MES AVENTURES AU PAYS
autant, car tous avaient travaillé fort dans la journée.
Chacun s'était empressé de gagner son lit. Les lumières étaient éteintes : je commençais à m'assoupir, lorsque, O malheur ! j'entendis comme un saut lourd suivi de pas retentissants de quelqu'un descendant l'escalier et la voix de ma tante demandant : (( Qui descend-là ? Y a-t-il quelqu'un de malade ? » Ne recevant pas de réponse, elle se leva, suivie par les autres membres de la famille, et moi-même à leur exemple. On alluma une lampe et l'on se mit à chercher la cause de ce bruit étrange. Rien ! personne ne s'était levé. Nous étions là à nous regarder les uns les autres avec un air soupçonneux et inquiet, quand la plus jeune de ses petites filles dit : « Maman je vais coucher avec vous, ça doit être un revenant comme en conte souvent le père Charland. »
(( Allons nous coucher », se contenta de dire ma tante d'un air contrarié.
Le lendemain matin, ma tante en prenant, pour chauffer le poêle, du bois dans une boîte sous l'escalier conduisant aux chambres d'en haut, fut très surprise de trouver sous les marches de cet escalier, tout près de la boite à bois, une grosse citrouille. Tout de suite pensant au bruit étrange de la veille, elle monta
pour voir et s'aperçut que vis-à-vis l'escalier, il y avait un vide dans sa rangée de citrouilles. C'était le chat, sans aucun doute, qui en avait fait tomber une.
La citrouille en roulant était venue prendre une à une les marches de l'escalier, suivant la forme tournante de celui-ci ; rendue au bas, elle avait fait un demi-tour, pour venir finalement se réfugier sous ce dernier.
L'expUcation de la visite du revenant était trouvée.
Pour moi je déjeunai, bouclai mes malles, et dans le courant de la journée, j'allai faire mes adieux aux parents et aux amis. Le soir, je pris le train pour revenir aux États-Unis, plus brisé, plus fatigué, plus énervé que jamais.
J'avais éprouvé trop d'émotions. Je vins achever mes vacances et me reposer au milieu de ma famille.
Depuis cette aventure, lorsque quelque farceur vient à parler en ma présence de loupsgarous, de feux follets, ou de revenants, je l'écoute d'un air gouailleur avec le plus beau sourire sur les lèvres: ce n'est pas parce que je veux faire preuve d'incrédulité, mais je complète son histoire en lui disant : « Mon ami, les loups-garous sont des taureaux furieux et les revenants de grosses citrouilles, je vous en donne ma parole d'honneur.
Conclusion
Concl
usion
En terminant ce petit volume, amis lecteurs, je veux vous donner la raison pour laquelle je me suis décidé à publier ces pages sur les agissement de nos vieux Canadiens :
Trop souvent, hélas ! notre jeunesse francoaméricaine entend proférer à l'adresse de nos vieux parents ce «Frenchmen » dit d'un ton méprisant par une certaine classe d'émigrants ignorants des « Vieux pays ».
A force d'entendre répéter ces propos dédaigneux, ces paroles de mépris continuel, le doute et le malaise finit par s'implanter dans le cœur d'un grand nombre de nos jeunes enfants. 0 honte ! ô malheur ! ! quelques-
uns d'entre eux en viennent même, hélas ! jusqu'à méconnaître leurs parents et renier leur foi, l'honnêteté et l'honneur.
Jeunes Franco- Américains, haut la tête et le cœur ! Songez à la considération, à l'admiration que professe, à l'égard de nos vieux missionnaires et de nos intrépides découvreurs, toute la haute société instruite des Américains.