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mon côté droit. J'en fis part à mes parents, qui s'entre-regardèrent avec des airs inquiets en montrant des signes d’un grand embarras.
J'entendis ma mère proposer un délai, suggérer de différer notre départ, mais mon père d’un ton ferme lui répondit, montrant plus de confiance qu'il n’en avait: «© Puisque la douleur a lieu, c’est que cela doit arriver : il n’y a qu'a se soumettre ici où en route, c’est bien égal ; nous sommes prêts à partir, partons» Le ‘lendemain, après mille difficultés, mon père, aidé par ma mère, put se hisser dans la voiture, où, après l'avoir enveloppé dans des couvertures, ma mère s'installa pour conduire le cheval, et nous voilà partis. ‘Tout alla bien jusqu’à un endroit appelé les Carrières, situé à environ un mille de la maison. Tout à coup, j’entendis un murmure de mon père ; en même temps Je vis s’avancer cinq hommes dont Ja mine n'offrait rien de rassurant pour nous. En effet, les cinq hommes, après s'être approchés, reconnurent mon pèrc ct la persécution commença.
Ma mère, qui pouvait prononcer quelques mots d'anglais, leur dit d'une voix tremblante : €Mon mari est bien malade, veuillez donc nous laisser passer en paix. » Sa demande, sa prière, fut accueillie par des éclats de rire
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et des mots brutaux. Cependant, les «€ Chéneurs » se contentèrent de prendre le cheval par la bride et de le faire tourner dans le chemin. en chantant et en proférant des paroles révoltantes, €. cela pendant une bonne demi-heure, Les misérables jouissaient de notre fraveur : ils avaient l'humeur gaie ce jour-là. Pour nous, le temps était bien long. La farce n'{iait pas du goût de mon père. Malgré ses douleurs. tout blème, incapable de bouger, je l'entendis Murmurer tout bas : «Mes canailles de brigands, si jamais je viens à vous rencontrer en bonne santé, je vous renconnaîtrai. » Après avoir jugé que le Supplice avait duré assez longtemns les cinq € Chêneurs » se contentérent de souffleter mon père et ma mère, à tour de rôle, en leur souhaitant bon voyage, ct chacun d'eux, prenant un bâton, ils en donnèrent sur le dos du cheval, qui partit comme une flèche, Les malotrus espéraient sans doute que le cheval viendrait à nous verser sur le sol, où nous nous serions assommés, Mais la divine Providence veillait sur nous, Car nous arrivâmes chez mon oncle sans autre accident. La famille demononcele, voyant notre état de surexeitation,
S'empressa de nous donner les soins nécessaires.
Néanmoins, ma mère dut prendre le lit, et
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pendant un long mois elle souffrit des effets de cette rencontre fâcheuse. «A mesure que l'hiver avançait, mon père prenait du mieux : sa robuste constitution reprit bientôt le dessus, et vers le temps des semences, il était complètement rétabli. Un jour, il annonça le retour à notre maison, dis nt qu’il pouvait sans danger se mettre au travail. La veille du départ, je ressentis encore cette douleur dans le côté droit ; de plus, ma mère, en me changeant d’habit, s'aperçut que de mon côté sortait une eau roussâtre. A cette vue, elle supplia, mais en vain, mon père de remettre notre voyage, mais il refusa. (Non, répondit-il avec des éclairs dans les yeux, je suis décidé de partir, et malheur à ceux qui se trouveront sur mon chemin. »
Larmes et prières, rien n’y fit. (C'était par une belle journée de juin, il faisait une chaleur plus qu'ordinaire pour ce temps de ‘année.
Nous arrivâmes aux carrières tant redoutées, vers la demi-heure du midi. Nous vimes à une faible distance du chemin quatre hommes couchés à l’ombre d’une touffe de petits sapins.
Mon père arrêta le cheval et, remettant les rênes à ma mère, il lui dit: «S'il m'arrive malheur, vous vous sauverez :» Ma mère, connaissant les mauvaises colères de mon père,
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le supplia avec des yeux pleins de larmes de continuer notre chemin. D'un brusque mouvement, mon père lui fit lâcher prise et dit € Voilà assez longtemps que l'or nous traite comme des chiens ! voici a groupe auquel j'ai promis quelque chose ; aujourd'hui je vais régler mon compte avec eux. » Et s'emparant d'un énorme gourdin noueux dont il s'était muni avant le départ, il entre hardiment dans la carrière, où semblaient dormir les quatre « Chéneurs », qu'il avait reconnus.
Nous fûmes aloïs témoins d'une scène horrible. - En disant cela, le vieillard ferma les yeux, comme pour chasser loin de lui une vision épouvantable.-— Arrivé près des «Chêneurs »
endormis, mon père, tout en gardant son gourdin, saisit une énorue pierre dont il écrase la tête d’un des «Chêneurs ». Puis, prompt comme l'éclair, il saisit une deuxième pierre avec laquelle il broie la tête d'un deuxième « Chéneur ». Les deux autres veulent se lever, ils n’en ont pas le temps. D'un coup de gourdin mon père assomme le troisième tandisque l’autre prend la fuite. Mon père jugea inutile de le poursuivre. Revenant à la voiture, je l’entendis murmurer : (En voilà toujours bien trois de ces canailles qui ne tueront plus
personne de ma famille ni aucun Canadien.
Quant au quatrième et à d'autres, que je pourrai bien rencontrer plus tard, je leur ferai leur affaire une autre fois. »
Rendu à ce point du récit, le vicillard fit une pause, mais il reprit bientôt : «Mon père ne devait jamais mettre ses projets de vengeance à exécution. Les premiers jours après notre arrivée à la mi uson, furent employés à mettre tout en ordre. Un jour que mon père dut
s’absenter encore, cette fois, il fut cerné par un parti de €Chêneurs » et criblé de Coups.
La veille j'avais éprouvé cette douleur dans mon côté ss et de plus, avait eu lieu ce suintement d'eau roussâtre, qui était un signe certain de la mort de quelqu'un. Privé de notre seul soutien, nous étions condamnés à vivre dans Ja plus sombre misère. Un ami se chargea de venir nous mener jusqu'à Montréal. Mais bientôt nous primes le chemin de l'exil : Ma mère n'emmena avec elle dans le nord de l'Etat du Vermont, où elle av ait trouvé un emploi chez un riche néricain, qui nous oceupa tous deux jusqu'au jour ou l'impitoyable fauclieuse vint me ravir celle qui m'avait donné le jour.
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Je m'étais marié quelques années auparavant J'étais père de deux enfants, un garcon et une fille. Trois ans avant la mort a it irère, J'avais eu la douleur de perdre na fémime, je décidai de quitter cet endroit qui vonvait me rappeler que de tristes souvenirs. (est depuis ce temps que je suis venu demeurer à M. = Quand le vieillard eut fini de parler, je restai encore quelque temps avec lui cherchant à chasser de son esprit les noirs presser timents qui l’obsédaient. (Ce soir-là, quand je le quittai, j'étais triste et ne savais que penser. Le lendemain en revenant de mon travail, comme Je passais devant la porte, je fus saisi d'une pénible émotion. Le vicillard n'était pas assis à sa place habituelle, mais à la porte pendait un crêpe. J’entrai dans la maison pour m'enquérir de ce qui pouvait être arrivé à la famille. Voici ce qu’on m'apprit : Quelques instants après que j'eus quitté le vicillard, dans la rue en face une rencontre avait eu lieu entre un groupe de Canadiens-français et d'Irlandais. Des mots on en était venu aux coups. Dans la mêlée, au plus fort de la bataille, une pierre écartée, lancée avec force par un des combattants, était venue frapper le vieillard à la tête. On l'avait rentré privé
de connaissance. [1 était resté dans cet état jusqu’à sa mort, qui arriva vers les sept heures du matin, ÉRELES
La triste histoire racontée par le vieillard était bien vraie.
Une fête Saint-Jean-Baptiste dans
un village américain
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Une fête Saint - Jean - Baptiste dans
un village américain
Dans les premiers jours de 1892, mon ami Charles Rabouin me fit part d’une idée magnifique ; le père Matte, un ami de sa famille, qui demeurait à « Central Vil lage », petite localité assez éloignée, avait été délégué par les Canadiens de 1 venir à Manchester
juin de l’année
‘endroit, pour
recruter un certain nombre de chantres de bonne volonté,
qui consentiraient à aller
chanter une messe solennelle de Cplain-chant » et des
cantiques en français dans cette localité
à l’occasion de la Fête Nationale du 24 juin la Saint-Jean-Baptiste.
Le curé irlandais de la paroisse avait daigné promettre que la grand’messe, ce jour-là, serait
spécialement chantée pour les Canadiens; de plus, il devait s’efforcer de faire le sermon en français, douceur à laquelle ‘es Canadiens de l'endroit n'avaient guère été habitués, mon ami me demanda si je serais du chœur : avec enthousiasme, j'approuvai l'idée. Charles et moi nous eûmes bientôt fait de trouver six autres Compagnons au gosier éprouvé, et sans plus tarder, nous nous mîmes à l’œuvre.
Le jour venu, nous étions prêts à affronter la eritique de toutes les langues de «Central Village ».
La journée s'annonçait bien belle. Le soleil levé depuis longtemps s'était faufilé partout, faisant danser ses rayons sur les maisons et les arbres qu'il semblait vouloir rajeunir.
La brise du matin se réchauffait peu à peu et promettait de nous continuer ses caresses réconfortantes.
Le plus joyceusement du monde, nous nous mîmes en route et nous arrivâmes à « Capital Village » quelques minutes seulement avant la messe, juste assez tôt pour nous mettre en rapport avec l’organiste de circonstance, un vieux garçon qui d’ailleurs, s’acquitta de sa tâche à la perfection.
Le piain-chant fut réellement enlevé ; les quelques mots de français plus ou moins
écorchés, prononcés par le curé irlandais, firent sensation ; les antiques furent chantés également en français. Tout cela avait eu le don d’émouvoir les cœurs des braves Canadiens de l'endroit qui se répétaient les uns aux autres, la messe finie : « C’Ctait Comme au Canada ».
Une douce émotion avait fait battre tous les cœurs, et plus d'un Canadien, durant l'office avait furtivement essuyé une larme d’attendrissement.
Après la messe nous fûmes entourés, par une foule de gens qui S'empressaient de venir nous serrer la main et de nous adresser force félicitations. La joie, le contentement se lisaient sur toutes les figures.
Durant la messe, j'avais remarqué un petit vieillard maigre, sec, alerte et vigoureux qui maintes et maintes fois avait tourné sa tête blanche vers le chœur de l'orgue, ct m'avait semblé beaucoup plus intéressé par le chant
qu'attentif au saint sacrifice de la messe,
À la sortie, le vicillard fut un des premiers à nous remercier. Je demandai au père Matte qui il était. « C'elui-là, me dit-il, en désignant le petit vieillard, entrainé à cet instant par deux jeunes fillettes qui le tenaient par la main, celui-là c’est le père Millette, le plus vieux
Canadien du village. Il est frais et vigoureux encore, malgré ses quatre-vingts ans sonnés. Il doit venir à la maison cet après-midi, et vous aurez l’occasion de faire ample connaissance avec lui et de l'entendre causer. Il vous intéressera, car c’est un causeur sans pareil.
Nous nous rendîmes à la résidence du père Matte, où un savoureux diner nous attendait.
Au moment où nous nous préparions à nous lever de table, le père Millette fit son entrée et vint nous donner à chacun une affectueuse poignée de main. On passait alors une excellente liqueur douce, fabriquée par la maîtresse de la maison. Une franche gaîté régnait parmi l'assistance.
Eh ! s’écria tout-à-coup Robert Paul, un de nos compagnons de chant, en posant un verre vide sur la table, monsieur Matte, j'ai sur la conscience un secret que je ne puis garder plus longtemps sans danger d’être étouffé.
Ce matin, dans les chars, monsieur Charles Rabouin, qui nous a dit vous connaître, m'a assuré que nous serions bien reçus par vous et votre famille, que votre hospitalité serait toute canadienne, et le festin vraiment royal. (Cependant, d’un air qui en disait long, il nous mettait en garde contre la boisson offerte qui serait