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MAISON D’HABITATION I)U NOUVEAU CENTRE DE OUAGADOUGOU

des pièces sont de 5 mètres à 6 mètres avec une hauteur de plafond de 5 mètres, véranda circulaire de 3 m. 30. Aux ailes, deux petits bâtiments accolés contiennent les dépendances. La cuisine et les logements de la domesticité ont été placés à l’extérieur. Les toitures sont en terrasse. En l’absence de chaux ou de ciment elles ont été faites en argile damée, suivant la méthode mossi très remarquable, qui fournil une étanchéité presque absolue. Le sol des pièces est fait de la même matière sur laquelle a été répandue une décoction d’écorce de « néré ». On a obtenu ainsi un enduit qui, neuf, imite le ciment. La protection des murs en briques crues contre la pluie est obtenue par un enduit d’invention indigène. A l’intérieur les pièces sont blanchies au kaolin avec soubassement de couleur.

Malgré la rapidité avec laquelle il fallut décider de l’emplacement du nouveau centre , il semble bien, maintenant que les bâtiments achevés et le tracé des avenues donnent à l’ensemble son véritable caractère, que le choix de l’emplacement fut des plus heureux. Tout en voyant grand on n’est pas tombé dans le défaut commun à d’autres chefs-lieux : la division en ville administrative, militaire et commerciale. La ville de Ouagadougou mesure à peu près 3 kilomètres d’est en ouest, dont la moitié environ, — la nouvelle ville, — est sur un plateau de faible élévation ; un kilomètre sépare le groupe des nouveaux immeubles de l’ancien Ouagadougou. Bientôt la construction d’un second lot de 15 bâtiments pour les services et les logements ainsi que les écoles des divers degrés, l’installation d’un nouveau marché, le lotissement des terrains en bordure de la large avenue qui, prolongeant l’avenue du Gouvernement, doit joindre les deux agglomérations, 'édification de comptoirs commer-

ciaux, la création d’un jardin public avec terrains de sport à ses abords, donneront à Ouagadougou une physionomie que l’on chercherait vainement dans d’autres chefs-lieux.

Limitée au Nord, à environ 1 km. 1/2, par une dépression dans laquelle coule un marigot en hivernage, la ville aura vers le Sud, sur le plateau, des possibilités infinies de développement. Son alimentation en eau est assurée à la fois par des puits d’une profondeur de 10 à 20 mètres et par des barrages situés à une distance moyenne de 3 à 4 kilomètres qui forment autant de réservoirs pendant la saison des pluies, pour les besoins de la saison sèche.

Ouagadougou est appelé par sa situation à devenir le grand marché de la Haute Volta. Marché déjà important avant notre occupation, il devient de plus en plus le centre du commerce indigène où se rencontrent tous les marchands venus du Sud avec leurs charges de pacotille européenne et de kolas, et ceux ^venus du Nord avec leur sel et leur bétail. Un réseau de routes praticables actuellement pour les automobiles pendant les deux tiers de l’année met le nouveau chef-lieu en communication avec Bamako et la Côte-d’Ivoire d’une part; avec le Togo et le Dahomey d’autre part. D’autres routes, aussi praticables, réunissent à Ouagadougou tous les chefs lieux de cercle de la colonie ainsi que les subdivisions du Mossi. Quelques ponts à refaire, et les camions légers ou demi-lourds pourront en cinq jours aller à Bouaké, le terminus provisoire du railway de la Côted'Ivoire, ou à Atakpamé, terminus du chemin de fer du Togo. Ouagadougou, centre de la colonie, apparaît donc par son importance économique, indépendamment de sa situation politique, comme l’aboutissement du futur chemin de fer du Mossi. Il est, chose à noter, en Afrique Occidentale Française, le seul chef-lieu de colonie vraiment central, dont aucun chef-lieu de cercle, malgré l’étendue de la colonie, n’est éloigné à plus de deux journées d’automobile.

UNE RUE A OUAGADOUGOU

Au point de vue du climat et de la température, la capitale de la Haute-Volta est favorisée. Une saison sèche de sept mois environ, allant du 15 octobre- 1er novembre au jl 5 mai-11'1' juin, est marquée, pendant les trois ;ou quatre premiers mois, par une température très douce, même

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

fraîche à certains moments, dont la moyenne est de 23° à 24°. En mars, avril et mai, jusqu’aux premières pluies souffle par intermittence le vent chaud mais sec du Nord-Ouest et les maxima atteignent 40°, mais les nuits sont toujours bonnes. Dès l’établissement de l’hivernage, les pluies rafraîchissent l’atmosphère en y introduisant un peu d’humidité ; le thermomètre varie entre 21°, 22° et 30°.

Le séjour de Ouagadougou est favorable aux Européens même en famille, et les enfants euxmêmes s’y portent très bien ; ils y naissent et s’y élèvent dans de bonnes conditions.

La facilité de la vie matérielle y est, d'ailleurs, un élément de bonne santé et d’agrément. Les produits locaux sont variés et abondants : lait et beurre frais, œufs et volailles, viande de boucherie, légumes d’Europe et fruits que l’aménagement de nouveaux potagers et vergers va multiplier, gibier de diverses espèces, — tous ces produits frais qui, parfois, font si souvent défaut dans les zones tropicales, se trouvent avec facilité à Ouagadougou.

La population européenne de Ouagadougou, civile , militaire , missionnaires et religieuses compris, est actuellement de 75 personnes dont 17 femmes et enfants. Sa population indigène est de 8.000 habitants environ.

La création de la Ilaute-Volta a été diversement accueillie dans le monde colonial et les opinions qui lui étaient contraires, basées principalement sur des questions de pur intérêt, ne se sont pas fait faute de se manifester parfois avec beaucoup de parti pris et d’une façon tout à fait injustifiée. Après avoir énuméré complaisamment toutes les difficultés que la nouvelle colonie allait trouver dans son berceau, les sceptiques ou les intéressés — tous experts — prédisaient sa fin à brève échéance. Malgré la crise du personnel, la machine s’est cependant mise en marche au jour dit, et les premiers grincements des roulements tout neufs n’ont fait qu’exciter davantage la volonté de ses conducteurs.

L’activité est d’ailleurs contagieuse; à son exemple, d’autres activités et d’autres volontés dnt surgi. Le commerce qui, jusqu’à ces derniers temps, arrêté qu’il était par certains obstacles, hésitait encore pour l’établissement de ses succursales, se prépare pour la campagne prochaine. Une des principales sociétés de l’Afrique occidentale annonce l'installation à Ouagadougou d’une usine pour le traitement du coton et la création d’une entreprise agricole correspondante importante. Des barrages, des réservoirs d’eau à la construction desquels le gouvernement veille particulièrement, permettront en maints endroits les cultures intensives, du coton notamment. Toute la Haute-Volta produit ou peut produire du coton, elle doit en exporter et en exportera des milliers de tonnes quand l’évacuation économique et facile en sera assurée. Le mil, le riz, le maïs, les arachides, le beurre de karité, le tabac,

le bétail, les peaux, fourniront également des éléments de plus en plus importants pour l’exportation. Les indigènes, fortement poussés avarier et à étendre leurs cultures, ne connaîtront plus, espérons-le, ces disettes qui parfois ont sévi dans certaines parties du pays. Des spécialistes leur apprendront la culture et la préparation des plantes industrielles comme la canne à sucre et le tabac; d’autres, le traitement des peaux dont actuellement la plu6 grande partie est, par ignorance, perdue pour le commerce.

Ce pays aux produits si divers et à la population si dense, ce qui en assure la prospérité, peut économiquement acquérir un développement exceptionnel. Il s’y prépare en attendant l’arrivée du rail à sa capitale, Ouagadougou, qui, dans son excellente situation centrale, est appelée à devenir elle-même un des centres les plus importants de notre empire Ouest-Africain.

LE TIBESTI D’HIER

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