‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 129 sur 149 · EN PAYS MUSULMAN · texte numérisé non relu

EN PAYS MUSULMAN

A propos du rapport de lord Milner sur les affaires d’Egypte.

L'Afrique française a publié dans son numéro d’avril le rapport présenté par lord Milner, au nom de la Commission d’enquête dont il était le chef, et qui a été envoyée en Egypte, en 1919, par le gouvernement anglais. Ce remarquable document mérite d’être lu par tous ceux qui s’intéressent à l'avenir des peuples mahométans,- car les problèmes qui ont soulevé aux bords du Nil une si violente émotion, agitent aussi, avec des degrés d’acuité divers, toutes les parties du monde musulman. Le rapport de lord Milner fait le plus grand bonneurà tous ceux qui y ont collaboré. Un doit féliciter l’Angleterre d’avoir à son service des hommes politiques capables de remplir une mission difficile avec autant d’intelligence, d’impartialité et de largeur de vues. Aussi tous les amis de nos alliés anglais, qui sont en même temps les amis de l’Islam, ne peuvent-ils manquer de souhaiter qu’un tel effort de conciliation aboutisse au résultat cherché.

Cependant, et précisément dans l'intérêt de la solution désirée, il ne sera pas inutile d’examiner la base même de l'accord proposé par la Commission : l'organisation en Egypte d’un gouvernement constitutionnel, et de rechercher si cette forme de gouvernement est bien compatible avec le droit public musulman (1).

(1) Voir l’article 3 du Mémorandum II semble bien <|ue cette clause a été imposée par la Commission et simplement acceptée par les chefs du parti nationaliste.

Pour résoudre cette grave question, il est nécessaire de connaître intimement la société islamique, que bien peu d’Européens ont été à même d’étudier à fond

Séparés d’elle par la barrière infranchissable de la langue, ils en sont réduits, le plus souvent, à se renseigner auprès d'indigènes qui ont reçu une instruction européenne, dont la mentalité est déjà, pour cette raison, plus ou moins modifiée, et qui ne sont pas toujours désintéressés et sincères. Il résulte de ce fait des erreurs d’appréciation parfois très lâcheuses.

On arrive en pays musulman avec des idées toutes faites, importées d'ailleurs, et l’on ne s'aperçoit pas que, dans cette civilisation, si différente de la nôtre, elles détonnent absolument. Pour s’adapter à ce milieu, il faut une longue et difficile initiation.

Cette difficulté de pénétrer le véritable Islam m’avait préoccupé depuis le jour où mes études s’étaient portées de ce côté. Henri Duveyrier, à qui je confiais mon embarras, me répondit : « Pour connaître les pays musulmans, il n'y a qu’un moyen : y vivre et en parler la langue. » J'ai suivi le conseil du célèbre explorateur du Sahara ; j’ai vécu pendant une quinzaine d’années en terre d’Islam, et j'ai appris à parler l'arabe.

Cette clef m’a ouvert un monde fermé aux étrangers, et que peu d'Européens fixés dans le pays, fonctionnaires ou colons, essayent d’entrevoir. Je me suis efforcé de pénétrer l’âme musulmane. J'ai eu des amis indigènes dans les diverses classes de la société. Parmi eux je suis fier d’avoir compté Si Béchir Sfar, mort, en 1917, gouverneur de Sousse, musulman fidèle et convaincu, mais esprit éminent et éclairé, dont l’ Afrique française (1) a publié l’admirable testament politique. C’est là l’excuse que je me permets d'invoquer pour la liberté que je prends d’élever la voix dans la discussion d'une question aussi délicate et aussi peu connue que celle que j’aborde aujourd’hui.

Je ne sais si je me suis trompé, mais il m’est apparu qu’il existe, entre le Christianisme et l'Islam, une différence primordiale. Le but que s’est proposé le Christianisme est exclusivement religieux : préparer les croyants à la vie future. Dans le système chrétien, le salut est un don de Dieu à l’homme, et la morale, sans que son importance soit en rien diminuée de ce fait, n'intervient que comme une conséquence nécessaire de l'acceptation du salut, et sous forme de règles très générales. Le Mahométisme, au contraire, a la prétention de donner aux hommes une ligne de conduite précise, applicable dans chacune des circonstances de l’existence sans aucune exception, et la stricte observation de cette ligne de conduite entraîne le salut éternel ; il se préoccupe donc avant toute chose de la vie présente. Il n’y

(! Année 1917, p. 10».

a pas là seulement une divergence de dogmatique ; elle a des répercussions qui se font sentir sur le terrain pratique.

En effet, Jésus-Christ a pris soin de proclamer hautement le caractère purement religieux de sa mission. « Mon royaume, a-t-il dit, n’est point de ce monde... Qui m’a établi juge sur vous?... Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Par là, il a posé le principe de la séparation du domaine spirituel et du domaine temporel. Aussi les réformes sociales nées du Christianisme (émancipation de la femme, abolition de l’esclavage, création des hôpitaux, etc.), si importantes qu’elles aient été, ne se sont produites que tardivement, progressivement et par voie indirecte. Plus tard, lorsque certains papes au moyen âge ont essayé d’introduire en Europe un régime théocratique, en opposition absolue avec l’essence même du Christianisme, leur tentative était d’avance vouée à l’insuccès. Le principe de la séparation des deux domaines s’est de plus en plus fait jour, et a finalement triomphé, au point qu’il n’est plus guère contesté aujourd’hui. En politique, le droit divin de la royauté n’a eu qu'une faveur éphémère; les principes du gouvernement représentatif, basés sur les droits des citoyens, exercés par le moyen du suffrage universel, ont fini par l’emporter partout en Europe et en Amérique. Certaines personnes ne mettent pas en doute que leur introduction en pays musulmans se fera fatalement tôt ou tard, comme elle s’est faite chez nous. Elles ne réfléchissent pas, que, pour que ces principes puissent s’y acclimater, il faudrait qu’il s’y fût produit dans les esprits une évolution analogue à celle qui s’est déroulée dans les pays dont la civilisation est issue du Christianisme. Or, elle n’a pas eu lieu, et, si l’on y regarde de près, on verra qu’elle ne pouvait pas avoir lieu, parce qu'ici le point de départ fait défaut.

Contrairement à Jésus- Christ, Mahomet n’a jamais caché qu’il n’était pas seulement un réformateur religieux, mais qu'il était aussi, peutêtre avant tout, et certainement au même titre, un réformateur social et politique.

La révélation, qu’il disait avoir reçue de Dieu, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, ne portait pas uniquement sur les questions de conscience et de foi religieuse. La religion qu’il a prêchée, et qui est encore pratiquée aujourd’hui par peutêtre 200 millions de fidèles, pénètre et imprègne toutes les manifestations de 1 intelligence et de l’activité humaines. Elle englobe toutes les sciences; celles qui sont dites « révélées » comprennent non seulement la théologie, mais encore le droit et la « science du langage » (grammaire et syntaxe), et les autres, qui sont dites « issues du raisonnement », restent sous l’étroite dépendance des premières, dont elles sont les auxiliaires. Tous les actes de la vie de chaque jour sont minutieusement réglementés par la religion; tous ceux de la vie civile le sont également. Mahomet ne s’est pas contenté de prêcher une religion nouvelle, il a instauré une société nou-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

velle, basée sur cetle religion. Il n’a pas fondé une église, parce que pour lui, le corps des croyants c’est la société toute entière, c'est lTsîam. 11 n’a pas été seulement le prophète; il a été aussi, en vertu des pouvoirs qu’il disait avoir reçus de Dieu, le législateur, le juge, le fondateur d’un empire et son souverain. En sa qualité de représentant de Dieu sur la terre, il a pris en main le gouvernement politique des lidèles. En réalité il a créé une théocratie, la plus parfaite qui ait jamais existé (1). Par suite, dans le monde de l’Islam, la distinction du domaine spirituel et du domaine temporel n’existe pas, ne peut pas exister : le second a disparu, car le premier a tout envahi.

La forme du gouvernement établi par Mahomet, en vertu de son autorité divine, c’est, je viens de dire, la théocratie.

Il a régné en autocrate, exerçant lui-même tous les pouvoirs que dans notre société, nous nous efforçons de distinguer et de séparer soigneusement. C’est lui qui jugeait les procès, qui intligeait des peines aux violateurs de la loi, qui administrait son empire, qui commandait ses armées. On cite bien un « hadith (2) », d’où il résulte que dans certaines circonstances, il consultait ses « compagnons (3). Mais il n’est pas douteux, que comme tous les autocrates, il se réservait la décision, et en prenait la responsabilité.

Ce système de gouvernement a été exactement celui de ses quatre premiers successeurs, que l’on désigne sous le nom de « khalifes orthodoxes ». Les seules modifications qu'il ait subies, dès cette époque, ont été celles qui furent rendues nécessaires par le développement territorial immense acquis par l’empire. Le souverain a dû déléguer à des gouverneurs locaux les fonctions qu’il ne pouvait matériellement pas remplir en personne. En outre, l’interprétation de la loi la jurisprudence) a été abandonnée aux savants jurisconsultes, qui ont fini par former une sorte de caste intellectuelle, recrutée au moyen de l’enseignement donné dans les universités.

Les révolutions, qui ont bouleversé si fréquemment l’empire Islamique, n'ont rien modifié à ce régime politique.

Fréquemment les pouvoirs du khalife sont tombés entre les mains d’usurpateur», qui ne remplissaient pas les conditions islamiquement nécessaires pour les exercer. Mais ils ont bénéficié du dogme de la soumission à la force, en

(1) Je suis heureux de me rencontrer sur ce point avec le savant M. Iloudas, qui a écrit, dans son ouvrage de haute valeur L'Islamisme p. 230. « Il importe de faire une singulière violence à nos idées courantes pour comprendre la véritable «râleur de cette société, qui présente cet étrange amalgame d’une démocratie gouvernée par un autocrate et d une théocratie sans clergé. » Et ailleurs p. 41 : « A. Médine Mahomet devint à la fois un chef spirituel et un chef temporel, réalisant un cumul qui fit partie dorénavant de la charte islamique. »

(2) Récit concernant ia vie du prophète. L’ensemble de ces récits qui forme la « Sounna » (conduite du prophète) est, après le Coran, la source de la législation et de la jurisprudence de l’Islam.

(3) Les « Ashab », qui l’avaient entouré et soutenu dans son exil à Médine.

vertu duquel le musulman est tenu de se soumettre au pouvoir, quel que soit celui qui le détient, tout en réservant l’avenir dans le for de sa conscience. Ainsi, la question de légitimité écartée, le sujet mahométan n’a pas le droit de discuter un ordre de son souverain (1), car ce serait discuter un ordre de Dieu, ce serait commettre une impiété. Ce n'est que dans le cas où les actes de ce souverain mettraient la religion en péril, que le corps des savants, les « aoulama », pourrait prendre sur lui de le déposer : il y a quelques exemples de révolutions de cette nature; mais on n’y a eu recours que dans des circonstances d’une extrême gravité. D’après le droit public musulman, la foi, en matière administrative et politique (2), a donc une seule origine : la volonté du souverain, supposé être l'interprète de la divinité; cette proposition ne paraît pas discutable. Elle est admise sans contestation par tous les musulmans. Si vous avez obtenu la confiance de l'un d’eux, qui vous parle à cœur ouvert, et si vous le questionnez sur son idéal politique, il vous répondra immanquablement : « Nous désirons un souverain puissant, qui fera régner la justice, et qui empêchera ses agents de nous pressurer ». Allez donc parler de droits politiques et de suffrage universel à des gens qui ne se reconnaissent pas d’autre droit que celui de n’êtrc pas houspillés trop violemment par ceux qui les gouvernent. Nos principes en ces matières sont incompréhensibles pour eux. Une anecdote montrera l'idée qu’ils se font d'un gouvernement représentatif. Les indigènes algériens disaient autrefois : « « Poublic » (la République) n'aime pas les Arabes. Philippe nous a envoyé ses fils; Napoléon est venu lui-même nous voir; « Poublic » ne s’est pas dérangé pour nous. » Depuis lors ils ont pu contempler la République sous les traits du président Loubet; mais je doute que leurs idées sur le gouvernement de la France soient devenues plus nettes.

Pour trouver des intelligences plus ouvertes et certaines aspirations à un état de choses politique différemment compris, il faut s’adressera la catégorie des musulmans pourvus d’une culture européenne. Mais ils sont presque toujours dominés, peut-être à leur insu, par l’arrièrepensée de jouer un rôle, et partant de trouver certains avantages personnels, dans une organisation gouvernementale calquée sur celle qui existe chez nous. Ils entraînent parfois des hommes d’Etat inexactement renseignés, qui ne se rendent pas compte que leurs informateurs ne sont qu'une infime minorité dans la masse de leurs coreligionnaires. L'Egypte est sans contredit la partie la plus éclairée de l’Islam, et cependant Lord Milner nous apprend que 92 0/0 de la population est illettrée. Serait-il raisonnable d’imposer à un pays un système politique qui ne

(1) Dans la langue administrative tunisienne/ une loi s'appelle « Aineur-Bey » (ordre du Bey.)

(2) Ceci ne s’applique pas à la législation civile, qui obéit à des règles particulières, dans lesquelles il est inutile d’entrer ici.

fonctionnerait que par le moyen de moins de 8 0/0 de la population (1) et au profit exclusif de cette fraction de citoyens presque négligeable au point de vue de la loi du nombre? Dans un milieu où l’ignorance est aussi générale, des élections ne pourraient se faire que par la pression administrative, par la fraude et par l'achat des bulletins de vote. On aboutirait à un singulier régime représentatif. En France, de braves gens, partant de cette idée juste que, depuis la guerre, nous avons contracté une dette de reconnaissance à l’égard des indigènes de nos colonies, s’agitent pour leur faire accorder en retour le droit de suffrage; les malheureux ne se doutent pas qu’ils offrent à leurs protégés, au lieu d’avantages positifs qu’il serait facile de trouver, une boîte de Pandore, dont ceux ci se soucient médiocrement, et qu’ils repousseraient même énergiquement, s’ils comprenaient de quoi il s’agit.

Veut-on une preuve récente de ce que j’avance? Un sait que le gouvernement italien, désireux d’étonner le monde par sa générosité, et aussi de se concilier les bonnes grâces des peuples musulmans, a décidé d’introduire dans sa colonie de Tripolitaine des institutions copiées sur la constitution de la Péninsule. Une assemblée d’indigènes s’est réunie pour délibérer sur cette innovation. Les lecteurs de Y Afrique Française n’ignorent pas quelle a été leur réponse : « Qu'on nous donne un Emir, » c’est-à-dire un chef littéralement quelqu’un qui nous commande, qui nous dicte des ordres et les fasse exécuter. Tel est le remède pratique que les intéressés proposent pour mettre lin à l’anarchie dont ils souffrent.

Qu’on ne m’oppose pas l’exemple de la Turquie. L’odieuse comédie de parlementarisme qui s'y joue, repose sur la violence et non pas sur la loi. Elle est destinée à tromper l’Europe; elle dresse un paravent, derrière lequel on espère dissimuler des massacres et des exactions pires que les cri mes dont l’ancien régime des sultans s’était rendu coupable.

D’ailleurs les Turcs qui ne sont pas inféodés au parti de l’ancien Comité Union et Progrès, sont persuadés que les calamités qui ont fondu sur leur pays, sont la punition infligée par Dieu pour l'introduction d’une Constitution contraire à la religion.

On parle d’une révolution dans les idées, qui se serait produite en Orient au cours de ces dernières années; elle s’est surtout manifestée par une plus grande liberté accordée aux femmes. Cela frappe vivement les Européens ; mais c’est là uniquement une question de mœurs, qui ne touche pas à la religion. 11 y a bien longtemps que d’excellents musulmans m’ont déclaré que la claustration des femmes n’était nullement une obligation religieuse, et que les prescriptions coraniques ne les obligeaient pas .à se voiler le

(1) Ces 8 % comprennent tous les musulmans instruits, mais de culture exclusivement arabe, qui re-tenl lidèles aux traditions, et (iui ne suivraient vaisemblablement pas le mouvement.

visage (l). Il n'y a rien là qui touche au fond des choses.

On prétend bien que, contrairement aux idées reçues, l’Islam n'est pas absolument réfractaire aux progrès, et que, par des méthodes parfaitement orthodoxes, on pourrait faire adopter toutes les innovations sociales et même politiques. Ceci peut être vrai théoriquement. Encore faut-il que l’innovation proposée soit déclarée conforme à la religion par une autorité indiscutable en matière de jurisprudence musulmane. Il peut se faire que, pour parler comme les Arabes, la « porte de l’interprétation », qui avait été déclarée fermée il y a plusieurs siècles, soit, sous la pression de l'opinion publique, tôt ou tard déclarée ouverte de nouveau. Mais cet événement capital ne s’est pas encore produit, et il n’est pas admissible que, par voie d’interprétation, on en arrive jamais à détruire les fondements eux-mêmes de la religion, ce qu’il faudrait faire pour établir un régime parlementaire.

Lorsque les événements imposent à une nation européenne la redoutable tâche de disposer du sort d’une fraction de l’Islam, elle se trouve avoir à résoudre un problème des plus complexes : elle doit trouver le moyen de faire vivre dans un contact de tous les jours notre société du xxe siècle, avec ses impatiences et sa soif de progrès, et une vieille société, arrêtée dans son développement depuis le xin8 siècle, et éminemment traditionnaliste. Nous n’avons aucun intérêt à détruire cette dernière, car ce serait plonger le pays dans l’anarchie, au grand détriment de l’œuvre de rénovation économique que nous poursuivons. Il est donc indispensable que nous fassions preuve du plus entier respect et des plus grands' ménagements pour la religion, qui est le ciment constitutif de la civilisation musulmane.

Aussi ne doit-on toucher aux questions indigènes qu’avec une extrême légèreté de main, et après s'être entouré de renseignements précis et puisés aux sources les plus sûres (2).

L’histoire de l’Islam montre que depuis que la décadence de l'Empire a commencé, les administrations musulmanes sont partout livrées à des pratiques de concussion et de prévarication, que les gouvernements indigènes n’ont jamais pu déraciner. Aucune réforme durable n’a été réalisée nulle part par un souverain musulman abandonné à lui-même. L’expérience de plusieurs

(1) Le Coran, nie disait-on, exige seulement qu'elles soient voilées depuis le cou jusqu'à la cheville.

(2) Un exemple du doigté nécessaire en ces matières est fourni par la législation des Ilabous (biens religieux) en Tunisie. Au début du Protectorat, ces biens étaient inaliénables. On décida que l’usufruit perpétuel pouvait être vendu, en vertu du contrat appelé -< Enzel », moyennant une rente perpétuelle. Cette solution, conforme au droit musulman, donnait satisfaction aux besoins de la colonisation; elle n’a soulevé aucune difficulté d’application. Plus tard, sous l’empire des idées du Code civil, on a permis de racheter la rente perpétuelle en payant un certain nombre d'annuités cumulées. C était violer les principes du droit musulman et c'était en même temps déchirer des contrats librement consentis. Les protestations des indigènes ont été unanimes.

BULLETIN DU COMITE DE

siècles, d’un bout de l’Islam à l’autre, prouve (]u’une réorganisation administrative n’est possible dans un milieu musulman que si elle est imposée du dehors. C’est la mission que doivent remplir les puissances européennes, que les circonstances ont amenées à exercer leur action sur une partie de la terre d’Islam. Elles peuvent, en respectant les institutions séculaires, pour lesquelles les populations musulmanes conservent un attachement religieux, en obtenir, par un contrôle incessant, un fonctionnement régulier et honnête. Par ce moyen, les intérêts et les sentiments des populations indigènes sont ménagés. Elles peuvent vivre suivant leurs mœurs, et développer leur activité sans sentir aucune entrave, et sans gêner l’activité des Européens.

Cette forme de gouvernement, qui a reçu le nom de Protectorat, a fait ses preuves en Tunisie et au Maroc. 11 est inutile de chercher autre chose; on ne trouvera pas mieux pour concilier les droits de la nation européenne avec les intérêts matériels et moraux du peuple indigène.

Il est regrettable que les chefs du parti nationaliste égyptien semblent repousser cette solution de justice, qui permet tous les progrès (l).Us présument trop de leurs forces, s’ils se croient capables d’assurer, en dehors de l’Angleterre, le fonctionnement d’un gouvernement normal, servi par des fonctionnaires intègres. S’ils étaient en mesure de tenter cette expérience, ils ne tarderaient pas, malgré leurs efforts, à voir renaître tous les abus, qui paralysaient le pays, et que l’administration anglaise a su faire disparaître en grande partie. Pour exercer sur les fonctionnaires indigènes le contrôle indispensable, qui les maintient dans la bonne voie, il faut des hommes d’une autre race, d'une autre mentalité, d’autres mœurs.

Il y a plus de vingt ans, un personnage apparenté à la famille Khédiviale, disait devant moi à des musulmans tunisiens : « Qu’Allah conserve longtemps les Français à la Tunisie, et les Anglais à l’Egypte! Car leur départ plongerait nos deux pays dans une irrémédiable anarchie. »

Je termine en formulant le vœu que l’exaltation des passions politiques et un patriotisme trop idéalisé et mal éclairé, ne mettent pas obstacle à la réconciliation si nécessaire d’une grande nation, qui ne peut pas abandonner ses droits dans le monde, avec un peuple, à qui elle a apporté d’incontestables bienfaits.

E. Fai.lot,

Ancien chef du Service du Commerce el de l’Immigration à Tunis.

(1) Peut-être commettent -ils une confusion, en rejetant, comme Protectorat, le régime qui fonctionne sous ce nom au Soudan égyptien, et qui n’est aune que l’administration directe.

umtniiiiiiiiiiiiiniiiiniiimamiiiiiiiiiniiniiniiiinuiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiMniiiiniiimniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii»

Nous accepterions avec reconnaissance les listes de noms pour la propagande que MM. les Adhérents voudraient bien nous adresser.

L’AFEIQUE FKANÇAISE

BIBLIOGRAPHIE

Le soldat d’Afrique, par le V' Louis Combe : II. Le Légionnaire ;III. Le Tirailleur algérien ;1 vol. de 194 pages. Lavauzelle, 124, boulevard Saint-Germain, Paris.

C’est en médecin que l'auteur étudie le soldat d’Afrique et on lui devait déjà une curieuse analyse du chasseur des bataillons d Afrique. Il a fouillé cette fois la mentalité du légionnaire et du tirailleur.

L examen psychologique du légionnaire est délicate, d’autant plus quil est quasi impossible de discerner le légionnaire-type dans la variété des sujets recueillis par les deux régiments étrangers : il y a des légionnaires, il n’y a pas un légionnaire et on ne peut faire une comparaison entre le soldat de métier venu à la Légion et les épaves humaines quelle abrite souvent. Le I)r Combe a bien senti les difficultés de sa tâche et sa préface expose loyalement ses craintes de n’êlre pas compris en opposant ce qu’il appelle « la comédie de la Légion » à la tragédie ou à l’épopée que de nombreux écrivains ont chantée. Et c’est en médecin et en psychologue qu’il nous montre impitoyablement les tares et les vices des sujets qu’il a examinés et le tableau n’est pas beau, si peu même qu il laut à chaque page se rappeler que les témoignages des officiers nous ont montré d’autres légionnaires, tout aussi vrais certes que ceux de l'hôpital et qui ont fait la juste gloire de la Légion. Même après avoir va ce « musée des horreurs » nous comprenons bien qu’à côté du légionnaire d’hôpital et de prison, il y a le soldat de métier qui forme le fond de la Légion et qui est immortel, celui sur lequel se sont toujours appuyés tant et de si beaux chefs : Et bien vile, après avoir lu le livre tout scientifique et médical du Dr Combe, après avoir compris qu il généralise trop les anomalies et les lares qui se trouvent fatalement dans un tel ramassis d’hommes d'action venus de tous les pays, nous retournons aux livres classiques, documentés et scientifiques, eux aussi, par lesquels des chefs et des écrivains sérieux nous ont fait apprécier la beauté et la gloire de la Légion, et même nous nous laissons reprendre volontiers aux pages d’épopée où d’Esparbès a mis beaucoup de son talent et un peu de son imagination 1

Avec le même scalpel impitoyable et découràgeaut le docteur Combe fouille l’âme du tirailleur, et ses conclusions sur le loyalisme de ce soldat d'élite sont assez pessimistes. Elles sont d’avantguerre, et depuis lors il y a eu toute la gloire nouvelle de l’armée d’Afrique sur tous les champs de bataille de la grande Guerre. Les traîtres ont été bien rares parmi nos tirailleurs. Comme dans le cas de la Légion étrangère le médecin a sans doule vu, surtout et professionnellement, les tares et les scories. Les futurs chefs de la Légion ou des tirailleurs pourront lire avec fruit ces études psychologiques et médicales, mais sans admettre ce qu’il y a de général dans les conclusions de l’auteur. Ces troupes ont leurs malades et il est utile de les connaître. Mais on n’y trouvera pas lame véritable du légionnaire et du turco au service ou au feu, et c’est là surtout que de tels soldats comptent.

La France et ses colonies, par M. Fallex, professeur agrégé au Lycée Louis-le-Grand , et A. Mairey, professeur agrégé au Lycée de Dijon; I vol. in-8° de 69C pages. — Delagrave, 15, rue Soufllot.

Plus de 130 pages, soit un bon cinquième du volume, sont consacrées aux colonies dans la nouvelle édition de cet ouvrage classique. Notre domaine colonial est clairement présenté par un texte clair et documenté et par des cartes et photographies. Nous y voyons avec plaisir notre bulletin signalé au nombre des références. Si le volume n’était déjà de forte proportion pour un livre scolaire, nous conseillerions aux auteurs de développer un peu l’historique de chaque colonie et de présenter plus copieusement l’épopée coloniale qu’ils ont résumée d’ailleurs en quelques pages bien senties.

Le Gérant :i. Legrand.

PARIS. — SOC. Gu D’iMP. ET D’ÉDIT., 17, RUE CASSETTE.

ET

PUBLIÉS PAR

le COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE p le DOUTÉ DU MAROC

SOMMAIRE

LA LIAISON DE L AFRIQUE OCCIDENTALE AVEC L'ALGÉRIE. — Chef de bataillon Lauzanne. 238

LE CERCLE DES TAGOUANAS. — A. Chartier. 249

L’ÉCOLE FRANÇAISE ET LA QUESTION BERBÈRE. — Le Glay 274

CARTES

Itinéraires de parcours des Regueïbats 2 40

Profil de l'itinéraire Rallaouïa-El Mzereb-

Aouchich 245

Cercle des Tagouanas 251

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