‹ Renseignemens sur l'AmériqueChapitre 43 sur 43 · INSTRUCTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION

Pour ceux qui auraient envie de passer en Amérique > écrite il y a quelques années par le Docteur Benjamin Franklin ,

P x. u sieurs personnes qui habitent l’Europe,’ ayant exprimé de bouche, ou par lettres, à l’auteur de cet écrit, qui est bien instruit de l’état de 1 Amérique septentrionale , le désir de se transporter et de s’établir dans ce dernier pays , dont elles ont conçu , par ignorance , des idées et une attente qui lui semblent également fausses } il a cru qu’il pourroit se rendre utile et éviter a des personnes , à qui ils ne pourroient être avantageux , des voyages et des déplacemens coûteux et désagréables , en donnant , sur cette partie du monde , des notions plus claires et plus exactes , que celles qu’on paroît s’en être généralement formé jusqu’ici.

Il voit que dans l’imagination de beaucoup de gens , les habitans de l’Amérique septentrionale sont riches , en état de récompenser tous les genres de talens et disposés à le faire ; qu’ils sont en même teins tout-à-fait neufs dans les sciences , et que par conséquent les étrangers

habiles dans les lettres , les beaux-arts, etc. doivent être en grande estime dans ce pays , et assez bien payés , pour s’enrichir promptement euxmêmes j qu’il y a aussi en Amérique un grand nombre d’emplois à donner que les nationaux ne sont pas en état de remplir -, et que les personnes de condition étant rares parmi eux , des étrangers distingués par leur naissance doivent être fort respectés et obtenir facilement les meilleurs de ces emplois , dans lesquels ils feroient leur fortune } que les gouvernemeus mêmes , pour encourager l’émigration des européens s, non seulement payent les frais personnels de leurs voyages, mais concèdent des terres gratis aux étrangers , leur donnent des nègres pourleurs travaux , et leur fournissent des bestiaux et des ustensiles de labourage. Toutes ces idées sont extravagantes , et ceux qui passeroient en Amérique avec des espérances fondées sur elles, s*en verroient sûrement frustrer.

La vérité est qu'il y a réellement , dans ce pays , fort peu de gens aussi misérables que les pauvres d’Europe , mais qu’il y en a aussi fort peu que l’on appellât riches dans ce continent. L’Amérique est plutôt je pays d’une heureuse médiocrité. Il y a peu de grands propriétaires territoriaux et peu de tenanciers. La plupart des habitans cultivent leurs propres ter-

res , exercent le commerce , ou quelque métier. Très- - peu sont assez riches pour vivre sans rien faire de leurs revenus , ou pour débourser les prix exorbitans qu’obtiennent en Europe , les tableaux , les statues , l’architecture , et les autres ouvrages de l’art , plutôt curieux qu’utiles. C’est pour cela que les génies que l’Amérique a produits dans ces différens genres, ont tous quitté leur pays pour l’Europe , où ils pouvoient être mieux récompensés. Il est vrai que les lettres et les sciences exactes sont en estime en Amérique , mais , en même tems , elles y sont plus répandues qu’on ne le croit j il y existe déjà neuf collèges ou universités , dont quatre dans la Nouvelle-Angleterre ; et les cinq autres dans les provinces de New-York, New-Jersey , Pensylvanie , Maryland et Virginie , toutes pourvues de savans professeurs 5 sans compter les petites académies. On y élève la jeunesse dans la connoisfcance des langues et des sciences nécessaires pour exercer la théologie, la jurisprudence et la médecine. Les étrangers, il est vrai , ne sont pas exclus de ces professions , et à cet égard l’accroissement rapide de la population dans tout le pays , leur donne une perspective d’être employés , qu’ils partagent avec les nationaux. Les. offices et emplois civils sont rares ; ii n’y en a point , comme çn

Europe , de superflus \ et cJest une réglé établie , dans quelques-uns des états , qu’on ne doit rendre aucun office assez lucratif , pour qu il devienne désirable. Le 36e. article de la Constitution de Pensylvanie porte expressément ces mots: Comme tout homme libre 3 s 'il na pas une propriété suffisante j doit 3 pour se conserver indépendant exercer quelque profession 3 métier 3 commerce j industrie ou occuper quelque ferme dont il puisse vivre honnêtement j il ne sanroit y avoir de nécessité ni £ utilité à établir des places lucratives qui font naître ordinairement dans ceux qui les possèdent ou qui les briguent 3 un esprit de dépendance et de servitude qui dégradé des hommes libres et parmi le peuple j les factions j les querelles „ la corruption et le désordre. En conséquence j toutes les fois que par V accroissement des salaires j ou autrement j un emploi sera devenu ass&% lucratif pour attirer plusieurs prétendans ci la fois j les profits de cet emploi devront être diminués par la législature.

Comme ces idées prévalent plus ou moins dans tous les Etats-Unis , il ne vaut pas la peine qu’un homme qui a de quoi vivre chez lui , s’expatrie dans l’espérance d obtenir en Amérique un emploi civil lucratif 3 et quant aux

emplois militaires , la paix les annéatitit , puisqu*alors les armées sout licenciées. Ce seroic encore avec moins de raison qu'une personne passeroit en Amérique , sans autre recommandation que sa naissance. C’est un effet de valeur en Europe , mais on ne peut le transporter sur une place cù il perde plus queti Amérique. On n’y demande pas d’un étranger , qu est-il ? mais s que scut-il faire ? S’il possède quelque art utile , il est le bienvenu j s’il l'exerce et qu’il se conduise bien j il sera respesté de tout le monde. Mais un simple homme de qualité qui à ce titre veut vivre aux dépens du public , par quelque emploi , ou quelque salaire» sera généralement méprisé. Le laboureur esc honoré dans ce pays, et l’artisan y est honoré de même , parce qu’ils s’occupent d’utiles travaux. Le peuple dit- en proverbe , que le bon Dieu lui-même est un artisan et le plus grand artisan de l'univers $ et il est plus admiré , plüs respecté , pour le génie , la variété , l’utilité de ses ouvrages , que pour l’ancienneté de sa famille. Le peuple aime encore et cite souvent l’observation suivante d’un nègre. Boccafora , disoit-il , ( c’est par ce mot qu’il désignoit un blanc , ) Boccarora fait travailler li noir , fait travailler cheval , fait travailler li bœuf, fait travailler tout , mais na pas cochon. Cochon na

jàas travailler } li manger , li boire , li promener , ii droumi , quand li voulé * li vivé comme un mouché. ( i ) D’après ces opinions , un américain auroit plus d’obligations à un généalogiste j qui prouverait que tous ses ancêtres et ses parens , depuis dix générations , ont été laboureurs , forgerons , charpentiers , tourneurs * tisserands , tanneurs , cordonniers même , et par conséquent des membres utiles de la société j que s’il pouvoit prouver seulement qu’ils ont été des gentlemen ne faisant rien de profitable , mais vivant dans l’oisiveté , du travail des autres j des êtres purement fruges consumere nati et d’ailleurs parfaitement inutiles.^ jusqu’à ce que * par leur mort , leur propriété , comme le corps du monsieur cochon du nègre j vienne à être dépecée et mangée.

Quant aux encouragemens que le gouvernement donne aux étrangers , ils ne sont vraiment que le résultat naturel des bonnes loix et de la liberté. Les étrangers sont bien reçus , parce qu’il y a encore place pour eux i et que par conséquent ils ne peuvent inspirer aux habi-

( O C'est ainsi que les nègres prononcent monsieur s T ai cru devoir traduire dans le patois créole des nègres français ce passage que le Dr. Franklin a écrit dans le patois des nègres de la Nouvelle- Angleterre. ( N. du T. )

rans aucune jalousie ; les loix leur donnent une protection suffisante , et par-là ils n’ont pas besoin de celle des grands ; et chacun peut jouir en sûreté des fruits de son industrie. Mais celui qui n’apporte pas une fortune , doit , en effet , travailler et être industrieux. Un ou deux ans de résidence donnent cous les droits de citoyen * mais quelle qu’ait été autrefois la conduite du gouvernement , il ne paye plus aujourd’hui des étrangers pour devenir colon , en les défrayant de leur passage , en leur donnant des terres , des nègres des ustensiles et des bestiaux , rti en leur faisant aucun autre avantage. En un mot , l’Amérique est le pays du travail et nullement ce que les Anglais appellent Lubberland et les Français pays de Cocagne ( i ) où l’on dit les rues pavées de pains d’épices , les maisons couvertes de gâteaux, et où les volailles courent toutes rôties , criant : Vene\ et mangermou

Quelles sont donc les classes d’hommes pour qui il seroit avantageux de passer en Amérique \ et quels sont les avantages qu’elles pourroient raisonnablement y espérer ?

(O C'est aussi ce que les Allemands nomment Schlaraffenland.

La

La terre 'est à bon marché dans ce pays î parce qu’il renferme des forêts immenses encore vuides d’habitans et qui probablement ne sero, t pas occupées d’un siècle. Une propriété de cent acres de terre fertile et boisée peut être acquise , sur les frontières > en plusieurs endroirs ^ pour huit ou dix guinées , et par conséquent un établissement y seroit facile pour des jeunes gens , courageux et bons travailleurs * qui entendroient l’agriculture et le soin des troupeaux ; à peu près les mêmes dans ce pays qu'en Europe. Un peu d’argent épargné sur les gages honnêtes qu’ils tecevroient d’abord en travail-* lant pour les autres , les mettroit en état d’acheter un terrein et de commencer leur plantation, aidé de quelque crédit et de la bonne volonté de leurs voisins. Beaucoup de pauvres gens émigrés d’Angleterre , d’Irlande , d’Ecosse et d’Allemagne , sont devenus par ce moyen de riches fermiers , au bout de quelques années y au lieu que dans leurs pays ou toutes les terres sont occupées et le prix du' travail très-bas , ils nauroient jamais pu sortir de l’état d’indigence où ils étoient nés.

La salubrité de l’air, un climat salutaire * l’abondance des provisions , l’encouragement que donne à se marier de bonne heure la certitude de pourvoir par l’agriculture , à la subsistance

de sa famille , sont autant de causes d’une augmentation de population rapide , en An trique; augmentation qu’au roit encore l’afflue e des étrangers. De la vient qu’on y desire to ours un plus grand nombre d’artisans de tous les genres utiles et nécessaires j ahn de fournir à ces cultivateurs , des maisons , des meubles j et les ustensiles les plus grossiers, qu’on ne peut ap-j porter aussi commodément d’Europe. Des ouvriers passables dans tous les arts méchaniques de cette espèce , sont sûrs de trouver de l’emploi et d’être bien payés de leurs ouvrages; aucune loi n’empêchant les étrangers d’exercer l’industrie qu’ils possèdent , et aucune permission ne leur étant nécessaire pour cela. S’ils sont pauvres , ils peuvent commencer comme journaliers ou valets ; et avec de l’économie , de l’industrie et de la sagesse ils deviennent bientôt maîtres,* s’établissent , se marient , élèvent une famille , et deviennent de respectables citoyens.

De même , des personnes qui avec des fortunes ou des capitaux médiocres , ont beaucoup d’en fans à pourvoir , et qui voudroient leur donner de l’industrie et assurer des héritages à leur postérité , trouveront en Amérique beaucoup plus de moyens d’y parvenir qu’en Europe. En Amérique, ils pourront apprendre et pratiquer des arcs méchaniques et lucratifs , sans encourir

(iSj)

lïne dégradation humiliante ; ils n’en seront , au contraire , que plus respectés ; et de petits capitaux placés sur des terres augmentant tous les jours de valeur , par l'accroissement de la population , donneront l’espérance solide de laisser dans la suite à ces enfans des fortunes considérables. Celui qui écrit ceci , conno't plusieurs exemples de vastes terreîns , achetés sur ce qui étoit dans le tems la frontière de Pensylvanie , à raison de dix livres sterling par 100 acres , et qui vingt ans après , lorsque les établissemens s’étoient étendus fort au-delà , se sont vendus couramment , encore incultes j à raison de trois livres sterling l’acre. L’acre américain est le même que celui d’Angleterre ou de Normandie.

Ceux qui veulent connoître l’état du gouvernement en Amérique , feront bien de lire les .Constitutions des différens états , et les articles de confédération qui lient le tout ensemble , pour les objets du bien général , sous la direction d’une assemblée appeliée Congrès. Ces Constitutions ont été imprimées , par ordre du congrès , en Amérique } on en a fait aussi deux édiiions à Londres et on en a publié dernièrement à Paris , une bonne traduction française.

Différens princes de l’Europe ayant dernièrement pensé qu’il leur seroit avantageux de fabriquer dans leurs propres états tous les -objets d©

manufactures, afin d’en diminuer l’importation, ou de la rendre inutile , ont chercher à débauché les ouvriers des autres pays , en leur donnant des salaires plus forts , des privilèges , etc. D’après cela , plusieurs personnes se disant habiles en divers genres des grandes manufactures , ont imaginé qu’on auroit besoin d’elles , en Amérique , et que le congrès seroit disposé à imiter les princes dont nous venons de parler. Elles ont proposé en conséquence de venir s’établir dans ce continent j à condition qu’on payeroit leur passage , qu’on leur donneroit des terres, des salaires fixes et des privilèges exclusifs pour un certain nombre d’années. Ces personnes, en lisant les articles de la confédération , verront que le congrès n’a pas de pouvoirs à cet effet , ni de fonds destinés à cet usage , et que des encouragemens de cette espèce ne peuvent être donnés que par les gouvernemens particuliers de chaque état. Au reste cela s’est fait rarement en Amérique } et alors même , il est encore rare qu’on ait réussi à établir des manufactures , dont le pays n’étoic pas encore préparé à favoriser l’entreprise faite par des particuliers. Le travail y est en général trop cher et les’ ouvriers difficiles à conserver , parce que chacun aspire à devenir maître , et que le bas prix des terres en engage un grand nombre à quitter les métiers pour l’agriculture.

Qaelqnes manufactures ont cependant réussi ét se continuent avec avantage } mais , en général, ce sont celles qui ne demandent que peu de bras, ou celles qui agissent en grande partie par des machines. Les objets qui sont trop volumineux et d’une trop petite valeur , pour supporter les frais du transport , peuvent souvent être fabriques dans le pays à meilleur marché qu’on ne les importe , et les manufactures de ces objets seront avantageuses par-tout où l’on pourra trouver un débit suffisant. Les fermiers en Amérique recueillent, il est vrai , beaucoup de lin et de laine ; on n’en exporte point et tout se fabrique dans le pays, mais ce sont des manufactures domestiques qui travaillent pour chaque ménagé. On a tente plusieurs fois , en différentes provinces s de faire de grands achats de laine et de lin , pour employer des fileurs , des tisserands etc. former de grands établissemens et en tirer des quantités considérables de marchandises de laine et de todes \ mais ces projets ont manqué généralement , les objets de la même valeur s’important à meilleur marché. D’un autre coté, lorsqu’on a sollicite auprès des gouvernemens , pour qu ils encourageassent de pareils projets par des avances , ou par des impositions sur l'importation des marchandises de cette espèce , ces gouvernemens ont généralement refusé j sur ce principe : que si le rems de cette

manufacture étoit arrivé pour le pays „ des particuliers pourroient en former l’entreprise ; que s’il ne l’étoit pas , ce seroit une folie de vouloir forcer la nature. De grands étabiissemens de manufactures j demandent un grand nombre de pauvres qui travaillent pour de petits gages j ces pauvres existent en Europe j mais on ne les trouvera point en Amérique , avant que routes les terres liaient été occupées et cultivées, et que 1 excedant de la population ne pouvant obtenir de terres, n’ait besoin de travail et d’emploi. Les manufactures de soie sont, dit-on , propres à la France , et celles de draps a 1 Angleterre , parce que chacun de ces pays produit en abondance les matières premières respectives. Mais si l’Angleterre veut avoir des manufactures de soie , comme de draps, et la France des manufactures de draps comme de soie, ces opérations contre nature ne peuvent être soutenues que par des prohibitions réciproques , ou par des droits énormes mis par chacun de ces pays sur les marchandises de l’autre. Par ce moyen , les manufacturiers peuvent taxer plus haut le consommateur national , et les salaires plus forts qu’ils reçoivent ne les rendent ni plus riches, ni plus heureux j tout se borne a ce qu ils boivent davantage et travaillent moins. Les gouvernemens de l’Amérique n encouragent point de pareils projets*

Par là , les habitans ne sont taxés ni par le marchand , ni par l’ouvrier. Si le marchand demande un gain trop considérable sur des souliers importés , c’est du cordonnier qu’on les achète; et si celui-ci veut vendre trop cher , on s’adresse alors au marchand. Ainsi les deux professions ’ se tiennent réciproquement en bride. Cependant , tout compensé , le cordonnier fait sur son travail en Amérique , un gain beaucoup plus considérable qu’en Europe. Il peut ajouter à son prix une somme presque équivalente à tous les frais de transport et de commission, de chance et d’assurance , que le marchand doit nécessairement compter à l’acheteur. Il en est de même pour tous les ouvriers dans les autres arts méchaniques. C’est pour cela qu’en Amérique , les artisans , en général , vivent avec plus d’aisance qu’en Europe; et ceux qui sont bons économes”, pourvoient honnêtement aux besoins de leur vieillesse et à l’établissemeut de leurs enfans. Les gens de cette classe pourront donc trouver leur avantage à passer en Amérique. Dans les anciens pays de l’Europe peuplés et civilisés depuis longtems , les professions , les arts , les métiers, les occupations de l’agriculture , sont tellement remplies , qu’il y est difficile à un pauvre homme qui a des enfans , de les placer de manière à gagner , ou à apprendre les moyens de

gagner une subsistance honnête. Les artisans qui craignent de se former des rivaux pour l’avenir , ne veulent prendre des apprentifs qu’à des conditions onéreuses d’avances ou de pension , que les parens sont hors d’état de remplir. Ainsi les jeunes gens ne pouvant apprendre aucun art utile y sont réduits pour vivre , à se faire soldats , valets , ou voleurs. En Amérique l’accroissement rapide de la population éloigne toure idée de rivalité , et les artisans prennent volontiers des appentifs , dans l’espérance , qu’après les avoir formés , ils profiteront de leur travail pendant les autres années de leur service. De cette manière, il est aisé pour les pauvres familles de faire instruire leurs enfaris ; car les artisans désirent tellement d’avoir des apprentifs , que plusieurs donnent même de l’argent aux parens qui veulent leur engager leurs enfans en apprentissage depuis l’âge de dix et de quinze ans jusqu’à vingt et un. Par ce moyen beaucoup de parens pauvres ont pu , à leur arrivée dans le pays , lever assez d’argent pour acheter des terres suffisantes à leur établissement et à l’entretien du reste de leur famille , par les travaux de l’agriculture. Ces contrats d’apprentissage se passent devant un magistrat qui en règle les conditions , suivant la raison et la justice * et ce magistrat , ayant en vue de former pour l’avenir un citoyen utile 3

oblige le maître à s’engager par écrit non seule-» ment à fournir à l’apprentif, le logement , la nourriture , la boisson, le vêtement et le linge, pendant le tems de son service , et à l’expiration de ce te’ms, un habillement complet , mais encore a lui apprendre à lire , à écrire , à compter , et à s’instruire convenablement dans l’art et la profession de son maître , ou dans quelque autre qui puisse lui assurer , dans la suite , une existence et le mettre en état d’élever à son tour une famille. Une copie de cet engagement est remise à l’apprentif ou à ses amis , et le magistrat en tient un regître , auquel on peut avoir recours, en cas que le maître manque à en exécuter quelques conditions. Ce désir des maîtres d’avoir plus de bras à leur service , les engage à payer le passage à des jeunes gens des deux sexes qui s’obligent , àleur arrivée , à les servir pendant un , deux > trois et quatre ans. Ceux qui ont déjà appris quelque mérier s’engagent pour un terme plus court , à raison de leur habileté et de la valeur immédiate de leurs services j et ceux qui ne savent encore rien s’obligent pour un terme plus long , eu égard à l’art qu’on m leur enseigner et que leur pauvreté ne leur eût pas permis d’apprendre dans leur patrie.

La médiocrité presque générale de fortune qui domine en Amérique , obligeant les habitanj

(icjl)

à faire quelque chose pour vivre , les vices qui Baissent de l’oisiveté y sont beaucoup moins connus. L’industrie et l’occupation continuelle sont de grandes conservatrices des mœurs et de la vertu des nations. Ausssi les exemples dangereux pour la jeunesse sont ils plus rares en Amérique ; Considération consolante pour les parens. On peut ajouter à cela avec vérité , que la religion véritable , sous ses diverses dénominations j y est non seulement tolérée , mais respectée et pratiquée. L athéisme est inconnu dans ce pays > l’incrédulité y est rare et secrette ; et les personnes les plus pieuses peuvent y vivre jusqu'à un âge avancé * sans etre jamais scandalisées par la rencontre d’uti athée ou d’un incrédule ; et l’Être suprême semble avoir manifesté son approbation de la tolérance. et de l'humanité réciproque des différentes sectes , par la prospérité remarquable dont il lui a plu de favoriser tout le pays.

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