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OPINIONS

De M. Ferdinand Branetiôre :

Vous êtes peintre et vous êtes poète : vous resterez peintre et poète. Ce sont les choses qui parleront pour vous, dans leur langage à elles, précis et concret, vivant et coloré, tantôt plus doux et tantôt plus âpre, mai^ toujours éloquent de sa seule fidélité. Et c'est pourquoi. Monsieur, j'ai la confiance, nous l'avons tous ici, qu'entre vos mains le roman social ne cessera jamais d'être du roman, et de l'art. Je crois connaître assez vos idées pour être assuré que je ne saurai mieux vous souhaiter, qu'en exprimant cette confiance, votre bienvenue parmi nous.

Ferdinand Brunetière.

(Réponse de M. Ferdinand Brunetière au discours de réception de M. René Bazin. Séance de l'Académie Française du 28 avril 1904.)

De M. Jacques Daval :

Cette noblesse et ce goût marquent la place originale de xM. René Bazin parmi les romanciers actuels. Ceux d'entre eux qui ont le tact littéraire manquent trop souvent d'armature morale. Ceux qui pensent avec force négligent leur style ou le tendent à l'excès. A notre époque de philosophie intempérante, M. René Bazin reste en dehors de l'influence de Renan et de Taine. Il n'a pris au naturalisme que ce que le bon sens en retient. Il se rapproche de Maupassant par sa probité d'artiste, de M. Pierre Loti par sa sensibilité descriptive. Mais plus ému que le premier de toute la tendresse de sa foi et plus objectif que le second, il se garde une place bien à lui. On essaiera en vain de le pasticher ; je ne crois pas qu'il ait d'école. Théophile Gautier disait des disciples qu'ils sont comme les mouciies et s'attachent aux endroits gâtés des maîtres. C'est en effet par leurs défauts singuliers qu'on les imite d'ordinaire et le seul qu'on puisse reprocher à M. Bazin est précisément de n'en avoir pas.

Jacques Du val.

(Le Correspondant, lo nov. 1907).

De M. René Doumic :

Son oeuvre variée, aimable, où ne manquent ni l'observation, ni la pénétration morale, ni même la vigueur, tranche sur la production courante. Elle fait mieux comprendre l'étroitesse et la monotonie des sujets ordinaires où la plupart des romanciers d'aujourd'hui se confinent. Elle témoigne que la littérature n'est pas

contrainte par une espèce de nécessité de se développer en dehors de la notion du bien et des conseils du goût. Elle vaut parelle-mémeetparle contaste qu'ellefait avec d'autres : elle est pour plusieurs écrivains un exemple, et pour une panie du public une leçon.

René Doumic.

(Repue des Deux Mondes, i5 oct. 1895).

De M. J. Ernest-Charles :

(A propos des récits de voyages).

Ils instruisent, notez-le, ils instruisent des hommes et des mœurs. Ils instruisent avec une aimable légèreté qui parfois se fait badine autant qu'il est permis, mais rarement. On y trouve des documents^, des tableaux, des esquisses, des idées générales et des anecdotes. René Bazin est un honnête homme en voyage.

Sachons aimer les récits des voyages de René Bazin, parce qu'ils sont le genre de littérature où sa plaisante netteté le sert le mieux, et parce qu'à ces observations fines et justes, son imagination ajoute quelque chose.

J. Ernest-Charles.

[Repue Bleue, 7 mai 1904).

De Th. PateUe :

Depuis De toute son Ame, la pensée de l'auteur d'Une Tache rf'encre n'est pas négligeable. Elle a fini de s'arrêter aux jeux qui l'avaient amusée d'abord. Elle va maintenant tout droit aux choses qu'il faut dire, et que beaucoup n'oseraient écrire. Elle est courageuse et d'une

grande élévation morale. Fruit d'une observation constante et minutieuse du monde moderne, elle est inquiète et jamais indifférente. Les romans qui l'incarnent sont d'une conception élevée. Chacun d'eux pose, à nouveau, la question sociale. Ils sont utiles, en restant littéraires. Ils sont honnêtes et les jeunes filles les peuvent lire avec autant de profit que les hommes. Ils plaisent aux délicats, comme à la foule des humbles qui demande au roman le délassement des heures lourdes de travail. Ce n'est point une injure faite à M. Bazin que de lui dire : Vous avez trouvé la forme du roman que vous définissiez si justement dans une de vos conférences. Vous avez avec vous déjà bien des cœurs simples, qui vous comprennent et vous aiment. Je sais plus d'un cabinet de lecture de faubourg où vos œuvres se fatiguent à force de passer dans les mains des pauvres. C'est la plus sûre critique, pas toujours nuancée, peutêtre, mais qui n'a pas de réticences, et qui reste sincère. Elle est le plus beau couronnement de la carrière d'un homme de lettres et la récompense d'une existence de labeur et de probité.

(Le Son des Ames, E. Sansot et Ci* 1910).

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