‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 137 sur 149 · Aspect d'ensemble · texte numérisé non relu

Aspect d'ensemble

La région saharienne reconnue comprend la plus grande partie des terrains de parcours des Regueibat. Elle forme trois zones distinctes : une zone rocheuse, mouvementée, le Ilank, et ses dérivés, Carb enNaga, Mdenné, Touirist; un rag plat, le Karet, où viennent s’étaler les dernières vagues dunaires de l’Jguidi et que termine au Sud la dépressiondu Rhat; un massif sablonneux, la Maqteir.

Les formes et la constitution de ces terrains ont déterminé le ruissellement superficiel et souterrain des eaux, qui régit lui-méme les pâturages et les conditions mêmes de la vie nomade. La falaise accidentée recueille l’eau au fond de ses oueds, dans ses gueltas, dans ses oglats, dont plusieurs sont permanents ; mais ses pentes sont stériles. Elle est hospitalière à l’homme, aux chevaux, aux chèvres; elle ne convient pas aux chameaux. Le rag du Karet se couvre de pâtu-

rages après l’hivernage, mais la pluie n’y séjourne pas. Enfin la dune, qui retient l’eau et ensevelit les semences, est le terrain d’élection du nomade.

Le Ilank n’est qu’un élément d’une succession de falaises parallèles orientées Nord-Est Sud-Ouest dont le rebord oriental s’abaisse en pente douce jusqu’au pied de la falaise suivante. Ce sont, de l’Est vers l’Ouest, le Carb en Naga, le Mdenné, le Ilank, et enfin le Touirist, qui n’est plus que l’avant-plateau déchiqueté du massif. Par son origine, qui parait tectonique, la nature de scs roches gréseuses et schisteuses, la région est très comparable au plateau de l’Adrar, mais' avec un relief plus adouci; il ne dépasseguère GO mètres aux abords de Khaouiuaam. La forme des dislocations est toutefois particulière : c’est une succession très régulière d’éperons rocheux et d’échancrures ensablées, que les Regueibatappellent des « carb ».

Les oueds où survit une maigre végétation arbustive, forment des bassins fermés, dont le fond est marqué par des sebkhas. Là se déposent les produits de la lixiviation des roches et particulièrement le natron (carbonate de soude hydraté), quirecouvre des étendues considérables et communique à l’eau du Ilank la saveur désagréable qui la caractérise. Près d’une de ces sebkhas, à El Moilhen, en creusant les trous de tirailleurs, nous avons mis à nu, sous un manteau de gypse, une couche de sel gemme d’excellente qualité.

Les points d’eau généralement décelés par la masse sombre des tarfas (tamariniers), sont nombreux à proximité de ces bas-fonds. Us ne sont pas tous utilisés ; les Regueibat aménagent ceux qui leur sont indispensables, au hasard des pâturages de la saison.

Les assises inférieures de la falaise du Ilank, près Khaouinaam, sont formées d’une roche brunâtre qui paraît riche en fer.

Le luirel est une pénéplaine recouverte d'une pellicule de sable d'où émergent quelques roches granitiques. Il est symétrique du Yetti par rapport à l’iguidi . Là encore nous retrouvons des formations presque identiques à celles de l'Adrar. L’Amsaga et le Tijirit, aux dômes granitiques, barrés par les dunes de l’Azeffal et de l’Akchar, s'apparentent directement au Karet et au Yetti qu’encombrent les sables de la Maqteir et de Tlguidi.

La pente du Karet, presque insensible, parait être dirigée vers le Touirist. C’est un rag de parcours facile, aux pâturages temporaires (1 sans aucune végétation arbustive et sans eau.

Le Rallaman, qui prolonge le Karet vers l’Ouest et le Mechemmès, qui s’étend au nord du Yetti, présentent les mêmes caractères. La succession ininterrompue de ces vastes bamadas pourrait offrir, un certain intérêt pour les communications transsahariennes. De Tindouf jusqu’au Tijirit, de l’Adrar et même jusqu’à la côte, en direction du

(I On y rencontre une herhe, le « gadem w ou « tiguenzaf » fort appréciés des chameaux, même sèche, et inconnue en Adr.ir

BULLETIN DU COMITE DE L 'AFRIQUE FRANÇAISE

cap Timiris, une automobile circulerait aussi aisément que sur une route de France et la pose d’une voie ferrée ne nécessiterait aucun travail d’art.

Le Karet est bordé vers le Sud par une dépression, sorte d’effondrement local, au profil anguleux, qui témoigne d’une faible érosion des eaux : c’est le Rhat.

Dans ce bas-fond viennent s'accumuler les eaux qui ruissellent sur les rags imperméables qui l’environnent. Aucun puits permanent, (malgré de nombreuses tentatives, les nomades n’ont jamais pu atteindre la nappe aquifère souterraine), — mais de nombreuses mares d’hivernage, des oglats temporaires qui, à proximité des pâturages de la Maqteir, présentent pour les Regueibat du Sahel, soumis et insoumis, un intérêt exceptionnel.

Il ne nous a été possible, ni de reconnaître l’étendue de celte dépression, ni de savoir si elle constituait un bassin fermé, ni même de déceler la direction de sa pente et, sur ce sujet, je me borne à citer l’opinion d’Ely 0. Meyara. Ce pillard réputé, qui en topographie s’élève aux idées générales, prétend que le Rhat traverse la Maqteir par une vallée ensablée dont il a suivi les traces et va rejoindre la vallée du même nom qui sépare le Tagant de b Adrar.

Cette hypothèse n'est pas inadmissible, bien que nos observations personnelles ne la confirment pas. Du moins, pouvons-nous affirmer que la falaise du Hank, dont les formes s'adoucissent, s’estompent et disparaissent à hauteur de Bir Amrane, n’a aucune liaison souterraine, dans la mesure où elle reste falaise, ni avec le dahr de Rallaouia, ni avec l’Assaba d'Aouchich.

Aux deux bords du Karet, rag aux pâturages éphémères, s'étendent les dunes verdoyantes de VIguidi et de la Maqteir. Ce sont les fiefs des Regueibat. L'iguidi méridional appartient aux Lgouassem, la Maqteir aux Regueibat du Sahel. Là, au cœur même du désert, les nomades possèdent des pâtis où le had, de fraîcheur variable mais permanent, assure en toute saison la nourriture de leurs chameaux.

Le sable du désert a, pour sa flore spéciale, une admirable fertilité latente. 11 ne lui manque que l'eau pour se révéler. Les dunes remaniées par les vents sont des greniers et des éponges. Elles retiennent l’eau et la laissent filtrer lentement jusqu’aux graines enfouies dans leur profondeur, qui germent parfois avec un retard de plusieurs années. Ainsi l’erg de l’iguidi, les dunes vives de la Maqteir, qui ont été cependant mal arrosés cette année, étaient couverts de végétation. Cette végétation, il est vrai, est difficilement accessible dans la Maqteir, en raison de l’épuisement des points d’eau ; mais la région d Àioun Abd El Malek, où la nappe d’eau est à fleur de sol, est occupée en permanence.

Le massif de la Maqteir a toujours été considéré en Adrar comme très difficilement franchissable. C’est une légende, soigneusement entretenue par les Regueibat et que nos goura iers, si

peu nomades, n’ont jamais pris la peine de vérifier. En fait, en dehors de l’étroite barrière de dunes vives qui borde la Maqteir au Sud, le massif est percé de vallées (aftout), où la marche est très aisée.

Ces aftout parallèles et les dunes fixes qu’ils limitent, orientées N. E. — S. 0., présentent une régularité si remarquable que les Regueibat évaluent les distances par aftout (1), la similitude dans la forme des dunes est également absolue : même relief d’une quarantaine de mètres, même profil, s’abaissant en pente douce vers l’Est, s’infléchissant plus brusquement vers l’Ouest (2).

Ces trois régions : la falaise, le rag, la dune, malgré les apparences, sont situées sensiblement au même niveau, qui est aussi celui de l’ Adrar, ainsi qu’en témoigne le profil ci-contre, où les altitudes relatives ont été déterminées par comparaison des observations barométriques effectuées journellement au cours de la tournée, avec les indications d’un baromètre enregistreur témoin resté à Atar (3).

Le point le plus bas de notre itinéraire serait Aguelt el Malha. Le baten du Uank serait à une altitude légèrement inférieure à celle des feije de l’iguidi et sensiblement au niveau des aftout de la Maqteir. Ce résultat imprévu concorde mal avec la théorie commune qui place l’amoncellement des dunes vives au fond des dépressions.

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