AVERTISSEMENT
En publiant cet ouvrage, je m'étais attendu à ce qu'il rencontrât, comme celui dont il est le complément, des adversaires dans des camps fort opposés. Il suffirait la plupart du temps de rapprocher les unes des autres les critiques que ces livres ne pouvaient manquer de soulever, pour voir qu'elles s'entre-détruisent. J'en donnerai ici un exemple frappant. J'ai été blâmé par quelques-uns de ne pas être du tout ou de n'être pas assez ce qu'on appelle voltairien , pendant que j'étais accusé par d'autres de l'être ou de l'être trop. Mais ce qui surprendra peut-être, c'est de trouver M. Proudhon parmi ces derniers. Oui, M. Proudhon me reproche d'être de cette école qui attaquait, dit-il, la religion jpar le ridicule, Vimpièté et le libertinage (1). Pourquoi me trouve-t-il voltairien? Parce que je ne goûte pas
(1) Noie A, pages 97 et 98 de la 1" Élude de la nouvelle édition de son livre De la justice dans la Révolution et dans l'Église y Bruxelles, 1860.
Il VVEKTrôSEMiiM
plus que ne le feraient probablement Voltaire et Rousseau, s'ils revenaient au monde, les mérites de ce qu'il appelle la symloliquei science transcendante qui consisterait à ne plus voir désormais, dans les expressions quelconques, passées et futures, du sentiment religieux, qu'une conception mythique de V Univers et de la rfe^- ^f/if'^, un simple idéal, une pure rêverie poétique, qui se dissipe aussitôt que l'esprit bien éveillé la soumet à la critique. Après avoir dit que la religion avait été jugée essentielle à Thumanité, il soutient qu'elle est hors de rôle, du jour où la philosophie prévaut sui' l'allégorie et le mythe, bien plus qu'elle devient alors pour riiomme et la société un élément nuisible, immoral. Autant que personne je respecte le droit d'exposer librement toutes les doctrines, celles mômes pour lesquelles j'éprouve une insurmontable répugnance, dussent-elles revêtir les caractènes apparents d'une haute moralité, que je crois dépourvue de base solide. Permis donc à M. Proudlion de demeurer à son point de vue et de se mouvoir à l'aise au milieu de contradictions où des intelligences moins éminentes éprouveraient une grande gQwe, Mais ce qui n'est jamais permis entre auteurs qui se respectent et s'estiment mutuellement, ce sont certaines insinuations. Cet écrivain s'exprime ainsi : « M. Larroque est ou se dit religieux (1). »
(i) Note C , piigcs 100 et 101 , Ibidem.
AVEKTISSEME.NT III
Quand on est véritablement religieux, on ne le4)roclame pas plus qu on ne fe'en cache ; pour moi, je crois n'en avoir jamais ni fait montre ni rougi; ceux qui veulent bien me lire et surtout ceux qui me connaissent per^onueilement savent ce qu'ils doivent en penser; mais ceux qui n'auraient sur mon compte d'autre infor* mation que celle que je viens de relever supposeraient que je pourrais bien n'être religieux qu'en paroles. Dans l'expression de mes sentiments en cette matière, j'ai toujours pris le mot de religion selon sa grande et haute acception. Si ce mot seul, même bien défini, sonne désagréablement à certaines oreilles, c'est un malheur que je déplore, mais dont il faudra pourtant bien que je me console,
La pensée générale que j'ai entrepris de fixer solidement dans les Intel ligejices peut être ainsi résumée : ni christianisme ni matérialisme.
Le christianisme était la dernière forme du poljvthéisme» du mysticisme et de la morale alternativement relâchée ou rigoriste. J'en ai disséqué et jeté aux vents tous les éléments : qu'on essaie maintenant de les réunir et d'en faire un corps de doctrine en harmonie avec les besoins moraux des temps actuels. Des auteurs qui> sous prétexte d'introduire l'histoire dans la philo* »ophie> aboutissent à absorber toute philosophie dans l'histoire, ont trouvé que j'aurais dû m'épargner la peine de 'combattre des dogmes auxquels ils ne croient