‹ Rénovation religieuseChapitre 13 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

On sait que la durée réelle de la irévolation annuelle n'est pas exactement de 3Ô5 jours» mais de 365 jours, 5 heures, 48 minutes, 47 secondes, 808 millièmes de seconde. Dans le système du calendrier grégorien, on suppose cette durée exactement de 365 jours, 6 heures. Ces 6 heures donnant, au hout de 4 ans, un jour entier, on est convenu de compter, tous les 4 ans, une année de 366 jours et que l'on appelle bissextile, sauf à faire une correction lorsque le nombre de minutes et de secondes, que Ton a ajouté à chaque année pour la faire de 365 jours, 6 heures, arrive à composer un jour entier. Je ne vois pas la nécessité de changer sur ce point le système du calendrier actuel. Je garde même le mot bissextile^ quoique fait au point de vue du calendrier julien où, pour intercaler, tous les 4 ans, un jour que Ton plaçait après le 24 février, on répétait le sixième jour d'avant les calendes de mars (1). Nous aurions donc aussi, tous les 4 ans, une année bissextile, et par conséquent, dans Tère nouvelle comme dans celle d'aujourd'hui, les annés bissextiles seraient celles dont le chiffre serait divisible par 4, sauf la correction dont j'ai parlé tout à l'heure. A la fin de nos années bissextiles, outre les 36 décades et 5/10, des années com* munes, il y aurait donc un 6® jour,qui appartiendrait au travail et auquel on pourrait donner le nom de complémentaire.

Je ne proposerai pas de réformes notre système actuel de partage du temps de la révolution diurne. Je

(1) Ce sixième jour d'avant les calendes de mars était celui où Ton célébrait à Rome la fête commémorative de Texpalsion des rois. .

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ferai néanmoins observer en passant qu'il n*est pas le plus rationnel de tous ceux qu'on pouvait imaginer. Chez les peuples enfants, il paraît tout d'abord naturel de compter les diverses fractions du jour et de la nuit à partir du lever et du coucher du soleil. Ce procédé ne serait juste que pour la ligne équinoxiale, où les jours sont constamment de même durée que les nuits ; mais il est très-vicieux pour tout le reste de la surface de la terre, où la durée des jours et des nuits est perpétuellement variable. 11 n'y a de véritablement fixe dans la révolution diurne que le moment du passage du soleil au méridien. C'est donc à partir du milieu du jour ou de la nuit que les diverses portions du temps de la révolution diurne doivent être comptées, et c'est en effet ce que l'on a compris et pratiqué aussitôt que l'astronomie a eu fait quelques progrès. La division en 24 heures remonte très-haut dans l'antiquité et paraît être venue également des Chaldéens. Mais on a compté ces 24 heures de diverses manières. Notre usage civil actuel les partage en 2 séries de 12 heures chacune, comptées du milieu de la nuit et du milieu du jour. Or ce système de partage entraîne des expressions trèsinexactes, celle-ci par exemple, deux heures du matin (en pleine nuit), deux heures du soir (en plein jour). Il serait plus naturel, en supprimant ces 2 séries d'heures, de compter depuis la première heure jusqu'à la dernière. C'est ce que font aujourd'hui les astronomes, qui ont conservé la division en 24 heures, et qui comptent, d'un midi au midi suivant, depuis la première heure jusqu'à la vingt- quatrième. Mais ce nombre de 24 heures serait trop considérable et peu commode dans la pratique ordinaire de la vie civile. Ilfau-

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drait donc partager le temps de la révolation diurne en un nombre d'heures moins considérable, en 12 heures par exemple, dont chacune aurait une durée double de celle de nos heures actuelles, ou en 10 heures dont chacune vaudrait 2 et 4/10 des heures actuelles. Mais, comme il ne s'agit ici que d'une division qui sera toujours, quelque système que Ton adopte, purement artificielle, j'avoue que je ne verrais, dans un changement sur ce point, ni une importance ni une utilité assez grandes pour compenser les inconvénients, peu graves du reste, du trouble qu'il apporterait momentanément dans les habitudes, et de la nécessité de modifier la construction des horloges et des montres. On sait que l'essai fait par le calendrier républicain d'appliquer ici le système décimal était demeuré sans résultat, même sous la République.

Voyons maintenant, abstraction faite de toute idée égyptienne, juive ou chrétienne, quelle portion du temps il conviendrait d'affecter raisonnablement au repos et comment ce repos devrait être distribué. On comprend que j'ai particulièrement en vue ici les classes qui sont occupées à des travaux manuels, et qui constituent la presque totalité de la population. Les 52 dimanches actuels des chrétiens et une quinzaine de fêtes font 67 jours, c'est-à-dire près d'un cinquième des jours de l'année, que ces classes, d'ailleurs retenues dans l'ignorance et exténuées par un travail diurne, trop longtemps soutenu, et par des privations de toute nature, passent dans un désordre étourdissant et une honteuse crapule. Je ne dis rien des nations qui ont encore annuellement, outre les 52 dimanches, une quarantaine de fêtes au lieu d'une quinzaine, ce qui fait

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un quart des jours de l'année qu'elles passent dans Toisiveté. Le système du calendrier républicain avait 9 jours consécutifs de travail sur 10'. Ce n'eût pas été trop si le travail eut été modéré et bien réglé ; mais en réalité c'était excessif, parce que les ouvriers étaient condamnés alors, comme beaucoup le sont encore, à travailler 12 heures et souvent jusqu'à 15 heures par jour. Aussi l'usage s'était-il bientôt introduit d'ajouter au repos légal du dixième jour de la décade une moitié du cinquième. En interrompant ainsi tous les 5 jours le cours régulier des occupations, on retombait dans le système que l'on venait d'abandonner et auquel on avait reproché de ne pas laisser une part suffisante de temps au travail. Il faudrait donc tout àla fois interrompre moins souvent qu'on ne le fait maintenant les séries des jours de travail, et se reposer davantage, dans chaque jour de travail, afin de prévenir la lassitude et l'épuisement, mais de telle sorte cependant que l'artisan ayant par jour quelques heures de plus qu'aujourd'hui à donner soit à son instruction soit à. sa famille, ne prolongeât pas son repos assez pour être exposé comme à présent à l'ennui, à la débauche et à tous les vices qui marchent à leur suite. Après que le fardeau habituel des jours ouvrables aurait été allégé ainsi que je l'expliquerai tout à l'heure, ne serait-ce pas assez de se reposer le dixième jour entier de chaque décade, en ajoutant extraordinairement à ce repos périodique le premier jour de chacune des quatre saisons ? J'exprime ici mon sentiment sous forme dubitative de question , afin d'appeler les méditations des hommes sérieux sur un sujet qui ne saurait être traité légèrement. Nous aurions alors par an 40 jours de repos légal, et nous rendrions ainsi au

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travail modéré 27 jours, pendant lesquels aujourd'hui les ouvriers non-seulement n'amassent pas mais dissipent. Et je ne compte pas tout ce qu'on leur rend quand on les empêche de perdre le peu qu'ils ont. Je m'attends bien à ce que de bonnes âmes cherchent à leur faire croire qu'en changeant la distribution actuelle de leur temps de travail et de repos , on ne ferait en définitive qu'augmenter la somme de leurs fatigues. Cela serait vrai si j'entendais que, dans la société nouvelle, ils dussent continuer de travailler comme les y oblige encore le régime actuel. Mais il n'en est rien : dans ma pensée, ils travailleraient moins longtemps par jour qu'ils ne le font aujourd'hui, et cela, bien entendu, par suite de conventions qui devraient demeurer toujours entièrement libres ; car il ne peut être ici question de porter atteinte à la liberté des transactions, pas plus que de mesurer la tâche que voudra remplir un ouvrier travaillant chez lui ou au dehors, pour son propre compte ou à la pièce. Terme moyen, 10 heures de travail diurne semblent parfaitement suffisantes pour satisfaire aux besoins matériels et réels de la vie sociale. Or il n'importe pas moins de pourvoir aux besoins intellectuels et moraux, et pour cela il est absolument indispensable qu'on laisse aux artisans quelques heures pour cultiver leur esprit et pour goûter les douceurs de la vie de famille , si l'on veut enfin et sérieusement en faire de vrais citoyens et des homm€is dignes d'être libres. La valeur morale est généralement en raison inverse du progrès de la misère vers les degrés extrêmes. Lorsqu'en civilisation la pauvreté atteint ces degrés, elle façonne les âme^ à la servilité et à la bassesse ; elle les excite à toutes sortes de vices.

trop souvent au crime, par Taiguillon de besoins impérieux et rais en contraste avec les jouissances multipliées du luxe, et ces excitations, incessamment renouvelées, ne trouvent guère d'inébranlables que quelques rares natures d'élite. Donc, pour accroître la valeur morale des classes inférieures de la société, je ne dis pas qu'il faille les enrichir : cela est impossible, et cela fût-il possible et dépendant de moi, je ne le ferais pas, car il m'est évident que la richesse est encore plus corruptrice que la pauvreté ; mais je dis qu'il faut mettre un terme à leur excessive misère. Réciproquement tout ce qu'on fera pour diminuer leur extrême misère accroîtra leur valeur morale. Un calcul bien simple montre que, loin d'augmenter la somme de leurs fatigues, je l'amoindris au contraire, et cela sans perte de produit, quant au résultat définitif. Je suppose qu'ils travaillent désormais en moyenne 10 heures par jour au lieu de 12, quoique je croie à la possibilité d'abréger encore cette durée par le perfectionnement des procédés industriels et de l'éducation populaire. Il résulte des données précédentes qu'ils travaillent aujourd'hui 298 jours dans l'année, ce qui fait, à 12 heures par jour, 3576 heures de travail. Dans notre système, ils travailleraient 325 jours dans l'année ; mais, comme ils ne travailleraient que 10 heures par jour, cela ferait 3250 heures, et par conséquent 326 heures de moins qu'aujourd'hui. Je soutiens en outre que ces 3250 heures d'un travail modéré, fourni par des hommes plus intelligents et plus heureux qu'ils ne le sont aujourd'hui, produiraient autant et même plus et mieux que les 3576 heures du travail fourni actuellement par des hommes exténués, ignorants et démoralisés. Le rapport de 3250 à 3576 étant à peu

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près celui de 10 à 11, cela revient à dire qu un ouvrier habile, joyeux et dispos fera en 10 heures autant et même plus et mieux que ne ferait en 11 heures un ouvrier inintelligent, surchargé et mécontent. C'est là un fait que montre l'expérience de tous les instants. Le bon sens des ouvriers leur fera donc facilement comprendre que l'on-augmenterait leur bien-être physique en élevant leur condition morale, et qu'en demandant davantage au travail mieux réglé des hommes, à qui le Créateur a départi la force corporelle, on soulagerait les faibles, c'est-à-dire les femmes et les enfants, que Tordre social actuel maltraite sans pitié. Quand le travail, mieux ordonné, du chef de famille produira davantage et sera plus convenablement rétribué, sa compagne pourra demeurer là où la nature veut qu'elle soit, dans son ménage oii elle s'occupera de travaux intérieurs, et ses enfants ne seront point détournés du foyer domestique, que rien ne saurait remplacer (1). Alors on comprendra que les hospices d'enfants abandonnés, les asyles et les crèches, faibles palliatifs des maux actuels, altèrent à sa course, au profit de fausses doctrines, l'ins-

(1) En France, où l'on a de si grandes prétentions à ce qu'on appelle des sentiments chevaleresques, sur 7 millions de femmes mariées, il y en a plus de 4 millions qui doivent à leur propre travail et non à celui de leurs maris, leurs moyens de subsistance. En mêlant togs les jours davantage les femmes aux travaux de la vie extérieure et aux occupations des hommes, on leur fait perdre toujours un peu plus des charmes et des vertus qui leur sont propres. Peut-être croit-on trouver une compensation à ce désordre dans une autre interversion des rôles naturels, qui en est la contrepartie : on voit que je veux parler de ces jeunes hommes aux bras vigoureux et au caquetage insupportable, passant leurs jours à auner toutes sortes de jolis tissus qui se déroulaient mieux autrefois entre les doigts délicats de l'autre sexe.

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titution de la famille. On laissera les petits enfants près de leurs mères, où ils se trouvent mieux que partout ailleurs, et l'on attendra, pour les envoyer dans les écoles, qu'ils puissent éprouver le besoin de l'étude. Au lieu de jeter en pâture à l'avidité de l'aristocratie industrielle de pauvres plantes, étiolées par le contact du vice non moins que par l'air impur des ateliers, on attendra, pour soumettre l'enfant aux rudes travaux du corps, que ses forces physiques soient développées, et qu'une instruction appropriée à ses véritables besoins, lui ait fait comprendre la moralité du travail.

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