‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 12 sur 149 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ayant reçu de MM. les ministres des Affaires étrangères et des Colonies la mission de procéder à une étude de la situation économique de la Tripolitaine et de l’orientation de la politique italienne dans ce pays limitrophe de l’Afrique du Nord française, je me suis efforcé de réunir les éléments essentiels de cette enquête au cours d’un séjour à Tripoli et sur la côte, grâce à la haute recommandation qu’a bien voulu m’accorder à Rome S. Exc. Luigi Rossi, ministre des Colonies, auprès de S. Exc. Luigi Mercatelli, gouverneur de la Tripolitaine, dont le bienveillant accueil a dépassé toutes mes espérances. Je ne saurais oublier non plus l’aimable concours que m’a prêté en ces circonstances M. Arthur Guy, notre éminent consul, ni le cordial empressement que le distingué secrétaire général du gouvernement, l’avocat Guglielmo Ciamarra, a montré à me documenter, à m’introduire auprès des

chefs desr différents services et à faciliter mon voyage à Zuara, où le colonel Mezzetti m'a réservé une flatteuse réception ; de leur côté, nos honorables confrères de Tripoli, en particulier de la Nuova Italia , ont mis la plus parfaite complaisance à répondre à mes nombreuses questions. Des rapports officiels et articles de presse m’ont permis de compléter cette documentation que j’ai voulu tenir à jour — puisqu’il s’agit d’un problèmed’une brûlante actualité — jusqu’au moment de la mise en pages du présent rapport.

Etant arrivé à Tripoli au début de septembre 1920, peu de jours après l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement, je ne pouvais évidemment pas prétendre formuler immédiatement sur sa politique un jugement autorisé; il m’était d’autant plus difficile de me prononcer sur ce point que les diverses personnes interrogées émettaient des opinions d’une divergence bien faite pour dérouter un publiciste étranger. Mais ayant eu la bonne fortune de parcourir l’Italie, à l’aller et au retour, à un moment particulièrement décisif de l’importante évolution sociale traversée par la nation, j’ai pu éclaircir par d’autres échanges de vues et de nombreuses lectures ce qui, dans mes impressions de Tripolitaine, était demeuré obscur.

Désiraut avant tout faire œuvre impartiale, j’ai cru devoir tenir compte, dans ce travail, des opinions autorisées que j’ai entendues ou lues, qu’elles fussent favorables ou contraires à la politique coloniale actuelle de l’Italie. Pour pouvoir, malgré ces contradictions, tirer de cet examen des conclusions personnelles, j’ai essayé, autant que possible, de ne pas me laisser influencer par nos conceptions coloniales françaises, afin de porter, sur des méthodes très différentes des nôtres, un jugement absolument libre d’idées préconçues.

La division du présent travail ressort touf naturellement de l’objet de la mission qui m’a été confiée. La première partie est consacrée à l’étude des ressources naturelles de la Tripolitaine et de son outillage économique, la seconde partie à l’examen de la politique indigène suivie par l’Italie dans sa colonie et de ses répercussions.

Supplément à V Afrique Française de février 1921.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

L'enquête dont on va lire les résultats a porté non pas sur l’ensemble de la Libye, mais sur la Tripolitaine seule, les circonstances ne m'ayant pas permis de me rendre en Cyrénaïque. A ce propos, il n’est pas inutile de rappeler que les deux pays composant la Libye italienne constituent, au point de vue administratif, deux gouvernements absolument distincts et sans rapports l’un avec l’autre. En fait, ils sont infiniment plus séparés par l’immense région désertique, inhabitée et infranchissable de la Syrte, que par la mer qui est leur seul moyen de communication ; mais même leurs relations maritimes directes sont si précaires et espacées, que la route la plus rapide pour se rendre de Tripoli à Bengasi passe... par Syracuse.

Cependant Ja Tripolitaine et la Cyrénaïque ont, au point de vue de la production agricole, à côté de quelques différences importantes, qui rendent la seconde plus propre que la première à la colonisation européenne, beaucoup de points communs, et si au point de vue démographique et politique la prépondérance du Senoussisme en Cyrénaïque crée dans cette colonie un état de choses plus stable qu’en Tripolitaine, il n’en est pas moins vrai qu’un grand nombre des observations faites dans la seconde partie de cette étude, à propos de l’orientation de la politique italienne en Tripolitaine s’appliquent aussi, dans une mesure différente il est vrai, à la Cyrénaïque, l’une et l’autre ayant été dotées d’un Statut comportant l’élection d’un Parlement au suffrage universel. Constatant que les réformes introduites dans l’une des deux colonies exerçaient immédiatement leur répercussion dans l’autre et y rendaient inévitable l’introduction de réformes analogues, certains spécialistes ont montré les inconvénients de cette méthode empirique et l’utilité d’avoir des directives communes aux deux colonies méditerranéennes, comme constituant un ensemble nettement distinct des colonies, italiennes d’Afrique orientale.

Au point de vue français, une observation ne sera pas inutile. En raison de la difficulté des communications entre Tripoli et Bengasi, et surtout du fait que les questions qui se posent en Cyrénaïque ne sont pas absolument les mêmes qu’en Tripolitaine, en tenant compte notamment de l’intérêt que présente pour la France l’évolution de la question senoussiste et de nos relations avec les Senoussis, il serait très désirable qu'un poste consulaire français fût rétabli à Bengasi.

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