‹ René Roger: La Colombie économique. Avec un extrait du code minier colombienChapitre 5 sur 196 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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Le célèbre Eldorado, devenu synonyme de paya riche et enchanteur, n'était pas autre chose que la Colombie actuelle. L'étymologie de ce mot est assez curieuse pour mériter d'être rappelée ici. Nous la rencontrons dans la remarquable étude que Af. Vicente Restrepo a consacrée à la tribu des Ghibchas :

Une coutume très répandue chez ces Indiens consistait à enduire de graisse le corps du Cacique nou- Tellement élu» puis à le couvrir entièrement d'or ; le chef se baignait ensuite dans un lac sacré, le Giuitavitat dont les eaux se doraient du métal précieux. De là, le nom que donnèrent les Espagnols à toute cette région ; lîerra de El Dorado (pays de l'homme doré). Elle fut longtemps, en raison de cette richesse, l'objet de leurs convoitises.

La Colombie, qui n^a pas encoi^e comme République

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indépendante un siècle d'existence, est un des pays du monde les plus favorisés, au point de vue des richesses naturelles, de la fertilité du sol et de la variété des climats. Elle possède des mines de toutes sortes : Tor, l'argent, les émeraudes, le platine, le cuivre, le fer, etc., s'y rencontrent en abondance. Les cultures y sont exubérantes : le cacaoyer, le caféier, le caoutchoutier, la canne à sucre» le maïs, le bananier, les arbres précieux et quantité d'autres plantes, croissent sans peine dans la plupart des départements. Enfin, elle est aussi le pays de l'élevage et des cultures européennes. On peut y acclimater la plupart des races d'animaux domestiques, y cultiver les céréales et les légumes d'Europe et y planter les arbres fruitiers les plus variés. La Colombie est à l'état d'équilibre au point de vue des subsistances ; elle peut se passer complètement de l'importation étrangère.

Elle présente, de la mer au sommet de ses Cordillères, une variété infinie de climats. A Santa Marta^ sur la merdes Antilles, la température moyenne est de 30 degrés centigrades ; à Tunja, capitale du département de Boyacd, elle n'est plus que de 13 degrés ; sur les hauts plateaux, elle est froide. Le champ qu'elle offre au cultivateur se prête donc à l'agriculture la plus variée. Toutes les races d'hommes peuvent y vivre : c'est le pays, marqué entre tous, pour l'in^migration.

Presque toutes les industries peuvent être établies avec succès en Colombie. Le gouvernement favorise

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leur développement par la concession de privilèges ou de monopoles, ou par la franchise de droits, pendant plusieurs années, sur les matières premières destinées à rindustrie naissante. Trop pauvres et en nombre insuffisant pour exploiter eux-mêmes leurs richesses, les Colombiens ont besoin de bras et de capitaux.

Une amusante légende, rapportée par M. Antoine RedierS et très populaire au Brésil, nous montre d'une façon humoristique le mal dont souffrent l'Amérique du Sud et la Colombie en particulier : TinsufSsance d'habitants : « Un homme habitait, dit la légende, une misérable hutte, faite de bambou et de terre glaise. Il aurait préféré se construire un palais et cela ne lui eut pas été impossible, car au fond d'une profonde citerne, située sous sa hutte, se trouvait un énorme lingot d'or, sa propriété incontestable. Il se croyait ainsi immensément riche, et pourtant il était obligé de rester dans sa pauvre cabane, car il ne pouvait pas, à lui seul, retirer son trésor. Il lui eut fallu l'aide de cinq personnes au moins, avec lesquelles il eut dû partager sa fortune, ce à quoi il ne voulait point consentir. Un jour, il crut avoir trouvé cinq compères assez sots pour lui rendre le service gratuitement. Déjà ils avaient élevé jusqu'au jour le bloc d'or, lorsque tout à coup l'idée leur vint de s'enquérir de leur salaire. Là-dessus le désaccord se fit, et les cinq gaillards, ayant laissé

1. Le Correêpondant, 25 septembre 1901. Antoine Redier, La Colombie et le Venezuela,

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