Renseignements coloniaux et documents
Lorsque le capitaine Voulet, en I8!)6, après avoir dispersé les quelques milliers de cavaliers envoyés par le Morho-Naba pour lui barrer la route, arriva dans Ouagadougou, il dut certainement chercher la « ville ». Des villages épars dans la plaine, à peine plus nombreux que dans les autres parties du populeux pays mossi qu’il venait de parcourir, représentaient aux yeux du chef de 1 expédition française la capitale tant vantée du Morho-Naba.
Alors, en effet, qu’en d’autres régions du Soudan, la crainte de leurs ennemis avait incité les indigènes à se grouper et à chercher une protection derrière des murailles, les Mossi, heureux bénéficiaires d’une paix séculaire, s’étaient dispersés dans les plaines, mus par le seul souci d’être sur leurs terrains de culture. Réunies en hameaux disséminés, ayant le plus souvent un ancêtre commun, les familles serraient leurs petites cases en terre sèche, au toit pointu, couvertes en chaume, autour de la case plus importante du chef de famille; des murettes courant de l une à l’autre enfermaient toutes les habitations de la famille, et, dans la « soukala » ainsi constituée, s’entassaient, dans l’égalité la plus parfaite.
maîtres, serviteurs, chevaux, bétail et tous les volatiles de la basse-cour. Les villages mossi sont formés de ces « soukala » séparées les unes des autres par des champs de culture ou par des emplacements à usage commun.
Ouagadougou était ainsi formé des villages habités par les nombreuses clientèles du Morho- Naba et de ses ministres. Le quartier commerçant était représenté par le village Haoussa où s’entassaient les marchands venus de tous pays pour vendre le sel et acheter des pagnes, du coton, du bétail. A côté, se tenait le marché où, à époques fixes, venaient s’approvisionner les marchands d’esclaves.
Au moment des moissons tout disparaissait dans les hautes tiges de mil et de maïs dont les champs s’étendaient jusqu’au pied des cases. D’étroits sentiers où les cavaliers disparaissaient serpentaient entre les « soukala ».
Les Morho-Naba ne furent pas, ainsi que le pourrait faire croire l’occupation facile de leur empire, de quelconques roitelets nègres : maîtres absolus et vénérés d’une population de plus de 2 millions d’habitants, ils avaient su acquérir un pouvoir respecté dans toute la boucle du Niger. Le peuple mossi vivait paisiblement au milieu de l’anarchie générale voisine, sous l’autorité de ses Nabas, chefs( de villages, de cantons, de provinces, tous soumis étroitement au chef suprême.
Certes, les Nabas ne connaissaient pas délimités à leurs droits, et leur domination était souvent lourde, mais ils avaient intérêt à maintenir la paix et à défendre, contre les intrus, leurs vassaux, source de richesse. On a pu, à juste titre, comparer l’organisation politique et sociale du Mossi à notre moyen âge. La discipline très forte qui pliait chefs et peuple sous l’autorité d’un seul, empêchait les luttes intestines. Enfin les Morho- Naba passaient pour être en possession de fétiches particulièrement redoutables qui tenaient éloignés de leurs territoires les bandes souvent puissantes de pillards ou de conquérants.
Supplément à l 'Afrique Française de janvier 1921.
Le Morho-Naba, chef politique et religieux, vivait au milieu d'une cour nombreuse de ministres, de pages, de griots et d’eunuques. Ses femmes, (il en avait plusieurs centaines) habitaient près de lui ou peuplaient des villages spéciaux disséminés dans les provinces. Une éti-
LE^GOUVERNEMENT A OUAGADOUGOU
quette étroite, compliquée, puérile, réglait tous ses actes et le rendait trop souvent le jouet des plus rusés de ses griots.
Au début, notre occupation se réduisit à une sorte de Protectorat très large. Par la suite, notre politique tendit, tout en laissant leur commandement aux chefs, à donner au peuple une administration moins lourde que celle de ses Nabas.
La création de la colonie de la Haute-Volta et l’installation d’un gouverneur à Ouagadougou ont marqué le début d’une ère nouvelle. Les chefs comprennent que le temps de leur pouvoir absolu, de leurs privilèges de « seigneurs moyenâgeux», est appelé à s’effacer progressivement.
Certes, le maintien de leur autorité et de leur prestige est indispensable et l'administration locale s’attache fermement non seulement à les leur conserver, mais encore à les renforcer, en appuyant toutefois désormais cette autorité et ce prestige sur des principes et avec des moyens mieux appropriés au nouvel ordre de choses établi.
D’eux-mêmes, les grands chefs mossi, d’ailleurs, s’orientent dans une nouvelle voie. C’est parmi eux, en effet, que l’administration trouve les auxiliaires les plus dévoués et les adeptes les plus fervents pour ses tentatives de mise en valeur d'un pays dont l’importance économique avait été jusqu’ici négligée et qui se révélera bientôt considérable.
Dès le début de l’occupation, Ouagadougou devint le chef-lieu de la circonscription militaire, puis celui du cercle quand l’administration civile eut remplacé l’administration militaire.
' Après avoir été tout d’abord enfermées dans un camp fortifié, les habitations européennes se groupèrent entre les villages du Morho-Naba et
du Baloum-Naba et le village Ilaoussa. A quelque distance de là, la mission des Pères Blancs édifiait une église et une école qui devenaient le centre d’un village chrétien.
Lorsque Ouagadougou eut été désigné comme capitale de la nouvelle colonie, tous les Européens qui connaissaient le pays mossi pensèrent que créer un gouvernement était bien, mais que le loger serait peut-être délicat. L’autonomie complète de la nouvelle colonie était lixée au 1er janvier 1920. La population européenne de Ouagadougou allait passer en quelques mois du simple au quadruple. Pour édifier les immeubles indispensables il ne fallait compter que sur les matériaux du pays, autrement dit : briques de terre crue et bois. On ne pouvait recruter qu’une maind’œuvre toujours malhabile, et, en ce qui concerne les spécialistes, maçons et menuisiers, insuffisante. Enfin il fallait faire vite sous peine de voir se détériorer les immeubles inachevés sous les premières pluies de mai et de juin.
Le gouverneur Ilesling arriva le 9 novembre 1919 à Ouagadougou, Le lendemain il faisait la reconnaissance des terrains où devait s’édifier le nouveau centre, et le jour même l’organisation des chantiers commençait.
Le programme pour la saison sèche 1919-1920 comportait la construction d’un premier lot de onze grands bâtiments avec dépendances. Au 30 avril, date fixée pour son achèvement, il était complètement réalisé. 11 avait nécessité la fabrication de 3.500.000 briques, représentant 25.500 mètres cubes de maçonnerie, l’emploi de près de 1.500 poutres de 6 mètres et de plus de 35.000 perches de 3 m. 50. Tous ces bois étaient nécessaires au plafonnage des bâtiments. Pendant près de six mois, 100 maçons et 2.000 manœuvres salariés avaient été employés sur les chantiers. Une scierie, une menuiserie, une forge, existant précédemment au cercle, avaient reçu un important développement pour la fabrication des outils nécessaires aux terrassiers et
LE MORHO-NABA ET SA SUITE
maçons et les meubles indispensables aux nouveaux arrivants. Sauf quelques articles spéciaux de quincaillerie, de la literie, ainsi que le mobilier de l’hôtel du gouverneur expédié de France, l’équipement des immeubles 'et l’ameublement furent fabriqués sur place.
RENSEIGNEMENTS COLONIADX
Les photographies ci-contre montrent ce que l'ingéniosité et une bonne organisation peuvent produire au Soudan avec les seuls matériaux du pays. Les immeubles sont au rez-de-chaussée surélevé. Ceux du type courant comprennent quatre pièces avec un hall central; les dimensions