‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 138 sur 149 · C. — Notice historique · texte numérisé non relu

C. — Notice historique

Au cours de notre reconnaissance, nous avons rencontré, dans toutes les régions, les traces d’une occupation relativement récente par les sédentaires.

Dans la Maqteir, au fond des oueds, où abondent les témoins d’une faune lacustre importante, nous avons trouvé en grand nombre des haches de toute taille, des silex taillés, des parcelles d’œufs d’autruche sculptés, identiques aux débris du néolithique saharien déjà identifiés dans l’Adrar.

Dans le Karet, on voit encore des habitations formées de pierres entassées, sans aucun lien (il n’existe ni argile ni bois dans la région), dont la toiture en forme de voûte surbaissée témoigne d’une certaine technique dans l'art de la construction.

Dans l’iguidi, nous avons découvert, près des points d'eau d’Abd el Malek, des débris de poterie d’une forme inconnue des nomades du Nord. La présence de nombreuses pièces d’argile, dont la cuisson n’était pas achevée, nous fait supposer qu’il existait en ce point une véritable fabrique de poteries.

(1) On retrouve le même phénomène dans les dunes du Kanem et du Bahr El Ghazal (Tchad), où les indigènes comptent une heure de marche de crête à crête.

(2) Il faut peut-être voir ici la résultante des actions combinées de l’alizé du N. E. et de l'irifi, vent losal de l’Est. Il est curieux, de remarquer que les falaises ont une direction et un profil analogues.

(3) Il nous manquait un hypsomètre pour effectuer les corrections instrumentales; mais les baromètres employés étaient bons; les comparaisons au départ et au retour avec le baromètre témoin ont donné des résultats concordants. Les altitudes relatives conservent leur valeur.

A proximité des palmeraies d El Mzereb, qui furent autrefois beaucoup plus importantes, on voit les traces d'un ancien village, dont les maisons en pierre, aux formes régulières, étaient recouvertes de troncs de dattiers*

Enfin, dans le Ilank, un peu partout, on retrouve des cases en pierre, identiques à celles du Karet.

Les Reguei bat s’accordent à reconnaître que le Hank était encore occupé par des sédentaires il y a moins d'un siècle.

Les derniers sédentaires du Hank seraient des Kounta, les El Sidi Badi. Ils auraient planté les palmeraies d'El Mzereb, creusé les puits d’El Mreiti et de Tin Bessais. Marabouts travailleurs et paisibles, ils possédaient une grande réputation de sainteté et la vertu de leurs gris-gris est restée légendaire. Grâce à eux. dit-on, les serpents auraient disparu de la région.

Vers le milieu du xvinc siècle, les O. Salem (apparentés aux O. Delim et aux 0. Ellab) et les 0. Moulât (de la famille des Sellama et des Skharna) étaient établis dans les dunesd’Aboiliga (Maqteir). Leur chef Mohammed Lekhal 0. Amar faisait régner la terreur sur l’Adrar. Il fut assassiné par un Skarna, auprès d'une dune

ni porte encore son nom, Jineil 0. Amar. Privés

e leur chef, craignant les représailles de leurs puissants voisins de l’Adrar, les 0. Salem et les 0. Moulât se réfugièrent dans le Ilank, d’où ils chassèrent les El Sidi Badi. Ils y restèrent un siècle.

Vers 1885, les Begueibat, qui venaient d'effectuer un coup de main heureux contre les Tadjakant de Tindouf, résolurent d’occuper le Hank, qui devait constituer pour eux une base de départ pour les opérations lointaines. Ils formèrent un razzi de 2.000 hommes et marchèrent contre les 0. Salem et les 0. Moulât. Ceux-ci, en nombre supérieur, acceptèrent le combat à Tagoujabet. Les Begueibat manœuvrèrent avec beaucoup d’habileté (l’informateur est Begueibat), encerclèrent leurs adversaires dans le petit massif de Tagoujabet et les anéantirent.

Depuis lors le Hank n’est parcouru que par les seuls Begueibat et particulièrement par les Tehalat, qui s’y réfugièrent après la fâcheuse affaire de Touama. La pauvreté de ses pâturages n’en permet pas l’occupation permanente; mais l'abondance de ses points d’eau en fait un carrefour très fréquenté. C’est une excellente base de départ pour les razzis.

D. — Notes sur les razzis Regueibat.

Les Begueibat distinguent 3 espèces de razzis ;

Pour la cause de Dieu (djiliad).

D'hostilité contre les tribus (adaoua).

De pillage (razzian).

La djihad et l’adaoua sont de véritables opérations de guerre, comportant une préparation militaire, le recrutement d’une troupe disciplinée et l’exécution d'un plan de tactique.

La guerre est décidée par entente entre les

djemaas et un grand marabout qui est mis à la tète du mouvement.

Lerazziest composé uniformément de 4 groupes (r'ba), chaque groupe ayant à sa tète un chef (damin). Le damin est choisi dans certaines familles qui ont prouvé leur valeur et surtout leur chance : ainsi les Ahel Deleimi, chez les O. Cheikh, les Ahel Laffriet et les Ahel Ely Ben, Abdallah, chez les O. Moussa, les Ahel Omar O. Taali, chez les Tehalat, les Abdallah Ben Omar, chez les Souaad. Les autres fractions Begueibat reconnaissent la supériorité militaire de ces familles et marchent sous leurs ordres.

Dans toute la période préparatoire, parfois fort longue, le marabout joue un rôle de premier plan. C’est lui qui indique la mission à remplir, qui précise l'objectif à atteindre, qui fixe la date de départ. Le razzi formé, il passe la revue des r'ba et récite le *< heijab » pour les protéger.

Au départ, le razzi tire au sort la place des r’ba dans les formations de marche et de combat : en avant, en arrière, à droite et à gauche. Cette formation restera immuable pendant toutes les opérations, chacun des damin a la surveillance d’un secteur de 90°, nettement délimité; il en devient responsable. Les décisions d’ensemblë sont prises par une sorte de conseil de guerre comprenant les 4 damin.

Le service de sûreté comprend : en marche, un chou! d’avant-garde, à la distance d’une demijournée de marche, visitant les points d’eau; en station, des sentinellee fournies par chaque r’ba. Lorsqu'on craint une attaque, chaque r’ba détache successivement un « ait arbain », importante patrouille effectuant une reconnaissance circulaire.

Avant l’attaque, un ou plusieurs choufs sont envoyés avec mission de s’emparer d’un berger, d’un isolé, d'un voyageur, qui pourra fournir des renseignements. Cette préparation parait indispensable aux Begueibat. Certaines "attaques ont été retardées de plusieurs jours, en attendant la capture d'un « lisan ».

Dans le partage du butin, la part la plus importante est réservée au marabout. Les damin et les guides reçoivent des cadeaux spéciaux.

Le razzi de pillage a une formation moins complexe et des procédés plus expéditifs. Quelques jeunes gens pauvres, en goût d’aventure, vont trouver un guide connu (Ely O. Meyara, par exemple). Ils discutent le prix de son concours et lui olfrent généralement le commandement. Le guide se fait payer très cher, s’assure, gagnant ou perdant, un cadeau fixe et, naturellement, la part du lion sur les prises. Les razzieurs parcourent ensuite les campements, publient le nom de leur guide et recrutent des adhérents.

Le razzi formé, il reste à justifier son action. Il faut pour cela toute la subtilité des casuistes musulmans. D’après la loi coranique, le bien acquis par le pillage des musulmans est illicite; cependant certains grands marabouts, — et même Merebbi Bebbo, — prétendent que l’acte est lé-

BULLETIN DU COMITE DE L’ AFRIQUE FRANÇAISE

gitime s’il doit diminuer la force des chrétiens par la capture d’animaux pouvant être utilisés dans un but militaire, ainsi les chameaux. Ils interdisent toutefois de toucher aux bœufs et aux moutons.

Beaucoup d’oualis, plus conciliants, n’ont pas ces vains scrupules et, contre une honnête rétribution, concèdent la baraka sans restriction. Il importe cependant que l’ouali soit connu et respecté, car son nom, invoqué à haute voix au cours de l’attaque, doit être entendu de l’adversaire et ce procédé d’intimidation, en plein combat, paraît aux Regueibat cl’unc haute efficacité.

Le razzi marche sans ordre, sans protection éloignée, sans surveillance immédiate. La seule précaution militaire consiste à venir camper de nuit près des traces, en faisant un crochet.

Le guide, généralement seul chef, est obéi au départ. Il n’a plus aucune autorité, ni pendant le combat, ni pendant la retraite.

La prise faite, la fuite est menée à plein train, de jour et de nuit, même s’il n'y a pas poursuite immédiate, jusqu'à la région où le razzi se croit hors d’atteinte. Là s'engagent d'âpres discussions pour le partage du butin.

<- Les provisions de route consistent en orge pilée ou grillée (deguig) et, pour les expéditions lointaines (Adrar des Iforas), en chamelles de boucherie. Souvent ces chamelles emportent dans leur estomac la réserve d’eau du détachement. On leur coupe alors la langue pour qu’elles ne puissent, en cours de route, manger des pâturages salés qui communiqueraient à -la boisson un goût désagréable.

En outre, chaque nomade emporte une ou deux guerbas. Ces guerbas sont spécialement tonnées et goudronnées et leur étanchéité est telle qu’elles peuvent être placées dans la tasoufra sans la inouiiler. Elles peuvent assurer une provision de 10 jours d’eau en foute saison.

Les centres principaux de rassemblement des razzis Regueibat sont Zem mou r et Aioun Abd El Malek.

De Zemmour, les objectifs sont : la sebkha d'Idjill, par Anadjim ; l'Ouest de l’Adrar, para i’ichele; le dahr de l’Adrar et le Tagant, par Rallaouia et Aguelt Nemadi.

D’Aioun Abd El Malek partent les expéditions à plus -grande envergure vers le Hodh, par Tagoujabet et Agarektem; vers l’Azaouad et l’Adrar des Iforas, par El Ivseib ou El Mzereb, Temsagout et Biar Chalé.

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