SA FAMILLE — SON LIEU DE NAISSANCE DOCUMENTS ET COMMENTAIRES NOUVEAUX
Il n'est guère de livres qui ne soient susceptibles d'être revus, corrigés ou augmentés.
Et quand ils ont pour sujet des thèses généalogiques se rapportant à une famille illustre revendiquée par deux provinces, les contradictions s'accumulent, les critiques s'enhardissent et les textes sont torturés pour justifier une opinion arrêtée ou quelque système préconçu.
Nos études sur les Origines chdtelleraudaises de la famille Descartes, publiées en 1896 dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de V Ouest (1), ont eu pour but de mettre en relief les documents authentiques et nouveaux qui éclairent une question controversée. Nous pourrions déjà juger de l'importance de ces textes par les nombreux emprunts qu'on a cru devoir y faire, les uns pour approuver, les autres pour contredire. Nous ne saurions nous en plaindre, loin de là. Le libre arbitre appartient à tous et il est singulier de voir le reproche de chauvinisme qu'on nous adresse retourner aujourd'hui contre ceux mêmes qui l'ont formulé.
Quoi qu'il en soit, et avant de poursuivre nos recherches avec la ténacité et la quiétude nécessaires à la défense d'une bonne cause, nous remercions la Compagnie à laquelle nous avons l'honneur d'appartenir d'avoir donné à nos travaux une publicité qui n'aura pas été sans profit puisqu'elle restitue au Poitou un homme célèbre qui lui appartient légitimement. — Toutefois, nous entendons conserver seul la responsabilité de nos opinions personnelles.
La voie à suivre dans un sujet aussi délicat, car il soulève des
(i) Tome XIX, 2« série, pp. 51 à 250.
questions de clocher et d'amour-propre qui ne transigent pas, avait été* déjà tracée par 31. l'abbé Lalanne, alors curé de la paroisse rurale d'Oyré, près Châtellerault. Cet auteur consciencieux, très local, initié aux archives du pays, avait allirmé que les Descartes appartenaient au Haut-Poitou et il justifiait cette opinion par d'excellentes raisons (1). Mais les Tourangeaux se montraient tout à fait incrédules et froissés d'une telle hardiesse, si bien que les écrits du modeste historien du Cliàlelleraudais avaient inspiré à M. Lambron de Lignim,adoptedu généalogiste Ghalmel,des phrases aigres-douces à l'adresse de l'auteur poitevin et dont suit le spécimen : « on cherche à semer insidieusement sur sa famille (celle de Descartes) le bruit menteur d'une origine étrangère à cette province », et cœtera, dans le même genre. Cette origine, étrangère à la Touraine, est aujourd'hui démontrée, établie, prouvée, elle a ses racines dans le pays chàtelleraudais; on n'oserait plus tenir le même langage.
Les pages que nous avons écrites sur ce sujet intéressant semblent avoir ému certains esprits, qui prennent ombrage de la vérité; nous ne l'avons pas cependant montrée nue, mais dégagée des voiles épais qui la font déjà mieux connaître et apprécier ; c'est à quoi nos textes ont servi. Si on en profite, tout en les critiquant, qu'on en cite au moins d'autres qui aient quelque valeur et qui ne reviennent pas sur des documents depuis longtemps condamnés.
Dans cette situation, et sans vouloir prendre les allures d'une polémique qui n'aboutirait peut-être qu'à des vivacités de langage hors de propos, il nous sera permis de discuter froidement, avec la raison native qui éclaire tout esprit impartial, les nouvelles recherches, non sans un certain intérêt, de M. de Grandmaison sur « l'origine et le lieu de naissance de Descartes (2) ».
Voici, dans toute sa simplicité, le premier point à examiner.
Un marchand bourgeois de la ville de Tours, en 1531, s'appelant Pierre Desquartes, a et''- identifié avec le docteur en médecine cliàtelleraudais Pierre Descartes, fiancé en 1543 à Claude Fcrrand, ces
(1) Bulletin Soc. des Ant. de l'Ouett, 1857, 4ra« trimestre, pp. 234 et suiv. — Histoire de Châtellerault, t. II. p. SM.
titrait de la Bibliothèque de l'Ecole des Charles, année 1899, t. LX.
derniers, aïeux du Philosophe. La similitude des noms prêtait à la confusion, mais elle était loin de la justifier. Partant de là, on a essayé de retaper, qu'on me passe cette expression, au moyen d'un texte qui renaît de ses cendres, la généalogie de Chalmel. Nous savons quel degré de confiance on peut avoir en cet auteur ainsi dépeint : « Ses livres fourmillent d'erreurs, et il faudrait de gros volumes pour les rectifier ; » et encore : « il a fait pour Descartes ce qu'il avait pratiqué à l'endroit de tant d'autres personnages, c'està-dire qu'il a mis son imagination à la place de la réalité. » Il n'y a pas d'ambages, et l'auteur de ces lignes n'est pas plus que moi disposé à réfuter les erreurs multiples du tourangeau Chalmel, si ce n'est celles qui se lient intimement à notre sujet.
La thèse de M. Louis de Grandmaison a paru hasardée à M. l'abbé Bossebœuf, le distingué président de la Société archéologique de Touraine. Il la combat avec des arguments qui sont venus à l'esprit de tant d'autres. Si la brillante étoile du Philosophe ne doit luire que sur la Touraine, M. l'abbé Bossebœuf, dont nous apprécions la science et la courtoisie, nous le dira sans doute avec l'autorité qui découle des études méthodiques et rationnelles qu'il a commencées et poursuivies dans les Bulletins de la Société archéologique de Touraine (1). En nous exprimant ainsi, nous ne rétractons rien de ce que nous avons écrit sur les Descartes du Haut-Poitou, sous la réserve de quelques rectifications de détail.
L'identification tentée par M. de Grandmaison se réfute par les dates et les qualifications dissemblables et étranges qu'on accumule sur la tête d'une même personne ; elle constitue ce qu'on appelle un anachronisme. En effet, quand on parle, dans les textes du seizième siècle, d'un marchand bourgeois, on entend par là un homme d'un certain âge, établi dans le commerce, investi du litre si envié do bourgeois. Aurait-on désigné ainsi un individu encore jeune et voulant s'initier aux secrets et à la pratique du commerce? Dans ce cas, on l'eût simplement dit marchand. Mais il faut surtout remarquer qu'en 1531 ce Pierre Desquartes fit un accord avec son hère Gilles, alors chanoine trésorier du chapitre de l'église de Tours dès l'année 1511, à la place de Jean de Lenoncourt, grand person-
(t) N° 1, janvier-mars 1900, n° 4, octobre-décembre morne année ; Les ancêtres de René Descaries.
nage de haute naissance. Ces circonstances très précises indiquent assez que le frère aîné du marchand bourgeois avait un certain âge et une notoriété justifiant le choix dont il était l'objet. Or si, en 1511 , Gilles, le trésorier de la cathédrale de Tours, avait au moins quarante ans, ayant reçu le jour vers 1470, son frère, né môme dix ans plus tard, aurait eu cinquante ans en 1531. Ce n'est pas à cet âge que ce Pierre Desquartes, renonçant au négoce, se serait décidé à étudier la médecine. En 1543, date des fiançailles du docteur chàtellcraudais avec Claude Ferrand, née certainement en 1531, son sosie aurait eu plus de soixante ans et sa future épouse de onze à douze ans. Or, les coutumes du temps, les idées religieuses, la sollicitude des parents auraient-elles toléré une union aussi disproportionnée. Ces arguments décisifs ont échappé à Chalmel et à ses imitateurs. Ils autorisent donc le rejet a priori de l'identité du fils puîné de Gilles, le maire ou l'échevin de Tours, et d'une certaine Marie Hubaille avec le Pierre Descartes de Châtellerault que les généalogies de l'Arsenal et de Baillet (où il n'est question ni de l'échevin, ni du maire) disent être issu de Jean Descartes, marié vers 1510 à Marie Dupuy. — Nous y reviendrons plus loin.
On ne semble attacher aucune importance a l'orthographe du nom des ancêtres du Philosophe, qui aurait été variable, et M. de Grandmaison admet naturellement à l'appui de sa thèse la forme Desquartes. C'est, croyons-nous, une erreur qui tombe devant la réalité des faits et l'authenticité des nombreuses pièces recueillies en Poitou.
Sur les registres de baptêmes, mariages et sépultures des anciennes paroisses de Poitiers (1), on trouve quelques signatures des Descartes. Le père du Philosophe signe ; Joachim Des Carthes, sur un acte de baptême du 22 lévrier 1577. Qu'on veuille bien se rappeler qu'il était
(1) L'inventaire on a été dressé par M. Redet, et publié, en 1883, par MM. Richard, archiviste de la Vienne, et Ch. Barbier, alors conservateur de la bibliothèque de la ville.
issu de Pierre et de Claude Ferrand. Il devait, à quatorze ans, connaître l'orthographe du nom de son pèvf.
Pierre, son fils aîné, apposa sa signature à un acte de même nature le 5 décembre 1020. Il était alors âgé de 29 ans, et il emploie cette forme : P. Des Cartes.
Le Philosophe lui-même, chambriste à Poitiers d'un tailleur nommé Chenault, est parrain du fils de ce dernier, et il met son nom :
René Des Cartes, au bas de l'acte de baptême, qui est du 21 mai 1616. Il sortait à peine de sa vingtième année.
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Voilà une forme Lien déterminée par le fils et les petits-fils de Pierre Descartes et de Claude Ferrand. Elle est caractéristique en
ce sens que la particule, dans les exemples que nous donnons, est séparée du nom avec une intention évidente. Et de ces autographes si rares et si précieux, il a pu en échapper quelques-uns à nos recherches.
Nulle part la signature du médecin chàtelleraudais, qui, selon M. de Grandmaison, doit trancher la question qu'il a soulevée, ne nous est apparue. Vraiment, cette découverte importante ferait notre joie. Si elle se dérobe, nous ne trouvons pas moins dans nombre de pièces d'archives d'un réel intérêt et remontant à 1543 (douze ans après le partage de la succession de Gilles Desquartes) le nom souvent répété de Pierre Descartes, le médecin. Sa forme reste invariable, ainsi qu'on va le voir.
Dans l'acte de fiançailles du 3 octobre 1543 et dont nous avons reproduit le texte, le nom de Pierre Descartes se rencontre plusieurs fois. Il est vrai qu'une annotation de son beau-père, Jean Ferrand, est ainsi conçue : « Contractz de mariage de maistre Pierre Desquartes, escuyer, avec ma fille Claude Ferrand. » A cette erreur accidentelle on peut répondre que les notaires rédacteurs de l'acte connaissaient mieux que personne la véritable orthographe du nom de leur client.
Deux mois et quelques jours après les fiançailles, le 13 décembre 1543, Pierre Descartes se trouve mêlé comme expert à un procès intenté par le chapitre de Notre-Dame de Ghàtellerault à un nommé Pierre Frémond, dont le fils Jean était au nombre des enfants de la psallette de la susdite église et y avait contracté une infirmité grave. Dans ce document authentique, qui émane du lieutenant-général de Châtellerault, Geoffroy Pastoureau (I), nous relevons ces indications: (.< maistre Pierre Descartes, médecin, demourant en ceste ville de Châtellerault ; — maistre Pierre Descartes, docteur en médecine ; — maistre Pierre Descartes, médecin delà personne dudit Jehan Frémond.., » Geoffroy Pastoureau, licencié en droit, personnage instruit et lettré, aurait-il donc été ignorant de l'orthographe du nom d'un compatriote avec lequel il était en relations journa-
(1) Licencié es lois; avait reçu, le 16 juillet 1541, de François Ier, qui était alors à Chùteauroux, s'en retournant du mariage de Jeanne d'Albret, à Châtellerault, sur la présentation de Charles de France, duc d'Orléans et de Châ~ tellerault (1531-1545), les provisions de l'office de juge des exempts, du duché de Châtellerault. Devenu lieutenant-général, il décéda en 1549.
Hères et très probablement amicales? — La pièce que nous citons a été déjà plus ou moins bien analysée par les uns et les autres. Nous la donnons telle qu'elle est, sans en rien retrancher, persuadé qu'elle intéressera le lecteur. C'est d'ailleurs une étude de mœurs où la justice locale n'aurait pas brillé, en se montrant tout à fait partiale.
13 Xbre 1E43 A l'assignacion que vénérables personnes les doyen, chanoynes ot chnppitre de Nostre Dame de Ghastelleraud et maistre Estienne Martin, prestro, maistre des enffans de ceur et psallele de ladicte esglise, ont par vertu de re" queste faict bailler par Mathurin Badoré, sergent royal ahuy, heure de huict heures du matin, en l'auditoire de Chastelleraud pardevant nous Geofroy Pastoureau, licenciées droitz, lieutenant général en la séneschaucée et duché de Ghastelleraud à Pierre Frémond deffendeur pour représenter Jehan Frémond son ûlzpour estre veu et visité parscireurgiens et barbiers suyvant nostre appoinciement pour ce faict, ordonner ce que de raison, se sont à ladicte heure de huict heures compareuz pardevant nous ondict auditoire savoir est : les sieurs du chappitre par M. Gilles Dorin, l'un desd. chanoynes de ladicte église et ledict maistre Estienne Martin en sa personne et par maistre Françoys Boutin, leur procureur, garniz de maistre Pierre Dupuy, leur advocat et led. Pierre Frémond aussi en sa personne et par maistre Loys Pallineau, garny de maistre Olivier Blandin, son advocat; aussi s'est compareu à ladicte assignacion le procureur de Monseigneur par maistre Loys Dupuis, après les quelles compareutions et que ledict Pierre Frémond suyvant l'iDJonction à luy faicte par ledict Badoré, sergent susdit par vertu de la dicte requeste a représanté par devant nous, Jehan Frémond, son filz, nous ont iceulz demandeurs et procureur de la court requis qu'il feut veu et visité parscireurgiens et barbiers dont ilz se sont accordez des personnes de Maurice Martin et Pasquet Moysant et ledict deffendeur de la personne de Françoys Mocqui t, avons ordonné queled. Jehan Frémond, suyvant nostre appoinciement, sera veu et visité par les dessusd. barbiers dedans le jourduy et pour ce faire avons baillé assignacion audict Pierre Frémont, à une heure après midi dudict jour en nostre hostel, pour ri présanter le dict Jehan Frémond sond. filz, à la dicte heure et pareillement ausdietz barbiers pour icelluy Jehan Frémond estre par eulx veu et visité suyvant nostre appointement, pour ce faict ordonner que de raison.
Advenant ladicte heure d'une heure après midy, se sont compareuz pardevant nous, en nostre hostel, lesdictes parties garnies comme dessus et nous a esté représanté à ladicte heure par led. Pierre Frémond ledict Jehan Frémond son filz. Aussi se sont présantez à ladicte heure honorable homme maistre Pierre Descartes, médecin demouramen ceste ville (de Chastellerault) Françoys Mocquet et Maurice Martin, barbiers et scircurgiens demeurans au dict Ghastelleraud. des queulx Mocquet et Martin, lesdictes parties se sont accordées pour veoir et visiter ledict Jehan Frémond, lesquelxd. Mocquet et Martin après le serment par eulx faict au cas requis nous ont dict et rapporté en présence dudict De i ai tes avoir veu et visité led. Jehan Frémond et disent
qu'ils n'ont trouvé aucune apparence de rompture ne relaxation de boyau en la personne dudict Jehan Frémond, ne hernye aygneuse ne aultre espèce; tant que pour se efforcera chanter, ne luy peult venir inconvénient, ne le péritoine se rompre davantage, ne estant commencé à, se faire comme il a appareu après l'avoir fait saulter et ledict Descartes nous a aussi dict et rapporté avoir veu et visité le dict Jehan Frémond avecques lesd.Mocquet et Martin et s'est accordé entièrement au rapport faict par les dessusd. Mocquet et Martin, et est ce qu'ilz rapportent, avons ordonné que lesd, parties auront communication dud. rapport et visitacion et pour ce faire leur avons baillé assignacion a comparoir pardevant nous en l'auditoire de la court de céans, à demain heure de huict attendant neuf du matin, pour y dire ce qu'il appartiendra. Faict pardevant nous, lieutenant général, le dixième jour de décembre, l'an mil cinq cens quarente troys.
Avons taxé aud. Descartes dix solz et auxd. Mocquet et Martin à chacun V solz t.
Et, advenant ladicte assignacion, se sont lesd. parties compareues pardevant nous savoir est :lesdictz demandeurs par maistre Gilles Dorin, chanoyne de l'église Nostre Dame et par maistre Françoys Boutin et ledict Martin en sa personne; garny de maistre Pierre Dupuy l'ayné et le procureur de la court joinct, comparant par M. Loys Dupuy et ledict deffendeur aussi en sa personne garny de maistre Blandin, son advocat, après la quelle comparution lesd. demandeurs et joinct ont dict avoir eu communication du rapport de visitacion faicte de la personne de Jehan Frémond filz dud. deffendeur par les scireurgiens et barbiers et par maistre Pierre Descartes, docteur en médecine, accordez par les parties, et que par icelluy appert que ledict Jehan Frémond n'estre aucunement maculé et n'avoir aucune malladie qui le puisse empescher de servir en ladicte église comme parcidevant il a faict et que parce ledict deffendeur ne puisse empescher les fins et conclusions desd. demandeurs sellon qu'elles ont esté par eulx prises en ladicte matière qui estoit provisoire et sommaire et ôsquelles conclusions et aultres myeulx vallables, lesd. demandeurs ont persisté et requis dépens, dommaiges et intérêts et led. procureur de la court, led. deffendeur estre condamné en amende arbitraire pour ladicte spolliation jusques a la somme de cent livres ouaultre telle que de raison.
Ledict Frémond a dict que lesd. Mocquet et Martin, barbiers, ont précédemment veu ledict filz d'icelluy deflendeur (voire troys moys sont ou environ) et dèslors ont conseillé audict deffendeur le faire pencer et médicamenter du boyau qui lui luy descendoit et dont y avoit grande apparence, suyvant lequel advis et conseil des dess.d. ledict deffendeur luy avoit faict bailler des brayères (1) et faict pencer et médicamenter pour obvier a ladicte malladie et y avoit continué par leur dict avis jusques à présant parcequ'ils l'avoient trouvé ainsi blessé, et avoient dict et remonstré à icelluy deffendeur que ledict enffent n'estoit suffizant pour estre mys à l'art de chantre actendu ladicte malladie qui se pourroit augmenter par la continuacion de ladicte chantrie, et que lesdessus barbiers dévoient rendre raison de ce que dessus par leur rapport qui ne parlent que du temps présant, actendu comme dict est, ils estoient certains de la dicte malladie et l'avoient visité, parquoy
(1) Ceinture, bandage.
requiert led. deffendeur quant de ce regard que le9 dessusd. scireurgiens soient oïz et interrogez et auparsus led. deffendeur a persisté en dire par cydavant mys en avant et que lesd. demandeurs n'estoient recepvables a demander réintègracion dud.filz, actcndu que par leurs mesmes confessions ilz disant qu'ils est lilz dud. défendeur par quoy sellon droict ny peuvent rien prétendre ne maintenir d'icelluy aucune possession, comme à la vérité il n'( d apperra aucunement ne pareillement de ta prétendue spoliation, offrant faire apparoir en cas de deny des faicl/. par luy mys en avant cy dessus, et demande despens, dommaiges et intérêts contre lesd. demandeurs ot scelenic estre impousée aud. procureur do la court parceque sans interestz il s'est faict partie en ceste présante cause.
Lesdictz demandeurs et joinct ont dict que les faictz et moyens alléguez par ledict deffendeur ne sont vallables et ne concernent en riens au faict de la réintègracion et spoliacion dont est question et que si ledict deffendeur auparavant l'introduction du présant procès avoit faict visiter ledict Jehan Frémond filz dud. deffendeur, que ce auroit esté faict en leur absence et ny avoit cause de ce faire ne aultrement iceluy faire médicamenter et esloient chouses controuvées contre vérité, etactendu qu'il appert promptement par ledict rapport desd. scireurgiens que led. Frémond n'a aucune maladie ne relaxation de boyau comme led. deffendeur a voullu prétendre, et ainsi que les dietz scireurgiens ont veu et congnoissent par leur art, parce moyen led. deffendeur ne puye empescher lesdictes fins et conclusions desd. demandeurs et joinct, considéré mesmement que par les procès de contestacion faict en la présente matière, ledict deffendeur s'accorde que led. maistre E9tienne Martin a eu en sa possession ledict Frémont par l'espace de douze moys ou plus et que ce nonobstant depuys ledict deffendeur l'auroit prins ou ravy ou fait prendre ou ravyr et mener en sa maison en spolliant lesd. demandeurs et ladicte église dudict enflant contre droict et raison, comme mesme ledict deffendeur s'accorde en ce que ledict deffendeur à icelluy depuys l'introduction du présant ;reprcsanté et exibé led. enflant il suffist pour obtenir en ladicte matière de réintègracion savoir est de prouver la possession précédente ladicte spoliacion et lad. spoliacion subséquente et quant adee que ledict deffendeur requiert lesd. scireurgiens estre de nouveau interrogiés, ont dict lesd. demandeurs et joinct qu'il n'y à propos veu le faict dont est question et qu'ilz ont par nous esté deuement oys cl interrogiés sur le faict dont est question et que parce en déboutant led. deffendeur dudict réquisitoire doibvent ausdietz demandeurs et joinct estre adjugées leurs fins et conclusions joinct le contenu ond. procès de contestacion sur le faict entre lesd. parties, lequel lesd. demandeurs et joinct employent en ce qu'il faict pour eulx pour plus ample responce à tout le dire dudict deffendeur. Persisté par ledict deffendeur en sesdictes fins et dict icellcs estres valla blés, pertinantes et recepvables nonobstant les dires desd. demandeurs et que ledict Maurice avoit précédemment visité led. enflant en la maison dud. rmtislre Etienne Martin, lequel il avoit trouvé blessé comme dict est et pa. reillement l'avoil visité led. Françoys Mocquet qui l'avoit trouvé blessé, donil n'ont rien dict par leurd. audicion, ne rendu aucune raison qui estoif requis faire. Et auparsus desd. moyens, desd. demandeurs, en faict ledict deffendeur niance absolutoire.
Lesdictz demandeurs en persistant en leur dire ont dict que si led. Jehan Frémond avoit par cydevant esté visité par lesdictz Martin et Moquet que ce néanmoins ne s'ensuyt que led. Jehan Frémond feut blessé et grevé comme le prétend led. dcffendeur et que actendu que par le rapport desd. Mocquet et Martin, barbiers susditz appert que led. Jehan Frémont n'a aucune rompture ne rellaxation de boyau, doit icelluy deffendeur estre coudamné et contrainct icelluy Jehan Frémond son fils remectre entre les mains dudict maistre Estienne Martin pour servir à ladicte église.
Ledict deffendeur a persisté en son dire et moyens susdits et que si encores il appert à présent que ledict boyau ne tombe audict cnffant, c'estoit parce que la lune est ap*résant au fort auquel temps telles malladies ne sont apparantes si bien que quand elle est au foible, et que d'aventage icelluy deffendeur, depuys deux moys en ça, l'a par la chascun jour faict pencer et médicamenter par les barbiers et scireurgiens, prins receptes et médecines pour ce faire dont luy a cousté plus de dix livres pour ce faire comme du tout apperra a suffire, parquoy ne vault et n'est ledict rapport desd. barbiers suffizant et en tout événement n'esloient lesd. demandeurs recepvables persistant en ses fins absolutoires.
Persisté par lesd. demandeurs faisant niance du dire dud. deffendeur comme chouses supposées.
Et par ledict deffendeur persisté en sesdictes fins.
Parties oyesetveule rapport de la visitacionfaicte ennostreprésance de maistre Pierre Descaries, médecin de la personne dudict Jehan Frémond par lesd. Mocquet et Martin, scireurgiens de ceste ville esleuz, du consentement desd. parties, avons ordonné par manière de provision que ledict Pierre Frémond, remectra ledict Jean Frémond, son fils, dedans demain, au lieu et psallete des enffans de ceur de l'église Nostre Dame et feront lesd. parties preuve des faictz contenus par leur plaidoyer dedans huictaine pour toutes préfixions et delays pour ce faict procedder comme de raison, despens dommaiges et inlérestz reservez en deffinilives. Si donnons en mandement au premier sergent de la court de céans ou aultre sergent royal surce requis de rnectre ces présantes à exécucion deuesellon leur forme et teneur. Donné et faict en la court ordinaire de laséneschaulcée de Chastelleraud en absence desd. parties par nous, Geoffroy Pastoureau, licencié es droicts, lieutenant général aud. lieu et, scellé du scel de lad. court, le treziesme jour de décembre mil cinq cens quarante troys.
Ici un timbre sec représentant les armes de Montpezat : d'or, à trois bandes de gueules, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or.
(Archives Vienne G8, 2, chapitre de N.-Dame de Châtellerault).
Delavaud.
Melchior Des Prez, Sr de Montpezat, était alors gouverneur et sénéchal de Châtellerault. 11 avait succédé à son père, Antoine, maréchal de France, qui lui avait assuré la survivance des offices dont il jouissait (V. les actes de François /er).
Ces exemples ne suffisent-ils pas, nous allons en produire d'autres ; si on y trouve des longueurs, on y verra du moins que nous sommes familiers avec notre sujet et perilus cum documenta.
22 février 1553. — Acquisition par Pierre Descartes et Claude Ferrapd, sa femme, de quelques pièces de terre continues au fief des Cartes, paroisse de Poizay-le-Joli (i). « Maistre Pierre Descartes, docteur en médecine, dernourant en la ville de Chastellerault, paroisse de Monsieur Sainct Jehan. »
7 octobre 1550. — Arrentement d'une vigne près de Gatebourse(2) par Me Loys Dupuy, sieur de Sossay, à Joachim Lange, lieutenant particulier et assesseur à Châtellerault... Ledict Lange est tenu de payer « à maistre Pierre Descaries, docteur en médecine, la somme de quatre livres tournois »... acte des notaires Delavau et Groteau. Il est à croire que Pierre Descartes était le neveu de Louis Dupuy et ce dernier frèrede Jeanne, épouse de Jean Descartes, bisaïeul du Philosophe. — Nous reviendrons sur la portée de ce texte ignoré jusqu'à ce jour.
' décembre 1563. — Acte de naissance et de baptême de Joachim Descartes,, « fils de honorable homme Pierre Descartes, docteur en médecine (par. de Saint-Jean-Baptiste de Ghàtellerault) ». Un des parrains de Joachim était Louis Dupuy, seigneur de Sossay (3), dont il vient d*être parlé à la date du 7 octobre 1556. — On remarquera que Pierre Descartes est simplement qualifié honorable homme; et cependant Baillet dit, p. 4, qu'il fut rétabli en 1547, par un arrêt de la cour des aides de Paris, dans tous les droits do sa noblesse!
lu juin 1564. — « Gontract de vendicion faicte au sieur Desquartes par Lois Lhommier et Catherine Lhommier, sa sœur, vefve de feu Adrian Marchand. »
Ce sommaire, d'une écriture autre et moins ancienne que celle du corps de l'acte, ne prouve rien contre l'orthographe que nous défendons, et dans la rédaction du notaire Moricet on lit : « Maistre Pierre Descartes, docteur en médecine absent, stipullant et acceptant pour luy, honnorable femme Claude Ferrand, sa femme, dernourant au dict Chastellerault... »
- décembre 1564. — Procès-verbal de l'enquête relative au projet de construction du grand pont de pierre de Châtellerault.
(1) Réunie à la commune des Ormes, canton de Dangé, le 18 novembre 1818.
(2) Commune de Châtellerault.
(3) Commune du canton de Lenclottre.
Parmi les notables figurant dans le texte, qui est des plus intéressants, on remarque Pierre Descartes, docteur en médecine. Nommons encore quelques-uns des contemporains, amis ou parents de l'habile praticien : Gaspard d'Auvergne, Louis de Sauzay, Aymé Rasseteau, Pierre Brochard, receveur des tailles, François Brochard, Charles Proust, Pierre Creuzé, Pierre Godeau, Jean de Sauzay, etc., etc.
1566 est l'année de la mort de Pierre Descartes. Il est enseveli à Chàtellerault, et on lit encore sur un fragment de sa tombe, signalée et décrite par M. Arthur Labbé, l'inscription suivante qui, mutilée, n'en est pas moins révélatrice : RRE. DESCARTES. Y1V...
Reproduction d'un fragment de la tombe du docteur en médecine Pierre Descartes, docteur en médecine à Chàtellerault et grand-père du Philosophe.
15 mars 1569. — Testament à Poitiers de JeanFerrand, le père, et de Louise Rasseteau, sa femme. « Claude Ferrand, nostre fille, vefve de feu Me Pierre Des Cartes, en son vivant docteur en médecine. »
Dans l'ouvrage de Jean Ferrand, le père : De Nephrisis et lithiasis, édité pour la première fois en 1570, on lit : Ferrandus, quam plurimos tractavit qui talia patiebantur (de la pierre) inter quos clarissimum habuit generum saum, A CHARTIS, medicum meritissimum; et encore : Ferrandus hoc ipso anno (1566) secto cadavere sui generi PETRI DESCHARTES re medica illustrati... Le nom patronymique ne serait donc pas QUARTE, mais CHARTE.
3 juin 1570. — Acte de curatelle, à Chàtellerault, de Louis,
Martine et Louise Ferrand. « Dame Claude Ferrand, vefvo de feu maistre Pierre Descartes, en son vivant docteur en médecine. »
l'.'i juin i'i83. — Sentence rendue à Chàtellerault., entre François d'Alloigny, sgr de la Groye, et Perrette Dupuy, veuve de Gaspard d'Auvergne, au sujet des arrérages d'une rente noble, féodale et foncière due au premier sur une maison tenant par deux côtés aux étables, cour et aisances de dame Claude Ferrand, dame Des Cartes.
21 février io87. — Transaction entre Michel Ferrand, son frère Antoine et leurs sœurs au sujet de la succession de Louis Ferrand. « Dame Claude Ferrand, veuve de défunt M9 Pierre Descartes, vivant docteur en médecine. »
17 septembre 1593. — Transaction entre Autoine Ferrand et dame Claude Ferrand, veuve de Pierre. Descartes, au sujet de la succession de défunt noble Jean Ferrand (leur frère), vivant sieur delà Foucliardière. — « Dame Claude Ferrand, veuve de feu noble homme Pierre Descaries, vivant docteur en médecine, demeurant dans cette ville. »
23 septembre 159S. — Partage à Chàtellerault des successions de Jean Ferrand. médecin du roi, et de Louis Ferrand, avocat à Poitiers. « Dame Claude Ferrand, veufve de deffunct messire Pierre Descartes, vivant docteur en médecine. »
lo janvier iGOo. — Acte de vente d'une pièce de terre à Louis de Ferrou, seigr de.Mondion (1). « Faict et passé à Chàtellerault, en la maison de la dame Descarlcs... Et ont lesd. dame Descartes et Jahan signé la minute des présentes. »
li septembre 1*507. — Poursuites du chapitre de Notre-Dame de Chàtellerault contre Claude Ferrand, veuve de feu noble homme M Pierre Descartes, vivant docteur eu médecine, à laquelle on réclame des arrérages en retard.
4 février 1008. — Contrat de mariage de Pierre Adhumeau avec
Jeanne Rasseteau. — « C'est assavoir que led. Adhumeau, vis-
scbal de Chastellerault par l'advis de ses parents et amis soub-
siimez. a promis et promet prendre à femme et expouse Jehanne
Rasseteau, comme aussy ladicte Jehanne Rasseteau du voulloir et
(l) Commune de l'arrondissement de Chàtellerault, canton de Leigoé-8UJ>
consentement et volonté de sesd. père et mère et encore de dame
La maison Ferrand-Descartes à Châtellerault, d'après une photographie do
**(" A^(DPierredeL°ys'
Perrette Dupuy, vefve de feu maistre Gaspard Dauvergne, vivant lieutenant particulier, assesseur en la court ordinaire dud. Châtellerault, honnorable M0 Aymé Rasseteau, président en l'élection dud. lieu, Me René Richard, advocataud. Chastellerault, oncles de ad. Jehannc, dame Marye Dupuy, vefve de feu noble maistre
Michel Ferrand, vivant conseiller du roy et lieutenant général pour sa majesté aud. Ghastellerault, dame Claude, vefve de feu maistre Pierre Descartes, vivant docteur en médecine, et vénérable Pierre Rasseteau, chantre et chanoine on l'église collégiale de Notre-Dame dudict Ghastellerault, proches parents de ladiclo Jchannc Rasseteau. Ce document très précis ne manque pas d'intérêt; c'est pourquoi nous en donnerons plus loin le texte complet.
27 juillet iG2o. — Procuration de René Descartes, escuier, sieur du Perron, estant et demeurant de présent en ceste ville de Chastcllerault, logé au logis de Sainct André à Jehan Coûtant, sergentroyal, à l'effet d'affermer aux sieurs Salomon Carré, chirurgien, H. Jehan Carré, procureur et à Charles Fromager, sergent- royal, tous demeurant à Châtellerault, les métairies de la Bretallière, la Praguerie, la Durandière et le Coudray, le fief de Mombaudon et la Parentière dans la paroisse de Lcigné-sur-Usseau, à l'exception des rentes générales et du bois de Mondidier (Vellèches).
Ces pièces brièvement analysées, auxquelles nous aurions pu en joindre d'autres, ont pour but d'établir que l'orthographe du nom des ancêtres du philosophe Descartes,ou mieux DesCartes,est restée invariable depuis 1543 et que la forme Desquartes lui est étrangère et doit appartenir à une autre famille. Nous tirerons encore une autre conséquence de cette énumération rigoureusement chronologique. Joachim Descartes est né le 2 décembre 1563, il a été conseiller au parlement de Rennes leli février 1580 (1), enfin ils'est marié à Châtellerault le 15 janvier 1589. Et bien, ce n'est qu'à partir de son admission dans la haute cour bretonne que les pièces où on rappelle le nom de Pierre Descartes, son père décédé en 15G6, est qualifié noble homme. Il y avait donc là une intention et une influence faciles à comprendre. — Baillet a servi l'une et a subi l'autre.
Nuus avons dit ailleurs (Mém. de la Suc. des Ant. de l'Ouest,
(1) Après lui siégeaient au parlement de Bretagne ses descendants : Pierre Descart.s, lu avril 1C1S. — Joacliim Descartes, 30 mars 164S. — Jean Joachim Descartes Chavagno. 21 mai 1659. — Françoil Joachim DesCtrtM de Kcihau, 9 mars 1691 (Liste générale de nos seigneurs du parlement de Bretagne, dejmis son érection en 1554 jusqu'en I7i5. — A Rennes, chez Guillaume Vatar, 1725.
Celte brillante dynastie de parlementaires apparaît dix ans avant la naissance de Rem'- et lui survit près de quarante an?, ayant aiiibi doré plus d'un
t. XIX, p. 94) que les familles du nom de Descartes ou Desquartes étaient fort nombreuses aussi bien dans le Haut-Poitou qu'en Touraine. Dans cette dernière province nous en trouvons une nouvelle qui semble n'avoir pas été signalée. De 1623 à 1G3&, plusieurs Descartes furent tenanciers du chapitre cathédral de Poitiers qui possédait dans la paroisse de Chambon-sur-Creuse une seigneurie du nom de Mousseaux. Qu'on veuille bien se rappeler qu'il y avait dans la paroisse de Poizay-le-Joli (Haut-Poitou) un autre fief de Mousseaux dont dépendait la métairie des Cartes qui appartint au Philosophe. Nous ne tirons aucune conséquence de ce rapprochement, il mérite toutefois qu'on s'y arrête.
En présence des débats qui s'élèvent aujourd'hui sur les origines de la famille Descartes, et pour répondre à la critique qu'on nous a adressée d'avoir rejeté <c en bloc » trois généalogies différentes nous allons les discuter. Notre thèse est celle-ci : les Descartes appartiennent au pays chàtelleraudais depuis le milieu du seizième siècle (1543), mais il reste à prouver qu'avant cette époque ils étaient originaires de la Touraine. A ce double point de vue, le préambule du document généalogique emprunté à la bibliothèque de l'Arsenal semble exprimer la vérité en disant : « cette maison est une des plus anciennes de la Touraine et s'est même beaucoup étendue dans la province de Poitou et poussé ses branches en Berry, Anjou, Bretagne et Paris par le moyen des belles alliances qu'elle a contractées (1). » En principe, et sous la réserve de certaines exagérations, nous accepterions cette proposition ; mais il s'agit d'établir à quelle époque vivaient les ancêtres de Pierre Descartes, de trouver leur résidence, d'examiner si le médecin chàtelleraudais est le personnage initial de l'exode de la famille dans le Haut-Poitou, s'il convient de la faire remonter à Jean, mari de Jeanne Dupuy, une Chàtelleraudaise, ou plus haut. C'est la seule méthode rationnelle à suivre. Nous nous efforçons de voir les choses telles qu'elles sont,
(1) Ce texte est le même que celui de Baillet, p. 2, 54; mais à la nomenclature des provinces où se sont étendues les branches de la famille Descartes, on a ajouté Paris. La généalogie de l'Arsenal serait donc postérieure à 1691 bien qu'elle soit conforme à celle de l'auteur précité.
évitant autant que possible les hypothèses qui n'engendrent que l'incrédulité dans l'esprit de eeux auxquels on les offre. Le temps, qu'on nous pardonne ce néo-vcrbé, prismatise les hommes et les événements : il en change ou en dénature la physionomie, l'agrandit ou la rappetisse, l'illumine ou la rejette dans l'ombre, de telle sorte que les artifices, les obscurités ou les erreurs de l'historien trompent même sans qu'on s'en aperçoive. Etre réaliste, au contraire, c'est apprécier les faits et les hommes pour leur valeur. Nous n'acceptons donc qu'avec une extrême réserve les attaches nobiliaires des Descartes remontant au quinzième siècle qu'on cherche là où elles ne sont pas. Certaines inventions de Baillet ou de ses inspirateurs nous ont rendu défiant, ce qui n'étonnera personne. Ainsi il y a des gens à la foi robuste qui croient encore que Pierre Descartes, le médecin châtelleraudais mort en lù6(5, « s'étant jette dans la ville de Poitiers l'an ir>69 avec le comte du Lude pour en soutenir le siège contre les Huguenots, contribua beaucoup à. affermir le parti du Roy et à faire lever le siège (1) ». — La lancette de notre praticien « re medica illustratus » est remplacéo par une arquebuse (1).
Toutefois, nous constaterons ici que l'assertion ci-dessus, que nous tenons pour inexacte en ce qui concerne Pierre Descartes, pourrait s'appliquer à un grand-oncle du Philosophe, Jean de Moulin, seigneur d'Archange, époux de Jeanne Brochard, fille d'Anne Brochard et d'Anne de Sauzay, sœur de René, seigneur de la Coussaye, lequel était père de Jeanne Brochard, femme de Joachim Descartes. En effet, le nom de de Moulins se trouve deux fois cité dans les textes originaux du siège de Poitiers (1569) de Libcrge (pp. 125 et 13G). Après tout il était de la famille 1
Soit par erreur, soit intentionnellement, Baillet, qui ignorait du reste l'époque delà mort de Pierre Descartes (1506), aurait substitué un aïeui paternel à un grand-oncle maternel. — Jean de Moulins, sr d'Archange, décéda avant le 21 février 1590 sans postérité (2). Sa femme, Jeanne Brochard, existait encore en 1007. Elle posséda la petite métairie du Perron, paroisse d'Availles, prèsChatellerault.
De pareilles inventions sont regrettables, grotesques même. Dans
(t) Baillet, la Vie de M. Descartes, p. 3. (2) Dict. Beauchet-Filteau, i" éd., p. 423.
la circonstance, Baillet aurait du s'inspirer du sage conseil qu'il donne aux autres dans ces termes : « que de véritez dérangées dégénèrent en faussetés et que l'on peut assurer qu'il y a peu d'histoires où les faits ayent autant besoin d'être remis à leur place que celle de M.Descartes. » — Et surtout pour ses ancêtres, ajouteronsnous.
Le même auteur (p. 14) ne nous apprend-il pas encore que la seigneurie de La Haye était partagée entre la maison de Sainte-Maure et celle des Descartes! — 11 oublie de nous donner les textes ou les références qui consacreraient la jouissance simultanée d'une importante seigneurie par deux familles, l'une puissante, l'autre sans aucune notoriété féodale et relativement obscure.
Quand on parle des deux fils de Joachim et de Jeanne Brochard, l'aîné, Pierre, seigneur de la Bretallière, le cadet, Bené, seigneur de Perron, il semble qu'on est en présence de descendants de cette vieille aristocratie française de robe ou d'épée qui remplit nos annales de ses hauts faits. Il n'en est rien pour les Descartes de Chàtellerault. Mais ils sont sortis d'un milieu fort honorable dans lequel les ofliciers de judicature ou de finance, les médecins et les marchands, bourgeois cette fois, occupaient une place distinguée. Dans les ancêtres de René on ne rencontre que des travailleurs utiles à la Société et à l'État. Enfin, la Bretallière et le Perron, examinés de de près, n'étaient que de simples maisons rurales du Chàtelleraudais, à l'aspect modeste et sans aucune prétention seigneuriale.
Revenons aux généalogies. J'avoue que sur ce sujet très complexe et non moins obscur j'ai été, comme tant d'autres, fort embarrassé, bien qu'on puisse tirer des textes que nous possédons jusqu'à ce jour des inductions utiles. Mon érudit contradicteur m'attirant sur ce point intéressant de nos mutuelles recherches, je dirai ce que je pense des généalogies que j'ai publiées en 1896. II en existe jusqu'à présent trois qui ;se réduisent à deux, même à une. Je ne saurais compter celle de Chalmel, sur laquelle nous avons déjà exprimé notre opinion. Mais nous attendons la copie, d'autant plus désirée qu'elle est introuvable, de l'arrêt de la
Cour des Aides [de Paris] du 4 septembre 1547, où Pierre Descartes est rétabli dans tous los droits de sa noblesse après avoir représenté sa généalogie par générations non interrompues jusqu'au roi Charles cinquième. C'est-à-dire qu'entre 13G4 et 1380 on rencontrerait la souche antique des Descartes 1 « Cet arrêt, dit M. Thouverez, est mentionné par Baillet en marge de son ouvrage, et l'on peut affirmer, vu ses habitudes bibliographiques, que s'il le cite sans renvoi, c'est qu'il l'a eu sous les yeux (i). » S'il en a étéainsi, le biographe de Descartes aurait pu en extraire tout au moins la substance pour rehausser l'intérêt de son livre et l'appuyer des détails généalogiques consacrés par l'arrêt de la Cour des Aides.
En admettant que les Descartes fussent originaires du fief de Mauny, en Touraine, il convient d'examiner comment la branche aînée, étant éteinte, fut remplacée par la branche cadette.
Au moment où le fait se produisit, nous nous heurtons à une difficulté et nous posons cette question que nous allons essayer de résoudre.
Gilles Descartes, seigneur de Mauny, époux de Marthe Gillier, avait un frère, Pierre, qui devint le chef de la branche cadette.
D'après une généalogie « composée vers le milieu du dix-septième siècle pour les Descartes, conseillers au parlement de Bretagne », ce serait Pierre, frère de Gilles, époux de Madeleine Taveau. Ce dernier, Gilles, n'aurait eu que des filles, dont une, « Anne des Hommes (des Ormes St-Martin), des Cartes et du Plessis-Uonnay, se serait mariée à Charles de Maillé, seigneur de Villeromain, de l'Islette, du Plessis-Bonnay, de Cessigny, etc. ». — Nous reviendrons plus loin sur ce point.
Dans la généalogie de l'Arsenal, celle à laquelle on paraît accorder une certaine confiance, il s'est glissé une erreur capitale, et le
(1) M. E. Thouverez, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse, a communiqué au Congrès des Sociétés savantes réuni dans cette ville en 1898, un travail ayant pour titre : « la famille Descartes d'après les documents publiés par les sociétés savantes de Poitou, de Touraine et de Bretagne. » Cette étude, aussi complète que consciencieuse, se recommande par sa clarté, sa méthode et l'impartialité qui ne cessent d'y régner. Rien n'a coûté à l'auteur pour éclairer par des recherches patientes, multipliées, difficiles, les origines delà famille Descartes. Cette dissertation pénéalogique a été publiée k Berlin dans une revue allemande ayant pour tilrc : Arcftiv fiir Geschichle der Philosophie.
texte même permet de la rectifier. En effet, il y est dit « Gilles, frère de Pierre, épousa Marthe Gillier », et on le représente comme formant le second degré de la branche cadette. Si Pierre était le frère de Gilles, ce dernier ne pouvait être son fils. Il y a là une confusion qu'on retrouve dans Baillet, qui n'a été qu'un copiste sans défiance. D'après lui, Pierre Descartes aîné, seigneur de Mauny, n'aurait pas eu de descendants mâles, et Gilles Descartes, marié à Marthe Gillier, serait le chef de la branche aînée ; de plus, Pierre Descartes serait le fils de Gilles et de Marthe Gillier. C'est tout le contraire qui existerait. On substitue Pierre à Gilles, de telle sorte qu'on rencontre deux Gilles alors qu'il n'y en a réellement qu'un dans la descendance de la branche cadette ; puis on trouve deux Pierre Descartes, dont l'un est frère de Gilles et un autre fils de ce même Gilles, alors que c'est la même personne. Le généalogiste a dû s'égarer dans ce dédale de Gilles et de Pierre. Pierre, époux de Madeleine Taveau de Morthemer, serait bien le chef de la branche cadette, et Gilles, époux de Marthe Gillier, est son frère, sans descendance mâle.
Par conséquent, il y a lieu de rétablir comme il suit la généalogie :
ï Pierre Descartes, seigneur de Mauny, époux de Madeleine Taveau de Morthemer.
Gilles Descartes ; Madeleine Desmons.
Jean Descartes ; Jeanne Dupuy (vers 1510).
Pierre Descartes, le médecin chàteileraudais ; Claude Ferrand (fiançailles de 1543).
Joachim Descartes; Jeanne Brochard (1589).
C'est ainsi que Gilles Descartes, époux de Marthe Gillier de Puygarreau, disparaît de la descendance de la branche cadette,
puisqu'il est le frère sans hoirs mâles de Pierre; que Pierre,
époux de Madeleine Taveau de Morthemer, passe au premier
drgre de la branche eadette, et que de ce dernier à René Des-
cartes il n y a que six degrés au lieu de huit. Le terrain se trouve ainsi un peu déblayé.
Revenant à Chahnel. nous allons démontrer plus amplement que sa filiation est à rejeter, en indiquant les procédés ingénieux dont cet auteur s'est servi pour obtenir un résultat n'ayant que les apparences de la vérité.
Un texte semblable à celui publié par M. de Grandmaison, le même peut-être, lui a facilité la substitution d'un certain Gilles Desquartes, éChevin et maire de Tours, époux de Marie Hubaille, à un autre Gilles ou Gillet Descartes, ayant pour femme Madeleine Desmons ; et comme ce Gilles Desquartes avaitdeux fils, dontl'un s'appelait Pierre, rien n'était plus facile que de transformer ce Pierre, qu'il s'était abstenu de dire fils de Marie Hubaille et marchandbourgeois de Tours, en un autre Pierre Descartes, docteur en médecine à Cliàtellerault, avec lequel il n'a aucun rapport. La substitution était adroite si Chalmel a voulu déguiser la vérité, mais nous préférons croire qu'il a obéi, comme tant d'autres, à la tentation bien naturelle à un Tourangeau d'inféoder à la ville qu'il habitait l'ascendance du Philosophe. « Dans tous les cas, dit l'abbé Lalanne, il n'a pas dû souiller considérablement pour atteindre ce résultat; à part la souche prise au hasard pour plus de commodité, il n'a fait que copier Haillet qui ne produit de filiation réelle et suivie qu'à partir de Pierre, le docteur en médecine ».
D'ailleurs, nous l'avons déjà exposé, comment Pierre Descartes, l'époux de Claude Ferrand, qui, étant né vers 1515, aurait eu vingtsept à vingt-huit ans lorsqu'il s'engagea en 1543 à un enfant de douze ans, ^erait-il le même que ce Pierre Desquartes, marchandbourgeois en 1531, qui n'a pu voir le jour qu'aux environs de 1480 et aurait eu plus de soixante ans eu 1543. — Chalmel n'en cherchait pas si long et pour atteindre l'objectif qu'il visait il s'est tendu un piège à lui-même. Non- n'y tomberons pas.
Quant à l'alliance des Descartes avec la maison de Maillé, la réalité ne nous en parait nullement démontrée. Il est vrai que Charles de Maillé, lils de René, qu'on représente comme l'époux d'Anne dame Descartes, fille de Gilles, a été seigneur de l'Ilette (1), mais il faut remarquer qu'il est qualifié seigneur de Villeromain, du Plessis-Bonnai et de Cessigny; or, dans un aveu rendu au vicomte de Ghàtelleraultle 13 mars 1429 (2), on lit «l'ostel du PlessayBonnay... l'ostel ou mazeris appelé la Quarte (3), assis entre Mondion et Laigné sur Usseau... » Ce texte ne prouverait pas que cette Anne, dame des Quartes, des Hommes (Les Ormes) et du Plessis-Bonnay est la fille
(1) Déclaration de foi et hommage de Charles de Maillé
21 mars 1540 (y. style) 1541 (n. style) Archives nationales, p. 13, n°4434.
Françoys, par la grâce de Dieu roy de France, à nos amez et féaulx gens de noz comptes à Paris, au bailly de Touraine ou à son lieutenant à Ghynou et à noz procureur, receveur et officiers ondict bailliage, salut et dilection savoir vous faisons que nostre cher et bien amé Charles de Maillé, escuyer, seigneur de l'Islecte, nous a aujourd'huy faict es mains de nostre amé et féal chancelier les foy et hommaige qu'il nous estoit tenu faire pour raison du droict d'usage qu'il dict avoir en la forest de Chynon pour sa terre et seigneurie de l'Islecte, à luy escheu et advenu par le trespas de feu René de Maillé, son père, en son vivant chevalier, seigneur dudict l'Islecte, tenu et mouvans de nous à cause de nostre chasteau de Chynon : auquelz foy et hommage nous l'avons receu, sauf nostre droict et l'autry. Si vous mandons et coenmectons par ces présentes et à chacun de vous sur ce requis et si comme à luy appartiendra que, par deffaults desdiz foy et hommage à nous non faiclz, vous ne mectez ou donnez ne soutirez es tre faict mis ou donné audict Charles de Maillé aulcun trouble ne empêchement ; mais si, pour ceste cause, le dict droict d'usage qu'il dict avoir en ladicte forest de Chynon pour sa dicte terre et seigneurie de l'Islecte ou autres ses biens sont où estoient pour ceprins saisiz et arrestez ou aultrement empeschez, les luy mectez ou faictes mectre inconlinant et sans délay à plaine délivrance, car tel est nostre plaisir, pourveu qu'il baillera en nostre chambre desdiz comptes dedans temps deu son adveu et dénombrement, fera et payera les aultres droietz et devoirs, si aulcuns nous sont pour ce deuz, si faietz et payez ne les a.
Donné à Bloys, le vingt nngniesme jour de mars, l'an de grâce mil cinq cens quarante, et de nostre (règne) le vingt- septième. Ainsi signé : Par le Roy, à vostre relacion : Coefier, et scellé sur simple queue de cire jaulue.
Collation a été faicte à l'original le XVe mars MVCXLI, par moy, auditeur soubzsigné.
De Lyon.
(2) Etudes sur le Chàtolleraudais, le Livre noir, mérn. de la Soc. des Ant. de l'Ouest, t. XVI, 1893, p. 324.
(3) La Carte, h. comnune de Leigné-sur-Usseau. La Quarte 1339 (seign.de la Garde). — Hoslcs de lu Quarte, 1426, duché de Chàtellerault. — Ane. fief relevant de la Tour-Balan.
de Gilles Deseartes. Ce serait par l'emprunt d'un nom de fiel* qu'on rattacherai! les Descartes à l'illustre famille des Maillé.
Si les alliances des Descartes avec les Gillier de Puygarreau, les Taveau de Mortliemer, les Desnions et des Dupuy avec la maison de Vatan (en Berry) ont existé, ce dont nous doutons fort, on en aurait trouvé quelques traces dans les Archives de la Vienne, riches en parchemins sur les anciennes familles du Haut-Poitou et en particulier du Ghâtelleraudais: Jusqu'à présent nos investigations de ce côté ont été infructueuses ; mais nous les continuerons.
Dans cet ordre d'idées de recherches généalogiques, nous allons produire un document inédit duquel nous tirerons des conséquences confirmatives du texte de Baillet, représentant Pierre Descartes, le médecin châtelleraudais, comme fils de Jean Descartes et de Marie Dupuy. La pièce est du 17 octobre 1556, et je l'ai découverte aux archives du département de la Vienne (i).
En voici le texte :
Saichent tous que en droict, en la court du scel estably aux contraetz de Chaslellerauld pour le Roy, notre sire et Monseigneur le Duc (2), personnellement estably et soubzrais noble homme maîstre Loys Dupuy, sieur de Sossay (3), demourant audict Chaslellerauld, lequel a baillé et arrenté par ces présentes à honorable homme et saige maistre Joachim Lange, conseiller du Roy, nostre sire et son lieutenant particulier audict Chaslellerauld adee présent, stippulaut et acceptant pour luy et les siens, et ce pour le prix et somme de soixante soulz lournoysde rente annuelle et perpétuelle que ledict Lange pour ce estably en droict en la court sera tenu et a promys payer audict Dupuy, ce stippulant et acceptant par chacun an en chascune feste de Sainct Michel, c'est assavoir ungrecloux de vigne sis en Chastellier (i), tenant d'une part aux vignes des ilugons et d'autre part au chemin tendent par lequel l'on va de Gastebource (o) aux Gastz (6) et tout ainsi que ladicte vigne se poursuyt et comporte, tenue et mouvant de ladicte vigne de la coramandrye Dauzon au deb.
(1) Sérié H, liasse 87. Gouvonl des Minimes de Chàtellerault.
(2) Jacques Hamilton, comte d'Arao, 1:J49-li>59.
(3) Commun.; (tu canton du Lencloilre.
(4) Commune de Chàtellerault.
: 'iTimune de Chàtellerault (6) Commune de Chàtcll' raull.
voir de troys soulz tournoys et ung chappon par chacun an que ledict Lange sera tenu payer et par oultre sera tenu ledict Lange de payer à maistre Pierre Descartes, docteur en médecine, par chacun an ou en chascune feste de Saint Michel la somme de quatre livres tournoys de rente, et parceque ledict Dupuy a prins en ceste présente année la vendange de ladicte vigne, ledict Lange ne sera tecu payer pour ceste présente année ladite rente, laquelle ledict Dupuy a promys acquicter pour ceste présente année et non aultre lesdictz devoirs féodaulx que ledict Lange sera tenu d'acquicter les arrérages d'iceulxdoresnavant àceulxàqui ils se trouveront estre deuz, aussi est dict et accordé entre lesdictes partyesque en baillant par led. Lange audict Dupuy semblable somme de soixante soulz tournoys de rente foncière en ceste ville et forbourgs, sera tenu ledict Dupuy les prendre et en ce faisant ledict Lange en demourra quicte envers led. Dupuy, promectant lesd. partyes et chascunes d'elles par les foy et serment de leur corps et soubz l'obligation et ypotecque de tous et chascuns leurs biens présens et advenir quelconques, sçavoir est ledict Dupuy garantir audict Lange ladicte vigne envers tous et contre tous de tous troubles et hypothecques et empeschemens quelconques et led. Lange payer ausd. Dupuy et Descartes lesd. rentes doresnavent par chacun ans es termes dessus desclairez, ensemble lesdictz troys soulz et ung chappon avecque lesd. debvoirs féodaulz, ensemble faire et accomplir par lesd. partyes le contenu cydessus comme dict est, en desfault de ce amender tous coustz, fraiz et mises, dommages et intérestz, renuntians à toutes les choses à ce contraires, dont à se tenir et garder lesd. partyes ont été, à leurs requestes et de leurs consentemens, jugées et condampnées par le jugement et condampnation de lad. court. Et le scel d'icelle à sesdictes présentes a esté mys et apposé en signe de vérité. Faict etpassé audict Chastellerauld le dix septième jour d'octobre, l'an mil cinq cens cinquante six.
Delà va o Grotead.
Les deux noms auxquels il faut s'arrêter dans ce document sont ceux de Louis Dupuy, sieur de Sossay, demeurant à Chàtellerault, et de Pierre Descartes, docteur en médecine, exerçant son art dans la même ville. Pourquoi ces deux personnages auraient-ils été rapprochés l'un de l'antre dans l'acte ci-dessus, si un lien de parenté, suivi d'un intérêt commun, n'en avait pas été la cause? C'est ce que nous allons examiner.
Ce Louis Dupuy, sieur de Sossay et receveur des tailles, est précisément un des parrains de Joachim Descartes, né à Chàtellerault le 2 décembre 1563 ; l'autre était Jehan Ferrand, docteur en méde-
cine, la marraine Anne de Sauzay, dame de la Régnaudière (1-2).
Quels étaient les liens de parenté qui les attachaient à Joachim ou à ses proches ?
11 semble que Louis Dupuy était le frère de Jeanne, mariée vers 1500 à Jean Descartes, — Jean Fcrrand (1), le père de sa mère Claude, — enfin Anne de Sauzay, grand'mère de l'enfant, par conséquent bisaïeule maternelle de René.
La qualification de « dame de la Regnaudiôrc », qu'elle prend dans l'acte de baptême do Joachim, exige une explication. La fille de (iuillaume de Sauzay, seigneur de Beaurepaire, près Chàtellerault, secrétaire et bibliothécaire du roi, avait épousé en premières noces, on le sait, Aimé Brochard, conservateur des privilèges royaux de l'université de Poitiers dès 1514; un personnage nyantunegrande situation dans le pays. Ce dernier étant mort en 1533, sa veuve convola de nouveau avec un certain Jean Bellucheau, échevin et procureur du roi à Poitiers, lequel était seigneur de la Regnaudièrc ou Renaudière. Anne était la mère de René Brochard, sieur de la Coussaye, époux de Jeanne Sain, qui eut trois enfants, dont Jeanne, femme de Joachim Descartes, le 15 janvier 1589.
Ces déductions, s'appuyant sur des titres authentiques de 1556 à 1563, nous autorisent à penser, avec Baillet, que Pierre Descartes, était bien fils de Jean et de Jeanne Dupuy, mais nous hésiterions beaucoupà ajouter : fille et héritière d«i la maison deVatan en Berry. Il paraîtrait que cette bisaïeule du Philosophe mourutassez jeune et (jue son mari passa à de secondes noces sans avoir pu néanmoins
(1) L'acte de naissance de Joachim est ainsi conçu: « Le jeudy, 2° jour de nibre 1563, fut né et baptisé .louachin Dcscarlcs.fils de l'honorable homme
Mi l'iv Desc&rtes, docteur en médecine, et honorable fme Claude Ferrand, sa ,;l diront Bea parrains et marraine Me Jehan Ferrand, ^docteur en médecine, et noble home M" Loys Dupuys, sieur de Saussay et recepveur des tailles du roy notre sire et demoiselle Anne de Sauzay, dame de la Regnaure Anncteau, curé de ladite église. » — (Saint-Jean Baptiste de Cbàtellerault.)
(2) La maison noble et forteresse de Mousscaux occupait le lieu ancienne*
L'hostel «le la Hegnaudièrc, 1446, » L Métairie Les Cartes, ait du fief de Mousseaui .
l'ut anobli par Char]. • IX. i D janvier 1874. De* h 20 févrii I 1563, il de vint médecin ordinaire du roi, en vertu 'lune commission très flatteu
ii and, il était l'oncle de Joachim, tou-
il ne serait pas impossible que le parrain lût Jean Ferrand, aussi
.d'pére de l'enfant, et qui ne monrul Dan tous
il titution du 01s au père n'inhrmei ait en rien notre raisonnement.
augmenter sa famille par ce nouveau mariage. Si ce n'est pas encore une historiette de notre auteur, la solution du problème généalogique n'en serait que plus compliquée. En tout cas, cet exposé nous éloigne beaucoup de Gilles Desquartes, le maire de Tours, de Marie Hubaille, sa femme, et de leurs deux fils, Gilles et Pierre, ce dernier marchand-bourgeois en lo3i .
Les recherches à faire sur l'ascendance de Pierre Descartes, fils de Jean, offrent des obstacles sérieux à cause des temps reculés auxquels remontent les générations dont il serait issu. Jusqu'à présent les textes ont manqué, en Poitou du moins ; il s'en trouvera peut-être en Touraine. A leur défaut, il faut se livrer à des hypothèses qui, non sans raison, exposent à la critique. Nous y prêterons volontiers le flauc si ces hypothèses nous conduisent à la vérité.
En admettant que le mari de Claude Ferrand ait eu vingt-sept ou vingt-huit ans à l'époque de ses fiançailles, il serait né en 15J5 ou 1510 ; — son père, Jean, marié en 1510 à Jeanne Dupuv, ayant à cette époque vingt-cinq ans, aurait vu le jour en 1485, et si on applique ce calcul aux autres générations de l'ascendance masculine on arrive à fixer approximativement ainsi qu'il suit l'époque de la naissance et du mariage des ancêtres de René.
1. — Pierre Descartes, né vers 1433, époux de Madeleine Taveau de Morthemer vers 1458.
2. — Gilles Descartes, né vers 1460, époux de Madeleine Desmons vers 1483.