‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 131 sur 149 · I. — PRÉPARATION POLITIQUE DE LA RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

I. — PRÉPARATION POLITIQUE DE LA RECONNAISSANCE

A. — Considérations générales.

La liaison avec les méharistes algériens devait conduire les méharistes de Mauritanie dans les terrains de parcours des Regueibat et sur les pistes de leurs razzis. Du point de vue de l’Adrar, dont la situation politique repose essentiellement sur les relations avec les Regueibat, elle présentait donc un grand intérêt. Elle comportait aussi quelques mesures de précaution.

Dans le vaste hinterland qui sépare la Mauritanie du Maroc et de l’Algérie, les Regueibat occupent vis-à-vis de l'administration française une situation particulière et en quelque sorte privilégiée. Tribu puissante parle nombrede ses troupeaux, sa mobilité, son goût d’aventures, elle vit en marge de l'A^rar, prête à se replier, à la première alerte, dans les vastes solitudes désertiques où nous ne saurions l’atteindre.

Cette invulnérabilité relative rendrait les Regueibat redoutables s'ils ne subissaient l’attraction périodique de l’Adrar, de ses palmeraies, de ses pâturages, de ses marchés. Qu'ils payent tribut, comme ceux qui gravitent autour <1(3. Khalil, ou qu’ils n’aient pas encore fait acte de soumission, comme les Lgouassem, ils prétendent conserver leur liberté d'action à l’égard des colonies voisines, mais ils ne veulent pas rompre avec la Mauritanie. Cet équilibre se maintiendra aussi longtemps que, dans la balance de leurs intérêts, les Regueibat ne pencheront ni vers la dissidence, ni vers la soumission; c’est-à-dire aussi longtemps que les terrains de parcours du Nord ne leur seront pas interdits et que les routes du Sud leur resteront ouvertes.

Cet accord tacite marque simplement une situation de fait : mais il est de nature à faire croire aux Regueibat que nous fermons les yeux, non seulement sur l'origine de leurs biens, ce qui est exact, mais encore sur leurs pillages renouvelés, ce qui est inadmissible. Ainsi une reconnaissance au Sahara Occidental devait fatalement provoquer

Supplément à l 'Afrique Française de novembre 1921.

BULLETIN LU COMITE LE L’AFRIQUE FRANÇAISE

une vive émotion chez les Regueibat, émotion sa- i lutaire chez les entrepreneurs de razzis, mais qui aurait dépassé notre but si, se propageant dans les campements, elle avait entraîné le départ en dissidence de ceux qui prétendent jouir paisiblement d'un bien mal acquis. L’opération devait être un avertissement pour l’avenir, non une menace pour le présent. C’est ce qu’il fallait expliquer aux nomades, si attentifs aux mouvements de nos méharistes.

Pour nous faire entendre d’eux, nous n’avons qu’un interprète, c’est Mohammed O. Khalil. Nulle autorité directe, — il se défend d’exercer un commandement, — mais une influence considérable, influence qu il tient de nous, qu’il a mise au service de sa famille, de ses protégés, parfois même de ses adversaires d’hier, ses clients de demain. Il n’est plus à compromettre. C’est ouvertement l’homme des Français et nos intérêts sont les siens.

Tenir 0. Khalil au courant de nos intentions, c’était en aviser les AhelMeyara et les Lgouassem qui, de leur solitude du Hank ou de l’Iguidi, nous assurent périodiquement de leur stérile bonne volonté; mais c’était aussi tranquilliser les tribus , qui sont venues à nous, déjà tenues en éveil par le seul déplacement du peloton du Trarza.

En fait, au départ de la reconnaissance, nous savions de façon certaine que les Regueibat, bien que vaguement inquiets, n avaient aucune idée de résistance et aucun projet d’attaque dans un court délai. Ces dispositions pacifiques nous ont été confirmées au cours de notre marche, presque jour par jour, par la T. S. F.

B. — Guides.

L intervention d’O. Khalil nous était également indispensable pour nous procurer des guides.

Les guerriers de l’Adrar, les O.Selmoun en particulier,prétendaient être allés piller dans le Hank et jusque dans l’Iguidi. De ces combats légendaires, il reste le souvenir d’un désastre et le nom d’une daya (daya des 0. Cheilane). au nord de Souid El Amia, où un mejbour 0. Selmoun fut anéanti, il y a un demi-siècle, par un parti Regueibat. Malgré les recherches minutieuses du commandant de la subdivision de Chingueti, il a été impossible de trouver un seul 0. Gheilane vivant qui ait jamais dépassé Rallaouia. Seuls quelques chasseurs Nemadi, sur les traces des autruches et des grandes antilopes, avaient parcouru les dunes d’Aboiliga, buvant à Bir Zregat et à El Miebire. L’un d’entre eux put nous conduire jusqu'à Bir- Amran qu’il n’avait pas vu depuis quinze ans. Personne en Adrar n avait aperçu le llank.

0. Khalil nous a dit : « Les gens honorables connaissent mal le Hank. Je te donnerai comme guides des chacals ». Pour demander à des Regueibat de nous faire visiter leurs terrains de parcours, qu’ils croyaient inviolables et qui portent encore l’empreinte fraîche de leurs campements, de nous montrer les points d’eau d’où partent leurs razzis, il fallait tout le talent de persuasion

d’O. Khalil. Il dut faire quelques menaces et beaucoup de promesses. Dans l’ensemble, les 5 guides que je lui avais demandés lui coûtèrent 2 mousquetons et 10 chamelles. Nous n’ignorons pas que le vieux chef Regueibat a diverses manières extralégales de se faire rembourser; il n’en a pas moins droit à notre reconnaissance.

L’année dernière, nous demandions à O. Khalil 2 guides pour conduire un de nos détachements méharistes à Bir Zregat. Il les choisit parmi les 0. Lanssen et les Tehalat, tribus encore en dissidence. Flattés de cette distinction imprévue, les deux chefs désignés firent leur soumission et rallièrent quelques tentes dont ils prirent le commandement. Cette fois-ci encore, 0. Khalil fit appel à de notables dissidents :

Mohammed Abd Er Rhaman, Tehalat influent de la famille des Abel Tkheil; Ahmed Salem, le chef actuel, s’est aussitôt effacé devant lui et lui-même s’effacera devant Ely 0. Meyara, le jour où celui-ci se présentera à Atar;

Abeidi 0. Dye,un 0. Cheikh. Iln’a pas trenteans, mais il guerroie depuis Bou Tellis et a pillé trois fois dans TAdrar des Iforas. Il avait été choisi comme guide par le razzi Regueibat en formation à Zemmour, dont l’objectif était l’Azaouad. 11 a changé de camp;

Nocha, gendre d’O. Khalil, un peu compromettant pour sa famille, le plus grand pillard et l’un des meilleurs guides du Sahara Occidental. 11 était à Achorat, en 1909 et depuis lors a guidé plusieurs razzis au delà de Tombouctou;

Ely O. Abdallah, un Skarna déjà âgé mais toujours turbulent, blessé à Liboirat.

Enfin, l’O. Moussa, Mohammed El Amine, guide médiocre, mais nomade paisible, représentant direct d’O. Khalil auprès de nous.

Quelle que soit notre méfiance vis-à-vis des Regueibat, si fourbes, si versatiles, si impressiounables, nous devons reconnaître que ceux-ci nous ont servis fidèlement. Ils ont manifesté quelque répugnance à décoller du Hank, craignant le ressentiment des Lgouassem. Notre insistance à eu raison de leurs scrupules. Grâce à eux, nous avons pu reconnaître, avec nos camarades algériens, les très importants poinls d’eau d’Aioun Abd El Malek, au Sud de l’Iguidi, base de départ des razzis. Enfin, ils nous ont fait visiter les pentes nord de la Maqteir où, à 8o kil. de la falaise de l’Adrar, à l’abri du massif dunaire réputé infranchissable pour nos méharistes, les campements Regueibat se croyaient hors d’atteinte.

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