‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 116 sur 149 · I. — Historique des explorations · texte numérisé non relu

I. — Historique des explorations

Tandis que le Sahara Central attirait une foule d’explorateurs, le Sahara .Occidental fut presque complètement délaissé. Les dunes y sont-elles plus mouvantes, les montagnes plus âpres, la nature plus hostile et les hommes plus inhospitaliers? Il est certain que le désert y est d’aspect peu engageant et qu’aucune tribu n’y est établie à demeure, comme les Touaregs au Hoggar. C’est à peine si certains groupements indigènes (Berabers, Ouled Delim, Reguibats) viennent y nomadiser quand une pluie accidentelle a permis à la végétation herbacée de se développer. Les explorations européennes y furent donc très rares et nous les aurons vite passées en revue (1) .

Il semble que le premier Européen qui pénétra

(1) Dans ce qui suit, il ne s'agit que du Sahara Occidental proprement dit, limité au Nord par je Sud-Marocain, à l’Est par la vallée de la Saoura et le Tanezronft, au Sud par la Meraïa et les lisières septentrionales du Tagant et de l'Adrar, à l’Ouest par l'Océan Atlantique.

dans le désert occidental fut le matelot français Imbert, vers l’an 1630. Et c’était bien malgré lui. Le malheureux, après un naufrage, fut fait prisonnier par les tribus de la côte et emmené en esclavage à travers le Sahara. C’est ainsi qu’il visita Tombouctou. Il put donner de ses nouvelles en Europe, mais ne recouvra jamais la liberté.

Le premier explorateur véritable fut le Français René Caillié, qui, parti du Sénégal, atteignit Tombouctou et entreprit, en 1828, la traversée du désert avec une caravane marocaine. Il passa par Araouane, près de Taoudeni, puis suivit une ligne de points d’eau qu’il est actuellement impossible d’identifier, sauf un seul (Guédihate, dans l’Iguidi). Il atteignit ainsi le Dra, le Tafilalet et le Maroc. Ce fut donc un voyage très important. Malheureusement, les conditions d’existence furent telles que René Caillié ne put faire aucune observation géographique sérieuse. Il n’avait d’ailleurs pas la préparation nécessaire et son récit, qui nous tient au courant des plus menus incidents du voyage, n’a pas grande valeur. Son exploration est un bel acte d’énergie, rien de plus.

Après lui, vint l’Anglais Davidson (1836). 11 partit du Sud marocain, franchit l’Oued Dra et pénétra dans les dunes de l’Iguidi. On n’entendit plus parler de lui. — Des renseignements recueillis ultérieurement au Maroc ont appris qu’il fut assassiné par un groupe d’Arib, à l’instigation des gens du Tafilalet, en un point situé dans le voisinage de l’Oued Sous (Sahara) et nommé Souékeya (?). — D’après la position indiquée et le nom du point d’eau, je crois que le lieu du drame peut être identifié avec Cheikria, où j’ai passé au cours de mon voyage. C’est un point d’eau, actuellement comblé, où l’on voit les ruines d’une case portant l’inscription arabe: Dar Mouley Cheirk.

En 1850, le mulâtre Léopold Panet entreprit la traversée du Sahara Occidental, de Saint-Louis à Alger. Les circonstances modifièrent singulièrement ce projet. Panet, qui se faisait passer pour chrétien converti àl’islamisme, gagna Chinnguêti, gros Ksar de l’Adrar, mais ne put trouver aucune occasion de continuer son voyage par le Hank et l’Iguidi. Tl dut marcher vers le Maroc, passa à

Supplément à V Afrique Françaire d’octobre 1921.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Zemmour, où il fut assomme et laisse pour mort par ses compagnons de voyage, et eut les plus grandes difficultés à atteindre l’Oued Dra et Agadir. Sa carte ( Revue coloniale de novembre 1850) est un schéma sans valeur.

En 1860, un officier français, Vincent, fit un voyage dans le nord de la Mauritanie, mais ne put pénétrer dans le Sahara proprement dit.

En 1864, l’Allemand Gerhard Rohlfs, parti de Tanger, suivit la vallée de la Saoura et gagna Tripoli. Il ne pénétra donc pas dans le Sahara Occidental.

En 1880, T Autrichien Oskar Lenz fit un important voyage. Parti du Maroc, il visita l’oasis de Tindouf, puis arriva aux dunes de lTguidi. Il suivit alors, mais en sens inverse, la même piste de caravane que René Caillié, et atteignit Tombouctou. Le récit de son voyage, très détaillé, est fort intéressant. Malheureusement, la carte jointe au récit n’a aucune valeur.

En 1887, le Français Camille Louis, déguisé en musulman, se fit débarquer seul sur la côte occidentale d’Afrique, au cap Garnet. Il tomba entre les mains des Ouled Delirn, qui le réduisirent d’abord en esclavage, puis consentirent à le reconnaître pour musulman. En compagnie de ces dangereux compagnons, il alla dans l’Est jusqu’aux dunes de l’Iguidi, puis au Zemmour, et regagna la côte qu’il suivit du cap Bojador au cap Juby. — Il se rendit ensuite, toujours avec les campements nomades, à l’oasis de Tindouf, et revint à la côte, où il réussit à quitter les Ouled Delirn pour se réfugier au Maroc. — Il y fut emprisonné, puis rendu à la liberté. — En 1888-89, Douls entreprit un nouveau voyage au Sahara et, par la vallée de la Saoura, gagna le Tidikelt, où il fut étranglé par ses compagnons de route. — On ne peut qu’admirer le courage de ce jeune voyageur (il avait 25 ans) qui se trouva malheureusement dans des conditions trop précaires pour faire une carte. Par contre, il rapporta de très utiles renseignements sur les tribus nomades du Sahara Occidental ( Bulletin de la Société de Géographie, 1888) .

Les années suivantes, plusieurs autres voyageurs essayèrent de traverser le Sahara Occidental en partant du Sénégal. Ce sont Léon Eabert (1892), Gaston Donnet (1894) et surtout Paul Blanchet (1900), dont on voit encore la maison à Atar. — Aucun ne réussit à dépasser l’Adrar mauritanien.

En somme, malgré le courage déployé, le Sahara Occidental était à peu près complètement inconnu au début du xxe siècle.

L’occupation française de la région de Tombouctou (1894) , des oasis de la Saoura et du Touat (1900) et de l’Adrar mauritanien (1909) permit enfin d’entreprendre, sous une protection militaire, des reconnaissances méthodiquement progressives et partant de trois régions différentes : Soudan, Algérie et Mauritanie. Quoique la partie géographique ait été souvent un peu négligée, les résultats furent importants.

Du côté algérien, les principales reconnaissances de méharistes furent les suivantes : Capitaine Flye Sainte-Marie, dans lTguidi (1904-1905), commandant Laperrine, de Taoudeni au Touat à travers l’Erg Chec-h (1906), capitaine Cancel, dans le nord de lTguidi (1909-1910), lieutenant Bretzner dans l’Ouahila (1911) , capitaine Charlet dans l’Erg Checli (1912) , capitaine Martin dans lTguidi et vers le Dra (1913 et 1914) , capitaine Mougin dans l’Erg Chec-h et lTguidi (1913-1914), capitaine Vincent, à Chenachane (1913) et à Taoudeni (1917) , capitaine Augiéras dans l’Erg Chech, les Eglab et lTguidi (1913-1917) et sur le plateau du Dra (1920).

Du côté mauritanien, les progrès furent beaucoup moins sensibles, de véritables formations méharistes n’existant pas dans la colonie, et les reconnaissances ne s’éloignèrent guère de l’Adrar. — Cependant, quelques-unes sont à signaler: capitaine Dupertuis à Tourine (1909), lieutenant Schmitt au nord de la Ivœdia d’Idjil (1911), colonel Patey, à Tichite (1911), lieutenant Petit, dans la Makteir (1912), capitaine Aubert, dans l’Aouker (1912), commandant Mouret, qui atteint Smara dans la Seguiet el Hamra (1913), lieutenant Bernard, à Zreïgat, dans le nord-est de l’Adrar (1920) .

Du côté soudanais, quelques reconnaissances sont parties de la région de Tombouctou en direction du Nord et du Nord-Ouest, et n’ont guère pénétré dans le Sahara Occidental proprement dit. — Ce sont : le capitaine Cauvin, à Taoudeni (1904), le capitaine Grosdemangfe, à Achourat (1909), le capitaine Gagin, d’Araouane à El Kseib Ounane (1910) , le commandant Gadel, même voyage (1911), le colonel Roulet, à Oualata (1911), et, tout récemment, le capitaine Fevez, de Oualata à El ïvseib Ounane (1921) .

Si on joint les points extrêmes atteints par les Algériens, les Mauritaniens et les Soudanais, on voit quel vide énorme séparait encore les différentes colonies à la fin de 1920, surtout du côté de la Mauritanie.

Tel était l’état de la question, lorsque je proposais officiellement la jonction Algérie-Mauritanie (1).

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