‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 45 sur 149 · AVANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

AVANT LA GUERRE

Les troubles qui éclatèrent en mars 1919 arrivèrent à leur apogée par suite d’événemeats précis se rattachant à la guerre, mais ils ne peuvent certes pas être uniquement attribués à un état de fait récent ou contemporain car ils avaient été lentement préparés au cours d’une longue période antérieure.

Tant dans les conversations courantes que dans les écrits, il semble qu’on ait trop souvent affiché la prétention dans ce pays ( 1 ) de parler de l’Egypte comme d’une partie de l’Empire britannique. Or, tel n’est point et n’a jamais été le cas.

La « situation spéciale » que la Grande-Bretagne occupe en Egypte date de son intervention en 1882 en vue de la restauration de l’ordre durant la rébellion d’Arabi — intervention à laquelle les autres puissances refusèrent de participer, bien qu elles y eussent été invitées. Cela fit peser sur elle des responsabilités qu’elle ne pouvait décliner et qui ne pouvaient être assumées que par l’occupation du pays tout au moins jusqu’à ce qu'il devint suffisamment certain que Tordre serait maintenu et la vie et la propriété des résidents étrangers sauvegardées. Mais à cette époque l’intention déclarée du gouvernement britannique était d’évacuer le pays aussitôt que ces buts , auraient été atteints, et en 1887 sir Henry Drummond Wollf fut délégué à Constantinople pour préparer les voies de l’évacuation. Il prépara un projet de Convention avec le sultan par laquelle la Grande-Bretagne consentait au retrait de ses troupes de l’Egypte dans un délai de trois ans à la condition qu’aucune menace nouvelle, ni extérieure ni intérieure, nécessitant leur maintien ne vienne à surgir et avec cette réserve que, dans le cas où un tel danger se présenterait, elle aurait le droit de réoccuper le pays. Ce ne fut qu’au tout dernier moment que, sous la pression d’une influence étrangère, le sultan refusa de signer et que les négociations échouèrent.

Néanmoins la Grande-Bretagne , durant les vingt-sept années suivantes, bien qu’elle se maintînt en Egypte, ne fit rien pour donner un caractère légal à sa position ni pour contredire la théorie que l’Egypte constitue une nation autonome sous la suzeraineté du sultan de Turquie. L’Egypte était théoriquement gouvernée par le khédive, le Conseil des ministres égyptiens, le Conseil et l'Assemblée législative égyptienne ; le représentant britannique avait simplement le titre d’ « agent et consul- général », et il était comme les représentants des autres puissances, l’interprète des intentions et des vœux de son gouvernement auprès du gouvernement égyptien. Bien que, par suite de la présence de l’armée d’occupation et des multiples devoirs et responsabilités que les circonstances lui imposèrent graduellement, il en vînt à être le véritable arbitre du pays, il se montra toujours scrupuleusement soucieux de respecter ce principe et ce fut précisément ce respect qui fut considéré par les Egyptiens comme une garantie tacite de ce que la puissance occupante n’avait aucun dessein de modifier le statut national de leur patrie.

Telle fut également la manière de voir des autres puissaijces, et lorsque fut conclu l'accord anglo-français de 1904 une déclaration fut signée à Londres aux fins suivantes :

« Le gouvernement de Sa Majesté britannique

(1) C’est-à-dire en Angleterre (N. D. L. /?.).

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

déclare qu’il n’a pas l’intention de changer l’état politique de l’Egypte. De son côté le gouvernement de la République française déclare qu’il n’entravera pas l'action de l’Angleterre dans ce pays en demandant qu’un terme soit fixé à l’occupation britannique, ou de toute autre manière. »

Si la paix européenne avait subsisté, cet accord aurait pu réaliser tous les buts utiles. Mais du moment que la guerre éclatait et que la Turquie entrait en guerre aux côtés de l’ennemi , des questions extrêmement difficiles surgissaient. Les Egyptiens, étaient nominalement sujets du sultan de Turquie et c’est à lui et non à la Couronne britannique qu’ils devaient fidélité. Pareille situation était manifestement intolérable. D’autre part, abolir purement et simplement par un acte de guerre la suzeraineté de la Turquie, aurait abouti à dépouiller l’Egypte de tout statut politique déterminé et à la laisser dans la situation d’une ancienne dépendance de la Turquie aux mains de la Grande-Bretagne. A coup sûr, la difficulté aurait pu être instantanément écartée par l’annexion de l’Egypte à l’Empire britannique mais le gouvernement fit choix à dessein d’un moyen moins extrême qui devait assurer la sécurité à l’Egypte tout en maintenant inviolé le principe d’une entité nationale égyptienne. Ce fut de placer l’Egypte sous la protection de la Grande-Bretagne. En conséquence, une proclamation fut publiée dans le Journal officiel du 18 décembre 1914 :

« Le Principal secrétaire d’Etat de Sa Majesté britannique pour les Affaires étrangères annonce que, vu l’état de guerre résultant de l’action ae la Turquie, l’Egypte a été placée sous la protection de Sa Majesté et constituera dorénavant un Protectorat britannique.

La suzeraineté de la Turquie sur l’Egypte cesse ainsi d’exister, et lè gouvernement de Sa Majesté prendra toutes les mesures nécessaires pour la défense de l’Egypte et pour la protection de ses habitants et de ses intérêts. » Le lendemain une seconde proclamation était publiée déposant le khédive Abbas Hilmi pour le motif qu’il avait fait cause commune avec les ennemis du Roi et. annonçant que sa succession avait été offerte à Sa Hautesse le prince Hussein Kamel avec le titre de sultan d'Egypte et avait été acceptée par lui.

Les nationalistes égyptiens ont toujours affirmé qu'ils avaient considéré le Protectorat comme une simple mesure de guerre et la défense de l’Egypte promise par le second paragraphe de la proclamation comme devant se limiter à sa défense pendant la guerre. Les termes de la proclamation ne paraissent pas se prêter à une telle interprétation, mais il est certain qu’il fut donné à entendre aux Egyptiens que des efforts seraient faits à la fin de la guerre en vue de satisfaire leurs aspirations nationales et l’on prit la peine de leur garantir que le Protectorat n’aurait pas pour effet de modifier à leur désavantage leur statut national. A titre d’exemple voici dans quels i

termes s’exprima Sa Majesté le Roi dans le télégramme qu’il adressa au sultan Hussein, lors de son accession au Sultanat :

« Au moment où Votre Hautesse prend possession de ses hautes fonctions, je tiens à adresser à Voire Hautesse l’expression de ma plus sincère amitié et l’assurance de mon indéfectible appui en vue de la sauvegarde de l’intégrité de l’Egypte et de la réalisation de son bien-être et de sa prospérité future.

« Votre Hautesse a été appelée à assurer les responsabilités de ses hautes fonctions à un moment de crise- grave pour la vie nationale de l’Egypte et j’ai la conviction que vous réussirez avec la coopération de vos ministres et le Protectorat de la Grande-Bretagne à surmonter les influences qui cherchent à détruire l’indépendance de l’Egypte et la fortune, la liberté et le bonheur de son peuple. »

Il y a lieu d’ajouter que les nationalistes égyptiens peuvent invoquer toute une série de déclarations d’hommes d’Etat britanniques désavouant l'idée d’annexion ou même d’une occupation permanente du pays et affirmant selon les paroles de sir Eldon (forst que « l’idée fondamentale du gouvernement britannique a été de préparer les Egyptiens au self government, tout en les aidant dans l’intervalle à jouir des avantages d’un bon gouvernement. » Les Anglais n’ignorent pas les circonstances qui jusqu’ici ont fait obstacle à la réalisation de ces assurances, mais naturellement les Egyptiens s’en prévalent et elles donnent trop facilement lieu à des accusations de mauvaise foi. Il est indispensable de s’en souvenir, si l’on veut se rendre compte de l’indignation des Egyptiens contre la présomption commune que l’Egypte est une possession,, britannique et que c’est le Protectorat qui Ta rendue telle.

L’Egypte est donc toujours restée dans une situation anormale depuis l’occupation britannique en 1882. Au début, des problèmes qui paraissaient insolubles ont été surmontés avec un remarquable succès grâce à un administrateur exceptionnellement habile et, comme le temps passait et que la machine semblait apparemment rouler à souhait, l’opinion publique en Angleterre cessa de se préoccuper de la nature imprécise de la situation. Pourtant, plus l’influence de notre présence en Egypte et l’introduction de méthodes occidentales se faisaient vivement sentir, plus urgente devenait, en vérité, de jour en jour la nécessité d’une solution. Une fois évanouie cette crainte de l’oppression qui, dans le passé, avait rendu les Egyptiens résignés et soumis, de nouvelles aspirations et de nouvelles ambitions devaient inévitablement s'éveiller. Les Egyptiens de 1920, qu’ils soient citadins ou paysans, diffèrent de ceux de 1910 et sont, à coup sur, très différents des Egyptiens de 1890. Nous n'avons jamais franchement affronté le problème égyptien et notre abstention porte dans une certaine mesure la responsabilité de la situation actuelle.

Le régime instauré par feu lordCromer en vue

de sauver une administration courant à la faillite n’a jamais pu être que d’un caractère provisoire, car, pendant des années, il n’y avait aucune raison de penser que 1 occupation, à laquelle en 1887 nous avions décidé de mettre un terme, aurait pu ne pas être de brève durée. Mais des expédients provisoires et improvisés se muèrent graduellement en institutions établies et, dans un ensemble de forces administratives l’élément le plus fort tendit à être l’élément dominant, à acquérir des pouvoirs et à assumer des responsabilités qui n’avaient pas été prévues à l’origine, à reléguer enfin au second plan dans les services publics l’élément égyptien. Le système suivi dans les premiers temps de l’occupation, avait été d’engager un nombre restreint de fonctionnaires britanniques soigneusement sélectionnés pour donner conseil et assistance surtout dans les services des finances et des irrigations. Dans la suite on ajouta un conseiller judiciaire et un conseiller à 1 instruction publique puis un conseiller» à l'Intérieur avec un corps d’inspecteurs pour les provinces Tant que leur nombre restait strictement limité et que, seules, des personnes de haute capacité et d’expérience étaient nommées, la coopération des fonctionnaires britanniques n'était pas seulement tolérée, mais eux-mêmes étaient considérés avec estime et affection.

Comme les ressources de l’Egypte s’accroissaient, les services publics prirent de plus grandes proportions et il devint par conséquent nécessaire d’augmenter le nombre des auxiliaires et des spécialistes étrangers. Ainsi, comme l’occupation se prolongeait, le nombre des fonctionnaires anglais en Egypte ne cessa de croître et le principe que le but de l’administration devrait être de former les Egyptiens et de les mettre à même de prendre en mains leurs propres affaires, passa à l’arrière-plan. En dépit du fait que les ministres ont ces dernières années pris une part plus grande et un intérêt plus direct dans leurs départements qu’au début de l’occupation où la plupart se contentaient de remplir un poste à peu de chose près purement honorifique, le travail des sous secrétaires d’Etat et des chefs de départements, pour la plupart non-égyptiens, devenait de plus en plus indépendant du Conseil des Ministres.

Longtemps avant la guerre, un mécontentement grandissant contre la multiplicité des postes monopolisés par des Anglais se faisait sentir. Des fonctionnaires égyptiens jouissant d’une longue expérience et d’une grande compétence sentaieut qu’ils étaient à tout jamais exclus de l’accès aux situations les plus élevées par le fait du système consacré par prescription que tout poste qui avait une fois été détenu par un non-Egyptien devait être automatiquement rempli, en cas de vacance, par un non-Egyptien.

Au moment de l’arrivée de la mission, une augmentation récente du nombre d’Anglais recrutés pour les services publics souleva une irritation toute particulière. Si la rumeur publique mal informée l’avait grandement exagéré, cet accroissement était toutefois appréciable et aflfec-

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tait un certain nombre de postes de cadre inférieur qui jusque:là avaient été remplis par des indigènes. Il n’est pas inutile de signaler ici que le nombre des fonctionnaires britanniques qui, dans les premiers temps de l'occupation, se chiffrait à quelques centaines à peine, s’élève actuellement à plus de 1.600, avec des échelles de traitements différents de ceux dont jouissent les indigènes. Bien que ces traitements plus élevés puissent être amplement justifiés par des circonstances spéciales, ils étaient volontiers invoqués comme constituant un grief.

Un autre trait caractéristique de la vie en Egypte a, sans aucun doute, contribué au malaise. Au fur et à mesure que les fonctionnaires anglais devenaient plus nombreux ils se mirent à vivre de plus en plus à part de la société égyptienne, et leur lieu de résidence préféré, dans 1 île de Ghezireh, a fini par former en quelque sorte une communauté autonome fournie de façon complète, comme un cantonnement des Indes, de tout le matériel approprié aux réunions mondaines, aux sports et aux exercices physiques. Cela n’a pas manqué d’agrémenter la vie des fonctionnaires, mais les a éloignés de la société des Egyptiens et a tendu à créer une enclave britannique dont les Egyptiens étaient exclus. Nous ne nous dissimulons pas les difficultés qui obstruent de part et d’autre la voie de relations libres et exemptes de gêne entre hommes et entre femmes de race et de coutume différentes, mais tout en en tenant compte comme il convient, nous pensons qu’il sied d’avouer que l’isolement toujours plus marqué de la colonie anglaise, trait caractéristique de ces dernières années, a été cause de l'éloignement qui se manifeste entre Anglais et Egyptiens et a rendu plus importun qu’il n’aurait dû l’être, le fait de l’occupation étrangère.

C’est avec plaisir que nous avons constaté les relations cordiales et amicales que beaucoup d’anciens résidents et plusieurs fonctionnaires haut placés et leurs femmes entretenaient avec leurs voisins égyptiens et nous avons pu nous convaincre de l’importance et de l intluence de ces rapports amicaux en ces moments de tension et de difficultés. Nous sommes persuadés que si plus d’efforts étaient tentés pour cultiver ces relations de voisinage, ce serait d’un grand secours. Les Anglais devraient étudier et suivre scrupuleusement les formes et usages en cours, qu’ils soient résidents ou de passage. Ils devraient se rendre compte, spécialement ces derniers, du tort tout à fait disproportionné que peut causer une infraction contre le bon goût qui, peu importante en elle-même, n’entraîne pas moins des commérages et du scandale. Les Anglais résidents ou de passage devraient viser plutôt à renverser les barrières existantes qu’à en créer de nouvelles, à pénétrer autant que possible dans la vie du peuple égyptien, à s’initier suffisamment à leur langue pour rendre les rapports sociaux possibles et agréables et à éviter les fautes de tact même minimes qui dans leur ensemble deviennent vexatoires.

Par contre, la critique assez fréquemment en- j tendue que le niveau des fonctionnaires britanniques a baissé ne nous paraît pas fondée. Il existe en ce miment en Egypte bien des fonctionnaires de haute capacité de même que dans le temps il y avait des hommes d'une exceptionnelle valeur et d’autres d’un calibre plus modeste. Mais le progrès et le contact avec d’autres contrées a beaucoup aiguisé le sens critique des Egyptiens et ils sout devenus plus exigeants que les générations précédentes, quant au degré de capacité requis.

De plus, depuis le départ de lord Cromer en 1907, il n’v a pas eu moins de cinq agents britanniques ou hauts commissaires et l’Egypte a pu se considérer quelque peu comme un champ d’expériences successives. Le résultat de ces changements répétés, dus à des circonstances fortuites, a été de développer l'indépendance des fonctionnaires britanniques qui s occupaient davantage de la bonne marche des services administratifs que de questions de politique, tandis qu’ils donnaient aux observateurs égyptiens une impression d’irrésolution et d’instabilité.

Une autre cause qui contribua au mécontement général fut l’insuccès patent du système d éducation ayant pour résultat la création d’un nombre exagéré et toujours croissant de candidats aux postes officiels nantis de certificats d’examen, mais dépourvus de réelle culture. Au début il était indispensable de dresser un certain nombre de jeunes gens de façon à les rendre capables d’occuper certains emplois dans les services de l’Etat qui jusque-là avaient été remplis par des non égyptiens et de préparer des élèvesaux études des écoles supérieures de médecine, de droit et de polytechnique. Mais ici il semble encore que peu d'efforts aient été faits, jusque tout récemment, pour reviser un système institué sous l’influence de circonstances exceptionnelles, ou pour comprendre que des conditions nouvelles voulaient des métbodesnouvelles. L’instruction, bien qu elle soit réclamée à cor et à cris par le peuple, reste peu développée. La masse de la population n’est pas seulement illettrée, mais elle manque même deformation sociale ou morale. La seule éducation, dans le sens élevé du mot, qui puisse être obtenue dans le pays est due à des institutions religieuses ou charitables pour la plupart sous le contrôle des Français et des Américains ou par l’admirable « Victoria College » qui doit sa fondation aux résidents anglais d’Alexandrie. En dépit dé ces critiques on se voit toutefois obligé de reconnaître que le niveau général de l’instruction s’est notablement élevé depuis le début de l'occupation et qu’aujourd’hui le nombre de ceux qui sont capables de s’intéresser consciemment aux affaires publiques s’est considérablement accru.

La propagande nationaliste s’exerce depuis de longues années en Egypte. L’évolution d’un esprit nationaliste sain et modéré aurait pu être vue avec sympathie et intérêt et sans doute feu lord Cromer avait il bon espoir qu’elle pourrait donner de bons résultats. Malheureusement les

| rivalités politiques entre les puissances occidentales l’ont poussée de prime abord à prendre un caractère anti-anglais. Tour à tour les nationalistes furent encouragés et combattus par l’ancien khédive, pour lecompte de ses visées personnelles. Leurs rangs se grossirent des membres d’une administration très désenchantée, qui regardaient la présence des Anglais comme la pierre d’achoppement à tout avancement et qui furent de plus découragés par un système de sélection qui permettait aux personnages influents d’obtenir la préférence en faveur de leurs amis ou de leurs subordonnés. Le nombre toujours croissant d’étudiants qui ne briguaient que l’accession aux emplois publics en récompense des réels sacrifices qu’ils s’étaient imposés pour avoir droit d'y prétendre et qui voyaient leurs projets d’obtenir un poste compromis par la compétition des étrangers, formait un instrument de propagande nationaliste dans les provinces.

Reste enfin cette impatiencé du musulman, latente mais qui survit, contre la soumission à la loi du chrétien. Qu’un musulman se voie forcé d'occuper une situation politique impliquant sa subordination à un chrétien, est contraire a l’esprit fondamental de l'Islam, et les sentiments que cet esprit a engendrés survivent longtemps après que les princi pes religieux se sont fortement émoussés ou se sont même complètement éteints. Sans aucun doute, leur existence a exercé une influence en faisant naître une prévention dont l élément religieux n’aura pas manqué de tirer parti contre le mot Protectorat interprété comme impliquant la soumission permanente d’un chef et d un Etat musulmans à un souverain chrétien. Il existe en Orient un patriotisme de religion qui constitue un sentiment plus essentiel encore que le patriotisme envers le pays et la tradition.

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