par le curé irlandais, firent sensation ; les cantiques furent chantés également en français. Tout cela avait eu le don d'émouvoir les cœurs des braves Canadiens de l'endroit qui se répétaient les uns aux autres, la messe finie : « C'était comme au Canada ».

Une douce émotion avait fait battre tous les cœurs, et plus d'un Canadien, durant l'office avait furtivement essuyé une larme d'attendrissement.

Après la messe nous fûmes entourés, par une foule de gens qui s'empressaient de venir nous serrer la main et de nous adresser, force félicitations. La joie, le contentement se lisaient sur toutes les figures.

Durant la messe, j'avais remarqué un petit vieillard maigre, sec, alerte et vigoureux qui maintes et maintes fois avait tourné sa tête blanche vers le chœur de l'orgue, et m'avait semblé beaucoup plus intéressé par le chant qu'attentif au saint sacrifice de la messe.

A la sortie, le vieillard fut un des premiers à nous remercier. Je demandai au père Matte qui il était. (( Celui-là, me dit-il, en désignant le petit vieillard, entraîné à cet instant par deux jeunes fillettes qui le tenaient par la main, celui-là c'est le père Millette, le plus vieux

Canadien du village. Il est frais et vigoureux encore, malgré ses quatre-vingts ans sonnés. Il doit venir à la maison cet après-midi, et vous aurez l'occasion de faire . ample connaissance avec lui et de l'entendre causer. Il vous intéressera, car c'est un causeur sans pareil.

Nous nous rendîmes à la résidence du père Matte, où un savoureux dîner nous attendait.

Au moment où nous nous préparions à nous lever de table, le père Millette fit son entrée et \dnt nous donner à chacun une affectueuse poignée de main. On passait alors une excellente liqueur douce, fabriquée par la maîtresse de la maison. Une franche gaîté régnait parmi l'assistance.

Eh ! s'écria tout-à-coup Robert Paul, un de nos compagnons de chant, en posant un verre vide sur la table, monsieur Matte, j'ai sur la conscience un secret que je ne puis garder plus longtemps sans danger d'être étouffé.

Ce matin, dans les chars, monsieur Charles Rabouin, qui nous a dit vous connaître, m'a assuré que nous serions bien reçus par vous et votre famille, que votre hospitalité serait toute canadienne, et le festin vraiment royal. Cependant, d'un air qui en disait long, il nous mettait en garde contre la boisson offerte qui serait

sûrement douteuse et laisserait beaucoup à désirer, que nous serions sages de n'en point prendre, et patati, patata. Or j'ai guetté du coin de l'œil ce farceiu- de Rabouin ; j'ai constaté qu'il a vidé son verre avec la plus évidente satisfaction et jusqu'à la dernière goutte. J'en ai conclu que monsieur Rabouin en méprisant votre délicieuse liqueur, a voulu exploiter notre crédulité, nous sevrer d'un nectar sans pareil, pendant que lui-même \dderait consciencieusement son verre et jouirait de notre privation. » (( Monsieur Matte, rétorqua Charles Rabouin, en rougissant un peu, monsiem* Matte, n'en croyez rien: Mon ami Robert est un excellent garçon en apparence, mais il est prudent de s'en méfier, car à l'heure qu'on s'y attend le moins il est capable de vous faire pendre.

A cette réphque l'hilarité devint générale. On riait, coimne savent rire de bons Canadiens, de tout cœur.

M'étant levé de table un des premiers, j'étais allé m'asseoir un peu à l'écart.

Le père Millette debout avec les autres convives essayait en vain de placer son mot.

En désespoir de cause, voyant une chaise inoccupée près de moi, il vint y prendre place et, sans plus de cérémonie, engagea l'entretien.

Il y a parler et parler, et le père Millette en avait long à dire. A l'entendre, on aurait juré que sa langue avait fait carême durant des années. Vrai moulin à paroles, il passait d'un sujet à un autre avec une facilité étonnante ; et vous dire tout ce qui sortit de ses lèvres est chose impossible. Pour moi, ma tâche était des plus faciles. Me gardant bien d'interrompre l'intarissable vieillard, je me contentais d'approuver de la tête ; puisque cela lui faisait plaisir, j'étais satisfait de l'écouter.

Du verbiage ininterrompu du père Millette, j'ai conservé dans ma mémoire quelques bribes sur les gens de son village au Canada : des fainéants, des paresseux, trop lâches pour travailler et gagner honnêtement leur vie ; des mal appris qui vivaient en empruntant ici et là, chez les habitants.

Sacréyer ! était l'expression favorite du vieillard, elle lui servait à rattacher un sujet à un autre, mais je laisse le père Millette poursuivre.

Sacréyer ! oui, monsieur, j'avais la plus belle terre de la paroisse, sur laquelle poussaient le blé et l'avoine, à pleine clôture. Malheureusement elle était trop près du village. Aussi, les gens venaient-ils presqu'à la queue-leu-leu à la maison pour emprunter, qui une bêche, qui un

râteau, qui une fourche, la voiture, le cheval et même jusqu'à ma femme Mérance, qu'ils venaient chercher à tout bout de champ pour soigner leurs bobos. Comme si les femmes d'habitants n'ont pas assez de leiu* besogne, de leur famille à élever sans aller soigner les malades du village.

« Les Gourmont surtout, ah ! les sapré Gourmont ! en ont-ils fait faire des voyages à Mérance pouj* des riens ! Ça ne pouvait pas s'écraser un orteil ou se brûler le bout du petit doigt, sans se bander la tête.

(( C'est mon oncle Jean Gourmont qui ne les aime pas tout de suite les gens du village. Il en a été bien puni, le pauvre oncle, puisque ses quatre garçons ont épousé des filles de quêteux ou de village ce qui revient à la même chose, ça voyez-vous, la seule différence, c'est que les quêteux gardent ce qu'on leur donne tandis que les gens du village ne remettent jamais ce qu'on leur prête.

« Les deux plus vieux garçons de mon oncle Jean convolèrent avec les deux filles de Alagloire Sansouci, un quêteux qui fit semblant de vouloir vivre sur une terre à ferme, d'où il fut chassé peu de temps après, parce qu'il ne pouvait en payer la rente.

(( Les deux plus jeunes se marièrent à deux filles du village, qui avaient passé leur temps à se bercer sur les galeries ou à tricoter de la dentelle.

(( Aussi quand mon oncle Jean a vu que ses garçons ne prenaient pas pour femmes des filles d'habitants il les a tous mis à la porte. C'est son gendre qui est resté avec lui à la vieille maison.

« Sacréyer ! Mérance, te souviens-tu quand ma tante Marianne Gourmont fut administrée ? A cette demande le père Millette promène ses regards autour de la salle pour rencontrer ceux de Mérance, mais Mérance, son épouse, n'était pas là, pour la bonne raison qu'il ne s'était pas fait accompagner par elle. Néanmoins le père Millette n'était pas homme à se troubler pour si peu, et il continua comme si Mérance eût répondu à sa question.

(( Sacréyer ! moi, je m'en souviens comme si c'était hier.

« Toute la journée dans l'élargissement de la coulée, dans la direction du sud-est, le vent avait hurlé son hou-hou plaintif dans le trou à Marreau, ce qui annonçait le mauvais temps.

« Le soir on vint nous dire de nous rendre chez mon oncle Jean Gourmont, que ma tante

Marianne se mourait, que Taîné des garçons était allé chercher le curé pour lui administrer les derniers sacrements. Sacréyer ! dans ce temps-là; il fallait aller quérir le curé à deux lieues et demie. Or, c'était le printemps, les chemins étaient défoncés. Par surcroît de malheur, le mauvais temps annoncé dans le cours de la jom'née venait d'éclater.

(( Le garçon arrive au presbytère et frappe à la porte. La servante vient ouvrir et lui demande ce qui peut bien l'amener de si loin par ce temps affreux.

« Vite ! répond le garçon, je viens chercher monsieur le curé pour ma mère qui se meurt. Vite ! vite ! c'est très pressé. ))

Le curé était malade lui-même ; cependant il se lève, s'avance vers le garçon et lui demande quelle sorte de véhicule il a par un temps pareil.

— Monsieur le curé, >j'ai seulement notre charrette à barreaux ; nous n'avons pas d'autre voiture que celle-là.

— Impossible, mon garçon, de me mettre en chemin par ce temps de chien, dans une semblable carriole. Je suis trop malade pour cela. Va me chercher une voiture convenable et je me rendrai aussitôt chez vous. ))

Trempé jusqu'aux os, le garçon arrive seul à la maison et raconte à son père ce qui s'est passé.

Mon oncle blêmit tout en se gardant bien de montrer autrement sa mauvaise humeur. Il envoie immédiatement un autre de ses fils emprunter la calèche de Germain Sylvère, et fouette, la petite jument noire !

(( Ca pressait, car ma tante Marianne faiblissait de plus en plus, même qu'on se demandait anxieusement si le garçon aurait le temps de faire ce deuxième voyage.

(( Au dehors, la tempête faisait rage. Tout de même ce ne fut pas long.

(( La petite jument arrive toute blanche d'écume, s'arrête à la porte où elle piaffe que c'en était beau à voir.

(( Monsieur le curé entre et se dirige silencieusement vers la chambre de la malade dans laquelle il voit tout le monde à genoux, adressant au ciel de ferventes prières pour ma tante apparemment à l'agonie.

(( Le ministre de Dieu administre les derniers sacrements à la moribonde, au milieu du recueillement général.

« La cérémonie terminée, mon oncle un peu pâle, s'avance vers le curé, et d'une voix que la colère faisait trembler, lui reproche amèrement d'avoir fait faire deux voyages pour l'aller chercher.

UNE FÊTE S AINT-JEAX- BAPTISTE 49

« Monsieur le curé, dit-il, je ne regarde pas aux pas de ma petite jument qui est capable de faire encore dix voyages comme ceux-là ; mes gas sont forts et courageux ; mais pensez donc, s'il eut fallu que Marianne fut morte dans l'intervalle de ce temps perdu, quelle responsabilité sur vos épaules, monsieur le curé !

A ces mots, le prêtre regardant fixement mon oncle Jean Gourmont, lui dit sans s'émouvoir « Jean Gourmont, j'étais trop malade moimême pour faire ce voyage en chaiTette. Pour ce qui est de ta femme Marianne, je savais qu'elle ne moiu'rait pas. Je t'assure qu'elle ne mourra pas aujourd'hui ni demain, car ta femxme en a encore pom' longtemps à vivre ; sois donc sans inquiétude et que Dieu te bénisse.

Et le curé passe la porte, monte en calèche où l'attendait déjà le garçon de mon oncle qui s'en /ut le ramener au presbji:ère.

« Sacréyer ! c'est pourtant vrai ce qu'avait dît monsieur le curé, car ma tante Marianne reprit du mieux. Peu de temps après elle était complètement rétabUe. Plusieurs années s'écoulèrent ; le curé mourut et le lendemain ma tante Marianne partait, elle aussi, pour Vautre monde, d'où elle n'est jamais revenue. Pas vrai : Mérance ? ))

Et de nouveau le père Millette fit du regard le tour de la salle pour avoir une réponse d'approbation de Mérance ; mais pas plus que la première fois, Mérance son épouse, n'était là pour l'approuver.

(( Sacréyer ! tout de même ça prouve que tout le temps que monsieur le curé a vécu, sa parole s^est accomplie, et ma défunte tante Marianne n'est pas morte. ))

L'heure de prendre le train pour retourner en ville approchait. Mes compagnons de voyage s'étaient levés, prêts à partir.

Je quittai à regret ce bon vieux Canadien, car ses récits m'intéressaient vivement. Or ,si mon rôle d'auditeur avait été facile à remplir, j'étais satisfait, en ce jour de la Saint Jean- Baptiste d'avoir procuré un grand plaisir au père Millette, en me prêtant de bonne grâce à son entretien.

Nous nous séparâmes enchantés, nous promettant bien de venir fêter encore la Saint Jean- Baptiste à Central Village, au milieu de tous ces braves gens, qui vinrent en grand nombre nous reconduire à la gare.

Seulement l'on se disait : L'an prochain, nous ferons mieux encore, car nous aurons un petit Saint Jean avec son agneau.

Surnoms donnés aux enfants

Surnoms donnés aux enfants

Comme nous nous apprêtions à reprendre notre travail interrompu par l'heure du dîner, l'on vint nous annoncer qu'un accident arrivé quelques minutes auparavant à la bouilloire de la manufacture, devait nécessairement nous forcer à chômer pour un temps indéterminé.

Prenant nos menus effets sous le bras, mon compagnon de travail Jean Etienne Simoneau et moi, nous nous en retournions à nos maisons respectives, tout en devisant sur ce malheureux contretemps et la durée plus moins longue de chômage qui nous était imposé.

Tout-à-coup mon compagnon m'arrête, pour me suggérer l'idée d'aller voir notre ami Jules

Blanchard qui était depuis plusieurs jours retenu à la maison par une attaque de rhumatisme inflammatoire, ce qui le faisait beaucoup souffrir. Nous nous disposions à frapper à la porte lorsque nous fûmes arrêtés par le bruit d'une chaude discussion qui paraissait engagée à l'intérieur. En effet, après avoir reçu l'invitation d'entrer nous comprîmes de suite la cause du débat et pourquoi l'ami Jules s'efforçait de calmer l'humeur outrée de son épouse. Elle arrivait de Thôtel-de-ville en fort mauvaise humeur, maugréant contre tous les employés du bureau des écoles, et des démarches infructueuses qu'ils lui avaient occasionnées.

Depuis quinze jours en effet, elle cherchait vainement à obtenir pour l'un de ses garçons le certificat de travail exigé par la loi. A chaque visite faite au bureau des commissaires, surgissaient de nouvelles difficultés.

La femme de Jules était cependant la douceur et la bonté même. Mais ce jour-là n'écoutant nullement les paroles de conciliation que lui exprimait son époux, elle se tourna vers nous et nous débita sans perdre haleine le discours suivant : « Vous me trouvez dans un moment de mauvaise humeur, je l'avoue, mais n'y a-t-il pas de quoi impatienter tous les saints du

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