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AU SOUDAN

La question de la mise en valeur du Niger est à l'ordre du jour et le voyage du ministre des Colonies en Afrique occidentale lui donne encore plus d'actualité.

Le Comité du Niger (1) qui s'est fondé pour faire connaître l importance nationale de la question et qui va intensifier sa propagande à cet effet expose ci-après les données du problème . Nous le remercions de cette documentation précise et de la carte hors texte qui l'accompagne.

Chargé par ie Gouvernement de l’Afrique Occidentale française d’étudier la possibilité hydraulique que présente la vallée du Niger, M. l’ingénieur Bélime a fourni une magistrale étude G) qui nous offre les données suffisantes pour établir un aménagement rationnel des plaines soudanaises.

Les canaux de Ségou, de Nyamina et de Sansanding, proposés par M. Bélime, nous permettraient, dans un court espace de temps, de créer dans la grande vallée nigérienne un immjense champ cotonnier de plus de 1.300.000 hectares. Lue rapide étude en fera nettement apparaître toute l’importance.

Le Soudan nigérien au point de vue des irrigations. — En ce qui concerne les irrigations, la vallée du Niger n’oft're d’intérêt qu’au delà de 1 isohvète de 1.000 m/m, dans les régions où les pluies assez atténuées pour ne pas compromettre par leur violence les travaux agricoles, sont déjà trop irrégulières pour suffire aux cultures sans arrosages artificiels. La zone favorable aux travaux d’ hydraulique agricole commencerait ainsi, sur le Niger, dans les parages de Bamako, sur le Bani, au confluent du Banifing, et s’étendrait jusqu'aux territoires de la boucle. Entre ces limites, les plaines du Soudan nigérien, alluvions anciennes ou récentes, sont enfermées dans une ceinture de montagnes et de sable.

Au nord, un contrefort détaché du Fouta-Djallou vient finir aux abords de Sansanding., il est séparé des coteaux de Sumpi par les dunes du Sahel qui, sur plus de 400 kilomètres, forment la frontière du Soudan et du Sahara. Un contrefort central entre le Niger et le Bani s’arrête près de Barouéli. Au sud, les collines, après s’être insinuées en chaînons secondaires entre les affluents du Bani, longent la rive droite de cette rivière et vont se souder au plateau central de

' (1) A Paris, 4, avenue de l’Opéra. M. de Monzie, sénateur, président; M. le général Héio, secrétaire général.

(2) Les Irrigations de la Vallée du Niger. Mission Bélime. Brochure publiée par les soins du Gouvernement de l'A. O. P.

BULLETIN DU COMITE

Bandiagara, dont les falaises s’opposent à la progression des sables du Sahel Oriental.

Hydrographie. — Le Soudan nigérien est traversé du sud-ouest au nord-est par le > Niger et son grand affluent, le Bani. Dans leurs hautsbassins, ces deux cours d’eau circulent dans des vallées d'abord étroites, puis s’épanouissent dans leurs cours moyen en terrasses plus ou moins déclives quand ces fleuves émergent des montagnes qui leur ont donné naissance. Niger et Bani forment dès avant leur jonction un véritable delta aux bras multiples réunissant les thalwegs principaux ou cheminant vers une immense région lacustre qui est leur exutoire commun et dont le lac Débo n'est que la cuvette principale. Cette région lacustre, inextricable lacis de marigots, d’étangs et de marécages, mesure en longueur 300 kilomètres, en largeur près de 200 kilomètres. Elle finit aux abords de Tombouctou. Au delà, le Niger entre dans une contrée désertique. Bordé de rochers et de dunes stériles il décrit une immense boucle, puis redescend vers le sud et va se jeter dans le golfe du Bénin, en Nigéria anglaise.

Crue du Niger. — Comme la plupart des fleuves tropicaux placés sous le régime des moussons, le Niger a, dans son cours supérieur et moyen, une grande crue annuelle qui commence quelques semaines après le début de l’hivernage. En amont du lac Débo, les eaux atteignent leur niveau maximum vers le 1er octobre. Dans la région lacustre, dont l’influence régulatrice et retardatrice sur cette grande onde périodique est considérable, Je maximum a lieu en fin décembre. Sur son cours inférieur, où s’accusent des pluviosités croissantes à mesure que l’on s’approche de la mer, il se forme une nouvelle onde de crue à laquelle vient s’ajouter, sans se confondre, l’onde issue du bassin supérieur. 11 en résulte un régime caractéristique du Niger qui, fleuve à crue unique dans les parties haute et moyenne de son cours, devient un fleuve à double crue annuelle dans sa partie inférieure.

Inondations. — Les crues du Niger provoquent dans les régions deltaïque et lacustre de son cours moyen, de vastes inondations. Aux abords du lac Débo, les eaux s’étalent sur près de 100 kilomètres. Elles remplissent, à l’aval de cette dépression, de nombreux lacs périphériques dont la plupart, à la décrue, se reversent au Niger. Toute cette région forme un vaste bassin infiniment plat qui se remplit tant que le Niger et le Bani lui apportent de l’eau et se vide ensuite graduellement, autant par évaporation et infiltration que par ses émissions dans le Niger inférieur.

Le Soudan nigérien, aussi favorisé par la nature que l’Egypte et la Mésopotamie, est resté, à l’inverse de ces contrées, sauvage, inorganisé. Jusqu’à aujourd’hui, l’homme n’y a nulle part tenté, par l’association de la terre et de l’eau, l’effort nécessaire à la production de cette richesse agricole qui, dans l’antiquité, avait rendu célèbres les rives du Nil et de l’Euphrate.

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