CHAPITRE IX
Instruction publique. — Colonisation.
Il n'est pas strictement obligatoire de parler de l'ins* truction publique dans un ouvrage économique, car ce n'est pas à proprement parler une source de richesses; c'est même uniquement une source de dépenses, mais indirectement l'instruction concourt à la prospérité d'un pays, car une nation instruite est plus apte à produire et sait mieux diriger et perfectionner sa production.
Suivant l'historien Restrepo, le plus grand nombre des Colombiens resta plongé dans la plus complète ignorance tant que dura la domination espagnole, c'est-à-dire pendant trois cents ans. La plupart des habitants n'apprenaient pas à lire en raison de la rareté des écoles primaires ; le gouvernement ne les subventionnait pas ; elles subsistaient grâce aux communes ou
à la bonne volonté des particuliers. Les fonctionnaires» quelques commerçants» les jeunes gens de la haute société seuls avaient quelque instruction. A Santa-Fé, il y avait deux collèges dont le but était de former des prêtres et des avocats, et, répartis sur l'ensemble du territoire, cinq séminaires. L'instruction publique n'était alors qu'à l'état d'embryon. Mais depuis les progrès accomplis ont été considérables, et on peut dire que l'instruction, aussi bien primaire que supérieure, est une des choses qui tiennent le plus au cœur du Colombien, par-dessus tout épris de belles-lettres. Le temps que lui laissent ses affaires... et la politique, le Colombien l'emploie fort intelligemment à se cultiver davantage : l'homme de lettres n'est pas un spécialiste comme chez nous ; les iils de la Nouvelle-Grenade mènent concurremment leur industrie et les belles-lettres ou les sciences, et parmi les plus illustres Colombiens, nous pourrions citer le brasseur philologue, le libraire juriste et diplomate, le consul poète, etc.
Ce fut en mars 1826 que les Chambres colombiennes décidèrent la réorganisation de l'instruction publique ; certaines dispositions de la loi votée par le Congrès à cette époque subsistent encore aujourd'hui ^ D'après cette loi, l'enseignement primaire devait être donné dans les écoles primaires des communes et chefs-lieux de canton, et celui des scieuces dans les collèges et les
1. Nous empruntons à M. Jalhay {op. et/.] ce rapide historique de rinstructioD publique en Colombie.
universités. L'instruction était donnée, selon le même programme, pour tout le pays et absolument gratuite.
Dans chaque commune il devait exister au moins une école primaire, dont le maître devait être diplômé. Dans les chefs-lieux de canton, on créa des lycées ou collèges, et dans la capitale de chaque département, une université avec bibliothèque publique, cabinet d'histoire naturelle, laboratoire de chimie, jardin botanique et imprimerie. Les séminaires étaient à la charge du clergé, mais sous le contrôle du Congrès. Une université centrale existait dans la capitale du Cundinamarca.
En 1 836 une chaire d'art militaire fut créée dans chacune des universités de la République.
La loi du 26 juin 1842 ordonna la fondation d'une école normale d'enseignement primaire dans chaque chef-lieu dé province et obligea les pères de famille à envoyer à l'école publique au moins une partie de leurs enfants.
Peu de temps après la loi du 8 mai 1848 déclara l'enseignement libre dans toutes ses branches.
En 1867, les différents États formant la République s'entendirent pour fonder à Bogotd une Université nationale. Il en existait déjà à Cartagena, à Medellin, à Popayan et à Tunja. En 1879 on créa à Bogotd une école nationale d'agriculture avec bourses, et, en 1890 (12 juin), une loi fonda plusieurs écoles professionnelles. Enfin, une autre loi du 31 octobre 1896 près-
crivit la création à Bogoti d'une école pratique de fonte et de travail des métaux.
L'instruction publique peut être divisée en différentes branches dont nous étudierons successivement et aussi rapidement que possible le développement actuel en Colombie. Ce sont : l'instruction primaire, l'instruction secondaire, l'instruction pédagogique normale, l'instruction professionnelle, l'instruction artistique et industrielle, les instituts scientifiques et enfin l'instruction des tribus sauvages.
Instruction primaire. — On mesure, avec raison, la puissance d'un Ëtat au nombre d'écoles qu'il soutient et à la quantité d'enfants qui les fréquentent. La Colombie ne l'ignore pas et les efforts qu'elle a faits malgré la modicité de ses budgets, pour créer et soutenir des écoles, sont des plus louables.
A pari les territoires scolaires^, l'instruction primaire est, en Colombie, à la charge des départements et des municipalités, mais le gouvernement a sur elle le droit de contrôle le plus absolu et lui fournit ses textes et son matériel scolaire.
Dernièrement la presse a signalé la nécessité d'augmenter les efforts qui doivent être faits pour répandre et améliorer l'instruction publique primaire. Le mou-
1. Les territoires scolaires (terriiorios escolares) comprennent les vastes intendances et les commissariats, peu peuplés en raison de leur étendue, et en grande partie occupés par des tribus sauvages, où des missions se sont établies pour catéchiser et instruire les populations. (Voir infra.)
yement en faveur de rinstruclion se développe visiblement, mais il est indubitable que la Colombie doit encore perfectionner son système scolaire, en obligeant les départements et les municipalités à faire de suprêmes efforts en faveur de l'école primaire. Il est juste de reconnaître que certains départements vont jusqu'à lui consacrer le tiers de leurs revenus, mais cela n'est pas général et devrait l'être ^
D'après les renseignements donnés par les directeurs généraux de l'instruction publique des départements et les notes envoyées au ministère intéressé, on peut constater que rinslrucûoii publique continue à se développer, ainsi qu'en témoigne le tableau statistique suivant» :
Le tableau ci-dessous, qui se réfère uniquement à l'enseignement primaire officiel à la charge des départements et des municipalités, donne un total de 3.656 écoles et de 229.422 élèves, soit 200 écoles et 27.741 enfants de plus qu'en 1911. Dans ce chiffre ne sont pas compris les élèves des écoles primaires à la charge de la nation qui fonctionnent dans les territoires scolaires et sur différents points de la République, sous le nom à' écoles primaires nationales^ et les élèves des écoles ouvrières du soir.
1. Mensaje del Prendente de Colombia al Congreso de 4942, Bogota, Imprenta NacionaL
2. Memoria del minUtro de Insirucciôn pvblica al Congreso de 4942. Bogota, Imprenta Nacional, 1912.
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Malheureusement tous les départements n'ont pas mis une ardeur égale au développement de l'enseignement primaire. Dans le Boyacd, il y a eu, en 1912, 7 écoles et 871 élèves de moins qu'en 1911; dans le Tolima, malgré 18 écoles de plus, l'assistance scolaire compte 6S5 enfants de moins qu'en 1911. EnGn, dans les territoires scolaires, où l'instruction est si importante au point de vue de la colonisation, l'instruction est restée stationnaire, en raison de l'insuffisance des crédits.
Dans certains départements, comme le Cundinamarca, le Magdalena et le Santander, le nombre des écoles a diminué, mais, par contre, le chiffre des élèves a augmenté considérablement. L'assistance scolaire est en relation directe avec les crédits que chaque département consacre à l'instruction primaire. Il est regrettable que cette branche si importante de la vie d'une nation ne soit pas comprise dans le budget général de l'État. Si on ne change pas cette organisation, l'instruction se trouvera très inégalement répartie en Colombie, car elle dépendra uniquement du bon vouloir des départements et des municipalités. Le tableau suivant, où sont indiqués le budget total du département, et en regard les crédits affectés à l'instruction publique, montrera d'une façon très claire l'intérêt très différent que prennent à l'instruction primaire les différents départements de la République ^ :
1. Memoria del minislro de Instrucciôn publica al Congreso de 4942. Op, cit.
GN ^ t^ CO