‹ Renseignemens sur l'AmériqueChapitre 18 sur 43 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Monsieur ,

J E continue de répondre , aussi bien que je le peux , au resie de vos questions sur l’Amérique.

Vous me demandez quel est l’état de la société en Amérique, et si l’on peut s’y procurer les commodités de la vie, dont on j ouit en Europe ? Si les provisions. sont ici à meilleur marché et plus abondantes qu’en Angleterre ?

L’Amérique est un vaste pays, et entre ses différens états il y a de fortes nuances ; une grande ville ne m’y fournira pas à vos questions les memes réponses que la campagne.

A Boston, New -York, Philadelphie et Baltimore, l’état de la société està-peu-près le même que dans les villes de la Grande-Bretagne, telles que Birmingham, Bristol , Liverpool et Manchester. Les villes* américaines que je viens dénommer contiennent , prises ensemble , à-peu-près le même nombre d’habitans que les villes angloises susmentionnées , c’est-à-dire , environ 200,000. Boston , en 1791- , avoit 18,038 habitans » New- York, 33,13 1 ; Philadelphie, 42,510 ; Baltimore, 13,503 ; Richmond, 3,761 ; Alexandrie, 2,748 i Lexington, dans le Kentucky ,- 834. Depuis cette innée ç;tte population a augmenté au point de

(donner la somme que j’ai établie (i). New* York, par exemple, est une1 contre partie parfaite de Liverpool: la situation des bassins, la forme des rues, le genre des édifices publics ^ l’intérieur et l’extérieur des maisons , les mœurs , les amusemens , la façon de vivre des habitans , se ressemblent autant qu’il est possible, dans ces deux dernières villes. Dans toutes celles de l’Amérique que nous avons nommées plus haut , oh a des spectacles et des assemblées. Elles sont , en un mot , ce que sont , dans la Grand e-Bretagne , les villes de province les plus grandes et les plus riches. Vous jugerez delà que les agrémens et les commodités dont on jouit en Europe , n’y sont pas rares. En effet , vous trouverez à Philadelphie et à New -York tous les articles de ce genre, que tiennent ordinairement les marchands des villes angloises que j’ai citées , en aussi grande abondance, mais non pas au même prix* Pour tous les objets de luxe y dans l’ameublement , tels que tableaux , glaçes , tapis , ajoutez un tiers au prix d’Angleterre et vous aurez celui d’Amérique. Le loyer des maisons est à-peu-près le même, dans les lieux que nous venons de comparer ; peut - être un peu plus cher en Amé-

(i) A présent , Philadelphie a yo3OOQ habitans ? JS! ew- York environ 40,000 et Lexington i,5oo.

tique pout les maisons de la même grandeur et du même agrément. Les maisons , dans l’une , comme dans l’autre classé dé ces villes, sont bâties de briques et de pierres. A la campagne , à commodités égales , elles sont au même prix que les maisons de campagne chez vous.

Les provisions ( si vous en exceptez le lait et le beurré, à Philadelphie et dans le Sud ) sont d’un bon tiers moins chères que dans les lieux de la même importance , dans la Grande-Bretagne. Le beurre à Boston et à New-York est meilleur marché qu’à Philadelphie oii il revient à i 5 et 20 deniers sterling? la livre. Le fromage est à-peu-près au même prix que chez vous 9 mais moins bon. Le chauffage est très-cher dans les grandes villes ; la corde de bois d’hiccory , de 8 pieds, sur 4 et 4 , se vendant sept dollars , ( sept piastres espagnoles effectives ) en hiver , à New-York et à Philadelphie. A quelque distance des grandes villes , la meme corde reviendrait à un dollar et demi.

Dans les campagnes entièrement établies , à la distance de 15 à 2^0 milles des grandes villes , l’état de la société et la manière de vivre sont préférables , selon moi , à la vie de la campagne , dans la Grande-Bretagne. Dans ce dernier pays , nous distinguerons , à la campagne , trois classes d’habitans ; d’abord les riches propriétaires et les grands seigneurs qui viennent quelquefois rendre

visite à leurs domaines; ensuite les gentleman farmers ( i ) que leurs goûts ou la modicité de leurs revenus éloignent des villes ; et troisièmement les fermiers - tenanciers, qui cultivent la terre , pour se procurer une existence mesquine. En Amérique, la première classe n’existe pas. La masse des habitans ( les esclaves et les valets non compris, ) est composée de ceux qui possèdent , sous une simple rente , depuis cent jusqu’à cinq cents acres de terrein actuellement cultivé; de négociants qui traitent immédiatement des premiers produits de l’agricuîtiire et qui sont tous cultivateurs ; et de gens qui tiennent des magasins et des boutiques dans les petites villes, presque tous aussi cultivateurs. Mais ce sont des cultivateurs paresseux ; leurs enclos sont négligés , ils n’ont des haies qu’en petit nombre et ce petit nombre est en mauvais état.

( i ) J’ai pris le parti d’insérer ici cette expression angloise dont notre langue n’offre pas l’équivalent* Former répond à-peu-près au mot fermier ou plutôt à celui de cultivateur. Niais le mot gentleman qui auroit pu se rendre autrefois par gentilhomme, n’a plus aujourd’hui la même signification, À gentleman présente a-péri près la même idée qü' un monsieur; un homme qui vit bourgeoisement de ses fentes , comme nous disions autrefois. J’aurois donc pu dire absolument , un cultivateur bourgeois ; mais je crois qu’ après la lecture de cette note , on préférera le parti que j’ai pris. ( Note du Trad- )

Un enclos dans les états du Sud et du milieu est fait ordinairement de bois fendu en longueurs de 5 à 6 pieds sur trois ou quatre pouces d’épaisseur, dont les extrémités sont placées angulairement sur le sommet les unes des autres. Dans la nouvelle Angleterre, les enclos de pierres sont communs. En Pensylvanie on avoit, il y a vingt ans, des haies de troène, mais un hiver rigoureux les fit mourir. On y a un grand nombre de buissons indigènes , quipourroient servira faire des haies, mais on ne se donne pas la peine d’essayer. Pour les jardins, on a moins de goût qu’en Angleterre ; pour les vergers on en a plus. Chaque ferme, dans les états du milieu et du Sud , a son verger à pommes et son verger à pêches ; et malgré toute la négligence des habitans , leurs demeures offrent par-tout l’aspect de l’abondance et de la satisfaction. Ces demeures sont ordinairement construites de bois ; plus souvent de simples troncs d’arbres recouverts ou non de planches , que d’une charpente régulière ; toutes les fenêtres sont à châssis , et l’intérieur des maisons fait en général autant d’honneur à la maîtresse , que le terrein qui les environne en fait peu au maître du lieu , dont l’industrie , pour l’ordinaire , s’occupe d’objets plus importans. La propreté ne s’est pas encore introduite auprès

des fermiers du commun , ni le goût chez les cultivateurs plus opulens.

L’hospitalité n’est pas par-tout la meme ; depuis le Massachusett , jusqu’au Maryland, les auberges sont nombreuses et les voyageurs les fréquentent ; depuis la frontière' du Sud de la Pensylvanie jusqu’à la Caroline méridionale , les auberges sont plus rares et plus chères , et l’hospitalité s’y exerce sur le pied le plus généreux. L’ignorance ne règne pas en Amérique; les papiers-nouvelles y sont aussi abondans, qu’ils peuvent aujourd’hui l’être en France; on y trouve par-tout des sociétés de lecture ; et quoique l’érudition y soit rare , dans le sens qu’on donne en Europe à ce mot , le bon sens et un peu d’instruction s’y rencontrent généralement par-tout.

A la campagne, les provisions sont d’un tiers ou de la moitié meilleur marché qu’en Angleterre ; le poisson et le gibier y sont abondans.

V ous me demandez par quels motifs je crois qu’on se décide le plus communément à quitter l’Angleterre^ pour l’Amérique. Selon moi , le principal est de se délivrer totalement d'inquiétude , pour X établissement futur de sa famille. On ne peut trouver que peu à dire au gouvernement américain , tant pour les principes que pour la pratique ; nous avons très-peu de taxes à payer , et ces taxes d’une nécessité absolue sont

d’ailleurs fort modérées. Nous n’avofis point d’animosités de religion: c’est un sujet sur lequel qn n’interroge personne. Nous en avons peu , au sujet des hommes publics et des mesures politiques ; l’irritation actuelle des esprits , dans la Grande-Bretagne , et les discordes sociales produites par les idées politiques, sont inconnues parmi nous. Le gouvernement est le gouvernement du peuple et n’agit que pour le peuple. Nous n’avons ni dîmes , ni loix , pour la chasse ; et nos loix d’accise ne portent que sur les liqueurs spiritueuses et ne ressemblent aux vôtres que par le nom. Il n’y a point ici d’hommes d’un rang élevé; il n’y en a que peu d’une trèsgrande fortune ; les riches n’y ont pas le pouvoir d’opprimer ceux qui sont moins riches qu’eux:, car la pauvreté, telle qu’elle existe en Angleterre, y est presqu’inconnue. Aussi les rues ne sont - elles pas pleines de mendians ; je n’en ai vu qu’un seul , pendant le séjour que j’y ai fait , encore étoit-il Anglois. Vous ne voyez pas , en Amérique , le contraste dégoûtant et triste , si commun en Europe , du vice , de la saleté, des haillons et de la misère, dans le voisinage immédiat des folies les plus extravagantes et de l’ostentation du luxe le plus inutile. La masse du peuple n’est pas non plus aussi dépravée que dans la Grande-Bretagne. Les rixes sont rares

et les défis à coups de poing inconnus dans nos rues. Nous n’avqns point de force armée, pour tenir le peuple en respect. Les vols sont trèsrares. Je n’ai pas entendu parler d’un seul vol fait la nuit avec effraction, pendant les fièvres de Philadelphie, quoiqu’aucun de ceux qui pouvoient quitter la ville n’y fut resté. Voilà des avantages réels ; mais tout grands qu’ils sont , ils n’ont pas encore , auprès de moi , autant de poids, que la seule considération que j’ai d’abord alléguée.

En Angleterre , un jeune homme a recours à la débauche , parce qu’il craint les charges d’un établissement et l’extravagance très - probable d’une épouse. Le célibat est un article de prudence; on le loue ouvertement et on le pratique autant que la voix de la nature le permet. L’homme marié, dont les passions ont été plus fortes, dont le sentiment moral étoit moins étouffé, ou que son intérêt avoit porté à l’union conjugale , ne sait si la naissance de chaque enfant n’est pas un nouveau malheur, et regarde sa postérité avec une affection douloureuse , qui envenime quelques-uns des instans les plus délicieux de la vie. De plus grands succès dans les entreprises du père forment ici des exceptions ; il en naît d’un degré plus fort de tendresse paternelle ; et des caractères heureux envisagent tou-

jours l’avenir avec plus d’espérance: mais j’e* ai trop vu pour n’être pas convaincu de la vérité de cette assertion générale. Je n’examine pas cjuel est 1 état des. parens, ni le rang auquel ils appartiennent. En parcourant tous les rangs intermediaires, depuis le journalier que je payois 12 schellings par semaine, pendant que j’habi-

i tois parmi vous, jusqu’au lord S qui jouit de

25,000 livres sterlings de rente, j’ai eu trop d’occasions d’observer ce fait affligeant.

Dans le premier exemple, mon ouvrier , dont le fils aîné s’étoit noyé, par accident, se consoloit, les larmes aux yeux, de sa perte, parce qu’il en avoit un de moins à pourvoir ; et dans le second , mylord réformoit sa meute , parce qu’il avoit une grande famille.

En Amérique , et sur-tout hors des grandes villes, aucun homme dont les désirs sont modérés , ne peut être inquiet sur le sort de sa famille. A la campagne , où habite la masse du peuple , chacun sent que l’augmentation de sa famille est une augmentation de ses richesses. Et comment un cultivateur craindroit-il de ne pouvoir établir ses enfans aussi agréablement qu’ilsont vécu , dans un pays où la terre est à si bas prix et si fertile , où la société est fondée sur les bases les plus égales, et où l’augmentation prodigieuse de la population , produite par des causes

naturelles ou accidentelles et par l’amélioration dé toutes les parties de l’état, fournira un débouché à tout le superflu de ses denrées , sans présenter cet attrait dangereux et continuel vers les dépenses d’un luxe inutile , et ces rivalités extravagantes , si communes et si ruineuses, dans votre pays?

Dans la Grande-Bretagne , des efforts continuels , une industrie infatigable et sans relâche , la privation journalière desagrémensde la vie, une économie attentive , inquiète et minutieuse, sont presque des devoirs pour l’homme d’une fortune médiocre , dans 1 état mitoyen de la société: encore les probabilités d’un succès définitif sontelles contre lui, s’il est chargé d’une nombreuse famille. En Angleterre , en calculant sur les chances ordinaires , aucun homme n’a le droit d’attendre la réussite de cinq ou six enfans.

En Amérique, c’est autre chose. Vous pouvez raisonnablement compter sur un établissement convenable, selon votre état dans la société, pour tous les membres de votre famille , quelque nombreuse qu’elle soit. Je déclare que je ne connois rien, dans votre pays , qu’on puisse comparer au bonheur de soulager d’un pareil poids le cœur d’un père de famille. On le sent dans des occasions qui se présentent tous les jours, et j ai vu avec plaisir la physionomie des émigrans européens s’épanouir , en Amé-

rique , par cette réflexion délicieuse , capable seule de consoler de la perte même de nos amis et de celle de notre patrie.

Les mêmes difficultés se présentent , presque au même point, chez vous aux personnes qui mènent une vie aisée et que vous placez dans la classe des riches. Chaque rang marche de si près sur les traces de celui qui le précède , qu’en général les dépenses excèdent toujours les revenus ; et peut - être l’embarras que cause une nombreuse famille est-il encore plus grand dans la dernière classeque j’ai citée. Les nombreuses gradations des rangs , en Angleterre , engagent sans cesse à des dépenses superflues , et la tentation est presque insurmontable. Chez nous un homme est apprécié plus équitablement ; et , dans nos campagnes américaines , on le juge moins sur ce qu’il semble que sur ce qu’il est. Dans nos grandes villes, pn retrouve quelque chose qui se rapproche des mœurs de l’Europe , quelques - uns des mauvais effets de l’inégalité des fortunes , mais rien de semblable à ce que souffre un habitant de l’ancien monde; et la masse du peuple , en Amérique , est encore àpeu-près intacte. Voilà ce qui nous délivre de la pauvreté factice, et ce qui répand universellement les commodités et les agremens ordinaires de la vie*

De

(éi )

De plus, dans votre pays, sî un homme est particuliérement malheureux , la tourbe empressée se serre autour de lui, le foule aux pieds, et une fois abattu , on le tient à terre. En Amérique , un faux pas n’est pas irréparable ; on peut encore s’en relever; et moins malheureux dans sa chûte, on peut à loisir, comme sans crainte, porter ses regards autour de soi et chercher quelque chemin qui nous soit plus avantageux à suivre. Chez vous , tous les postes sont rem*» plis, par-tout vous vous pressez et vous faites foule : chez nous , l’industrie dans tous les genres peut se déployer, et tous les genres d’industrie sont, pour bien des années encore, assurés des meilleurs succès. En un mot notre pays est dans son ascendant; je suis fâché de le dire, mais je crains que Le vôtre, nè soit sur son déclin* Un homme seul peut encore s’élever parmi vous, par des efforts que rien ne retarde; mais une famille est une pierre au cou d’un trèsgrand nombre , dont l’industrie inquiète mériteroÎÊ un meilleur sort*

Vous me demandez quelle espèce de gens trouveront leur intérêt \ passer en Amériqùe> si ceux qui ont été marchands, qui ont eu, en Angleterre, des boutiques ou des manufactures , pourront réussir ici? si un homme, qui a de

grands revenus, peut les y dépenser agréab’ement ? si l’homme qui n’a qu’une fortune médiocre peut l’améliorer? si celui quia une propriété considérable, peut encore l’etendre ? si, dans le continent de l’Amérique, on trouve des motifs de s’adonner à l’étude de la jurisprudence, de la médecine, de la théologie? ce qu’un homme de lettres y peut faire? et si un homme qui aime les lettres, y trouveroit de la société ?

Je ne puis répondre, en detail, a toutes ces demandes; je nai ni toutes les observations, ni tout le tems nécessaires: je vais cependant vous communiquer le résultat , la somme et la substance de mes remarques sur ces objets; peutêtre pourra-t-on y faire quelques exceptions, mais )’en garantis, en general, la vente. Quant aux négocians, marchands, teneurs de boutiques, quelque soient les liaisons déjà formées qui les engagent à venir ici , ils y auront nécessairement une sorte d’apprentissage à faire. Il faudra qu’ils emploient quelque tems a acquérir une connoissance suffisante des habitudes et des moeurs des habitans ; du caractère et de la situation de ceux avec qui ils auront à traiter ; des différens canaux du commerce , des articles d’échange et des autres détails qu’une résidence actuelle et des recherches locales peuvent seules

donner. Avec ces moyens, quiconque aura unè bonne réputation, des recommandations, et du crédit dans l’ancienne patrie , sera sûr de réussir dans la nouvelle. Les succès seront cependant fort accélérés par la connoissance des langues allemande et françoise, particuliérement dans les états de Pensylvanie et de New-York. A Philadelphie , l’adresse de tous les magasins est écrite en caractère et en langue allemande, aussi bien qu’en anglois.

A l’égard des manufactures, je ne crois pas qu’à présent on réussît à en établir de lucratives, pour travailler la laine, la toile, ou le coton ; ( excepté peut-être des manufactures de bas ) et je ne crois pas non plus , que le terns soit encore venu oit l’on pourra donner du succès à aucune des branches de la poterie. Il y a des moyens plus avantageux d’employer les capitaux qu’il faudroit risquer pour ces manufactures ; et Ü y a certainement aujourd’hui dans ce pays une prédilection, fondée en partie sur le préjugé et en partie sur l’intérêt, en faveur des objets manufacturés en Angleterre. Il dépend de votre pays d’entretenir cette prédilection , que les Américains conserveront, jusqu’à ce que votre gouvernement les force à y renoncer.

Je ne doute point du succès qu’obtiendroient une manufacture de verre , une manufacture d<?

poudre à canon, une papeterie, une marbrerie de papier , une fonderie de caractères ; un établissement pour toutes les grosses préparations du fer , telles que la fusion du minerai , le fer en gueuses , le fer en barres ; des moulins à refendre, des moulins à plaques, et la fabrique des clous. Je ne crois pas que les faiseurs de savon, les chapeliers, les armuriers , les chandeliers, les ferblantiers , les forgerons, les fondeurs, les charrons, les tourneurs, les charpentiers, les maçons , les briquetiers , les tailleurs , les cordonniers , les tonneliers , les tanneurs , les corroyeurs , les faiseurs de drèche, les brasseurs, les distillateurs, les voiliers, les cordiers, les imprimeurs, les relieurs, soit maîtres soit compagnons, pussent ici manquer d’ouvrage. Les orfèvres même et les horlogers , trouveront l’état de la société assez favorable à leur commerce. On compte déjà à Philadelphie quatre cents orfèvres , tant maîtres que garçons. Je ne puis nommer tous les métiers , mais tous ceux qui sent d’une utilité générale, y sont et y seront long-tems désirés, et je suis sûr que ceux que j’ai nommés , le sont à présent. Les gages d’un ouvrier sont un peu plus forts que chez vous, et un pauvre homme y va plus loin avec son argent.

Vous me demandez si un homme qui a de grands revenus , peut les manger agréablement en

Amérique? Pas aussi facilement qu’en Europe; on n’y a pas une aussi grande variété d’amusemens, ni des amusemens aussi coûteux; une grande dépense n’y procure pas non plus autant de confédération que chez vous (i). Je ne crois pas que ce soit le pays convenable à un homme de plaisir , dans le sens que vous donnez à ce mot.

Un homme d’une fortune médiocre peut -il l’améliorer ? Oui , par l’achat et l’améiioration d’un terrein , moyen le plus sur et le plus facile d’augmenter une fortune médiocre.

Un homme d’une grande fortune peut -il l’etendre ? Oui , de la même manière ; pourvu qu’il n’achète pas au hasard. Ceux qui achètent des terres , dans l’attente de les revendre avec avantage , ne doivent pas les acquérir dans Impartie du pays, où les établissemens sont déjà serrés ; les terres y sont à-peu près au maximum du prix qu’elles atteindront d’ici à plusieurs années. Il ne faut pas qu’ils achètent de grands terreins, loin de tous les établissemens actuels, à moins que par leurs liaisons et leur influence, ils ne

(i) D'après mes recherches , j'ai trouvé que les per sonnes , qui faisoient la plus grande dépense à New-York et à Philadelphie , n'y mangeoient pas au-delà de 10OQ livres sterlings par an ,

puissent en déterminer la colonisation prochaine. Dans ce cas, on peut acheter où l’on veut, en consultant seulement la prudence , pour le choix de la position. Mais celui qui ne peut , par lui-même , diriger l’émigration où il veut , doit acheter dans les parties vers lesquelles le courant de la population se porte évidemment, sans pourtant les avoir atteintes. Les spéculations sur les terres, en Amérique, sont certainement très-avantageuses , quand on les fait prudemment; faites au hasard, il n’en est pas de même (1). Au reste, si elles ne conviennent pas, une partie des fonds publics en Amérique rend au dessus de 6 pour cent par an , et les fonds ajournés au dessus de 7 (2).

(1) Des personnes qui voudraient acheter en Amérique et rester en Angleterre , trouveront , en général , qu il nest pas de leur intérêt d'y acquérir une propriété trop peu considérable , pour payer un agent sur les lieux ; ce seroit alors une association d'intérêt . Mais les personnes qui ne passent pas elles-mêmes en Amérique , ont besoin de tant de précautions , que je ne puis conseiller d'y placer des fortunes , à moins que le principal intéressé , ou II un des principaux intéressés , n agît d'après des connaissances personnelles.

(2) La dette de l'Amérique montant à sei^e millions Sterlings , est partagée en trois espèces de fonds , savoir : les fends à 3 pour cent , les fonds à 6 pour cent , et les fonds ajournés $ ceux-ci ne portent pas d'intérçt actuel , mais

La profession des loix dans aucun des états de l’Amérique , n’est pas assez différente de ce qu’elle est en Angleterre , pour ne pas donner une belle chance de succès à tout homme de loi de l’ancienne patrie, qui voudroit passer deux années à acquérir la pratique et les connoissances nécessaires et particulières à l’état , dans lequel il voudroit s’établir. Les salaires y sont à-peu-près les mêmes qu’en Angleterre. Les

un intérêt de 6 pour cent , qui deviendra payable au premier janvier 1801 et après.

Au commencement de juin 1794 > VTIX ^es fon ame" ricains , à Londres , étoit — pourcent 1.6 s. d .

Les fonds à 6 pour cent , 90 l. pour cent

rendant un intérêt de 6 — 13 — 4—

Les fonds à 3 pour cent , 30 /. pour cent ,

rendant un intérêt de 6 — — — »

Les fonds ajournés , 57 l. pour cent , sur quoi , si l'on calcule l'intérêt de F intérêt à 3 pourcent jusqu en 1801 , les 57/.

monteront à 80 l. qui donneront par

conséquent 7 — 10— •

Les actions dans la banque américaine , qui a payé jusqu'ici 8 /. pour cent , sont à 106 l. pour cent y rendant un intérêt de 6 — 13 — 9—

Comme F excèdent du revenu est d'environ 1,1 00,000 dollars ( 270,000 livres sterling s ) par an , cet excédent est placé sur le principe d'un fonds d'amortissement pour, acquitter la dette .

rapports des cas jugés en Angleterre, y font au* torite , mais n’y font pas loi. Iis ont un grand poids et décident assez généralement, mais ils sont soumis aux observations , à l’examen et à la contradi&ion. La jurisprudence , au reste , est une profession en vogue et par conséquent remplie; et je doute qu’un homme de loi -améliorât sa fortune pécuniaire, en quittant l’Angleterre, pour ce pays-ci. Les gens de loi qui ont beaucoup à faire ( et qui agissent tous comme procureurs,) gagnent depuis 800 jusqu’à aooo livres, argent courant, par chaque année. Je ne crois pas qu’un seul pousse ses profits âu-dela de trois mille livres du même argent. L allemand et le françois sont, sinon nécessaires, au moins très-utiles à un homme de loi américain.

La profession de la médecine est très-remplie en Amérique , mais il y a beaucoup d’étrangers qui l’exercent. Je la crois ouverte à tout le monde , mais ( excepté le cas d’un médecin allemand ou françois , qui peut être préféré parmi les habitans, qui ne parlent qu’imparfaitement angîois , ) les médecins américains ont avec raison ïa préférence. Les chirurgiens ne sont pas aussi expérimentés que chez vous, et en effet, les cas ©& leur 3rt est nécessaire, sont plus rares. Les sont moins exposés aux maladies et aux

aecidens, et par conséquent la pratique des hôpitaux n’est pas aussi instructive.

Quant à la théologie, -je doute que des individus d’aucune classe de cette profession, orthodoxes ou hétérodoxes , eussent ici beaucoup d’emploi. Les ariens et les sociniens en auroient peut-être plus que les autres à New-York et à Philadelphie ; on trouve beaucoup d’unitaires dans ces deux villes , ainsi qu’à Boston , où il existe même, à ce que je crois, une congrégation, la seule de ce genre que je connoisse en Amérique. Si les théologiens émigroient , ils réussiroient probablement mieux comine maîtres d’école , profession dont on a besoin dans notre continent.

Quant aux gens de lettres , il faut observer qu’il n’existe pas encore en Amérique, ce qu’on peut appeller une classe de la société, à laquelle cette dénomination convienne; telle , par exemple, qu’on en trouve dans la Grande-Bretagne , et même dans la plupart des pays anciens de l’Europe : une classe dont la profession soit la littérature et dont les membres se soient divisé et sous-divisé, avec la plus grande exactitude, toutes les, branches de nos connoissances , de manière que chaque individu s’empare de son département particulier, et le suive avec autant de régulurité que les différens ouvriers, qui travaillent aux montres

et .aux aiguilles. La littérature, en Amérique, n’est qu’un amusement , qu’un accessoire aux occupations de la personne qui s’y donne et qui ne s’y donne qu’occasionnellement. En Europe, c’est un métier , un moyen de gagner sa vie. Faire des livres y est une affaire, comme vendre des livres. Il n’est donc pas étonnant qu’elle s’y fasse mieux qu’en Amérique , ni que les Américains , avec leur bon sens ordinaire, vous permettent d’être leurs manufacturiers de littérature , comme de poteries et d’indiennes.

Certainement on trouve en Amérique autant de talens qu’en Europe ; la société y est , en comparaison , peu nombreuse et encore dans l’enfance; et cependant, malgré l’ancienneté de la Grande-Bretagne et son expérience , malgré la multitude de ses établissemens favorables à l’instruction, malgré la supériorité de sa réputation et ses progrès gigantesques, dans les sciences et les connoissances de toute espèce, le nouveau monde encore adolescent , vous a enseigné la guerre par Washington , et la philosophie par Franklin ; Rittenhouse occupe un rang parmi vos mathématiciens et vos astronomes; vos diplomates se sont éclipsés devant les raisonnemens de Jefferson ; et les derniers, comme les plus subtils de vos philosophes politiques, sont soupçonnés de n’être que les disciples de Paine et de Barlo^r,

dont les connoissances sont évidemment le produit de Técole américaine. Mais si les *alens des Américains égalent les vôtres, leurs occasions et leurs moyens d’instruction sont bien inferieurs à ce que votre pays offre dans ce genre. Leurs bibliothèques sont mesquines ; leurs collections ne possèdent guères que des livres modernes , et ne renferment pas les moyens de remonter à l’histoire des différentes questions. Ce défaut est vivement senti par les hommes de lettres, et il faudra plusieurs années pour y remédier; cependant, l’état convulsif de l’Europe , et la prospérité croissante de l’Amérique, contribueront rapidement à améliorer notre position a cet égard.

Une autre circonstance encore a tendu jusqu’ici à retarder le progrès des lettres parmi nous. La guerre avoit appauvri beaucoup d’individus, aussi bien que la nation ; et par conséquent, la nécessité, jointe à l’industrie habituelle et à l’économie des habitans , les conduisit à des entreprises de commerce ; et leur attention fut consacrée toute entière à l’augmentation de leurs fortunes, plutôt qu’à la culture de leur esprit. Mais avant qu’il soit long-tems , une nouvelle génération s’élèvera, et déjà même elle s’élève , qui , délivrée par les travaux de celle qui l’aura précédée, des soins journaliers des af-

foires , sentira le besoin de s’occuper , prendra le goût de la littérature et de la philosophie ; et les beaux-arts , les sciences utiles trouveront en Amérique, des sectateurs aussi nombreux et aussi heureux qu’en Europe. A présent même , les lettres de l’ancien continent trouveroient facilement des sociétés de leur goût , dans les grandes villes de l’Amérique , particulièrement à Philadelphie.

Vous me demandez s’il est facile de se procurer des ouvriers et des valets ? Cela n’est pas très-difficile dans les villes ; la campagne même en fournit presque suffisamment; et les émigrations de tous les genres, de l’Allemagne, de l*Irlande , de l’Ecosse et de l’Angleterre, montent à 10,000 personnes tous les ans. Cela, joint aux nègres affranchis , suffit aux besoins des états situés au Nord du Maryland. Au Sud, on se repose sur le travail des esclaves. Les gages des valets et ouvriers de tous les genres peuvent etre regardes, comme d’un quart plus chers que ceux des mêmes classes en Angleterre. Cette règle est vraie à la campagne , comme en ville. On entretient peu de domestiques par ostentation, parce qu’ici tout le monde exerce une profession déclarée. Je ne connois, par exemple, a Philadelphie qu’un seul gentleman de profession , c’est-à-dire , une seule personne vivant de

sa fortune, dans l’oisiveté: leur tems n’est pas encore venu.

Vous voulez connoître l’état de la politique en Amérique, et les sentimens du peuple de ce pays pour la Grande-Bretagne.

Nous avons parmi nous une demi • douzaine de gens suspects de royalisme , sans y comprendre quelques Anglois établis dans les grandes villes , et que les Américains regardent comme des gens prévenus, sans raison, contre leur gouvernement, et infectés d’une espèce de maladie, du pays .

Tout le reste des Américains tient pour les idées républicaines , mais ils sont partagés en deux classes ; l’une penche plutôt vers l’extension, que vers la limitation des pouvoirs législatif et exécutif ; plutôt vers les idées angloises , que vers les françoises; elle voudroit introduire et étendre des systèmes de fonds publics , de manufactures et de commerce. Dans cette classe sont compris presque tous les officiers dü pouvoir exécutif, M. 'Washington, à leur tête; la majorité des membres des sénats et la plus grande partie des riches commerçans des grandes villes. Ce parti est nommé celui des fédéralistes , en partie parce qu’ils furent les principaux auteurs et promoteurs du gouvernement fédéral actuel et delà constitution de 1787, et en partie, à caufe des lettres ingénieuses écrites par M. Ha-

milton , en faveur de ce gouvernement , et dont le recueil étoit intitulé : U Fédéraliste.

L’autre parti se nomme celui des anti-fédéralistes; ce n’est pas qu’ils soient ennemis du gouvernement fédéral, ou qu’ils désirent, comme les François , la république une et indivisib'e : mais ce nom leur a été donné par opposition à celui de l’autre parti. Les anti-fédéralistes , dans le tems où la constitution actuelle de l’Amérique se discutoit , étoient ennemis de l’extension des pouvoirs donnés au gouvernement , et auroîent désiré de voir retourner plus souvent au peuple, l’autorité qu’il délègue à ses mandataires emfonctions. Ce parti désapprouve les salaires considérables accordés aux officiers du gouvernement , l’air de représentation et de supériorité qu’ils se donnent, sans même excepter de leur nombre le président "Washington, dont la façon de vivre et les manières froides , réservées et cérémonieuses , ont contrebalancé , dit-on , à un certain point , l’effet de ses grands talens et de ses importans services. Les anti-fédéralistes penchent aussi plutôt vers la théorie politique des François , mais non pas vers leur pratique ; et ils sont ennemis de ce qu’ils appellent , dans votre nation , l’esprit monopoleur et l’arrogance insultante de la supériorité. L’animosité contre la Grande-Bretagne a été prodigieusement augmentée par le

rôle que votre pays est supposé avoir joué, etl fomentant la guerre avec les sauvages , en excitant les hostilités des Algériens , en saisissant les vaisseaux et mettant des entraves au commerce des négoGians américains; en refusant, ou en négligeant de rendre les postes sur les lacs , ou de faire des réparations pour le vol des nègres. La conduite de votre cour a certainement donné de la force au parti anti- fédéral , dans lequel on doit placer à présent la majorité du peuple et la majorité de la chambre des représentans. On doit sincèrement desirer, qu’il soit possible d’adopter promptement des termes d’arrangement à l’amiable. Peut - être U réputation qu’a M. Jay , d’être un fédéraliste , contribuera t-elle à hâter , plutôt qu’à retarder cet heureux événement , dans la situation actuelle de nos deux pays.

D’après ce que vous venez de lire , vous penserez facilement que les fédéralistes sont ceux qui occupent les places du gouvernement américain., à l’exclusion des anti-fédéralistes. Cela est vrai à un certain point, mais non pas généralement : nous sommes plus modérés que vous.

Vous avez oublié de me faire des questions sur le vin , à moins que vous ne l’ayez comprjs parmi les commodités et les agrémens dont on jouit en Europe. J’extrais les prix suivans du prix courant de Philadelphie, le n Janvier 1794.

( So )

Le porter américain en bouteilles , S shellings 3 deniers sterlings la douzaine , avec le verre : c’est à-peu-près la qualité du porter de vos provinces. Le porter de Londres , 7 sheliings 4 deniers, sans le verre. La meilleure eau-de-vie de Cognac, 7 sch. 4^ d. le gallon. L \rrack 6 sch. 3 d. le gallon; le meilleur rum de la Jamaïque, 5 sch. 3 d. le gallon. Le vin de Madère, 50 livres st. 17 sch. la pipe. Le vin de Porto, 25 liv. 11 sch. la pipe. Levin de Ténériffe, 3 sch. le gallon : celui de Lisbonne, 28 liv. 7 sch. la pipe. Le vin de Bordeaux , 26 sch. les douze bouteilles. Le meilleur Xérès , 5 sch.

5 d. le gallon.

En Janvier 1793 , quand la Grande-Bretagne étoit en paix , le pfrix courant de Londres donnoit le vin de Porto à 48 liv. st. la pipe; 1® Madère à 68 liv.; celui de Lisbonne à 45 liv. Le Xérès à liv. la botte; l’eau-de-vie 14 sch.

6 den.- le gallon , et le rum 5 sch. 3 den. le gallon.

A New- York et à Philadelphie, le chocolat se vend en détail à 10 den. ; le café brûlé 14 den. le meilleur thé haysen 6 sch ; le meilleur soutchong 4 sch. 4 den. et 4 sch. 6 den. ; le sucre royal, 1 sch. 6 den. la livre, et le sucre brut 13 à 14 den. A présent la culture de la vigne est

fort

r si )

fort en vogue en Pensylvanie , et l’on a déjà fait de bon vin dans cet état (l).

Vous nie demandez quel est , ert total, l’état le plus agréable à adopter ,' pour un homme d’une médiocre fortune ? Je n’hésite pas à pose? comme Une règle générale, que les personnes qui apportent avec elles depuis 250 jusqu’à ^ooo liv. sterling, n’ont pas de meilleur parti à prendre que de devenir fermiers. Je sais qu’on ne peut de cette’ manière élever une grande fortune , mais je suis convaincu que c’est la plus sûre, la plus facile et la plus agréable de tirer, d’une fortune médiocre, un produit net raisonnable.

Cent cinquante acres de terre, a^ec une maison passable et une grange déjà bâties, et Une quanfité' de terrein défriché suffisante, pour qu’on s’y établisse immédiatement , comme fermier , peuvent être achetés dans cette partie , à raison de 4 1. (2) ,

(1) On sdit assez qüe la livre sterling est composée de 20 sols ou sheilings , et le sheüing de 12 deniers ou ' pence. Le shelltng vaut ehviron 24 sots tournois , et par conséquent la livre sterling environ un loüis ou 24 livres tournois et le denier 2 sols. Le gallon contient quatre quartes d’Angleterre , environ quatre pintes de Paris. La pipe contient deux hogsheads ou deux muids. Le butt ou la botte de vin contient 126 gallons , ou 5o4 pintes de Paris ; la botte de bière m contient que 108 gallons. {LT- du T. )

(2) Pas tout-à-fait sheilings sterling .

( Si )

argent courant, par acre, payables, un cinquième^ peut-être , comptant , et un cinquième ensuite , par chaque année , avec les intérêts. Je doute , cependant , que cela fût plus avantageux que d’acheter, avec la même somme , une grande étendue de terrein non encore travaillé , si l’acheteur étojt résolu à faire tête aux difficultés des douze premiers mois; difficultés qu’on ne juge vraiment telles qu’en Angleterre, et qui paroissent aux Américains sous un jour tout différent.

La terre ainsi achetée est une espèce de proprié, é qui doit nécessairement recevoir une augmentation annuelle de valeur , pâr la population naturelle du pays , sans compter celle que l’industrie du propriétaire peut encore lui donner. Je crois me tenir dans les bornes de la vraisemblance, en disant qu’un cultivateur industrieux, outre qu’il vivra dans l’abondance et qu’il tirera un gros intérêt de son capital , trouvera encore sa ferme quadruplée de valeur au bout de dix années , s’il l’a achetée dans quelque partie peu chère de l’intérieur et qui fût alors en train de se peupler.

Pour des personnes chargées d’une famille , tous les avantages se réunissent dans l’état de cultivateur. La valeur des denrées est beaucoup plus grande en Amérique qu’en Angleterre , si l’on considère la légéreté des taxes, le bas prix

et la fertilité des ' terres. Parmi les fermiers , on n’est pas, comme dans les grandes, villes, entraîne sans cesse à des dépenses inutiles, ou à une manière de vivre hors de la portée de ses revenus. Un homme qui a vécu à son aise et dans l’abondance, dans l’état mitoyen de la société, n a pas besoin de donner à son fils , pour commencer un établissement honnête et solide , plus de 5 00 acres de terre et de 500 livres sterling s. Êt c’est ce que pourra faire aisément au bout de dix années, tout homme qui commence à présent sa carrière , en Amérique , avec une fortune médiocre.

Le mot fermier, dans ce pays, n’est pas non plus le synonyme du mot fermier en Angleterre. Chez vous , il signifie un tenancier de quelque seigneur, payant beaucoup en rentes, beaucoup en dîmes et beaucoup en impôts. Il désigne une classe inférieure de la société , remplie par des personnes inférieures , pour les manières et l’éducation. En Amérique , un fermier est un propriétaire territorial, ne payant aucune rente, aucune dîme et fort peu d’impôts ; égal pour le rang a tous les autres membres de la société ; votant pour l’élection des législateurs , et pouvant , s’il le mérite, le devenir lui-même. Dans le fait, les neuf dixièmes des législateurs de l’Amérique sont des fermiers.

Fi

Vous me demandez quelle somme est néces» saire, pour commencer la culture d’une manière assez avantageuse , dans quelque partie civilisée et passablement peuplée de l’intérieur ?

Un colon peut acheter à présent 500 acres de terre fertiles , mais non encore cultivés , dans la position dont nous parlons , à raison de 30 sh. argent courant , par acre , payables à différens termes. Aidé par deux hommes , il peut , dans le cours de l’été, défricher assez de terrein pour nourrir quelques bestiaux pendant l’hiver et se bâtir une maison passable de bois non-équarri, qu’il pourra par la suite agrandir et rendre plus commode. Pour, ces premiers frais et ces premiers travaux , pour rendre un tiers de ces terres labourables ? et pour payer les deux premiers termes , il lui en coûtera , y compris les gages de ses ouvriers , son entretien et celui d’une famille médiocre pendant un an , aussi bien que l’achat des bestiaux et des instrumens de labourage nécessaires , environ 4*50 ou 500 livres sterlings.

. Vous me demandez pourquoi je préfère, pour un établissement , l’endroit dont je vous ai parlé (1) ? D’abord parce que l’état de Pensylvanie ,

(1) Ceci a rapport à un établissement proposé en Pensylvanie } sur la crique de Loyalsock et qui s’étend

par les raisons que, j’ai déjà dîtes , me paroît, en total, le plus convenable de tous ceux de l’Union. Secondement , parce que les terres en question étant les plus élevées de cet état , le climat doit y être moins inconstant , l’air plus serein , le danger des fièvres intermittentes et le fléau des insectes moindres , toutes choses d’ailleurs égales , que dans des terreins plus bas. Troisièmement , parce que les chaleurs de l’été n’y sont pas aussi fortes , ni les alternatives de neiges et de dégels , en hiver , aussi fréquentes que dans les parties méridionales de cet état. Quatrièmement, parce que la terre y est généralement reconnue pour la meilleure de Pensylvanie, Aussi ne douté - je pas que des colons ( i ) ne soient engagés à s’y établir , par la position saine du lieu , par la fertilité connue de la terre , par la société qui s’y fixe-, ou qui est au moment de s’y fixer, par le bas prix actuel du terrein , par la probabilité d’une augmentation rapide de la somme qu’on y aura placée, et par l’espérance -d’y voir bientôt former

entre les branches orientales et occidentales du Susqu ehannah , environ à l\o ou 5o milles de Sunbury et environ à 170 de Philadelphie.

(1) On a calculé que l’émigration des parties déjà peuplées de P Amérique aux parties nouvelles , se monte de 4;G à 5 o mille personnes par an.

un bon institut d’éducation. C’est le seul établissement anglois que je connoisse , en Amérique ; *

et quoique les mœurs américaines approchent plus des mœurs angloises que celles d’aucun autre pays , elles ne sont pas tout-à-fait angloises ; et je ne doute pas que cetfe considération ne fasse tourner les vues des émigrans anglois de ce côté.

Au fait , je ne vois pas ce qu’ils auroient de mieux à faire, ni où iis pourroient planter leur piquet plus convenablement.

Vous me demandez, si je ne pense pas que le rétablissement de la paix en Europe rendroit la France préférable aux Etats-Unis ? Sans hésiter, je répondrai que non. Quelque haute approbation que j’accorde à un grand nombre de char> gemens faits par les François , tant dans la théorie que dans la pratique du gouvernement , il m'est impossible d’approuver l’injustice féroce d’une partie de leur conduite. Le style vague , lâche , déclamatoire et passionné de leurs accusations ; la manière dont ils privent un accusé d’une défense égaie et légitime, en autorisant le juré (les juges) à prononcer , avant qu’il ait produit tous ses moyens ; leur manque total d’égards pour les réputations, les services passés, le génie et la science ; leurs nombreuses accusations, évidemment dictées par des motifs de brigandage et portées contre des personnes dont les propriétés

paroissent avoir été le seul crime ; le despotisme absolu qu’ils ont établi , non - seulement sur les actions , les paroles et les écrits des hommes en France , mais encore sur leurs pensées ; despotisme qui a entièrement anéanti la liberté de la presse et celle des discours ; la manière détestable dont ils ont détruit tout honneur particulier, en encourageant la violation de la confiance dans l’amitié , en excitant chaque homme à devenir l’espion des actions et des paroles de ses connoissances , en menaçant même de punir les femmes qui cacheroient la retraite de leurs maris, brisant par - là les premiers liens de la sociélé privée ; les femmes qu’ils ont exécutées , sans nécessité , pour de simples opinions politiques *, l’exécrable condamnation de l’infortunée Antoinette, dont les crimes étoient ceux du siècle et de la nation , plutôt que ceux de h personne ; leur système entier de procédure contre les femmes , à qui ils refusent les droits politiques de leur sexe ; le plaisir habituel qu’ils goûtent aujourd’hui à contempler les exécutions de leurs nombreuses victimes ; leur animosité actuelle contre les Anglois , en particulier , qui ne s’effacera qu’avec le tems : toutes ces circonstances , dis-je , malgré mon admiration pour les grandes qualités que possède la nation françoise , me porteront à fuir la société de la génération actuelle

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