PRÉFACE
Noas partageons son opinion, étant donné que le commerce est non seulement un bien individuel, mais aussi un bien social et universel. Grâce au commerce, les habitants d'une nation jouissent des produits du monde entier; par lui, chaque nation augmente son trésor et peut fournir un travail rémunérateur à ses habitants ; c'est encore au commerce qu'on est redevable des progrès de la civilisation et des relations amicales entre les différents peuples^ quelles que soient les distances qui les séparent.
Il ne suffit pas d'avoir des capitaux en abondance, il faut surtout en assurer la jouissance paisible et surveiller de très près leur usage. Instruments nécessaires à la production, les capitaux contribuent au perfectionnement moral de la société lorsqu'on les emploie suivant un plan d'ensemble assis sur des bases scientifiques et inspiré non par les coteries politiques ou les ambitions de clocher, mais par l'esprit national.
Dans un rapport financier de 1783 au roi Charles III, le comte de Cabarrus avait déjà énoncé ces principes en plaidant l'urgence de construire des roules et des canaux dans les provinces d'Aragon, Castille, Extrema- (lura et Andalousie, afin d'empêcher leur ruine et faciliter le commerce. Et, bien qu'à cette époque la théorie de l'outillage national fût inconnue, l'éminent homme d'État proclamait ouvertement la construction des routes et autres mesures propres à développer le commerce, comme le meilleur moyen d'accroître les revenus publics.
L'Espagne profitait alors des leçons pénibles reçues pendant la période des taxations à outrance. Sur elle planaient encore les trois grands fléaux qu'amènent
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nécessairement les impôts excessifs, et en particulier ceux qui pèsent sur l'agriculture et le commerce : le développement de la contrebande et le préjudice moral qui en découle ; le tort causé à la société par la guerre sourde et inlassable entre le peuple et le fisc ; et le préjudice matériel de la diminution des recettes publiques, par suite de l'abaissement de la consommation.
Pendant la période où la seule préoccupation, en Colombie, des hommes publics était d'engraisser le trésor, même au mépris des lois économiques et en dépit des enseignements de l'histoire, nous avons vu anéantie sous le poids des droits d'exportation, l'industrie florissante du commerce de bétail. On a vu également les cultivateurs de tabac détruire leurs plantations, de même que les agriculteurs espagnols arracher les oliviers sous le règne de Philippe IV. C'est donc avec raison que l'auteur de la Colombie économique se prononce énergiquement contre le projet d'un impôt nouveau sur les exportations.
L'espace forcément restreint d'une préface ne nous permet pas de signaler aux lecteurs tous les passages intéressants de cet ouvrage ; ils les trouveront facilement, et, gr&ce à la clarté de l'exposé et à la méthode dont l'auteur est maître, les renseignements qu'on peut puiser dans son livre deviendront une sorte de répertoire précieux pour le financier, le commerçant, le géographe, en un mot, pour tous ceux qui cherchent un champ pour y développer utilement leur activité. Us n'ont pas à craindre de se heurter à des récits faits par des Tartarins vantards, avides de se poser en héros, ou par des commis-voyageurs, anxieux de conquérir le titre d'érudit, en citant quelques mots d'une langue
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étrangère saisis à la yolëe. Au risque de paraître aride quelquefois» l'auteur n'affirme rien sans fournir la preuve à l'appui, et lorsqu'il mentionne les noms vulgaires des objets, il les fait toujours suivre du nom scientifique généralement admis.
Nous ne pouvons pas clore ces lignes sans exprimer notre reconnaissance à l'auteur de la Colombie écono^ mique pour les appréciations faites en divers endroits de son livre sur les qualités de nos compatriotes et les mérites de quelques-uns dont la Colombie a raison d'être (ière. Beaucoup de ces qualités, telles que la passion pour l'étude, l'amour des beaux-arts, la foi dans la justice immanente qui redresse tôt ou tard les plus grands torts, nous ont été inspirés parla grande nation. Comme elle, nous avons foi dans un avenir meilleur et nous pensons avec le poète que la brise féconde du printemps ayant dissipé les brumes malsaines, couvrira de fleurs les branches où jadis l'on ne trouvait que des épines :
« passé la bruina e alla tepente
Féconda aura d'Aprile
Ti da l'acuta spina un fior gentile. »