IV. RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Objet de la mission.
« Faire une enquête sur la cause des récents désordres en Egypte et un rapport sur la situation actuelle du pays ainsi que sur la forme de la constitution qui, sous le régime du Protectorat, serait le mieux à même d'assurer sa paix et sa prospérité, le développement progressif des institutions autonomes et la protection des intérêts étrangers. »
Composition de la mission.
Le Très lion, vicomte Milner, G. C. B., G. C. M. G., principal secrétaire d’Etat de Sa Majesté pour les Colonies (Président).
Le Très Hon. Sir Hennel Rodd, G. C. B.. G. C. M. G., G. C. V. O.
Le Très Hon général sir John Maxwell, G. C. B., K. G. M. F., C. V. O., D. S. 0.
Le brigadier-général Sir Owen Thomas, M. P.
Sir Cecil I. B. Hurst, K. G. B., K. C., du Foreign Office.
M. J. A. Spender.
M A. T. Lloyd, O. B. E. (Secrétaire).
M. E. M. B. Ingram, O. B. F du Foreign
Supplément à Y Afrique Française d’avril 1921.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE . FRANÇAISE
Office (Secrétaire adjoint et Secrétaire privé du Président).
L’Œuvre de la Mission en Egypte
L’envoi d’une mission spéciale en Egypte avait été envi-agé par le gouvernement de Sa Majesté dès avril 1919, alors que l’agitation qui régnait dans ce pays avait atteint son point culminant en violencset en désordres; en mai, il lut annoncé que cette mission placée sous la présidence de lord Milner allait s’y rendre en automne. L’intention ouvertement avouée par les Nationalistes égypt eus d organiser le boycottage de la mission trouva un sérieux encouragement du fait de la protestation du premier ministre Mohamed Saïd Pacha contre son arrivée avant la signature du traité de paix avec la Turquie, et se fortifia après sa démission motivée par le rejet de cette protes tation. Mohamed ■'aid pacha fut remplacé comme premier ministre par Wahba pacha et le nouveau ministère demeura en fonctions durant tout notre séjour en Egypte.
Pour des raisons de santé, Wahba pacha a, depuis lors, démissionné et l’un de ses collègues Tewlick Nassim pacha, qui pendant tout notre séjour en Egypte, remplissait les fonctions de ministre de l’Intérieur, lui succéda. On ne saurait priser assez hautement le courage et le patriotisme dont ces deux premiers ministres et leurs collègues ont fait preuve en assumant ces fonctions à un moment où leur pays traversait une crise aussi grave et où leur vie même était journellement menacée. Le ministère Tewlick Nassim pacha actuellement encore en fondions comprend à une seule exception, les mêmes éléments que celui de Wahba pacha et participe du même caractère. C'est un ministère d affaires composé d a imiuistrateurs capables, loyal au sultan, travaillant eu harmonie avec le haut commissaire britannique, mais n’arborant pas de couleur politique déterminée et peu enclin à prend' e p sition < n ce qui regarde la brûlante question de 1 avenir de l’Egy pte.
Le changement de ministère en Egypte et d’autres circonstances retardèrent le départ de la mission jusqu’à la lin de novembre. Nous arrivâmes à Port Saïd le dimanche' matin 7 décembre et au Caire dans l’après-midi du même jour. Etant donnée 1 attitude générale d hostilité diligemment entretenue à l’encontre de la mission, toutes tes précautions avaient été prises en vue de notre securité et nous atteignîmes sans incident l hôtel où des appartements nous avaient été réservés. Le lendemain de l'arrivée nous fûmes présentés par lord Allenby à Sa Haute>se le sultan. Celte visite de cérémonie avait été précédée d’une courte audience d’un caractère intime qu’il avait accordée à lord Milner. Elle constitua le premier parmi les nombreux entretiens que notre président et les autres membres de la mission au cours de leur séjour, eurent avec
I Sa Hautesse le sultan, qui nous traita toujours avec la plus grande bienveillance. Dans ces conversations, il s’exprima librement au sujet de la situation politique, des événements des dernières années et des difficultés de sa position. Mais il s’abstint avec soin de fournir aucun avis en ce qui regardait l'objet de notre mission, à savoir : la Constitution future de l’Egypte.
En aucune façon, il ne chercha à guider ou à influencer nos délibérations; tout au plus se borna-t-il à nous mettre en ^arde contre des conclusions trop hâtives et contre les importuns et à nous indiquer certains personnages de. marque qu’il nous serait utile de consulter, tels que Rouchdi pacha, Adly pacha, Mohamed Said pacha et Mazloum pacha, tous auciens ministres. Son attitude relativement à l’objet de la mission fut celle d une réserve calculée.
Cette réserve se fit sentir d’une façon plus marquée encore chez les ministres Wahba pacha et ses collègues à qui nous fûmes présentés à une fête donnée par lord Allenby à la Résidence, le 1 1 décembre et avec lesquels nous avons entretenu les plus cordiales relations pendant tout notre séjour en Egypte. A tous moments, ils étaient disposés à nous aider dans nos enquêtes, à mettre à notre disposition des informations de toute nature, à nous mettre en rapport avec tous les fonctionnaires que nous désirions rencontrer. Leur empressement à nous fournir toutes facilités de nous assimiler le mécanisme du Gouvernement ou de démêler la situation réelle du pays, n’a jamais pu être mis en doute. Mais ils étaient particulièrement soucieux de nous laisser le soin de former nous-mêmes notre opinion Bien que volontiers invités à le faire, ils n’étaient nullement enclins à émeilre aucune suggestiou personnelle sur les questions constitutionnelles autres que les questions purement administratives et ils ne manifestèrent jamais la moindre curiosité de connaître vers où tendaient les idées de la mission quant au Gouvernement futur de l’Egypte.
La tempête de protestations et de désapprobation par laquelle le public indigène et la presse indigène accueillirent la mission forma un violent coutrasleavecla prudence etla réserve manifestées par le monde officiel indigène. Nous n’étions que depuis peu de jours, ou même depuis peu d’heures au Caire que déjà nous avions la preuve formelle de l’existence d’un antagonisme actif et organisé. Des télégrammes affluèrent annonçant l’intention des envoyeurs de se mettre en grève pour protester contre notre présence. Nombre d’entre eux étaient expédiés par des écoliers et des étudiants, mais certains provenaient de corps constitués comme les Conseils provinciaux, quelques-uns de fonctionnaires du Gouvernement et d’une grande quantité de corporations ou communautés d’importance plus ou moins considérable. En tout, nous avons reçu 1.131 messages de ce genre, la plupart provenant de particuliers, qui connaissaient personnellement l’un ou l’autre membre de la mission; d'autre part, le nombre des télégrammes nous souhaitant la bienvenue ne dépassa
pas 20. Sauf rares exceptions, la presse locale épuisa le répertoire des reproches et des insinuations injurieuses, proclamant que le seul fait de reconnaître la mission devait être interprété comme l'acceptation du régime existant et que tout Egyptien entrant en relation avec la mission se rendait coupable de trahison envers son pays. La majorité des journalistes soutenaient ferme ment que Zaghloul pacha était, à Paris, le représentant attitré du peuple égyptien et invitaient la mission à s’adresser à lui. I ne série de grèves de courte durée furent déclarées par les étudiants, les avocats, les employés des framways, les cochers et les négociants et des cortèges de grévistes renforcés par de nombreux groupes d’écoliers et par la population parcoururent les rues, bannières en mains, conspuant la mission et en particulier lord Milner et acclamant Zaghloul pacha et l'indépendance complète de l’Egypte. Au reste, ces manifestations ne furent pas l’apanage exclusif de la population male. Les dames Cairotes profitèrent de l’occasion pour sortir de leur réclusion et se promener en voiture dans les rues en poussant les mêmes cris de guerre. Ce genre de cortège, si inaccoutumé qu’il fût, gardait cependant un certain ordre, mais, par contre, les écoliers et la populace s’avérèrent franchement séditieux et sans l’admirable maintien de l’ordre par la police soutenue à l’occasion par la troupe, on aurait eu à regretter de sérieux dommages occasionnés à la propriété et même des effusions de sang. Quoiqu’il en soit, à part la destruction de quelques voitures de tramways, il n’en résulta que peu de dommages pour les propriétés. Après une ou deux semaines, les troubles s’apaisèrent graduellement au Caire, bien que des aggressions occasionnelles contre des militaires anglais et trois tentatives d’assassinat contre des membres du Ministère pendant notre séjour, démontrèrent la persistance d’une activité criminelle surtout parmi la jeunesse des écoles.
11 paraît inutile de s’étendre davantage sur les nombreuses manifestationsd’hostilité àl’encontre de la mission et de son objet: Il suffira d'en mentionner deux d’une importance toute particulière parce qu’elles marquent bien la force du courant populaire. La seconde semaine qui suivit notre arrivée, les chefs de l’Universitc d El A/bar, le centre de l’enseignement religieux musulman, adressèrent au haut commissaire un manifeste mettant en avant les revendications de l’Egypte à une indépendance complète et réclamant le départ des Anglais. U y a quelque raison de penser que les chefs religieux qui venaient de signer ce document n’étaient pas spécialement épris de la ligne politique dans laquelle ils se trouvaient ainsi engagés, mais qu’ils cédaientà la pression des professeurs et des étudiants travaillés depuis quelque temps par une propagande anti-anglaise toujours plus active. Ce manifeste fut, peu après, suivi d’une déclaration identique revêtue de la signature de six princes de la famille Mohammed Ali, proches parents du Sultan, annexée à une lettre adressée à Lord Milner et publiée avec elle
RINSBIQNBMENT8 COLONIAUX — N® i.
par la presse. La démarche des princes peut avoir été inspirée par divers motifs, mais sans nul doute, sa raison dominante était leur désir d’acquérir de la popularité en s’affiliant à un mouvement qui, comme une marée submergeait à cette époque le pays.
Le but immédiat des promoteurs de ce mouvement était d’empêcher les membres de la mission d’entrer en contact amical avec des représentants égyptiens et de vérifier ainsi pour leur propre compte le degré de vitalité qu’il y avait dans leur demande « d’indépendance complète » et dans leur incessante dénonciation du « Protectorat ». A cette fin, les quartiers généraux de la mission furent perpétuellement surveillés par des groupes discrets d'émissaires. La visite de tout Egyptien de marque était immédiatement signalée à la presse et devenait le sujet de commentaires comminatoires. Bien plus, le coupable pouvait se trouver soumis à une visite domiciliaire dans son propie logis par un groupe d’étudiants réclamant l’explication de sa conduite, ce qui se terminait généralement par une copieuse profession de sa foi nationaliste et par son atfirmation que, dans ses conversations avec la mission, il avait eu soin de ne s’en départir en aucune façon. C'est à peine si, dans deux ou trois cas, la personne ainsi visitée eut le courage de répondre à ces intrus de se mêler de ce qui les regardait. Dans l’entretemps, les membres de la mission ne pouvaient bouger sans être soigneusement suivis, spécialement lorsque l’un de nous se rendait dans des provinces. Des émissaires étaient immédiatement expédiés du Caire pour suivre notre piste, pour tâcher d’empêcher que nous puissions entrer en contact avec la population locale, particulièrement. avec les fellahs et pour organiser des manifestations destinées à nous convaincre de la solidarité de l'opinion égyptienne. La visite à Tantah d’un membre de la mission donna lieu à de graves désordres qui continuèrent pendant bien des jours et ne purent être réprimés que par l’intervention de l’autorité militaire. Ces manifestations entravèrent jusqu’à un certain point notre tâche. Mais elles échouèrent assurément en ce qui regarde leur but primordial, car il était impossible de ne pas conclure que, si les Egyptiens étaient véritablement si unanimes, on nous aurait laissé le soin de le découvrir par nous-mêmes en parcourant le pays sans empêchements ni entraves.
On aurait tort de supposer que le boycottage de la mission qui était somme toute, mené principalement par les étudiants et les écoliers, fut approuvé par la généralité des Egyptiens cultivés ou même par ceux qui professaient des idées nationalistes avancées. La grossièreté à l’égard d’étrangers leur semble inconciliable avec la courtoisie et l’esprit d’hospitalité dont ils s’enorgueillissent. Au surplus, bien des gens avaient un réel désir de communiquer leurs vues à la mission et seule la crainte des ennuis personnels auxquels cela des aurait exposés, les en dissuadait Aussi, de divers côtés, nous fut-il suggéré que, si nous pouvions mettre en lumière que le fait par une
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personne de comparaître devant la mission ne compromettait pas nécessairement sa réputation de Nationaliste, l’obstacle à un libre échange de vues disparaîtrait. En conséquence, nous rédigeâmes la déclaration suivante qui l'ut publiée le 29 décembre dans le Journal officiel et dans la presse :
« Les membres de la Mission Britannique ont constaté que la croyance s’est répandue largement en Egypte, qu’ils seraient venus dans l’intention de priver l’Egypte de droits qu’elle possédait antérieurement. Cette impression ne s’appuie sur aucune base. Le Gouvernement de Sa Majesté britannique, avec l’approbation du Parlement, a accordé à la mission la tâche de concilier les aspirations du peuple égyptien avec les inlérêts spéciaux de la Grande-Bretagne en Egypte, ainsi qu’avec les droits légitimes de tous les étrangers de ce pays.
« Nous sommes convaincus que moyennant de la bonne volonté de part et d’autre, l’objet envisagé pourra se réaliser. La Mission désire sincèrement que les relations entre la Grande- Bretagne et l’Egypte soient établies sur la base d’une entente amicale, qui mettra fin à tout désaccord, et qui permettra au peuple égyptien de consacrer toutes ses énergies au développement de son pays sous un régime autonome.
k Alin de remplir sa tâche, la mission désire prendre connaissance de tous les points de vues, soit de groupes ayant caractère représentatif, soit d’individus, qui ont à cœur le bien-être de leur pays. Toutes les opinions pourront être librement exprimées. La mission ne cherchera point à limiter le champ des discussions. Il n’y a pas lieu de craindre que les convictions de ceux qui se présenterontdevantla mission nesoient compromises par une libre expression d’opinion. Ils ne s’engageront nullement en soumettant leur manière de voir, comme de son côté la mission ne s’engagera pas en les écoutant. A défaut d’un échange de vues entièrement franc, il sera diflicile de mettre un terme aux malentendus et d’arriver à un accord. »
Cette déclaration eut assurément pour effet de tempérer l’hostilité, mais elle ne put venir à bout de la répugnance qu’éprouvaient la plupart des Egyptiens à entrer officiellement en relation avec la mission. Nous avons donc pensé que relativement au problème de l’opinion égyptienne nous devions, pour l’élucider, faire fond sur les occasions qui se présenteraient pour chacun de nous d’entrer en relations sociales avec des personnes appartenant à différentes classes. Comme pareilles occasions Se sont fréquemment présentées et que les gens que nous avons rencontrés (parmi lesquels la plupart des leaders de l’opinion égyptienne) exprimèrent en conversations privées leurs vues avec la plus grande franchise et sans réticence, nous avons réussi durant les trois mois de notre séjour, à mesurer exactement les principaux courants d’idées et de sentiments du monde égyptien.
Tandis qu’un temps assez considérable était
consacré à ces conversations, nous nous occupions également activement à étudier la situation sous un angle entièrement différent. En plus des volumes de documents officiels si soigneusement apprêtés et rédigés par le Foreign Office à l’intention de la mission, un grand nombre d’indications précieuses avaient été réunies antérieurement à notre arrivée par un Comité d’information institué par le Haut Comrftissaire et qui avait obtenu, sur nombre de sujets, les opinions des principaux fonctionnaires, de certains résidents et de corps constitués. L’étude et la collationnement des opinions qui avaient été habilement éditées par le Secrétaire du. Comité, le capitaine B. A. Hooper, ont coûté quelque temps.
Tandis que la lecture de cette masse de documents nous était d’un grand secours, nous avons cherché à compléter les informations qu’elle nous donnait en entrant en relation avec tous les membres de la colonie anglaise, fonctionnaires ou non, que nous avons eu le temps de rencontrer, ainsi qu’avec les résidents étrangers les plus notables qui évidemment n’avaient aucune hésitation à se mettre en rapport ouvertement avec la mission. Dès le début, les hauts fonctionnaires anglais ont mis libéralement à notre disposition leur témoignage et leurs avis et nous leur sommes extrêmement obligés de l’aide efficace qu’ils nous ont prêtée. Grâce à leur assistance, il nous a été possible non seulement de nous former une appréciation suffisamment exacte des récents événements, mais encore de procéder à un examen complet de l’organisation et du personnel de chacun des départements du Gouvernement égyptien. Ce travail avait été réparti entre des sous-comités qui faisaient rapport à la mission. Celle-ci tint aussi des séances plénières pour entendre exposer leurs vues par les principaux fonctionnaires anglais aussi bien que par Sir William Brunyate, ancien conseiller financier par intérim du Gouvernement égyptien qui se trouvait au Caire durant la dernière partie de notre séjour. Dans l’intervalle, le membre légal de la mission (actuellement Sir Cecil) Mr Hurst, tout en coopérant dans la mesure du possible à ces travaux, consacra la plus grande partie de son temps à étudier le système judiciaire et les modifications qui seraient le mieux à même de le mettre en harmonie avec les exigences présentes. De même, Sir Owen Thomas, tout en collaborant avec l’un des sous-comités dont il vient d’être question, s’appliqua spécialement à l’étude des conditions de l’agriculture et visita un certain nombre de domaines publics ou privés, de façon à se familiariser avec les procédés de culture et avec la vie du peuple. La mission tout entière, à l’exception d’un membre engagé par ailleurs, alla passer une semaine à Alexandrie où nous eûmes l’occasion d’entrer en rapport avec les communautés étrangères les plus importantes du grand centre commercial de l’Egypte. Nous y recueillîmes les opinions de Français, d’Italiens et de Grecs ainsi que celles de la Chambre de commerce britannique. Certains membres de la mission visitèrent également plusieurs centres en Haute et
Basse-Egypte et communiquèrent leurs impressions à leurs collègues. C’est ainsi qu’en dépit des tentatives déjà décrites de nous empêcher d'entrer en contact avec la population locale, de précieuses indications ont été obtenues et enregistrées.
Deux d’entre nous, le général sir John Maxwell et sir Owen Thomas sont allés passer quelques semaines au Soudan et les impressions qu’ils en ont rapportées ont ajouté un utile appoint à ce que les résidents britanniques et indigènes de ce pays que nous avions eu l’occasion de rencontrer au Caire, nous avaient fournis.
Les mois de janvier et de février furent activement remplis par les multiples travaux dont nous venons de donner un résumé succinct. Vers la fin de ce dernier mois, comme la période de temps dont nous disposions pour notre enquête en Egypte touchait à sa fin, car plusieurs d'entre nous étaient astreints à retourner en Angleterre avant la fin de mars, nous nous sommes réunis à diverses reprises dans le but de collationner les informations reçues et de mettre en balance les opinions que nous nous étions séparément formées. Il devint aussitôt évident que vu l’immense masse de documents et le nombre de sujets qui exigeaient une discussion approfondie, il nous serait impossible de rédiger un rapport pendant le temps qu’il nous restait à passer en Egypte, d’autant plus qu’une bonne part en était encore consacrée à des interviews. 11 était donc indispensable de remettre jusqu’après notre retour en Angleterre, la préparation de notre rapport. Ces discussions préliminaires révélaient déjà une curieuse unanimité entre nous sur plusieurs points fondamentaux , aussi, avant même de quitter le Caire, avons-nous rédigé, à titre d’ébauche et sous réserve des modifications que suggéreraient les discussions futures, une série de propositions sur lesquelles nous estimions être provisoirement d’accord.
Ces propositions englobaient le champ tout entier de notre enquête et elles forment la base du présent rapport. Il sied donc dès à présent, semble-t-il, de passer en revue les résultats de nos investigations en Egypte et les conclusions vers lesquelles elles nous ont guidés.
Conclusions provisoires arrêtées en Égypte
(A) Causes des récents désordres et du malaise actuel.