‹ René Roger: La Colombie économique. Avec un extrait du code minier colombienChapitre 179 sur 196 · C'est ce que nous appelons ; Venteignemeni supérieur · texte numérisé non relu

C'est ce que nous appelons ; Venteignemeni supérieur

prend la Faculté de sciences naturelles et médecine, la Faculté de mathématiques et du génie S la Faculté de droit et sciences politiques et le Collège dentaire.

L'Université nationale de Bogoti est, sans aucun doute, l'établissement d'enseignement le plus important de toute la Colombie. On y afflue de tous les points du pays, et c'est là que se forme la jeunesse qui doit plus tard développer l'activité des différents départements et resserrer les liens qui les unissent entre eux, renforçant ainsi l'unité nationale et l'amour de la patrie.

Le prestige dont jouit cette Université fait que chaque année le nombre des étudiants augmente d'une façon considérable. Ainsi, par exemple, à la Faculté de droit, le chiffre des élèves, qui n'était que de 77 en 1906, est monté en 1912 à 232. A la Faculté de médecine on en comptait 254 en 1912. Mais il faut dire que snr ce nombre, 20 ou 25 pour 100 seulement terminent leurs études et obtiennent les diplômes.

Il n'y a pas, à proprement parler» de Faculté des sciences naturelles. Il y a des cours de botanique, de zoologie et de chimie à la Faculté de médecine, et un cours de minéralogie à la Faculté de mathématiques ; mais outre que cet enseignement se trouve ainsi réparti entre deux Facultés, il n'est pas assez complet. Aussi le gouvernement a-t-il réclamé des Chambres la

1. C'est la réaoioD de nos Faculté des sciences, École centrale et École polytechnique.

création d'une Faculté des sciences, avec une chaire d'agronomie, dont renseignement si important pour un pays de cultures comme la Colombie, a été malheureusement suspendu depuis plusieurs années.

L'École des mines de Medellin, qui faisait autrefois partie de l'Université du département d'Antioquia, vient d'être réorganisée par les décrets n** 178 et 359 de 1912 et jouit d'un crédit annuel de ( 20.000. Grâce à ces ressources et à une autre somme de | 5.000 votée par l'assemblée départementale de l'Antioquia, grâce aussi à son corps de professeurs éminents, cette École des mines est en état de répondre à une impérieuse nécessité, la Colombie étant, comme nous l'avons vu, un pays essentiellement minier. On peut espérer que, dans un temps très court, elle sera un des établissements de premier ordre de l'Amérique du Sud.

Voici quel était en 1912 le nombre de Facultés et d'élèves dans chaque département de la République :

Antioquia : 2 facultés, 218 élèves.

Bolivar : 1 faculté, 243 élèves.

Caldas : 1 faculté, 56 élèves.

Cauca : 1 faculté, 202 élèves.

Cundinamarca : 8 facultés, 958 élèves.

Narino : 1 faculté, 120 élèves, soit au total, 14 facultés et 1.797 élèves.

Enseignement industriel et artistique. — L'enseignement industriel, dont l'importance est si grande au point de vue du développement économique du pays,

est donné aux frais du gouvernement national dans l'École centrale des arts et métiers et dans l'Atelier national de tissus, qui fonctionnent à Bogota; aux frais du département d'Antloquia, dans l'École d'arts et mécanique de Medellin, et aux frais de l'État, dans l'École d'agronomie de Popayân. A Bogoté, il existe aussi une institution de caractère privé, le Collège de Léon XIII, fondé et dirigé par les Salésiens, qui donne cet enseignement.

La statistique fournit les chiffres suivants pour l'instruction industrielle officielle en 1912 :

Antioquia. • . .

1 école.

. 47 élèves.

Cundinamarca . .

Santander • • .

Soit ensemble. 13 écoles et 783 élèves.

L'enseignement artistique de caractère officiel est limité à l'École nationale des Beaux-Arts et au Conservatoire national de Musique, tous deux établis à Bogotd.

Instituts scientifiques. Il y a lieu de signaler dans cette subdivision de l'Instruction publique l'Observatoire astronomique, le Musée et la Bibliothèque nationale.

L'Observatoire vient d'être doté en 1912 de plusieurs instruments et appareils indispensables pour son service, mais il aurait encore besoin d'être enrichi davantage, surtout étant donné que par son altitude, Bogota

est un point ob peuvent se faire des observations astronomiques très intéressantes.

Le Musée national vient d'être réorganisé par son éminent directeur, le général Restrepo Tirado, qui a notamment dressé un catalogue de tous les échantillons de minéraux qu'il renferme et classé les pièces d'anatomie et de paléontologie colombiennes.

La Bibliothèque nationale se développe de jour en jour. Dans le cours de 1912, elle a reçu 22.000 périodiques et 2.200 ouvrages ou brochures, sans parler de la riche donation faite par l'illustre philologue Don Rufino J. Guervo ^

Évangélisation et instruction des tribus sauvages. Ces deux choses marchent de front en Colombie, car ce sont les missionnaires qui sont chargés parle gouvernement d'instruire et de civiliser les tribus sauvages.

Ce n'est pas dans ce siècle seulement qu'on s'est occupé de cette grave question de la civilisation, si importante pour l'avenir de la Colombie, car sa population d'origine européenne est insuffisante pour lui fournir la main-d'œuvre dont elle a besoin pour son développement économique. D'immenses territoires sont à peu près abandonnés, malgré leur fertilité, parce que les Indiens seuls y vivent ou peuvent y vivre, et

1. Rufino J. Caervo, mort récemment à Paris, était le premier philologue de l'Amérique du Sud. Il était le Littré de la langue espagnole. Il a laissé une œuvre considérable publiée pour la plus grande partie à Paris, dont un grand Dictionnaire de la langue espagnole,, malheureusement inachevé.

qu'il a été très difficile jusqu'à présent de s'en faire des auxiliaires. L'Indien a toujours considéré le Colombien ou l'Européen comme l'ennemii et il sera difficile de lui faire perdre cette idée transmise de père en fils. Il faut reconnaître qu'il n'a pas tout à fait tort, car il a été malheureusement exploité, volé et massacré, soit par des conquérants sans pitié, soit par des étrangers, avides de richesses et désireux beaucoup plus de s'emparer de la fortune acquise que de l'acquérir euxmêmes. Quand on l'a bien traité, comme faisait Vasco Nunez de Balboa, il a été humain et hospitalier ; mais il a été cruel (et qui pourrait le lui reprocher?) quand les conquérants, après lui avoir volé tout l'or qu'il possédait, s'attaquaient même à ses femmes. Après la conquête violente des troupes organisées, les Indiens ont eu à subir constamment, depuis les premiers temps de la colonie, les attaques sournoises et souvent violentes des c colonisateurs » sans scrupule. Il ne faut pas se méprendre sur le sens de nos paroles. Jamais Tordre de se comporter ainsi avec la population indienne n'est venu d'en haut; jamais les classes honorables de la Colombie n'y ont prêté la main. Ce sont des entreprises individuelles, étrangères pour la plupart, qui ont fait de l'Indien, par la terreur, leur humble sujet taillable et corvéable à merci. On a lu dernièrement dans la Presse du monde entier les scandales qui se sont passés au Pérou, où une grande compagnie exploitait indignement les indigènes. Même quand il

n'a pas un but de lucre, le « colonial » se croit roi sur une terre où il n'est en réalité qu'un intrus et traite volontiers en esclave, souvent même en bête de somme, celui auquel il devrait seulement demander l'hospitalité. Nous avons eu de tristes exemples de cette mentalité dégradante dans nos propres colonies. Qu'on pense donc à ce que peuvent être les procédés de négociants sans scrupules, quand ils arrivent, avides de gain, dans des pays neufs où ni gendarmes, ni juges, ni prisons ne sont là pour garantir la propriété I Aussi est-ce un grand honneur pour le gouvernement colombien que d'avoir fait tous ses efforts depuis quelques années pour que l'Indien soit catéchisé, instruit et protégé.

Le général Rafaël Uribe^Uribe, dans une très intéressante brochure appelée Conversion des Sauvages, s'exprime ainsi : « Malheureusement les tribus que nous devons craindre le plus se trouvent à la frontière des pays voisins : les Cunas sont près de Panami ; les Goajiros et Motilones habitent aux frontières du Venezuela ; enfin les tribus du Caqueté occupent le territoire que nous disputent le Brésil, l'Equateur et le Pérou. Cette circonstance doit nous faire redoubler d'attention. Ces Indiens étant colombiens^ nous sommes obligés de les protéger, et, notzs devons empêcher que des étran" gers inhumains les tuent, les exploitent et les oppriment, ainsi que cela se passe actuellement, »

Le gouvernement national, convaincu de la nécessité <le convertir les nombreux Indiens qui mènent la vie

sauvage, a résolu de leur envoyer des missionnaires pour les amener à la civilisation et grossir de centaines de milliers d'individus le capital de la République; maïs le système actuel de conversion ne répond pas aux efforts du gouvernement et des missionnaires. Le gouvernement a dépensé chaque année, pour atteindre ce noble but, plus de quarante mille piastres, depuis vingt-cinq ans, et cela malheureusement sans que les missions de Colombie aient obtenu des résultats appréciables et sans que la civilisation des Indiens ait fait de réels progrès. L'évèque de Dibona a attribué la cause de cet insuccès, en grande partie, aux civilisés euxmêmes : « Mon appréciation, a-t-il déclaré, paraîtra peut-être un peu excessive, mais cependant j'en ai la preuve dans le fait des Indiens qui, en plus d'une occasion, sont venus dans cette ville (Bogota) demander protection, ne pouvant plus supporter ce qui se passe...; on les tourmente tellement avec le recouvrement des impôts qu'on leur fait détester la vie civilisée, etc Souvent les Indiens sont malmenés, de

façon tout à fait inhumaine, par les civilisés, et il est de toute urgence de nommer un protecteur des indigènes^ qui puisse réclamer contre tous les excès dont les Indiens sont victimes'. >

1. Nous avons en France un Comité de protection et de déferue des indigènes, composé, sans distinction d'opinions politiques ou religieuses, de tous les hommes de cœur qui désirent voir la fin des abus qui se commettent aux colonies contre les indigènes.

2. Tribus que poblaron la costa y modo de dvilizarlas. Bogota, 1912.

Le préfet du Territoire de Goajira, dans son compte rendu de Tannée 1878, n'a pas craint de dire : c Les civilisés se goaj irisent et sont pires que les indigènes dans leurs procédés. On peut affirmer que presque toujours ils sont responsables des mauvais procédés des Indiens^. »

Les archives colombiennes sont remplies de ces plaintes contre les civilisés qui trafiquent avec les Indiens, les trompent et leur inspirent des sentiments indignes. Ce sont malheureusement des faits très répandus. Ainsi, les Hollandais et les Français des Guyanes avaient si bien dressé les Indiens Caribes au pillage contre les Indiens de l'Orénoque, que souvent, après s'être tatoués et dévêtus comme eux, ils les commandaient et les conduisaient eux-mêmes aux horribles massacres de malheureux indigènes*!

A des degrés différents, la méthode forte c'est-à-dire inhumaine, compte de trop nombreux adeptes. C'est ainsi que le général colombien Francisco Vergara y Velasco est d'avis, en raison des efforts stériles des missions et de l'attention insuffisante (selon lui) que le gouvernement prête à cette question, qu'on agisse avec les Indiens d'une façon très sommaire, comme ont fait les Américains avec les Peaux-Rouges. Ce n'est pas une méthode à recommander et ce n'est pas sur les Américains qu'il faut prendre modèle en matière d'huma-

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