‹ Rencontres et entretiensChapitre 8 sur 13 · MES AVENTUKES AU PAYS · texte numérisé non relu

MES AVENTUKES AU PAYS

Le jour commençait à poindre à l'horizon. Je suivis des yeux la bête qui s'éloignait toute déconfite et lorsque je jugeai qu'elle était assez loin, je mesurai la distance que j'avais à parcourir pour me rendre à la maison et je pris mes jambes à mon cou. J'entrai à la maison sur les talons de mon beau-frère qui arrivait de la « batterie )) de la grange pour se hacher une pleine blague de tabac pour sa journée. Encore tout haletant, je lui racontai ce qui venait de m' arriver, tout en promettant de ne plus m' aventurer la nuit sur les terres du Canada, sans être armé jusqu'aux dents, pour éventrer tout taureau ou loup-garou qui viendrait à se présenter. Je déjeunai ce matin-là avec un assez bon appétit.

J'étais arrivé en Canada le vendredi matin : de là cette aventure sans doute. Le dimanche suivant, à l'église, il y eut publication des bans et parmi les futurs époux se trouvait un de mes cousins. De là, grandes invitations ! le lundi il fallut aller aux noces : nous fûmes trois jours et trois nuits à manger, à boire, à nous réjouir sans dormir. Sur la fin de la troisième nuit, nous décidâmes de nous coucher pour prendre un repos bien nécessaire. Il n'y avait pas une demi-heure que nous étions

endormis, quand des cris : au feu ! au feu ! retentirent dans la maison. Vous dire le brouhaha indescriptible qui s'ensuivit est impossible. Enfin, après beaucoup de bousculades, quand tous furent réveillés, nous rendant compte qu'il n'y avait pas apparence de danger immédiat, nous nous mîmes à chercher où était le feu en question. Rien : pas plus de feu que sur la main. C'était un rêve ! mon oncle, qui s'était couché l'estomac chargé par de trop copieux repas avait eu le « pesant » ; il s'étaitmis à rêver que le feu était à la maison. Sous l'effet d'une oppression intense, il s'était levé en criant : au feu ! au feu ! Pour un (( fouto )) feu follet, c'en était un celui-là, sûr. Le lendemain, brisé par l'émotion de la nuit et par les copieuses libations en joyeuse compagnie, je résolus de m'éloigner et d'aller voir une tante qui demeurait dans la deuxième paroisse de ce dernier endroit. Là, du moins, je me promettais de prendre un bon repos, de rattraper le temps perdu. Le lendemain soir, j'arrive chez ma tante : après avoir conversé quelque temps avec elle et les autres membres de la famille, de bonne heure je monte à la chambre qu'on m'avait assignée, pour prendre enfin le repos tant désiré. Toute la famille en avait fait

Page 1