E L’AFRIQUE FRANÇAISE
Possibilités d'irrigations. — Cependant, le champ d’application de l’hydraulique agricole est immense. Les alluvions des plaines en terrasse, au pied des contreforts foutaniens, peuvent être irriguées par le Niger, capté dans sa vallée, dont la pente est suffisante pour de tels travaux, selon les exemples nombreux que nous ont donnés les. Anglais dans l’Inde, où ils ont détourné les eaux des affluents subhymalayens de l 'Indus pour les conduire sur les Doabs du Pundjab étalés à la base des monts Sivalik.
Le delta nigérien est aussi propice à l’irrigation que le delta du Nil ou ceux d’Orissa et du Coromandel, dans l’Inde, du Fleuve Rouge au Tonkin. 11 suffira d’y exécuter les endiguements nécessaires pour la protection des terres contre les inondations.
Enfin, on peut profiter des accidents heureux de la région lacustre et aménager par exemple la chaîne des lacs Télé-Faguibine et Daouna de la même manière que la province du Favoum en Egypte, mais pour des cultures d’hiver seulement.
Les systèmes d’irrigation qu’il est possible d’établir sont à classer en deux programmes.
En premier lieu, les travaux que notre expérience actuelle du pays permettra d’entreprendre dès que les études préalables en seront faites. Le deuxième lot comporterait tous les projets dont les dispositions sont subordonnées à une connaissance plus approfondie des conditions locales ou aux répercussions sur le régime des fleuves des premiers aménagements réalisés.
Cultures irriguées. — Les terrains alluvionnaires susceptibles d’être irrigués ont une superficie considérable probablement supérieure à 2 millions d’hectares. Or, dans la vallée du Niger, l’activité agricole est limitée aux cultures sèches ou en terrain d’inondation pour lesquelles on n’utilise qu’une portion infime du sol disponible. L’utilité de grands travaux d’hydraulique agricole ne devient manifeste que s’il est possible de produire des matières premières en exportation, celles notamment que nous demandons aujourd’hui à l’étranger. Il en est ainsi du coton, du jute, du tabac, du riz, etc.
Culture du cotonnier. — Le cotonnier est cultivé dans tout le Soudan nigérien, mais, végétant avec le seul secours des pluies locales irrégulières et de courte durée, il donne des produits de qualité inférieure dont notre industrie textile ne peut se satisfaire. Pour permettre la culture des variétés égyptiennes et américaines, il faudrait que les pluies fussent régularisées et prolongées au moyen de l’irrigation.
Il importe donc, si l’on veut introduire et développer dans le pays la culture de ces variétés de coton à fibres moyennes et longues, que l’cn puisse prélever aux fleuves, pendant toute la période d’irrigation de cette récolte (juin-janvier), l’eau nécessaire aux arrosages, notamment après le mois d’octobre, lorsque les pluies auront cessé.
Par une circonstance heureuse, il se trouve que la crue du Niger concorde avec la période de cul-
tnre cotonnière. Pendant 200 jours en moyenne (juin-janvier), le Niger débite plus de 400 mètres cubes à la seconde. Si l’on se rapporte, en ce qui concerne 1 intensité des arrosages, aux chiffres constatés en Haute-Egypte, dont le climat est comparable à celui du Soudan, il résulte que le Niger est susceptible de fournir l’irrigation à un champ cotonnier d’une superficie de 400.000 à
500.000 hectares. Avec un assolement triennal c’est 1.200.000 à 1.300.000 hectares que l’on pourrait aménager, c’est-à-dire très sensiblement l’étendue des terres commandées par le premier programme de travaux dont il a été question ci-dessus, programme qui comprendrait :
Programme des travaux. — 1° L’irrigation des terrains d’alluvions anciennes, à droite et à gauche du Niger, entre Bamako et la zone inondée du Delta.
2° L’irrigation de la rive gauche du Niger, dans le delta, après endiguement du fleuve
De là trois systèmes d’irrigation :
1° Le canal de Ségou, destiné à l’irrigation du Guénie-Kalari, du Kéléné et du Kaminiandougou , sur la rive droite du fleuve ; surface irrigable évaluée à 750.000 hectares.
2° Le canal de Nyamina, sur la rive gauche, irriguant ‘250.000 hectares.
3° Le canal de Sansanding, qui arroserait le Macina, 300.000 hectares dans le delta nigérien.
Canal de Ségou. — Le canal de Ségou a seul fait l’objet d’une première étude qui a conduit à l’établissement d’un avant-projet dont voici la description sommaire :
Le canal de Ségou a pour but d’assurer à l’aide de l’eau du Niger, l’irrigation des terres comprises entre ce fleuve et le Bani, à partir des environs de Bamako jusqu’aux confins des régions périodiquement inondées. Ce système d’irrigation est appelé à développer dans ces régions la culture des variétés de coton de qualité équivalente aux produits importés d’Amérique ou d’Egypte pour nos filatures. Les surfaces aménageables sont évaluées à
750.000 hectares. Le débit maximum du canal atteindra 250 mètres cubes par seconde.
La prise d’eau sera placée en tête des rapides de Sotuba, à 7 kilomètres à l’aval de Bamako. En ce point, sur le barrage rocheux qui traverse le Niger, sera édifié un ouvrage régulateur composé d’un mur surmonté de vannes levantes dont la fonction est de permettre l’évacuation des grandes crues.
Les eaux relevées de 5 mètres au-dessus de leur étiage ordinaire, sont introduites dans le canal par des pertuis latéraux disposés de manière à interdire l’entrée des sables dans la dérivation.
Le canal de Ségou, dès l’aval des rapides de Sotuba commencera à irriguer les premières terres. C’est la chute brusque de la vallée en cet endroit qui rend possible cette immédiate utilisation. Après avoir longé les hauteurs qui bordent la rive droite, le canal, près du village de N’gagnalé, se rapprochera du Niger à moins de 2 kilomètres.
Usine hydroélectrique de N’gagnalé. — Aux abords de ce village situé au delà des grands rapides du Kénié, la dénivellation entre le canal et
le fleuve atteindra, suivant les saisons, 16 à 18 mètres. On a prévu à cet emplacement la création d'une usine hydroélectrique qui sous cette chute et un débit de 50 à 60 mètres cubes par seconde, pourra fournir de 9.000 à 10.000 chevaux-vapeur. Cette installation a été évaluée à 17.500.000 fr.
A la traversée de la vallée de la Faya, sera édifié un réservoir compensateur destiné au renforcement de l’alimentation hydraulique de cette usine pendant la période d’étiage du Niger. En aval de cet ouvrage, le canal suit la vallée à flanc de coteau, à une distance du fleuve de 2 à 8 kilomètres.
Près du village de Tierkala, il commence à s’en écarter peu à peu et gagne aux environs de Soïa, sur la route de Barouéli à Ségou, la ligne de partage des eaux entre Niger et Bani. Il se divise alors en un certain nombre de branches circulant sur une immense plaine longue de 200 kilomètres, large de 40 à 80 kilomètres.
La surface totale commandée est de 1.400.000 hectares sur lesquels 750.000 hectares pourraient être irrigués.
Ce système d’irrigation comporte un ensemble d’ouvrages: aqueducs, syphons, déversoirs, régulateurs, ponts, passerelles, etc..., dans le détail duquel il est inutile d’entrer. 11 a été prévu, en outre, tout un système de canaux de drainage, de bâtiments pour le personnel, des magasins, des ateliers, enfin un réseau télégraphique reliant entre eux les principaux régulateurs qui assurent la répartition des contingents d’arrosage entre les artères de la distribution.
Les frais d’études et de construction du canal de Ségou ont été évalués à 262.000.000 de francs, qui seraient dépensés en quinze années de travaux environ, période nécessaire pour le complet achèvement de l’entreprise.
Conclusion. — Le très remarquable projet établi par M. l’ingénieur Bélime montre que nous pouvons en peu d’années, au prix d’un effort sérieux mais sûrement productif, créer, chez nous, au centre de nos possessions africaines la solution de l’angoissante question de notre approvisionnement en fibre de coton.
D’autre part, les nombreuses expériences faites au Soudan, par ordre du Gouvernement ou suivant les initiatives de la Société cotonnière coloniale, ont très nettement établi que:
1? Les plants de coton indigènes, malgré les nombreuses tentatives d’amélioration sont incapables de fournir autre chose qu’un coton grossier, court, inutilisable par la grande industrie, ne pouvant trouver acheteur sur aucun marché européen.
2° Toutes les tentatives faites pour la recherche d’une production lucrative sont restées sans résultats satisfaisants tant qu’on a voulu se contenter des cultures sèches utilisant seulement les pluies de l’hivernage et ainsi privées des copieux arrosages indispensables dans la dernière période culturale.
3° Tous les essais d’acclimatation des espèces américaines ou égyptiennes sont restés infructueux en culture dite sèche. Les champs de coton
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
les mieux préparés, les plus soignés ont eu leurs récoltes mises à néant ou rendues milles par le fatal retour, au mois d’octobre, d’une saison brûlante et sans eau.
4° 11 est sûrement possible d’obtenir dans la vallée du Niger, en cultures méthodiquement irriguées, des cotons comparables aux plus belles variétés connues, Sakallaridis ou autres, et d’obtenir des récoltes largement rémunératrices à la condition expresse de ne les demander qu’à la culture intensive irriguée.
Aujourd’hui il est admis sans conteste que le Cambodge, l’Algérie, le Sénégal et nos autres colonies peuvent nous fournir un tonnage intéressant de coton brut ; mais le Soudan seul peut nous donner des récoltes de l’ordre de grandeur de nos impérieux besoins.
Les productions de l’Indochine, susceptibles de devenir importantes, seront toujours totalement absorbées par le Japon, l’Inde ou la Chine et ne prendront jamais la route de nos ports métropolitains. Les productions de nos autres colonies n’atteindront jamais qu’un chiffre infime au renard des nécessités de notre industrie cotonnière.
Seules les immenses plaines de la vallée du Niger peuvent nous fournir la fibre indispensable aux 9 millions de broches de nos filatures nationales.
Il est grand temps que l’opinion publique, le Parlement et le Gouvernement apportent à cette très grave question toute l’attention qu’elle mérite.
Général Hélo,
Secrétaire général du Comité du Niger,
Où en est le Problème?