‹ René Descartes, sa famille, son lieu de naissanceChapitre 3 sur 3 · Jean Descartes, né vers 1485, mari de Jeanne Dupuy en · texte numérisé non relu

Jean Descartes, né vers 1485, mari de Jeanne Dupuy en

4. — Pierre Descartes, médecin à Chàtellerault, né vers 1515', fiancé à Claude Ferrand en 1543.

Cesindications, aussi approximatives etdiscutablcs qu'elles soient, semblent concorder avec le texte de Baillel. En effet, il dit, page 4, qu'une branche de l'ancienne maison Descartes s'était divisée, sous le règne de Charles Vil () 422-1461), en aînés et en puînés, qui tombèrent dans la pauvreté et furent obligés d'entrer dans le négoce pour subsister ; que de ces derniers était venu un médecin de Chà-

tellerault en Poitou, nommé Pierre Descartes. La division aurait donc eu lieu à l'époque où Pierre Descartes devint, sous Charles VII, le chef de la branche cadette, l'ainée s'étant éteinte dans la personne de Gilles, seigneur de Mauny, son frère.

Pour faire sortir Joachim de la branche aînée, Baillct commet une erreur manifeste, consistant à rattacher à une branche qui n'existe plus (l'aînée) la généalogie qui appartient aux cadets et dont est sorti le Philosophe.

Cet exemple, que nous pourrions faire suivre de quelques autres, accuse la tendance du biographe de René à anoblir quand même tout ce qui touche à son personnage. Mais il n'est pas le seul coupable et il y a été certainement aidé. A la page XXIII de son Introduction,où il indique les sources de son volumineux ouvrage, Baillet expose que M. Descartes, sieur de Kerleau, François Joachim, conseiller au parlement de Bretagnele 9 mars 1691, et M. de Chavagnes Jean Joachim conseiller au même parlement le 21 mai 1691, neveux et petits-neveux du Philosophe, ainsi que l'illustre Mllc Descartes, ont eu la bonté de lui communiquer les titres de leur maison qui pouvaient servir à la généalogie de leur oncle et à la connaissance de ses affaires domestiques. — Si ces titres existent encore, il serait bon de les rechercher et de les soumettre à un examen qui en fixerait la valeur réelle.

Ici se trouve la place d'une correspondance fort intéressante que j'aiéchangée en 1897 avec M. Saulnier, conseiller à la cour d'appel de Hennés, membre distingué de la société archéologique d'Ule-et- Yilaine, très au courant de la généalogie des Descartes, conseillers au parlement de Bretagne.

A la date du 6 juin de l'année susdite, il m'écrivait ces lignes :

J'aurais voulu répondre d'une façon tout à fait satisfaisante pour vous aux questions que vous avez bien voulu me poser relativement aux opinions émises en Bretagne sur les origines de Descartes.

Lors de la réforraation de la noblesse de Bretagne (1668-1671 ), celle question aurait pu se poser pour celle famille, mais elle ne se posa pas, parce que les membres de cette maison qui sollicitèrent un arrêt de main-

tenue n'eurent pas à faire les preuves de cent ans de gouvernement noble imposé aux autres. Le fait seul de descendre d'un conseiller au Parlement (et d'être eux-mêmes conseillers, pour les seigneurs de Kerleau et de Chavague) les en dispensait. Ils n'ont pas eu à remonter au-delà de Joachim, reçu conseiller e-i 1586. J'ai cru devoir vous adresser une copie, non des arrêts de maintenue qui ont été brûlés en 1792, mais d'extraits de ces arrêts, dont une collection manuscrite existe à la bibliothèque publique de Rennes.

Du 17 décembre 1668.

Messire Joachim Descartes, seigneur de Kerlau, conseiller en la cour faisant tant pour lui que pour messire François Descartes, son fils aîné, et Antoine, son fils puîné.

Messire Pierre Descartes, seigneur de Mondidier, frère puîné dudit seigneur de Kerlau.

Comparution du S décembre 1668 au soutien des qualités d'Ecuier, Messire et Chevalier et porter pour armes : d'argent au sautoiier de sable, cantonné de quatre palmes de sinople.

Ledit Joachim articule qu'il est fils de Pierre Descartes, seigneur de la Bretallière, qui avait pour frère Joachim Descaries, seigneur de Chavagne, à présent doyen du parlement, tous deux issus d'autre Joachim Descartes, conseiller qui fut aussi en sou temps doyen du Parlement. Il n'y a que leur induction dans le veu de l'arrêt. La Chambre les déclare nobles, issus d'extraction noble, permet auxdits Joachim et François, son fils aisné et à leurs descendants,les qualités d'Ecuier et de Chevalier et autres celles d'Ecuier, et leurs noms seront inscrits au catalogue de Rennes.

Du 22 octobre 1668.

Messire Joachim Descartes, seigneur de Chavagne, conseiller au Parlement faisant tant pour lui que pour noble et discret messire Louis Descartes, chantre de l'église collégiale de Montagu et prieur de St Cadieu, Augustin Descartes, curé et doyen de la Rochebernard, et écuiers François, Henri, Ignace et Joseph Descartes, ses frères puynés. Comparution du 16 octobre 166S au soutien les qualités d'Ecuier, Messire et Chevalier pour lui et d'Ecuier pour ses frères puisnés et porter pour armes : d'argent au sautoiier de sable cantonné de quatre palmes de sinople. Nota : que dans le veu des conclusions, ils sont tous enfants d'autre Joachim Descaries, conseiller et doyen audit parlement, reçu en 1625, frère de Pierre, sieur de la Bertallière, dont est parlé cy-dessus, tous deux fils d'autre Joachim qui a été aussi conseiller et doyen audit parlement. C'est de là qu'ils tirent leur noblesse, n'ayant point produits d'autres actes. La Chambre les déclare nobles, issus d'extraction noble, permet audit Joachim et à ses descendants les qualités d'Ecuier et de Chevalier, et à ses frères la qualité d'Ecuier, et ordonne que leurs noms seront inscrits au catalogue de la sénéchaussée de Rennes.

Dans nos précédentes études sur les origines de la famille Descartes, nous avons l'ait connaître qu'elles n'iraient pas au delà de Joaehini et «le sou iils puîné, René. En effet, le père du Philosophe vint s'établir en Bretagne à la suite d'un second mariage, et y fut la souche d'une nombreuse postérité qui n'eut plus aucune attache avec le Haut-Poitou. Nous n'avons donc pas à nous préoccuper de savoir si les indications généalogiques fournies par les registres de la cour de Renues sont en concordance avec celles de Raillot, mais nous devons en faire ressortir les conséquences suivantes:

Les arrêts de maintenue de noblesse de 1668 des Descartes ne remontent pas au delà de Joaehim, père du Philosophe. Les filiations antérieures n'ont pas été recherchées, ayant été admises à priori, et c'est par induction que les considérants des arrêts furent rédigés.

Les armes de la famille : d'argent, au sautoir de sable cantonné de quatre /mimes de sinople, remonteraient à 1668 et il resterait a établir, s'il y a lieu, qu'elles existaient antérieurement ou qu'il y en a eu d'antiques. Rien n'est moins probable.

A la lin de ses Nouvelles recherches sur l'origine et le lieu de naissance de Descaries, M. de Grandmaison donne à titre justificatif (pièce n° IV) des renseignements non sans intérêt sur les familles Sain et Prochard. Les textes cités sont compris entre les années 1578 et 1616. S'ils nous révèlent quelques faits nouveaux, ils en contiennent d'autres qui ne nous étaient pas étrangers. Ainsi nous sommes porté à croire que le second mariage de Charlotte Desmoulins avec Isaïe Brochard, sieur de la Clielle, est du "i-1 février 1589, et non de 1599. A ces documents venus de Touraine nous en ajouterons plusieurs qui se trouvent en Poitou. Ils concernent les familles l, Ferrand, Rasseteau, etc., ancêtres ou alliés du pbiphe que nous revendiquons plus que jamais comme étant absolument châtelleraudaise.

Des preuves nouvelles ne manquent pas.

Il existe dans les archives du département de la Vienne un registre terrier (l) ayant pour titre : « C'est le papier contenant Testât des domaynes tant des terres labourables et non labourables que prez, boys, vignes, dixmes , terrages, moulins, cens, rentes et aultres droietz deppendans de la Seigneurie et Commanderie d'Auzon ».

Ce manuscrit embrasse une période de douze ans, s'étendant entre 1605 et 1617.

Avant d'énumérer les nombreux immeubles de la susdite seigneurie, « Mess ire André de Grain (sic) de Saint Marsault, chevallier de l'ordre de Saint Jehan de Hierusalem, Commandeur d'Auzon et de Praille », expose dans une page très intéressante d'histoire rétrospective que, malgré ses recherches, il n'a trouvé que fort peu de titres et documents établissant les droits, cens et rentes de la Commanderie, parce qu'ils ont « esté bruslez, pillez et voilez pendant les troubles qui ont heu cours en ce royaulme et mesmement en l'année mil cinq cens soixante neuf que la ville de Chastelleraulf, proche du dit lieu d'Auzon, fut prise et occupée par les gens de guerre qui tenoient ladicte ville contre le service de sa dicte Majesté (2) et encores depuis, en l'année quatre vingt douze (3), icelle dicte maison avoit esté pareillement prinsc par gens de guerre qui auroient longuement occupé ice'de avecq toutes sortes d'actes d'ostilité; rompu les pignons des murailles de ladicte maison, les portes et fenestres; abattu les couvertures, couppé et dégradé les boys, bruslé les meubles, prins, ravy et bruslé tous les tillres, faict et commis toutes autres sortes de viollances à la ruyne et destruction de la dicte maison, ainsi qu'il est notoire à ung cha-

(2) Après avoir pris Chàtellerault par composition lo 12 juillet 1569 et repoussé le 7 septembre les assauts du duc d'Anjou (depuis Henri III), les protestants évacuèrent cette ville après la bataille de Moncontour, se dirigeant vers la Charité avec leurs petites garnisons du Haut- Poitou, de Chauvigny, La Uoche-Posay, Angles, Preuilly, etc.

(3) Dans une chronique écrite à l'aide de manuscrits du temps (Mém. de la Société des Anl. de l'Ouest, t. XVIII, année 1895), nous avons raconté un épisode de la Ligue en cbàtelleraudais : Le combat d'iste, 6 février Î592. C'est à la guérie civile qui désolait alors le pays que le commandeur d'Auzon reporte les souvenirs qui justifient ses plaintes. Les environs de Chàtellerault étaient ravagés par les gens de guerre, qu'ils fussent protestants ou catholiques.

oui). Occasion <jue ledict sieur Commandeur n'auroit peu depuis le temps qu il est pourveu de ladicte Commauderie et est entré dans la jouissance d'icelle, qui fut en Tannée mil six cens quatre, Taire et recongnoistre autres debvoirs que ceux qui seront cy après incérez, quelques dilligences qu'il aye peu faire, tant par tenues d'assises par les officiers de ladicte seigneurie dudit Auzon que autres poursuittes et procédures faictes tant audict Chastellerault, Requestes du Pallais à Paris, Siège de Saulmeur, Cour de Parlement que ailleurs, selon les occurances des affaires et pour raison de quoy y a encore aprésent plusieurs instances pendantes et indécises pour lesd. debvoirs pour les quelles terminer led. sieur Commandeur proteste faire toutes dilligences, ensemble pour le recouvrement des aultres debvoirs dont la misère du temps et calamités des guerres et troubles passés a été la congnoisssncc ».

Les effets désastreux des luttes violentes dont le pays chàtelleraudais avait été le théâtre en 1562, 1569 et pendant la Ligue, en 1592, ne sont pas exagérés par le commandeur d'Auzon; il faut reconnaître la justesse de ses plaintes, dans les lignes simples et réalistes sorties de sa plume, écho déjà affaibli en 1005 des guerres de religion. Eu ces temps de discordes civiles les amis étaient presque aussi redoutables que les ennemis. Toutefois, le but que nous visons ici n'est pas d'insister sur ces faits généraux qui sortent de notre sujet et qui sont connus, mais d'extraire du Livre terrier d A uzou et de réunir en un seul faisceau les preuves de l'origine toute chàlelleraudaise des Sain et des Brochard, ancêtres du Philosophe, et dont les biens étaient situés dans les paroisses de Pouthumé,d'Availle et de Cliàtelleruult. Nous trouverons dans le texte des déclarations de la riche commanderie les noms souvent répétés d'Aimé; Brochard, d'Anne de Sauzay, sa femme, et de leurs héritiers; et encore de Pierre Brochard, sieur de la Borde et du Petit-Marigny, époux de Claude Sain, etc., etc.

En lisant la description de la métairie de Perron (1), nous concevrons la répugnance que le philosophe dut éprouver en se voyant proclamé seigneur d'une petite terre qui ne fut même pas une infime

L'hôtel 'lu Perron, 1436, par. d'Araille, mouvait de lij. Commanderie d'Auzoï' (Dict. top. Red-;!,.

gentilhommière, mais que Baillct représente comme « un fief des plus nobles du Châtelleraudais ou duché de Chàtelleraudais » ! — C'est là une des nombreuses contrevérités dont cet auteur a émaillé « La vie de M. Des Cartes », auquel les titres nobiliaires ne souriaient guère. Le lecteur pourra tirer de nos textes d'autres conséquences lui facilitant de mettre au point des événements, des dates incertains et obscurs et de juger aussi la société dans laquelle René passa les années de sa jeunesse. En tout cas, il serait difficile de produire des détails plus intimes sur l'habitat des ancêtres et des alliés du second fils de Joachim.

On sait que Jeanne Sain, épouse de René Brochard, sieur de La Coussaye, était la mère de Jeanne Brochard, femme de Joachim Descartes, qui eurent pour fils puiné René. Mais il semble que cette famille des Sain, très intéressante, fort répandue et qui touche de si près à celle de l'illustre Philosophe, serait mieux connue si on l'avait étudiée davantage. C'est ce que nous avons tenté de faire en consultant les archives du département de la Vienne, qui renferment de nombreux textes permettant d'esquisser un travail sinon complet, du moins instructif. Et on en tirera cette conclusion forcée que presque tout est chàtelleraudais dans la famille Descartes où les Sain tiennent une place honorable et très large.

Nous ne remonterons pas au delà de Mathurin Sain, marchand à Châtellerault, époux de Jeanne ïurquand, d'une famille noble de la petite ville.

Ils eurent deux garçons:

Pierre Sain, sieur de Beauregard, contrôleur des tailles à Châtellerault. Il fut, en 1565, un des six commissaires chargés de présider à l'achat des matériaux et à la conduite de l'œuvre du grand pont de pierre de la ville, dont la construction avait été résolue par Catherine de Médicis. 11 mourut avant 1G0O.

Son fils, Jean, lui succéda dans les fonctions de contrôleur des tailles et ce dernier avait une sœur, Claude, qui épousa vers 1572 Pierre Brochard, sieur de la Borde et du Petit-Marigny, aussi receveur des tailles, toujours dans la même ville (1).

(1) Une petite-fille de Pierre Brochard et de Claude Sain, Marie, épousa, en 1626, un membre de la famille de Prie, originaire du Berry ; nous en parlerons ailleurs.

De Jean Sain et de Jeanne Proust ou Leproust vinrent deux enfants:

('.lande Sain, conseiller du roi en son grand Conseil, époux de Marie Lccourt (1).

René Sain, conseiller du roi, auditeur en sa chambre des comptes et trésorier de France au bureau des finances à Tours, époux de Jeanne Cottercau, décédée le 18 septembre 1G50. Parmi leurs héritiers on distingue M. René Sain, écuier, chanoine prébende de l'église cathédrale de la ville de Tours.

Voilà pour la branche aînée dont Pierre Sain fut le chef. Il nous reste à parler de la branche cadette, qui touche de plus près à la famille Descartes.

Claude Sain, marchand à Orléans, époux d'Etiennette Cathelin, la représente. Il serait décédé vers 1585. De cette union vinrent deux lilles:

Jeanne Sain, qui s'unit à René Brochard, lieutenant général à Poitiers, mort en 158G. En 1597, la femme du sieur de la Coussaye existait encore. Grand'mèredu philosophe, elle l'était aussi de l\enê Brochard, fils du premier mariage de Charlotte Desmoulins avec Claude Brochard. Enfin Jeanne Brochard, sa tille, épousa, le 15 janvier 1589, JoaChim Descartes. On sait le reste.

D'après une pièce citée par M. de Grandmaison (p. 32) à la date du G mai 1593, la seconde iille de Claude Sain, Renée, était veuve alors « d'honorable Jacques Aménion, bourgeois de la ville d'Orléans ».

Si nous rapprochons ces deux branches l'une de l'autre, pour établir des parentés exactes, nous constatons que Jeanne Sain était cousine germaine de Jean Sain, mari de Jeanne Proust, et de Claude Sain.

Par conséquent, Jeanne Proust, qui fut marraine en avril 1596 de René Descartes était sa grand'tante maternelle, et non son aïeule.

Après avoir rectifié cette erreur commise par divers auteurs, nous allons citer, analyser ou reproduire une séri» ■ de textes nouveaui extraits des archives poitevines, afin d'établir que la famille S. iin était chàtelleraudaise.

i temieG*, ÏO, 27 septembre 1625.

Dans une lettre très intéressante, à nous adressée par M. Arthur Labbé, de Chàtellerault, laquelle a été publiée dans le Bulletin du deuxième semestre de 190O, p. 531, on lit :

J'ai dans mes papiers une constitution de rente au profit de l'aumône générale de Saint-Jean-Baptiste de Chàtellerault due par plusieurs générations de Sain.

Le premier titre, du lo février 1527, est une sentence par laquelle Jehan Grasteau, Jehan-Hilaire et Gillet de la Fouchardière, sont condamnés à payer à la fabrique de Saint-Jean-Baptiste une rente de neuf boisseaux de seigle à cause déterres sises à la Justice d'Auzon, paroisse de Targé.

Au dos de cette pièce on a écrit postérieurement cette mention : litres concernant la rente due par MM. Sain et Brochard à cause de certains lieux proche Ozon.

Dans la deuxième pièce relative à la même rente (1530), Mathurin Sain est condamné au paiement; au dos on lit: condamnation contre les héritiers de Mathurin Sain, marchand, modo, Pierre Sain. Enfin, le 7 mai 156^, Claude Sain, marchand d'Orléans, de présent à Chàtellerault, est condamné à payer ladite rente.

Sur un état de rentes dues à la fabrique de Saint-Jean-Baptiste de Chàtellerault, il y a : « Les héritiers de Claude Sain, marchand d'Orléans, doivent IX boisseaulx de blé »... (Arch. Vienne, G9, 23).

16 septembre 1563. — Pierre Sain, contrôleur des tailles du duché de Chàtellerault [Arch. Vienne, 30, abbaye de Saint-Savin).

13 février 1566. —Jean Sain, marchand à Chàtellerault

« comme ayant charge de sire Pierre Sain, son père, contrôleur des tailles de la même ville» (abbaye de Saint-Savin, L, 30).

20 octobre 1563. — « honnorable Pierre Sain, controlleur des tailles du duché de Chàtellerault » (ut supra).

15 avril 1588. — Vente par Bertrand Belliard, greffierdu grenier et magasin à sel de la vilie de Tours et sa femme Judic Petiteau, à «dame Claude Sain, veufve de deffunct noble M. Pierre Brochard, vivant receveur des aides et tailles dud. Chastellerault, sieur de la Borde et de Marigny, demourantladicte Sain en ceste ville de Chastellerault », dedivers immeubles situés dans les paroisses d'Ingrande et de Chàtellerault pour la somme de 327 écuspayésaux sieurs Vincens et Belliard {Arçh. Vienne, E2, 270).

9 avril 1593. — « Sachent tous que en droict en la court du sce estably aux coutractz à Chastellerault. . . Personnellement estably et dhument soumise honorable femme Perrine Poizay, veuve de feu François Sorin, fille de feu Nicolas Poizay et de Perrine Sain, sa femme, demeurant au lieu et ville de la Roche de Poizay, la quelle a vendu à noble Jehan Sain, conseiller du roy, controlleur des aides et tailles aud. Chastellerault et Claude Sain, sa sœur, veufve de defunct noble maistre Pierre Brochard, vivant sieur de la Borde et de Mariguy, receveur des aides et tailles aud. Châtellerault, demeurant en ceste ville, la métairie de la Grange, paroisse d'Yzeures. » Acte signé des notaires Massonneau et Marquis Laurence (1).

19 juin 1593. — Claude Sain, veuve de noble homme Pierre Brochard, vivant receveur des tailles à Châtellerault {Arch. Vienne, G10, 16.)

9 septembre 1593. — Redevance à la chapelle des Turquand en l'église Saint-Jacques de Châtellerault, par Claude Sain, veuve de Pierre Brochard (Arch. Vienne G10, 16).

8 novembre 1595. — Jeanne Sain, aïeule et tutrice de René Brochard, sieur de La Coussaye, fils du premier mariage de Charlotte Desrnoulins et de Claude Brochard de la Coussaye, conseiller au parlement, laquelle s'était remariée avec Isaïe Brochard, sieur de la Clielle (arrêt du Parlement du 21 juillet 1634, Coutumes du Poitou de Lelet, p. 354.)

12 octobre 1598. — Reçu de M. Sain et de M. Brochard d'une redevance à cause du pré de la Mothe, au-dessous de Beauregard. h. Vienne, G9, 20, papier cerisier du prieuré et cure de Saint- Jacques de ChàteUerault.)

9 octobre 1600. — Reçu de noble Jehan Sain, contrôleur pour le roi à Châtellerault et de dame Claude Sain (sa sœur), veuve de feu M. Pierre Brochard, vivant receveur des tailles à Châtellerault (même référence que ci-dessus).

18 juin 1601. — « Jehan Sain, contrôleur des tailles pour le roi à Châtellerault ». — « Claude Ferrand, dame Des Cartes » (Arch, Vienne, H, 87. couvent d'hommes, Minimes de Châtellerault).

19 mars 1605. — a Terre de dame Claude Sain, veuve de

(1) Arch. Indre-et-Loire, E, 01 .

II. Pierre Brochard, vivant receveur des tailles à Chàtellerault », paroisse de Pouthumé (Terrier d'Auzon, p. 32 verso).

11 février 1606. — Arrêt du parlement dans lequel figure Claude Sain, veuve de « maistre Pierre Brochard »; elle est appelée en garantie au sujet d'une question de droit relative à la distance des plantations à observer entre voisins.

7 mars 1606. — Jean Sain, contrôleur des tailles à Chàtellerault, rend aveu au commandeur d'Auzon, d'un jardin sis au faubourg Saint-Jacques qu'il avait acquis de M. Helye Fergon et de Catherine de la Tumbe, sa femme (Arch. Vienne, reg. 543, Comm. d'Auzon).

7 mars 1606. — « C'est la déclaration des domaines et héritages du lieu, mestairye et appartenances de Beauregard, en la paroisse de Pouthumé, que nous, Jehan Sain, contrerolleur des tailles pour le Roy à Chastellerault et Claude Sain, vefve de feu noble M. Pierre Brochard, vivant recepveur des dictes tailles, enfans et héritiers de deffunct noble Me Pierre Sain, contrerolleur desdictes tailles et sieur du dict Beauregard, tenons et advouons tenir de vous messire André Grain de Saint Marsault, chevallier de l'ordre de Sainct Jehan de Hierusalera, Commandeur d'Auzon, à cause de

vostredicte commanderye au debvoir de Premièrement moy

dict Jehan Sain, tiens dud. lieu et appartenances de Beauregard

suyvant le partage qui en a été faict entre moy et madicte sœur, la moictié dud. logis neuf de Beauregard, avec les logis du mestaier... plus une pièce de terre... contenant unze boicellées... tenant d'autre à la terre de la dame Claude Sain, à cause de sa métairie de Vilvert (1)... Une pièce de terre sise aux Fronteaux, un peu audessoubz de la métairie de la Gornière (2)... tenant d'une part, par le bas, vers la rivière de Vienne au pré des héritiers de feu monsieur Brochard, vivant : lieutenant de Poitiers (3)... et par ung des côtés à la terre de la dame Descartes (4) (Arch. Vienne. Reg. 543, Commanderie d'Auzon).

(1) Commune de Chàtellerault; adonné son nom à une rue de cette ville (Dicl. lop. Rédet).

(2) Commune de Chàtellerault. La Gornière, 1619; la Gorronière, 1621, fief du Savirïier, la Garronnière, 1622.

(3) Ces héritiers étaient : Claude Brochard, René Brochard, sieur des Fontaines et Jeanne Brochard, épouse de Joachim Descartes.

(4) Claude Ferrand, femme de Pierre Descartes.

Gette métairie de Beau regard était indivise entre Jean Sain et Claude Sain, enfants et héritiers de Pierre Sain, en son vivant contrôleur des tailles à Ghàtellerault.

D'après les tenants ei aboutissants des terres déclarées, on constate que les héritiers de feu Brochard, lieutenant-général de Poitiers, et de Barnabe Basseteau, curé de Saint-Jean-Baptiste de Ghàtellerault, héritier de feu Jeanne Basseteau et aussi dame Descartes eencore vivante), avaient des biens dans l'ancienne paroisse de Pouthumé. Sur la pièce: signatures de Jean et de Claude Sain.

8 mars 1606. — « C'est la déclaration des dommaynes et hérita- < j ne nous. Pierre Brochard, escuier, sieur de Marigny, conseiller du Boy et maistre des requêtes ordinaires de son hostel tenons etadvouons tenir de vous... premièrement une maison et mestairye size au lieu d'Availles, appelées la Gaudinière (1)... une pièce de terre aux quarts d'Ozon... tenant de deux parts aux terres de dainoiselle Jehanne Sain, vefve de deffunct noble Bené Brochard, vivant lieutenant général pour le Boy en Poictou... (Terrier d'Auzon. p. 07 verso; v. aussi p. 37 recto.)

27 mars 1607. — « De vous, noble et religieuse personne Andréde (irain de Sainct Marsault, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem.... Je, Jean .Mitault, advocat à Chàtellerault, tiens et advoue tenir., avec mes cofrérescheurs les lieux cy-après.. . Une maison, grange, cave fourt, court et estables sis en la paroisse d'Availles appelée lePesron (sic) près de Marconnay (2) faisant partie des maisons, bail <;l aisances, appelées le Pesron, touchant d'une part au chemin descendant de Marconnay aux Yarennes et d'autre au doux de vigne cy après déclaré et à l'autre portion des maisons, bail et aisances des héritiers de deffuncte damoiselle Jehanne Brochard, vivant veuve «lu delfunct sieur d'Archange (3), plus la moictyé du doux de vigne • -tant autour et joignant lesdicts logis cy dessus, renfermé de murailles, contenant huict journaux d'homme ou environ, à prendre

(1) Cour-Nallet, maison rur. commune d'Availlc. — La Gaudinière, 1438- 15l0.com. d'Auzon (Dict. top. Rédct.)

(2) Ferme, commune d'Avuille; — 1438, hostel de M. Jehan de Marconnay (Commune d'Auzon) — anc. lief et haute justice relevant de la bar. de Mon*

i {Dict. top. Rédet). Voir sur ce Jean de Marconnay une intéressante notice dans les Archiva historique» du Poitou, i. XXIX, p. 157, note.

(3) N'ayant pas eu d'enfants, ses héritière étaienl ses nei eux, Kené Urocliard, sieur des Fontaines, et Jeanne femme de Joachim Descartes.

ladicte moictié du costé du chemin par lequel l'on va de la porte dudict lieu du Pesron à Marconnay et y touchant d'une part, d'autre à l'autre moictié dud. doux, appartenant aux héritiers de lad. vefvedu feu sieur d'Archange.... Pour raison des quelles choses cy dessus et aullres exploitées par mesditz col'rérescheurs qui sont dommaynes despendans de ladicte mestairye du Pesron, mesdicts cofrèrescheurs et moy nous devons par chescun an à la recepte dud. lieu d'Auzon, ung septier de froment et vingt deniers et ung chappon au terme Saiot'Michel et au jour des deffunlz cinquante solz, et le lendemain de Nouel ung desnier au Pesron et le lendemain de Pasques cinquante solzsix deniers et ungdisner audictlieu du Pesron (Arch. Vienne, Terrier d'Auzon, p. 68 verso).

6 février 1610.— Au faubourg de Sainte-CatherinedeChàtellerault, François'Pel!erault,marchand, se déclare tenancier du Commandeur

d'Auzon, à cause d'une maison sise dans le faubourg précité

Joignant d'une part à la Grand'rue tendant du Garroy du Barillet à la Croix des Aubues, d'autre à la rue tendant dud. Carroy à la rivière de Vienne, d'autre au logis de dame Claude Sain, vefve de deffunct noble Pierre Brochard (Arch. Vienne. Reg. 5i3, terrier d'Auzon).

16 mars 1610. — « Dame Claude Sain, veuve de Pierre Brochard » (Arch. Vienne, H1 21 ; assises du prieuré de Saint-Romain de Châtellerault).

18 mai 1612. — Métairie « vulgairement appellée la Marchandiez!)», en lad. paroisse d'A vaille, tenant le total de ladicte pièce d'une part au chemin tendant de la Barraudière (2) au Carroy de la Poupauldière, d aultre de deux partz aux terres delà mestairye du Pesron appartenant aux héritières de dames Jehanne Brochard (2) qui estoit fille de défuncte damoiselle Anne Sauzay et à maître Jehan Mitault, avocat au siège royal de Chàtellerault, au lieu de feu Simon Pellourde, et d'autre, par le dessoubz, aux terres du sieur de la Tourd'Oyré et de messire Jehan du Fourny, chevallier, sieur du Jon à cause de dame Claude Goullard, son épouse (Terrier d'Auzon).

(1) 1594, seigneurie des Closûres.

(2) La Baraudière, 1438.

(2) Femme de Jean de Moulins, sieur d'Archange, conseiller au Présidial de Poitiers.

87 août 1618. — « noble maître Jean Sain, conseillerai roi, contrerolleur ancien des aides et tailles à Châtellerault. » 8 septembre 1G19. — Testament de Jean Sain.

Au nom du Père, du Filz et duSainct Esprit, ainsi soit il. — Je, Jehan Sain, sieur de Beauregard, conseiller du Roy, esleu et contrerolleur antien de ses aydes et tailles à Châtellerault, y demourant, gisant au lict malade, grâce à Dieu sain d'entendement et de mémoire. ... voulant mon décès advenu, mon corps eslre inhumé et ensépulturé en l'église Monsieur Saint Jacques dud. Chastellerault, en la Chapelle des Sains Turquans, devant l'hostel de lad. chapelle et au milieu d'icelle, me rapportant de ma sépulture, obsèques et services à la vollonté de Claude Sain, escuyer, conseiller du roy en son Grand Conseil, mon filz, et en René Sain, aussi escuyer, conseiller du roy et trésorier général de France en la Générallité de Tours, aussi mon filz. Toutes foys, je veux et ordonne qu'il soit dict et célébré à perpétuité eu la susdite chappelle une messe basse tous les dimanches de l'an après mondict déceds, à commencer, le premier dimanche d'après mondict déceds, laquelle messe sera sonnée à coups de la grosse cloche de ladicte église Sainct Jacques à la. manière acoustumoe et ordinaire; qu'il soit faict en ladicte chapelle tous les ans, perpétuellement deux services de vigilles et troys grandes messes, sçavoir : l'ung au neufviesme jour de chascun moys de septembre et l'autre au dixièsmo jour de chacun moys de mars, qui est à tel jour qu'est déceddée desfunte Jehanne Leproust, ma femme, le tout pour le repos et sallut de mon âme

et de ladicte desfunte Leproust ma femme Faict et passé au dict

Chastellerault, au logis dud. du sieur testateur, après midy, le huictiesrae jour de septembre mil six cens dix neuf, et a led. sieur testateur déclaré ne pouvoir plus signer au moyen de sa grande malladye et la foiblesse et abaissement de veue ; le tout en présence de damoysèlle Catherine Brochard, femme de Pierre Ferrand, escuyer sieur de Beaufort et de Sossay, conseiller du roy et trézorier provincial de l'Extraordinaire des guerres en Poiclou, Me Louis Leproust, nepveu dudict sieur testateur et greffier criminel dudict Chastellerault, damoysèlle Louise de Razines, femme de Mf' François Massonneau, sieur de La Rivière, Marye de Puigrener, vefve de feu Méry Dupont et Jehanne Guytonneau, femme de Pierre Dairon ; est déclaré par lesd. de Puigrener et Guytonneau ne savoir signer, quant auxd. damoiselles Brochard, de Razines et Leproust, ont signé la minute des présentes. »

Cet acte intéressant est une sorte de généalogie de la branche aînée des Sain.

Nous pourrions multiplier ces textes d'archives, mais ce serait abuser du lecteur sans rien ajouter aux preuves authentiques qui

font des Sain et des Brochard des familles originaires du pays chàtelleraudais.

Je ferai remarquer ici que les documents qui concernent les familles Sain et Brochard produits par M. De Grandmaison (tirage à part, p. 31) ont un réel intérêt en ce sens qu'ils se rapportent à la filiation suivie des Descartes, puisqu'ils ont trait aux descendants de Claude Sain, marchand à Orléans (s1' de Bellecroix). En effet, de lui vint Jeanne Sain, femme de Bené Brochard, sieur de la Coussaye, et leur fille, Jeanne, fut l'épouse de Joachim Descartes, père de Bené. De notre côté, les textes que nous citons se rapportent à la branche aînée des Sain, dont Pierre fut le chef. Son fils Jeau épousa Jeanne Proust, marraine du philosophe, et de ce mariage sont issus Claude, conseillerau Grand conseil, et Bené, trésorier des finances au bureau de Tours, lequel eut pour héritier autre Bené, écuier, chanoine prébende de, Tours.

Depuis notre publication des Origines chdtelleraudaises de lajamille Descaries, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest (tome XIX, pages 51 à 250) nous avons recueilli, outre les documents analysés ci-dessus, quelques notes qui trouvent ici leur place naturelle et complètent les textes déjà connus.

10 mars 1472. — Jeanne Baudy, veuve de feu Jean Brochard. (Arch. Vienne, H, 22, prieuré de Saint-Bomain de Chàtellerault.)

1448. — Projet d'aveu de Parigné, mouvant de Faye, à rendre par Louis Scolin, écuier.

« Item, Jehan Férant, XVIII bois, de froment de rente et ung chappon au jor de Saint Michel, rendus en l'ostei de Parigné (1), assis sur une pièce de terre nouvellement plantée en vigne, céant à Champ Bouchart, contenant XIIIl boiss. de terre ou environ, touchant d'une part au clos de Parigné, le meur entre deux, et d'autre part par le chemin par lequel l'en vait du Portau de Ludinois à la Touche de Jaunay et d'autre part au long du champ Bouchard ».

2 mai 1517. — Procès-verbaux dressés et sommations faites à la requête de MM. les chanoines de Chàtellerault contre M. Fran-

(1) Parigné, dans la paroisse de Faye, non loin de l'abbaye de Bois-Aubry

çois de Rohàn, archevêque de Lyon, et autres héritiers de Mœc Margueritede Calabre au sujet de la délivrance des ornements et rentes légués parla dame Marguerito de Calabre.

Otte pièce est signée Aymé Brochard, conseiller du roi, conservateur des privilèges royaux de l'Université de Poitiers. (Arck. Vienne, G8, 2.)

H juin 1556. — «... Aussi que M. Jehan Ferrand, médecin, se dict exampt de l'emprunt de l'an présent parce que, lors du département d'icelluy, il n'estoit demourant en ceste ville et a présenté requeste pour estre rayé du roolle. » {Délibération du corps de ville de Poitiers, reg. 33, p. i) I . )

11 habitait à Chàlcllerault bien avant 15ï3.

5 août 1558. — Vente à M. Pierre Brochard, greffier des insinuations du duché de Ghàtellerault et y demeurant, par damoiselle Marie Eschinard, veuve de feu Antoine Desmons, écuier, sieur de la Salle (Arch. Vienne, E3, 741).

25 février 1566-1567 suivant l'édit (sic) :

Messire Martial Delauzon, chantre de l'église collégiale de Saint Hilaire le Grand, seigneur de Mazay (1), et honorable homme M. Claude de la Fontaine, avocat au siège et présidial, vendent « à messire Jehan Ferrand, docteur en la faculté de médecine demeurant aud. Poictiers . . pour le prix et somme de trois mille livres sournois... l'hostel et maison noble de Mazay de la Boutetière aud. Delauzon... plus une mais*on size en cesto ville, aux lieu et place du marché vieil, aud. delà Fontaine appartenant et en laquelle il demeure; tenant d'une part et par le devant des deulx coslés à lad. place du Marché Vieil, d'autre à la Poissonnerie et- d'autre à la maison de Matthieu Olivier. »(Arch. Vienne, G. 030.)

Ci juillet C>08. — « Les lettres de M. Humeau adoptés en la faculté de médecine, signées par J. Ferrand, doclor {Arch. Vienne, I). 3, faculté de médecine de Poitiers).

Le 18 novembre 1570, M. LoysFeirand, chanoine deN.-D. de Chàtellerault, écolier à Paris, un des fils du précédent, s'opposeàla locationde la maison de Poitiers ci-dessus désignée qu'il prétend lui appartenir et quiélail revendiquée parles chanoines de St-Hilaire

(i)Voiuui. de Vouneuil-sous-Biard.

1570. — Louis Ferrand, chanoinede l'église collégiale de N.-Dame de Chàtellerault.

9 février 1572. — w damoiselle Anne de Sauzay, veuve de défunt noble homme Aymé Brochard, vivant conservateur des privilèges royaux de l'université garnie de M. Aymé Rasseteau, avocat. [Arch. Vienne, E"2 s. 777.)

7 novembre 1577. — Vente de biens du clergé ; intervention de René Brochard, conseiller du roi, lieutenant général en Poitou. — François de Brilhac, lieutenant général criminel.

1er septembre 1580. — Dans un aveu rendu à la duchesse du Chàtellerault par Pierre delà Font, contrôleur général de la maison duroi de Navarre, figure parmi ses tenanciers: Claude Ferrand, dame Descartes, pourun jardin situé dans le faubourg de Sainte-Catherine. [Arch. lie)ine, E% 69.)

30 juin 1581. — A cette date « noble maistre Jehan Ferrand, docteur en médecine », habitait la rue des Limousins, à Chàtellerault, (Arch. Vienne, H. 33.)

Il s'agit de Jean Ferrand II ; il fit son testament le 10 juin 1584.

28 juillet 1586. — Décès de René Brochard, sieur de la Coussayc, marié à Jeanne Sain, fille de Claude Sain, marchand à Orléans....

1586. — In obitum clarissimi viri Renati Brochardi propraHoris Pictavici, B. Irlandi utriusque Juris Doctoris profitentis,et Régis consiliarii in concessu Pictavico, Carmen. Pictavii, ex officina Bochetorum. 1586 — in-4° de 4. ff. dont le dernier est blanc. (Bibl. nat.) (de La Bouralière, V Imprimerie et la librairie à Poitiers au XVI6 siècle, p. 53. Mém. Ant. de l'Ouest, tome XXIII, année 1899).

A la page 11 de ses Nouvelles i^echerches (iiragek part), M. de Grandmaison signale des contradictions qui nous auraient échappé au sujet de la date de la mort : 1° d'Aimé Brochard, mari d'Anne de Sauzay; 2° de René Brochard, son fils, époux de Jeanne Sain. — Elles ne sont qu'apparentes. Aimé Brochard est bien décédé le 2i juin 1533, date que nous avons relevée sur le registre obituaire de la paroisse de Sainte-Opportune, où on lit : « Le 2i juin 1533, honorable maître Aymé Brochard, Conservateur des privilèges de l'Université de Poitiers, fut enterré dans l'église Sainte-Opportune, devant le crucifix, où il y eut honorable compagnie. » Telle est la

date exacte de la mort du bisaïeul maternel de René Descartes qui

naquit soixante-trois ans après.

Quant à René Brochard, de la Coussaye, lieutenant général à Poitiers, aïeuldu Philosophe, il décéda le 28 juillet 1586 et le 8 août "suivant fut enterré en l'église Sainte-Opportune et devant le crucilix

dans la sépulture de son père. Le recteur et tous les officiers du roi

assistèrent à ses obsèques.

Les registres de cette vieille paroisse commencent à diverses

époques. Nous y avons trouvé consignées : Les sépultures de 1366 a 1667. —Les mariages de 1570 à 1663. —

Les baptêmes de 1539 à 1668.

A partir de 1677, les baptêmes, les mariages et les sépultures sont

inscrits pêle-mêle surles mêmes registres. Il y a toutefois des lacunes

qu'il est inutile de signaler ici, attendu qu'elles ne touchent pas à

notre sujet.

14 octobre 1587. — De l'examen attentif de la filiation suivie des Ferrand,il résulte queJean Ferrand Ier, époux de Louise Rasseteau,

père et mère de Claude Ferrand, femme de Pierre Descartes, n'était pas le fils de Jacques, seigneur de Panzoult, mais bien son oncle. Nous allons le démontrer à l'aide d'un acte authentique de partage fait à Ghinon le 14 octobre 1587 et déjà publié à la page 240 des Mémoires de notre Société de 1896 (pièce justificative ne 34).

Etienne Fergon, seigneur de la Pataudière (1), avait épousé Martine, une des filles d'Alexandre Ferrand, intendant de Louis Ier de Bourbon, prince delà Roche-sur-Yon de 1477 à 1520. Martine avait un frère, Jacques Ferrand, seigneur de Panzoult, objet des lettres d'anoblissementd'octobre 1554, et une sœur, Charlotte, mariée à un certain vicomte de Mortaing. Etienne Fergon et sa femme étant décédés, le premier en 1574, la seconde en 1587, leurs quatre enfants, Martin, Suzanne, Louis et Isabelle, se partagèrent non seulement les biens de leurs auteurs, mais encore une partie de ceux de leur oncle maternel décédé sans hoirs, et auquel sa sœur Charlotte avait survécu. D'après cela on se demande comment il estarrivéque, dans les généalogies de la famille Ferrand, on ait représenté Jacques Ferrand, seigneur de Panzoult, comme étant le père de Jean Ier

(\) Commune de Ghampigny-sur-Veude (lodre-et-LoireJ.

Ferrand, médecin de la reine Eléonore, auteur de Claude, femme de Pierre Descartes, le médecin Ghàtelleraudais. Car, s'il en était ainsi, le père serait mort longtemps après le fils, qui décéda en 1569, très avancé en âge. Pour rester dans les limites d'un raisonnement acceptable et conforme à la supputation des dates, il faut admettre que Jean, Ferrand le père était frère cadet d'Alexandre et oncle de Jacques Ferrand, de Martine Ferrand, femme d'Etienne Fergon, et de Charlotte Ferrand, épouse du vicomte de Mortaing.

La mère de Jean Ier Ferrand s'appelait Marion Dupont, alias Brigandinière. Elle mourut à Cliâtellerault le 23 décembre 1542. — En résumé la brancheaînée des Ferrand, représentée'par Alexandre, s'éteignit dans la personne du seigneur de Panzoult, son fils; c'est alors que son frère cadet devint le chef de la famille répandue dans le pays châtelleraudais.

23 mars 1589. — Michel Ferrand, frère de Claude, femme de Pierre Descartes le médecin, était du parti des catholiques. En effet, le roi de Navarre, qui allait être bientôt Henri IV, ayant rendu à Cliâtellerault, le 23 mars 1589, une ordonnance portant que l'exercice de la religion réformée serait « mis et establi » dans la susdite ville, cet acte d'une grande portée, et qui blessait les sentiments religieux de la majorité des habitants, fut présenté au lieutenant-général de la sénéchaussée pour être enregistré et recevoir son exécution immédiate. Michel Ferrand, qui occupait alors cette importante fonction, et les autres officiers refusèrent d'accueillir la requête du Prince, mais le Navarrais ayant insisté, ils durent obéir à l'injonction du « protecteurdes églises réformées ».

(Ms.Roffaydes Pallus, Mém. général sur la Ville, Duc ké et Élection de Châtellerault.)

8 mai 1601.™ Maison noble deBeaulieu, appelée aussi laPuissotière, commune de Velléches.

Dans un aveu rendu à la date précitée, par François Cannes, écuier, fils aine et principal héritier de Louis Gnnnes, vivant, écuier, sieur deMontdidier (1), à dame Nicolle le Roy, veuve dedéfunt haut et puissant seigneur Mrede Cossay, vivant, comte de Secondigny, maréchal de France on lit : Item, fors et réservé que au dedans des

(1) Comm. de Vellèches.

— iiO -

susdites confrontations, est assis l'hoslcl de Beaulieu tout ainsi qu'il se poursuit avec les jardins et clos de vigne qui est tenu de moy à

foy hommage simple au debvoir de dix sols aux loyaulx aides

Par Claude Ferrand,vefvede desfunct noble Pierre Descartes, vivant docteur en médecine. Pierre Bruneau, sieur de la Roussière, advocat au siège présidial de Poitiers, à cause deJehanneFerrand,sa femme, et Hilaire Repin, sieur de la Ronde,fils et héritier de desfunctz René Repin et Catherine Ferrand, comme héritiers de défunct noble homme Jehan Ferrand, vivant docteur en médecine, conseiller et médecin ordinaire du roi. (Arch. Vienne E8, 3.)

7 mars 1606. — La métairie de Bellian (1) appartenait à noble M. Michel Ferrand, lieutenant général à Chàtellerault (Arch. Vienne, Terrier d'Auzon, reg. 543 p. 31).

14 septembre 1607. — « Aujourd'huy, mesdicts sieurs [du chapitre de N. D. de Chàtellerault] estant unanimement assemblez en chappitre de leui dicte église à la manière accoustumée, s'est présenté Me Pierre Riguet, nostre procureur » lequel nous a dit et remonslré que en l'instance que luy avons donné charge de poursuivre à l'encontre de dame Claude Ferrand, veuve de feu noble homme Mc Pierre Descartes, vivant docteur en médecine, pour le payement des arrérages de dix solz de rentes et cens escheuz du vingneuf au jour de fuste de Saint-Michel, mil six cens et six et continuation d'icelluy dix solz de cens et rente qu'elle doibt aux diletz à cause de... A laquelle dame Ferrand, icelui Riguet dit en avoir conféré et luy avoit fait responce qu'elle ne pensoyt debvoir les ditz dix sols, aussy n'en avoit elle oneques payé et ne luy avoient esté demendé fors puis deux ans, que M. Jehan Roffé, commis à nostre recepte luy en avoit faict demande; neantmoings, s'il nous plaisoit luy remettre jusques en l'année mil six cens et six, elle payroit les années despuis escheues et Souffriroyt condamnation de la continuaion d'iceulx. L'affaire, mise en délibération pardevant mesd. sieurs, ont unanimement advisé et accordé led. don d'arrérages à la susdite condition et à ceste fin pour en passer tiltre et contrait autentique ont présentement mandé en leur chapitre Mes Lucas,

(1) Bélean, Bélian, maison rurale, dépendait autrefois de Poulhumé, aujourd'hui de la commune de Chàtellerault.

Massonneau et Jehan Girard, notaires royaux en ceste ville et pour passer icellui contrait, faire et passer avec lad. dameFerrand est donné charge à moy, Laurent Brunet susdit et scribe d'icelluy chapitre, le signer pour le corps d'icelluy chapitre pour plus grande approbation. »... (Arch. Vienne. Rég. 185, Chap. de N.-D. deChâlellerault, 1606-1615).

2 mai 1607. — Demoiselle Marie Dupuy, veuve de Michel Ferrand, conseiller et lieutenant-général du duché de Ghâtellerault, reçoit le remboursement d'une somme prêtée par sa mère Jeanne de Bosnay, femme d'Antoine Dupuy, audit sieur de Sossay {Arch. Vienne, reg. 185, pp. 66,67). — Par conséquent, Marie Dupuy était la belle-sœur de Claude Ferrand.

4 février 1608. — Contrat du mariage de Pierre Adhumeau avec Jehanne Rasseteau,à Chàtellerault.

Sachent tous que en droict, en la court du scel estably aux conlraitzà Chastellerault pour le roy et monseigneur le duc, ont esté présens et personnellement establiz et soubzmis honorable Pierre Adhumeau, escuier, sieur des Meurs, conseiller du roy, vissenechal et mareschal pour sa majesté et nosseigneurs les connétable et mareschaux de France on duché dud. Chastellerault, ressortz entiers et pays adjacents dud. duché et honorable maître Jehan Rasseteau, cy davant lieutenant particulier à Chastellerault et assesseur pour sa majesté en la court ordinaire de la seneschaussée de Chastellerault et dame Claude Dauvergue son espouze, dud. Rasseteau bien et suffisamment authorisée quand adce pour le faict des présentes et Jehanne Rasseteau leur fille, d'aultre part, tous demeurens aud. Chastellerault, entre lesquelles partyes a esté faict de leurs bons grez et vollontez les convenances et traicté de mariage qui sensuit : c'est assavoir que led. Adhumeau, visseneschal, par l'advis de ses parens et amis soubzsignez, a promis et promect prendre à femme et espouse Jehanne Rasseteau, comme aussy ladicte Jehanne Rasseteau du voulloir, consentement et volonté de sesd. père et maire et encore de dame Perrette Dupuy, vefve de feu maistre Gaspard d'Auvergne, vivant lieutenant particulier, assesseur en la court ordinaire, dud. Chastellerault, honorable Me Aymé Rasseteau, président en l'élection dud. lieu, maistre René Richard, advocat aud. Chastellerault, oncles de la dicte Jehanne, dame Marye Dupuy, vefve de feu noble maistre Michel Ferrand, vivant conseiller du roy et lieutenant général pour sa majesté aud. Chastellerault, dame Claude Ferrand, vefve de feu maistre Pierre Descartes, vivant docteur en médecine, et vénérable Pierre Rasseteau, chantre et chanoine en Péglize collégiale Nosfre Dame dudict Chastellerault, proches parents de

ladicle Jehanne Rasseteau, a promis el promect prendre à raary et espoux led. Adhumeaa promeclant de respectivement eux espouser en face de saincte esglize, loules fois et quantes que l'ung par l'autre en sera requis, les solempnitez de notre mère saincte esglize catholicque, apostolique et romaine préalablement gardées el observées. En faveur et contemplation duquel mariage lesdicls Rasseteau et Dauvergne, père et mère, ont promis bailler ausdiclz futurs conjoints la somme de douze cens livres dans le jour de la bénédiction nuptialle que ledict Adbumeau a promis emploier en acquests immeubles censé le propre palrimoync de lad. Jehanne Rasseleau et à faillie d'acquest dès aprésenl led. Adbumeau les a assignez, reallizes, assigne et reallize sur tous et ebaicuns ses dommaines tant nobles que roturiers présens et futurs, sans que lad. somme de douze cens livres lumbe en la future communauté laquelle sera entre lesdicts futurs conjoinetz, o condition que ladicte Rasseleau ne sera tenue des debles faites par led. Adbumeau auparavant ces présentes et qu'il fera jusques au jour de la bénédiction nuptialle et à celle tin fera faire inventaire par auctborilé de justice à ses ensfens mineurs, et ou ladicle Rasseleau viendroit a décedder sans hoirs du vivant de ses père et mère, ladicte somme de douze cens livres ou acquest qui en sera faict seront renduz et restituez ausdiclz père et mère, et oultre ont lesdietz Rasseteau et Dauvergne promis vestir et babiller leur fille dbabitz nuptiaux et oultre luy donner pacquet et trousseau bonneste sellon sa quallité, les quelz babitz, trousseau et pacquet ensemble la somme de trois cens livres faisant partye desdietz douze cens livres ne seront par ladicle Jehanne Rasseteau fmure espouse, ne les siens, subjeetz à rapport ne précompte venant à la succession desdietz Rasseteau et Dauvergne père et mère cl desquelz trois cens livres, trousseau, pacquet et babilz ont fait don à ladicte future espouse leur fille et aus siens par préciput et adventage sans aulcun rapport. Et est dicl qu'il sera au choix de ladicle future espouse el aus siens de renoncer sy bon leur semble à la communauté future et neanlmoings prendront lcsdiclz douze cens livres, trousseau, bagues et joyaux que ladicte future espouse aura portez ou la valleur d'iceux dont sera faict sommaire description pardavant nottaires sans qu'ilz soyent tenus aux délies de ladicle communauté, jaçoit qu'elle y fust personnellement obligée, que ledict Adbumeau sera tenu acquicler el indempniser ladicte Jehanne Rasseleau el les siens, el a ledict Adhumeaa end' aairé i l endouaire ladicteRasscteau future espouse du douaire coustumier et, pour insignuer ces présentes où il appartiendra, ont constitué leur procureur le porteur des présentes auquel ils ont donné pouvoir el mandement de faire tout ce que dessus a esté respectivement stil'iillé et accepté par lesdicles parlyes lesquelles à l'entrelenemenl de ce que dicl est elles ont promis et juré leur foy et serment, obligé et jrpotecqué Ions et chaseani leurs biens meubles et immeubles présens et futurs, et à deffault de ce amender tous despens, dommages et interestz.

renonçant sur ce à toutes choses à ces présentes contraires et au droict, disant généralle renonciation non valloir, dont à leurs requestes et présentement ilz ont esté jugez et condarapnez par le jugeaient et condarnpnatioa de ladicte court le scel d'icelle à ces présentes mis et apposé en signe de vérilté. Faict et passé en la maison dud. Rasseteau après midy le quatriesme jour de febvrier mil six cens huicl es présences des dessusdiclz et eucores de honnorable Jehan Adhumeau, chanoine eu l'églize collégiale de iS'ostre Dame, honuorable il*' Pierre Canche, sieur des Griffardiéres, greffier en la court ordinnaire et ellection en ce duché, Me François Dissaudeau, procureur, Mathurin Gontancin, marchand, Me Jehan Potron, procureur au siège royal dud. Ghastellerault, tous proches païens dudict sieur vissenechal, lesquelz ont tous signé en la minutie des présents. Faict les jour et an que dessus.

DlSSANDEAU

avec maistre André Mytault.

De cette pièce il résulte que Jean Rasseteau, qui n'était plus alors lieutenant-particulier de Châtellerault, et sa femme Claude D'Auvergne, père et mère de la fiancée; dame Perrette Dupuy, sa grandmère, veuve de Gaspard d'Auvergne; Aimé Rasseteau, président de l'élection, et René Richard, avocat, oncles de Jeanne, donnent leur consentement au «traité de mariage». Sont encore présents et signent le contrat: Marie Dupuy, veuve de Michel Ferrand, vivant conseiller du roi et lieutenant général à Châtellerault (1), Claude Ferrand, veuve de Pierre Descartes, docteur en médecine, et, enfin, « vénérable » Pierre Rasseteau, chanoine de l'église collégiale de N.-Dame, proches parents de la future. — Du côté des Adhumeau, nous trouvons Jean Adhumeau, aussi chanoine de l'église collégiale susdite, Pierre Canche, seigneur des Griffardières (2), greffier en la cour ordinaire. François Dissandeau, procureur, Mathurin Contancin, marchand, Jean Potron, procureur au siège royal de Châtellerault, également proches parents de Pierre Adhumeau, vice-sénéchal de la susdite ville, office dont son père lui donna la survivance lors de son premier mariage, le 20 juin 1593, avec Marie Contancin. — L'original de cet acte intéressant nous a été communiqué très obligeamment par M. Jules de Milan d'Astis, propriétaire actuel du

(1) Les portraits de Michel Ferrand et de Marie Dupuy ont été reproduits dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest de 1806, pp. loti et 157 Nous les donnons encore pour ceux qui ne les connaissent pas, v. p.5i,ùo. Hameau, comm. d'Ingrande.

château de la Sibilière, commune d'Ingrande. — Avant de venir à la famille Adluimeau, la Vieille Sibilière relevait féodalement de la seigneurie voisine de Marigny. Elle avait appartenu à Anne

Michel Ferrand, lieutenant général de Cuâtellerault, grand-oncle et l'un des parrains de René Descartes.

de Sauzay, fille de Guillaume, qui la lui avait donnée en partage en 1521, ainsi que le domaine noble de Chaussain, de la paroisse de Scorbé. On se rappelle qu'Anne de Sauzay était femme d'Aimé Brochard, conservateur des privilèges royaux de l'université de Poitiers, mère de René Brochard, sieur de la Coussaye, époux de Jeanne Sain, dont vint Jeanne Brochard, mariée, en!589, à Joachim

Descartes.— Si nous insistons sur ces détails c'est qu'ils viennent à l'appui de la tradition qui fait naître René Descartes sur le territoire de la commune d'Ingrande.

Marie Dupuy, femme de Michel Ferrand, lieutenant-général de Chàtellerault.

29 novembre 1610. — Claude Ferrand, étant née en 1532, aurait eu soixante-dix-huit ans en 1610, époque à laquelle elle vivait encore, d'après un inventaire des titres du fief de Cliesne du 2î) novembre de l'année susdite. Son mari, Pierre Descartes, étant mort

en 1500, elle lui a survécu au moins quarante-cinq ans. Elle était veuve à trente-quatre ans.

Ilil7. — La pierre tombale de Pierre Descartes provenait soit de l'ancien cimetière de l'église de Saint-Jean-Baptiste de Châtellerault, louchant à cette église, soit plutôt de la chapelle des Rasseteau, sur l'emplacement de laquelle nous avons recueilli les détails qui suivent :

29 juin 1 1 > 1 7 . — Rente due à vénérable messire Gaspard Rasseteau. prêtre, chapelain de la chapelle des Rasseteau, proche et continué à l'église de Saint-Jean-Baptiste, à cause d'une maison située en la paroisse de Saint-Jacques, rente léguée et donnée au chapelain de ladite chapelle par dame Jeanne Gaudete, veuve de défunt M Aymé Rasseteau, vivant conseiller et élu pour le roi à Châtellerault, par son testament du 17 avril i.*>83.

3 juillet 1017. — Rente due au même Gaspard, chapelain de la chapelle des Rasseteau, desservie près l'église de Saiul-Jean-Baptiste, à cause de deux corps de logis construits en une grande place où était un logis où pendait anciennement pour enseigne l'image de Sainte-Catherine, tenant d'une part à la rue tendant de la porte Sainte-Catherine à la Croix des Aubues, d'autre au logis de la veuve Abel Gastineau, d'autre au logis de la Téte-Noire, d'autre par le derrière au logis de Guillaume Duplex le jeune, la ruette commune entre deux, d'autre à la rue tendant du Carrois du Barillet à la rivière de Vienne.

3 juillet 1017. — Rente due au même à cause d'un logisoù pend pour enseigne le Lion d'Argent, situé au faubourg de Sainte-Catherine à la Croix des Aubues. [Arch. Vienne, G l0,»16.

Nous savons donc maintenant où était la Chapelle des Rasseteau.

10 décembre 1618. — « Pierre Descartes, conseiller du roi en sa cour de parlement de Rennes, étant présent à Châtellerault, vend, tant en son nom que comme procureur spécial de Mr Joachim Deses, aussi conseiller du roi <'n la même cour, à honorable Pierre Coatancio, sieur delà Couldraye f 1 >, et dame Jeanne Adhumeau, sa femme, le lien, maison, mestairie et appartenances des Chappau-

Châtellerault et de Targé.

dières (1) en la paroisse de Targé, Pouthumé et les environs, consistant en loges, grange, estables chesnevierres, vignes, prés, bois de haute futaie, taillis, terres labourables, non labourables avec les terres sises au-dessous de Beauregard, pivs de la ville de Chàtellerault, et les terres du Charrau et tout ainsi que led. sr Descartes

père et led. sieur son fils en ont joui Le vendeur ne sait au vrai

de quel fief et seigneurie les lieux vendus sont tenus et mouvans... la vente est faite pour le prix de deux rail cinq cens livres tournois dont rail cinquante sont payés comptant par le sieur Contancin, le reste devant être versé dans un délai de trois ans en la maison d'Hilaire Monthenay, ci devant huissier au Chàtelet de Paris.... » L'acte est passé au logis dud. sieur Descartes, le dixième jour de décembre mil six cent dix-huit.

La procuration donnée par Joachim Descartes à son fils aîné Pierre, le 25 juillet 16l8,à Rennes,pardevant les notaires royaux Gicquel et Morfouace, 'contient des détails précis qui nous engagent à les reproduire textuellement.

Devant nous, notaire royaux à Reynes (sic), a comparu noble homme, Monsr Me Joachin Descartes, conseiller du Roy en sa cour de parlement de ce pays, résident aud. Reynes, lequel après s'estre soubzmis à notre d. Cour, a nommé et institué Monsieur Me Pierre Descartes, aussy conseiller eu lad. cour, son fils, son procureur général et spécial, au pouvoir exprès et mandement de faire compter M1' Hillaire Monthenay, recepveur dud. constituant, prendre et recevoir dud. Monthenay ce qu'il debvra; pour suivre tous les debteurs dud. sieur constituant, soit pour arrérages de rentes, restes de fermes ou pour quelque cause que ce soit, recevoir d'eux et leur bailler quittances et si aulcuns d'iceulx qui doibvent rentes constituées voulloyent icelles franchir, consentir les franchissements et recevoir les derniers en provenant et mesmes a donné pouvoir à sond. fils et procurer de vendre telle partye, soit des propres de sond. procureur tilz par le déceds de ses défunctes ayeulles (2), mère (3^, et tante (4), soit des propres dud. constituant, que sond. fils et procureur advisera, et establir aux conlractz led. sieur constituant comme covendeur avec sond. filz, l'obliger solidairement avec toutes renonciations requises au gareud des

(1) Hameau, comm. de Chùtellerault. Les C/iappodières, 1621 (fief du Savinier). — Les Chappaudières, 1023, cure de Pouthumé (Dicl. Top. Rédet).

(2) Claude Ferrand — Jeanne Sain.

(3) Jeanne Brochard.

(4) Jeanne Brochard, femme de Jean Demoulins, sieur d'Archange, conseiller au Présidial.

choses qui seront vendues, promectaut led. sieur constituant ratil'fier et avoir agréable tout ce qui sera faict par sond. procureur filz, et en fournir lettre de ratlitication dans le temps qu'il permettra. Et a, Jed. sieur constituant, consenly la présente procuration parce que led. Me Pierre Descartes a promis et promet par la présente employer tous les deniers qu'il touchera en l'acquit des rentes constituées des deniers peubz pour la composition de l'oftîce de conseiller au parlement de Bretaigne dudict M° Pierre Descartes et de précompter avec ses frère et sœur, René et Jehanne Descartes, sur les successions de ses ayeulles, mère et tante, ce qui proviendra de la vente de leurs biens et le surplus des autres deniers les rapporter après le deceds dudict sieur constituant au partage de ce qui se fera de sa successon entre ledict procureur, René et Joachim, Jehanne et Anne Descartes ses frères et sœurs, ce que ledict sieur constituant a stipulé et accepté tant pour luy que pour lesdietz enfans, et n'eust sans lad. promesse, consenly la présente procuration, promettant led. sieur constituant avoir agréable tout ce qui sera géré et procuré par sond. procureur tilz seelon et aux fins de la présente et n'en faire revocquacion, à ce faire de leur consentement, les y avons condemnez par le jugement et aucthorilé de nostreJ. cour. De ce tesmoing, le scel des contraetz d'icelle aux présentes apposé. Faict aud. Reynes, chez led. sieur constituant, soubz son seing et dud. Mr M« Pierre Descartes, son filz, apposé en la scédule demeuré vers Gicquel, notaire, le vingt cinquième juillet après midy mil six cens dix huit. Ainsi signé Gicquel et Morfouacc et est la susdite procuration en papier demeurée par devers led. sr Me Pierre Descartes, pour en aider aud. Contauciu si besoing est ».

Martin, nr- royal Massonneau, nre royal.

[Arch. du château de la Sibilicre).

Lescauses de cette vente sont faciles à comprendre si on se reporte à ces quelques lignes écrites par nous en 18'JG : « Joacliini Dcscartes, l'unique enfant de Pierre et de Claude Ferra nd, est le premier membre de cette famille qui ait occupé en Bretagne, à partir de •.la situation déconseiller au parlement de Bretagne. En 1618, il obtint pour son fils unir Pierre, alors âgé de vingt-huit ans, les provisions d'un office de conseiller à la même Cour. » — 11 fallait payer cet office et c'est alors que Pierre vendit, avec le consentement de son père, diverses propriétés en Poitou, dont les Chappaudières.

7 octobr» 1619. — Dotation de deux chapellenies par François Lucas, écuier, sieur de la Talbardière, Vangueil et des Robinières, lieutenant-général civil et criminel et maître des requêtes ordinaire

de la Reine (Anne d'Autriche) et claude de La Vau, son épouse. — Les chapelles étaientsituécs l'uneà h Talbardière(par.d'Archigny), l'autre aux Robinières (par.de Scorbé).

... et les quelles chapelles afin qu'elles soient servies à perpétuité en la forme que dessus lesdiclz Lucas et de La Vau dolent et fondent par les présentes, sçavoir celle de ladicle maison de la Talbardière de la rente générale de soixante dix livres treize solz quatre deniers par an, vendue et constituée au denier douze pour la somme de huit cens livres par M.Pierre Adhumeau, vivant seneschal en ceste ville (Chàtellerault) et Anne Dupont sa femme à dame Claude Ferrand par contract du cinquième de janvier mil cinq cens quatre vingt dix. — Et lad. rente despuis vendue par Pierre Descartes, écuier, sieur de la Bertaliôre, conseiller du Roy en son parlement de Bretagne, tant pour luy que pour Jouachim Descartes escuier, sieur dud. lieu, son père, aussi conseiller en lad. cour, a Jehan Coûtant, sergent royal en ceste ville, par contract du quatorzième jour de septembre dernier... Et lad. depuis acquise par led. Lucas dud. Coûtant par contract du cinquième de ce moys et an (octobre 1619) — Et lad. chapelle des Robinières de la rente générale de cent livres par an, vendue et constituée pour douze cents livres par ladicle Anne Dupont lors veuve de Mathurin Contencin à ladicle dame Claude Ferrand par contract du vingt quatriesme jour mil cinq cens quatre vingt cinq... Et lad. rente depuis vendue par led. sieur Pierre Descartes susd. nommé aud. Jehan Contant, sergent royal, par led. conlract dud. jour quatorzième sppfembre dernier et lad. rente aussi depuis acquise par led. Lucas du d. Coulant...

Cet acte est suivi de l'approbation de Henri Chasteigner de la Rocheposay, qui fut évêque de Poitiers de 1G11 à 1651.

(Arch. Vienne, E"2 177).

Dans un aveu du 12 juillet 1030, rendu à Charles Martin d'AHoigny, chevalier, seigneur de la Groye, de Chêne, Ingrande, Le Pin, J'Argenson, Ferrière (aux Velours), Oyré, par Raoul Egret, écuier, sieur de la Rollandière et de la Valière, on lit : « Item, tient de lad. seigneurie de la Valière [Joachim] Descartes, conseiller du roi en sa cour du parlement de Rretaigne, à Rennes, à cause de sa métairie de la Corgère, située en la paroisse d'Oyré, une pièce de terre contenant trois septerées environ, en laquelle y a un fondis de maison tenant d'une part au cours de Peau qui descend de Remilly au moulin de Gaudais. . . (Arch. du château de la Sibilière.)

28 juin 1673. — Extrait d'un aveu, rendu par M Jacques Carré,

chevalier, seigneur de Beaumont, de la Mothe-d'Usseau et d'autres lieux. — Item., N. de Ferrou, écuier, seigneur de lUondion, au lieu de Joachira Descartes, écuier, conseiller du roi en ses conseils de Hennés en Bretagne et autres, tiennent de moy le domaine appelé la Durandrie, paroisse de Leigné.où il y a une maison avec une pit'ce de terre qui fut en vigne — (Arch. Vienne Es, 57.)

5 avril 1730. — Extraitdu décret de vente delà métairie de Piétard (comn0 de Chàtellerault) saisie sur François Dieu le Fils et Anne Greuzé, sa femme.... Le sieur deLivières, conseiller du roi, ancien lieutenant particulier au siège présidial de Poitiers, ayant la garde noble de ses enfants et de feue dame Florence Brochard, héritiers, à cause de laditedameleur mère, de défunt René Brochard, sieurdela Coussaye, leur aïeul. — Cet aïeulétait iîlsde Claude Brochard, époux de Charlotte de ^Moulins, qui, de venue veuve, épousa, le 22 février 1589, Isaïe Brochard de la Clielle(.lrc/t. commun.de Chàtellerault).

Rendons-nous compte maintenant de la situation et de l'importance des biens que Pierre Descartes, grand- père de René, pouvait avoir dans le Haut-Poitou, du côté de sa femme Claude Ferrand, et nous verrons ensuite s'il existe en Touraine des immeubles dont aurait hérité de ses ancêtres le médecin naturalisé Cliàtelleraudais puisqu'on le dit originaire de cette province.

Par un acte du 12 août 1567, les époux Ferrand s'étaient donné mutuellement tous leurs biens.

Le 15 mars 1569, ils font leur testament; il y est expliqué que Claude Ferrand, une de leurs filles, veuve de Pierre Descartes, n'ayant eu que six cents livres de dot en mariage, on lui donne en outresoixante-quinzelivresde rente générale pour compléter sa part. Ils étaient neuf enfants : quatre garçons et cinq tilles. Dans tous les documents que nous avonsproduits en 1896, onsuit la trace desbiens qui revinrent du côté maternel à Joachim Descartes et à ses fils Pierre et René. Ils étaient situés, les uns à Chàtellerault mémo ou aux environs, les autresdans 1rs cantons voisins do Vouncuil-sur-Vienne et de Leigné-snr-Usseau.Ces héritages viennent des Dupuy, Ferrand, Sauzay, Sain, Brochard, qtc. Comment se fait-il que Pierre IJesquartes, marchand bourgeois de Tours en 1531 et plus tard docteur en moine à Chàtellerault avant 1543, héritier naturel de son père Gilles, maire de Tours (ainsi le pense M. de Crandmaison), com-

ment se fait-il. disons-nous, qu'il ne soitresté aucune trace, non seulement des biens lui revenant à la mort do son auteur et de Marie Hubaille, sa mère, mais encore de ceux qu'il acquit le 26 octobre 1531 de son frère Gilles, chanoine prébende deleglisede Tours? Selon les apparences, ils étaient riches. Et les archives publiques de la Touraine n'auraient conservé aucun texte servant de fil conducteur à des recherches fructueuses! M. de Grandmaison a dû prévoir cette objection et, avec l'esprit investigateur qui le caractérise, il aurait tiré un excellent parti de ces documents en faveur de sa thèse.

D'un autre côté, il semble que le médecin châtelleraudais n'avait pour toute fortune que les revenus de sa profession. Cette conséquence découle de l'acte de fiançailles de 1543, lequel règle en vue du mariage les droits et obligations réciproques des parties contractantes. On y lit que les futurs époux sont communs en biens selon la coutume du Poitou ; que si la femme survit au mari, ce dernier lui assigne un modeste douaire de trente livres tournois de rente sur tous ses immeubles qui ne sont pas du reste indiqués. Le jeune docteur ne pouvait donc offrir à ses beaux- parents, Jean Ferrand et Louise Rasseteau, que sa renommée naissante et son habileté déjà fort appréciée d'une nombreuse clientèle. Un père de cinq filles fait ce qu'il peut et non ce qu'il veut pour les marier. On ne s'est arrêté ni à la disproportion d'âge (15 ans), ni à la question financière qui cèdent quelquefois aux convenances du moment et aux espérances de l'avenir. Les nombreux textes que nous avons publiés ne prouvent-ils pas que notre tâche sous ce rapport a été consciencieusement accomplie; qu'on en fasse autant dans le pays d'Outre-Creuse. Les arguments qui s'appuient sur des parchemins authentiques sont les meilleurs. Qu'on recherche en Touraine des documents autres que la fameuse vente du 26 octobre 1531 ; si on en trouve, nous sommes prêts à les discuter, bien plus à les admettre alors qu'ils seraient contraires à notre opinion et justifieraient qu'elleest erronée.

Il ne faut pas croire tout ce que disent les hommes, il en est ainsi des livres; dans tous les cas, il vaut mieux penser soi-même que de s'approprier sans examen les idées des autres.

C'est en employant la méthode rationnelle qui découle de ces principes que nous allons essayer d'établir que les propos tenus, les on-dit et les lignes écrites en faveur de la naissance de Descartes à la Haye ne venaient pas de sources autorisées permettant d'affirmer que le philosophe baptisé dans la petite ville tourangelle y est né.

Feuilletons Baillet et voyons ce qu'il écrit à ce sujet. Il recommande la prudence, mais il n'a pas été toujours conséquent avec lui-même, à moins qu'il n'ait commis ses erreurs de bonne foi.

A la page 7 de son livre, après avoir énuméré les villes qui se sont disputé la naissance du Philosophe, il ajoute : « mais il est constant que M. Descartes n'a point eu d'autre patrie que la Haye, en Touraine. » Le biographe se contente de répéter ce qu'il a entendu dire. Sa preuve est renfermée dans la phrase dont il se sert. C'est une réponse vague et peu topique à l'incertitude qui a régné dès le début sur le lieu de naissance de son personnage. Puis à la page 8, il s'exprime ainsi: « Quoiqu'il ait fait valoir en quelques rencontres les charmes de son pays natal en l'appelant les jardins de la Touraine par opposition aux pays du nord, il a fait assez connoître qu'il ne croyoit pas les hommes en ce point semblables aux arbres. Il seroit bon pour les conséquences qu'on voudroit tirer du climat où on reçoit l'être que le lieu de la conception fût celuy de la naissance. C'est ce qui ne s'est pas rencontré au sujet de M. Descartes qui avoitété conçu en Bretagne durant le semestre de son père au Parlement. » — Ici, Baillet commet une nouvelle erreur et M. Saulnier, conseiller à la cour de Rennes, mon érudit correspondant, se charge de la réfuter dans une lettre du 18 juin dont j'extrais ce passage. « Vous vous êtes demandé si René Descartes a été conçu à Rennes. C'est peu probable: avant l'édit de Henri IV (juillet 1000), les séances du Parlement n'étaient que trimestrielles (février-mars-avril, ou août-soptembre-octobre). Les conseillers qui n'avaient pas leur établissement principal à Rennes ou dans un rayon peu étendu autour de cette ville n'y amenaient guère leur famille ; à plus forte raison, ceux qui étaient étrangers à la Bretagne, qui avaient leurs maisons, leurs terres, leurs attaches loin de la province, surtout loin de Rennes, se contentaient d'y venir seuls y passer trois mois et retournaient ensuite chez eux. Dès

1600,les séances devinrent semestrielles et d'autres par des alliances se conclurent entre des conseillers non originaires et des familles bretonnes ; on hésita moins à déplacer pour six mois sa femme et ses enfants, d'autant plus qu'après les troubles de la Ligue apaisés, les routes devinrent plus sûres, on voyagea plus facilement.

« Mais il est difficile à croire que Joachim Descartes, au fort des troubles, n'ayant que trois mois à passer à Rennes, ait fait courir à sa femme les risques d'un voyage pénible et dangereux. Dans mes très nombreuses notes d'état-civil empruntées aux registres paroissiaux de Rennes, j'ai vainement cherché de 1586 à 1597 le nom de Jeanne Brochard et celui de Joachim Descartes parmi les marraines et parrains. Les conseillers non originaires avaient peu de relations avec les familles d'origine bretonne et étaient rarement invités à nommer de petits Bretons. » — L'explication est claire et nette.

Si nous revenons aux jardins de la Touraine^ remarquons qu'ils étaient immenses et qu'il eût été plus simple de la part de Descartes de dire: je suis né à la Haye. S'il ne s'est pas exprimé de cette manière c'est qu'il ne l'a pas voulu à raison des circonstances exceptionnelles de sa naissance. Il aurait ainsi complété sincèrement la précieuse indication de la date de sa naissance (31 mars 1596), « circonstance que nous n'aurions peut-être jamais sceu s'il avoit été suivi dans la délicatesse où il a toujours été sur ce point ; il n'a pas tenu à lui que l'on n'ait laissé enseveli dans l'oubli cet endroit des registres baptistères de sa paroisse et des archives généalogiques de sa maison » (p. 8).

Quel mystère ce langage nous cache-t-il donc si ce n'est de laisser dans l'ombre le fait que nous révèle la tradition?

Arrêtons-nous un instant aux objections que M. de Grandmaison oppose à cette tradition qui enlève à la Touraine la naissance de Descartes, cet illustre petit-fils d'un médecin habile, issu du sang généreux des Ferrand et des Brochard, élite de la société chàtelleraudaise au seizième siècle. Ces objections, nous les énoncerons brièvement et nous aurons volontiers recours « aux procédés scientifiques qui ont servi de base à notre première étude ».

D'abord nous contestons la date du baptême (3 avril 1596), admise jusqu'à ce jour; on verra plus loin qu'elle est postérieure.

Dreux-Duradier, dans son Histoire littéraire du Poitou, aurait,

dit-on, renoncé à y inscrire le nom de Descartes. Je le crois bien, en agissant ainsi, il suivait la voie la plus facile, celle d'accepter l'opinion générale qui laissait en toute propriété Descartes à la Touraine, hypothèse qui devait tomber devant la réalité des faits et de nouvelles recherches.

Le marquis d'Argenson, écrivain encore plus tourangeau que poitevin, bien qu'il habitat les Ormes, commune voisine d'In grande, n'aurait pas dit un mot de la naissance extraordinaire de Descartes. Je répondrai que le silence de cet auteur prouve seulement qu'il avait admis, sans trop y réfléchir, que le lieu du baptême entraîne celui de la naissance. Du reste le châtelain des Ormes qui, d'après M. de Grand maison, s'est attaché à relever avec le plus grand soin les propriétés de Descartes dans le Châtelleraudais, trouve le Perron en Poitou, il est vrai, mais sur les limites du département d'Indre-et-Loire, entre Marmande et Nancré, ignorant que cette métairie, une bicoque sans importance, était de la commune d'Availle, près Chàtellerault, à vingt-cinq kilomètres au sud, à vol d'oiseau ; le marquis d'Argenson était donc, comme tant d'autres, victime d'une tendance à laquelle il n'a pu se soustraire.

Je n'ai jamais cru qu'une tradition dût avoir nécessairement pour point de départ l'époque à laquelle elle apparaît au grand jour soit oralement, soit par écrit ; car si elle se révèle par l'un ou l'autre de ces modes de transmission, il faut qu'elle soit antérieure et date de l'événement à moins qu'elle n'ait été inventée, conçue et préparée dans un but qu'il conviendrait au moins de définir et justifier. La tradition du pré Fallût remonte simplement à l'époque à laquelle le fait se produisit. Restée latente dans le pays Châtelleraudais, elle ne s'est ravivée que plus tard, alors que la célébrité du Philosophe appelait l'attention sur les moindres incidents de sa vie et remettait en mémoire la singularité de sa naissance.

Ceci expliqué, je crois devoir publier la lettre de M. Jules de Milan d'Astis, répondant, en ce qui le concerne, aux objections de M. de Grandmaison. La sincérité, la modération et la franchise percent dans chaque ligne de son épitre et je ne puis que me rallier aux arguments décisifs et si précis qu'elle contient.

La Sybillière, 13 janvier 1908.

Monsieur et cher ami,

Vous m'avez communiqué la brochure de M. de Grandmaison sur la question Descartes en me priant de vous envoyer les observations que sa lecture allait me suggérer. Je laisse à votre appréciation, seule compétente, les textes et les arguments de votre adversaire. Je ne veux m'occuper que de ce qui concerne la tradition, fausse d'après M. de Grandmaison, puisque mon grand-père et mon père, de qui je la tiens, ont gardé le silence dans deux circonstances mémorables. Cette tradition, que vous avez reproduite fidèlement, serait une pure aberration d'une imagination tout au moins fantaisiste de ma part. En toute humilité, j'avoue que je ne me savais pas capable d'inventions si drolatiques et, pour mon début, je dois être mis au rang des maîtres du genre: « Faire naître un enfant de famille au bord du chemin et sur le talus d'un fossé quand, quelques pas plus loin, la mère va trouver une maison hospitalière et amie. » — Qu'en pensez-vous?

Mais soyons sérieux. L'auteur de la brochure dit que la tradition n'existe pas par la raison que M. Jean-Guillaume de Milan d'Astis, mon grand-père, et M. Jean-Germain (et non Romain) de Milan d'Astis, mon père, de qui je la tiens, ont gardé un silence significatif, le premier en 1802, le second en 1849 et 18o2, au moment ou La Haye et Tours s'attribuaient, en des fêtes publiques et par l'érection de statues, l'honneur de compter Descartes au nombre de leurs hommes célèbres. Qu'en sait-il? ni l'un ni l'autre ne faisaient partie de sociétés littéraires et ne peuventils pas avoir parlé à leurs amis? Mais j'admets qu'ils ont gardé un silence absolu. Obligés par leurs fondions à changer fréquemment de résidences, simples dépositaires d'une tradition que leur parole seule pouvait garantir, avaient-ils le droit d'intervenir dans une question que tous les corps plus ou moins savants et l'Etat lui-même jugeaient résolue? Et si j'ajoute que la Sybillière, berceau de cette tradition, est restée inhabitée depuis la fin de la Terreur de 93 jusqu'à l'année 1847, sauf à de très rares intervalles et pour de courtes vacances, quelle petite place devait occuper dans leur esprit la controverse qui allait naître un jour des travaux et des recherches des hommes studieux et patients comme l'abbé Lalanne qui marche en tête, comme vous-même, et plusieurs autres esprits éclairés de Châtellerault ?

Et du jour où les archives et les vieux titres ont été fouillés et déchiffrés, cette tradition, qui n'était affirmée que par d'honnêtes gens et ne pouvait être qu'orale, a pris lé corps de la réalité. Par les origines de la famille Descartes, par ses relations avec les anciens propriétaires de la Sybillière, cette naissance au bord d'un chemin, sur le talus du fossé du Pré Falot, si extraordinaire en apparence, ne peut plus être considérée que comme un fait accidentel, comme il ne s'en produit que trop souvent.

Mais, vraiment, il semble que le hasard, en cette circonstance, ait voulu, par cette naissance sur le sol chàtelleraudais, conserver tout entier à ce pays l'homme illustre qui lui appartenait par ses origines et que ses affections y ramenèrent plus tard avec l'intention de s'y fixer.

Pour montrer l'inanité de la tradition, l'auteur de la brochure fait intervenir l'abbé Lalanne qui, en ayant eu connaissance, ne cherche pas à l'approfondir et passe outre. Esprit ardent, de conception vive, quelquefois un peu hasardeuse, rabbé,préoccupé de son grand travail sur le pays châtelleraudais,ne recherchait que les éléments qui devaient le mener le plus vite possible à son but, ne tirait des archives que les faits qui l'intéressaient et, sachant bien qu'une tradition orale ne laisse pas de traces écrites, car alors elle devient de l'histoire, il n'aurait jamais songé à en rechercher l'origine par de trop minutieuses investigations, c'eût été temps perdu. Il aima mieux aller de l'avant et, sans contester absolument la tradition qu'il cite, il trouva plus expéditif de se rallier à l'opinion toute faite.

Puis le marquis d'Argenson qui reste muet sur cette question. C'était un homme de savoir,consciencieux, et une affirmation positive de sa part ferait ioi$. Mais il ne fut qu'un travailleur de cabinet, incapable par nature et volonté de se livrer à des recherchas arides et minutieuses en dehors de son château des Ormes et je n'ai pas entendu dire qu'on l'ait jamais vu à la Sybillière. Lui, aussi, avait adopté l'opinion reçue telle que la donnent les almanachs de Touraine cités par M. de Grandmaison. On sait ce que valent ces petits livres au point de vue critique ; ce sont les vrais moutons de Panurge ; où l'un saute, tous les autres s'élancent.

On invoque encore le silence de M. Bernardi, le maître « Es-arts et sciences» de Paris que l'époque révolutionnaire fit rentrer dans sa propriété de Lespinasse. Il l'avait eue par sa femme, d'origine châtelleraudaise. Une distance d'environ trois lieues et des chemins montueux, impraticables une grande partie de l'année, ne permettaient que de rares relations avec les habitants de la Sybillière. Ecrivain de plus ou moins de mérite, M. Bernardi était regardé comme un beau discoureur et l'empressement qu'il mit à offrir sa poésie à la fête officielle de La Haye, quand cette ville fut autorisée à s'adjoindre le nom de Descartes, montre qu'il était mieux dans ses goûts d'ajuster des rimes que de fouiller des archives et de rechercher les traditions locales.

Enfin, le grand cheval de bataille pour l'auteur de la notice est l'abbé de Marolles qui, six ans seulement après la mort de Descartes, écrit qu'il naquit en Touraine, à La Haye... Ce qu'il sait de bonne part. — Comment de bonne part ? 11 y avait donc alors, même en Touraine, des opinions divergentes; puisque l'abbé de Marolles se range du côté qui lui semble le meilleur ? Oui, car de l'autre côté nous voyons, à peu près à la même époque, au xvnfi siècle, Pierre lîorel de Castres; auxviiie,ltofïay des Palhis qui indiquent la naissance en terre châtelleraudaise et enfin, au xix1

l'abbé Lalanne, qui fait revivre la tradition, tout en évitant d'en rechercher l'origine.

11 ne faut pas un grand effort d'esprit pour comprendre comment celte tradition n'a pu se répandre dans tout le pays châtelleraudais et n'a été conservée que grcàce à la possession ininterrompue pendant plus de deux, cents ans de la maison de la Sybillière par une même famille qui, à la fin du xvme siècle, la céda aux propriétaires actuels. Tout enfant qui vient au monde, de quelque éclat qu'il doive briller un jour, naît sans auréole au front et, s'il n'est de sang princier ou royal, ni les gazettes ni les trompettes ne proclament sa naissance. Encore moins en parlera-t-on, quand cette naissance a lieu dans les conditions fâcheuses de celle de Descartes.

La famille garde le silence ; les intimes seuls la connaissent et la discrétion les obligea se taire. Mais un jour ou l'autre la vérité, ou du moins une parcelle, s'échappe des lèvres closes. C'est ainsi qu'au loin Borel la recueille : à Ghâtellerault, Hoffay des Pallus, et il ne devait pas être seul à en juger par son ton affirmatif ; et de ces témoignages ne voit-on pas jaillir la confirmation absolue de la tradition que je vous ai fait connaître?

Il est encore une réflexion qui doit venir à l'esprit de tout le monde en lisant les objections que fit Descartes à l'inscription de la date et peutêtre du lieu de sa naissance au bas de son portrait. Les raisons qu'on lui en fait donner paraissent peu sincères, et quand, dans sa correspondance, il dit avec si peu de précision qu'il vit le jour dans les jardins de Touraine, pourquoi ne désigne-t-il pas nettement la ville de La Ha ) e\; Quel intérêt avait-il à la passer sous silence, sinon de ne pas laisser remettre en question un sujet pénible pour lui ?

On sait que sa mère mourut jeune, deux ou trois ans après la naissance de René. Il serait difficile de nos jours de déterminer les causes de cette mort prématurée. Mais en se rappelant que c'est au mois de mars, dans une saison souvent très rigoureuse, que son accouchement eut lieu, est-il présomptueux de penser que les pénibles circonstances dans lesquelles elle fut soumise aux lois de la nature eurent une influence funeste sur sa santé et précipitèrent sa mort avant le terme ordinaire.

Voilà, cher monsieur et ami, les trop longues observations que j'ai dû faire sur la notice de M. de Grandmaison. Je termine eu vous disant « Courage ». Vous êtes dans la vérité.

Tout à vous, J. de Milan d'Astis.

Si je n'étais dans le vrai, le doute viendrait affaiblir mon intime conviction. — Elle me soutiendra jusqu'au bout.

Donc, serrons !a discussion de plus près et recherchons l'origine, apprécions la portée et déterminons la valeur intrinsèque des textes

qu'on nous oppose afin de prouver que Descartes est né à La llayo. Après un examen impartial nous serons amené a conclure que la tradition du Pré Fallût repose sur des bases solides, justifiée qu'elle a déjà rté dans la publication de 181)8(1). On demande un texte c'est trop exiger ; s'il se trouvait, il serait probablement contesté!

La vieille Sibilière.

Et. pour commencer, l'examen attentif d'une reproduction photphique de l'acte de baptême de Mené Descartes permet d'admettre qu'il n'a été réellement baptisé que le 0 avril !.">% et non le 3. ainsi qu'on l'a cru jusqu'à présent. En effet, le registre de la Haye porte en marge et vis-à vis du texte même de l'acte cette mention deux fuis répétée, l'une au-dessous de l'autre : Le 6 avril 1596.

n. de la Société des Ant. fie l'Ouest, l. XX.

■ Cette double et semblable annotation pourrait avoir le sens que nous allons essayer de définir. Rappelons dans ce but une circonstance de la vie intime du Philosophe enregistrée avec soin par Baillet qui s'exprime ainsi (I) : « Il considéra toujours la grâce de cette régénération (de son baptême) avec un respect inviolable et, après sa mort, on lui trouva son extrait batistaire qu'il avoit religieusement conservé et porté avec lui jusqu'en Suède, comme un

certificat de son christianisme. L'on a sceu par cet extrait que la cérémonie de son batèmes'étoit faite dans l'église paroissiale deSaint- George de laHayepar le ministère ducurédulicunomméGrisont(l).»

Oui, il est vrai que le curé avait eu l'intention de baptiser lenouveau-né le même jour qu'un nommé Thomas Michau, c'est-à-dire le 3 avril, et pour cela avait inscrit à l'avancesurson registre les noms des parrains et de la marraine. Mais à la suite des circonstances exceptionnelles de l'accouchement de Mme Descartes et surtout de la faiblesse de l'enfant la cérémonie fut remise au 6, date indiquée sur le certificat dont était porteur René. Si jamais on le retrouve on y verra certainement la date du 6 avril.

Tout le bas de la page fut réservé pour les signatures à venir du parrain et de la marraine qui s'y étalent sans gène.

Enfin il est à remarquer que cette date du 6 inscrite deux fois, je le répète et à des époques différentes, en marge de l'acte de baptême, a été biffée il y apeu de temps, après l'exécution de la photographie ci-contre qui heureusement conserve la physionomie exacte et primitive d'un document respectable et qui auraitdû être respecté(2).

Cette preuve matérielle du retard du baptême de René saute aux yeux et s'empare de la raison de tout esprit impartial.

Des faits et arguments qui précèdent, si on les envisage dans leur

(1) Il appartenait à une famille du pays.

(2) L'acte de naissance qui suit immédiatement celui du Philosophe est ainsi conçu :

« Le quatryesme jour du moys d'apvril mil Ve quatre vingt seze, j'ay baptizay François Bernabé, filz deAntoine Bernabé et de Marie Leau (?) les parrins, Martin Boutet et François Mignon... »

L'acte suivant est du sept avril, celui qui vient après du treize, etc.

C'est donc précisément entre ces deux derniers baptêmes, celui du cinq et celui du sept, qu'auraitété inscrit celui de René, s'il n'avait été prématurément rédigé avec la pensée qu'il aurait lieu le trois.

Nous avons constaté la signature du curé P. Giison sur les actes dont suivent les dates.

P. 101, verso .- « le dernier jour le dud. mois (septembre 18'J'J) est parrain noble René Brochard, fils de déffuut nobh; homme Claude Brochard, sa marraine Françoise Raimbaud. — Signé : P. Grison. ». — Ce René Brochard était le fils unique de Claude Brochard de la Coussaye, mari de Charlotte Desmoulius, laquelle épousa en secondes noces Isaïe Brochard, sieur de la Clielle, conseiller d'Etat, personnage important du Poitou chargé par le roi Henri IV de remettre au pape la lettre annonçant .sa conversion ;i la religion catholique (15 août 1593). Ce même René Brochard avait pour aïeule et tutrice Jeanne Sain, il était cousin de Descartes.

On trouve encore la signature du curé Grison aux f0' 162 et 1G3.

ensemble et sans parti pris, il faut conclure que pus un texte écrit n'a fixé à La Haye la naissance du Philosophe, si ce n'est l'acte falsifié du 18 octobre 159G, calqué maladroitement sur celui du frère aîné du Philosophe, Pierre (1). Nous voudrions bien en connaître la genèse et qu'on « nous éclairât cette question d'une façon complète en cherchant du côté des intérêts privés ». A quoi bon faire des réserves?

Les exemples que M. de Grandmaison s'efforce [de citer à rencontre de la tradition du Pré Fallot n'ont rien de probant.

En effet, dans la déclaration de l'abbé de Marolles, prétend notre contradicteur, se trouverait la solution du problème. Nous n'en croyons rien. Lui et les autres ont été trompés par des propos et des confidences fort suspects. Le Philosophe lui-même était bien résolu d'être muet sur le lieu réel de sa naissance, ce qui lui fut d'autant plus facile que l'opinion publique vint à son aide. S'il est vrai, ce que nous sommes loin de contester, qu'un enfant né sur les lieux peut être baptisé un temps plus ou moins long après sa venue au monde, il ne faut pas en conclure nécessairement que Descartes est né à La Haye. Il y a eu pour lui une exception qui confirme la règle. On cherche à nous contredire parce que nous avons rappelé qu'un frère de René, né le 13 mars 1597, était décédé le 16 sans baptême. Et cette objection tendrait à prouver qu'il y a eu exactement le même nombre de jours entre le 31 mars 1596 et le 3 avril suivant, c'est-à-dire trois. Je le pense très volontiers, le cadavre de la mère, Jeanne Brochard, gisait encore sur son lit de douleur quand le nouveau-né décéda lui-même après avoir été moribond pendant ces trois jours. Ce rapprochement n'est pas heureux.

En résumantses Nouvelles recherches qui ne manquentpas d'intérêt et dont nous aurions voulu profiter davantage, M. de Grandmaison s'exprime ainsi : « Mais dira-t-on quelle est la part qui reste au Poitou ? moins importante que celle de la Touraine, elle ne laisse pas que d'être considérable.)) Cet aveu spontané nous rendrait moins

(l) L'abbé Chevalier, Origines tourangelles de Descartes, p. 20.

sensibles les critiques qu'il nous adresse et qu'il se figure être impartiales.

Au congrès des sociétés savantes de Toulouse, en 1899, la part qu'on nous assigne dans les origines de la famille Dcscarles a été plus grande, plus réelle et définie avec l'autorité qu'on doit attendre de savants restés calmes, mais justes, dans le débat. La question de cloclier n'y est pour rien . Qu'on veuille bien lire la note ci-dessous (1). En résumé, dit M. Tbouverez, professeur de philosophie à la faculté des lettres de Toulouse, la famille bescartes est connue par documents d'archives depuis 1543, et celle famille, conformément à la tbèse de MM. Lalanne, Labbé et Barbier, est nettement

(1) Extraite du Journal Officiel du 9 avril 1899.

a La communication de M. Tliouvcrez a pour but de passer en revue les divers documents intéressant la famille Descartes qui ont. été publiés par les membres des sociétés savantes de nos provinces de l'Ouest de 1855 à 1898, et notamment par MM. Ropartz et Barbier. La généalogie de Baillct, pour les origines lointaines de la famille, ne se trouve ni corroborée ni infirmée par ces publications ; niais on constate qu'elle est identique à la généalogie de l'Arsenal, qui a été présentée comme litre officiel par la famille Descartes pour la réception d'un de; ses membres dans l'ordre de Saint-Lazare. Les textes précis commencent avec le grand-pére du Philosophe, Pierre Descartes, qui i st, malgré l'assertion contraire de Baillet, le médecin de Châtellerault, comme il ressort de son contrat de mariage et de l'attestation de son décès par son beau-père Jean Ferrand. On n'a pas retrouvé l'arrêt delà Cour des comptes, du k septembre 1547, qui nous renseignerait positivement sur les ancêtres de Pierre. Le conseiller Joachim, fils de Pierre, nous est aujourd'hui connu par son acte de baptême du 2 décembre 1563 a Châtellerault; par ses lettres de nomination au parlement de Rennes en 1585; par l'acte de décès de Jeanne Brochard, sa femme, en 1597. Du philosophe René Descartes nous possédons l'acte de baptême, du 3 avril 1590, à la Haye ; le diplôme de bachelier, du 10 novembre 161G, à Poiliers ; enfin nous trouvons sa signature sur divers actes en 1616 en 1 017, et notamment au baptême de son filleul René de Chavagne, le 9 septembre 1644, qui nous permettent de vérifier sur divers points le récit de son biographe Raille! . 'foutes les propriétés des Descartes, et, par exemple, lefief du Perron, dont René Descartes,» écuyer, » ont groupées autour de Châtellerault ; les Brochard, les Sain, isseteau, les Sauzay, les penaud, alliés ou parents de la famille Descaries, occupaient à Châtellerault ou Poitiers des fonctions judiciaires ou municipales. En résumé, la famille Descarte- es! connue par documents d'archives depuis 1513, cl cette famille, conformément à la thèse de MM. Lalanne, Labbé et Barbier, est nettement châtelleraudaise ; si le philosophe • tradition orale de la Bybillière,cst né effectivement a La Baye, lieu de soi , la Touraine doit partager du moins avec le Poitou

l'honneui d'avoir produit Descartes ; lai -même s'inscrivait en Hollande: .. Renatua Des Cartes, Picto ».

travail d'analyse se trouve, avec tout son développement, dans une iquablc brochure du savant professeur et dont nous avons déjà parlée la 17. Il est précédé d'une bibliographie des plus înstracti

chàtclleraudaise... Descai'tos lui-même s'inscrivait en Hollande : Renatus Descartes, Piclo ». — Est-ce clair?

Ne voulant pas multiplier ces pages déjà trop longues, nous en écarterons les infiniment petits pour regarder de plus haut un débat que nous résumerons en ces quelques lignes :

Pierre Descartes, docteur en médecine à Ghàtellerault en loi3, n'est pas

Pierre Desquartes, marchand bourgeois à Tours en 1531.

L'identification de ces deux personnages constitue une erreur manifeste doublée d'un anachronisme.

René Descartes n'aurait pas vu le jour à La Haye, aucun document écrit ne l'y a fait naître et, dès le début, les doutes sur ce point ont régné aussi bien que les incertitudes sur la date réelle de son baptême. Les circonstances extraordinaires de l'accouchement de sa mère, Jeanne Brochard, au Pré Fallot (commune d'Ingrande, arr1. de Ghàtellerault), ont été dissimulées intentionnellement par le Philosophe lui-même, et la ville de La Haye a bénéficié d'une erreur qui, s'imposant naturellement, servait les intérêts de la famille au courant d'un fait qu'elle ne voulait pas divulguer, mais que la tradition nous a livré. Le délai de sept jours, et non de quatre, y compris ceux de la naissance et du baptême, vient encore affirmer cette tradition.

Il est vrai qu'en Poitou nous n'avons aucune statue à montrer au public qui n'admet la possession légitime que par la vue d'un objet matériel qu'il tient comme une preuve décisive, sans chercher à l'approfondir. L'effigie de Descartes à la Haye est certainement justifiéepar son baptême ; à Tours on en recherche le motif ; à Ghàtellerault, elle serait tout à fait à sa place et là les cendres de l'aïeul de René tressailleraient d'orgueil devant cet hommage éclatant, bien que tardif, rendu à son pays d'origine.

Alfred Barbier.

Poitiers. — Imprimerie BL.VIS et ROY, 7, rue Yictor-Hugo, 7.

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