II. — L’Organisation et la Pacification
Le projet approuvé par le gouvernement général de l’Afrique occidentale comportait l’organisation de la région Kaouar-Tibesti sous la direction d’un commandant de cercle résidant à Bardai, ayant à sa disposition la 5e compagnie du bataillon sénégalais n° 3. Le commandant de cette unité devant exercer lui-même les fonctions de commandant de secteur du Kaouar, les postes choisis étaient : Bilma (50 hommes), Djado (50 hommes), Bardai (100 hommes), et Zouar (20 hommes). Deux sections meharistes, l’une vers Aney-ltchouma, l’autre vers Zouar, étaient chargées d’assurer la police de la zone désertique séparant les deux centres d’oasis.
La connaissance de l’état de guerre nécessita
CASES DU ULLAGE D’ARMA-CHIBÉ (Val Bardai),
(Phot Cap. Ma tire).
des mutations de personnel et des diminutions d'effectifs : aussi le projet fut-il modilié. Le commandant de la région étant rapatrié, le capitaine de la 5e compagnie devint chef de la région avec résidence à Bilma, et l’officier commandant à Bardai le détachement de tirailleurs fut désigné pour commander le nouveau secteur du Tibesti. Enfin, dans les débuts de 1915, l’effectif du poste de Bardai fut ramené à 80, celui de Bilma porté à 80 par suite de la suppression du poste de Djado.
Gomme il est facile de s’en rendre compte, la
compagnie était morcelée en deux fractions séparées par environ 500 kilomètres; la fraction d’occupation du Tibesti répartie elle-même en deux détachements : l’un s’appuyant sur le poste de Zouar, grenier de la S. M. n° 2, l’autre à 150 kilomètres plus à l’est, en plein masssif montagneux avec le poste de Bardai (1.000 mètres d’altitude.)
Les postes de Zouar et Bardai ( fin 19 Ik). — Le poste de Zouar, établi dans la cuvette du même nom, était à proximité d’un puits de faible débit, insuffisant pour ravitailler la colonne. Quelques misérables campements qui l’avoisinaient, abandonnés à l’arrivée de nos troupes, n’ont jamais été réoccupés depuis. Les importantes agglomérations de Mossoï, Tegahan, Yoo sont situées à une longue journée de marche vers l’Est ou le Sud. Cette grande dépression sablonneuse, qui a environ 40 kilomètres de l’Est à l’Ouest et de 10 à 15 au Nord et au Sud, reçoit un grand nombre « d’Ennera », qui descendent du Tarso-Tousside et dont les plus importants, l’enneri Aile, l’enneri Aonne ouvrent des pistes de pénétration envers l’intérieur du massif. Le « Koye » de ce grand lac de sable dans le désert est un couloir étroit de 15 kilomètres de long environ, dominé par des falaises à pic, où quelques montagnards, bien armés et bien déterminés, pourraient arrêter pendant longtemps même un fort détachement.
Construit sur le plan habituel (rectangle avec deux tambours pour les llanquements), il ne devait contenir, outre sa faible garnison sans aucune action sur la région, que les magasins de la sec-, tion montée (vivres, munitions pour un minimum de six mois.) Le sous-officier qui le commandait avait à assurer la régularité des courriers entre Bardaï et Bilma : ce qui n’était pas une sinécure.
Commencé par la colonne, pendant son long stationnement, il fut vite terminé (février 1915). Bavait ce grave défaut, d’avoir son puits à l’extérieur de son enceinte.
A Bardaï, il en était tout autrement : l’emplacement choisi par les Turcs pour y édifier leur fortin avait paru très séduisant, parce qu’il permettait d’occuper une construction dès notre arrivée. L’ancien logement de l’officier turc, pendant la construction du fort, fut lui aussi remis en état, et entre ces deux « bâtisses » la colonne s’installa sous ses tentes ou des huttes en roseaux. Après la saison des pluies, qui furent en 1914 exceptionnellement fortes, un mur d’enceinte fut élevé en pierres auquel on adossa, intérieurement, et sans aucun plan, des cases grossièrement bâties.
Il est juste d’ajouter que l’on s’attendait, à chaque instant, à l’évacuation de la région.
Le poste était donc situé dans la dépression occupée par les palmeraies de Bardaï où serpente par endroit un mince filet d’eau « natronée . Le fortin turc, bâti sur une terrasse naturelle au bord du lit de l’enneri, domine le village de Touski, un des plus pauvres de la région. La muraille rocheuse, qui borde la rive gauche du « fleuve » entre la cuvette de Dougeye, au Nord, et celle de Doudeye, au Sud, se termine à
100 mètres à peine de la face ouest du poste ; dissimulée par un rideau de palmiers, elle com mande le poste. Les talaises, qui délimitent la cuvette de Touski elle-même . très élevées dans les parties nord et sud est, s’abaissent vers l’Est, laissant communiquer facilement la région du val Bardai proprement dite avec l'immense dépression sablonneuse de Zougra.
Le site est plus pittoresque qu’à Zouar : suivant les heures de la journée, les montagnes, aux formes déchiquetées, prennent des couleurs variées; la végétation des palmiers, qui abrite des jardins, ajoute sa note spéciale à cette symphonie chromatique. Il n’est pas jusqu’au murmure discret du petit ruisseau qui ne réjouisse l’Européen de la zone désertique, sevré de la joie d’entendre ce bruit.
La région est peuplée : nous y avons recensé plus de 600 âmes; avant notre arrivée il y en avait le double; pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les villages de Kanoa, Arma-Chibé, Dougeve, Sobotogueye, Touski et Doudaye qui avoisinent le poste.
Construction du poste de Bardai [19 10-1916). — Un- plan fut adopté, mais il fallait mener de front l’exécution de reconnaissances dans la montagne, et la construction du poste avec un effectif réduit et des moyens insuffisants. Aussi, au lieu de le reconstruire entièrement sur un autre emplacement, acceptant la forme irrégulière qui lui avait été donnée, nous nous bornâmes à répartir dans l’espace délimité par le mur d’enceinte le plus de « cases >» possibles.
a) Le fortin turc. — Fortification à tracé triangulaire de 25 mètres de côté, flanquée à chaque angle par un petit bastion. Il n’avait guère résisté aux luttes violentes de 1!)14. et dans le courant de; janvier 1915, le bastion nord-ouest s’était écroulé sous le poids de la sentinelle, appuyée contre le parapet. Sa maçonnerie comportait deux murs en pierres taillées de 0"',25, séparés par un intervalle de 0,n,50 dans lequel on avait tassé du cailloutis sans aucun mortier. Les pièces qu’il renfermait, noires, sans ouvertures vers l’extérieur et pre-
- nantjour par leur porte sur la cour intérieure du fortin, étaient impropres au logement des Européens. Elles ne pouvaient convenir qu’à des magasins. Réparé, pourvu d’un mirador commandant tout le poste de la hauteur de ses murs (7 à 8 mètres), il était considéré comme le réduit de la défense et renfermait tous les vivres et toutes les munitions.
b) Le Logement du commandant . — Case rectangulaire en pierres, construite au commencement de 1915. Elle fut transformée en bureaux du secteur.
c) Une grande cas» pour le logement de deux officiers (lieutenant commandant le poste et le docteur) était terminée en avril 1915.
d) Le camp des tirailleurs, comprenant 7 bâtiments, fut installé dans la partie sud du poste et terminé en février 1916.
e) Le coffre Est futagrandi de manière à comporter un emplacement de mitrailleuse et assurer
la protection du puits. Ce dernier n’avait pu être creusé à l’intérieur du poste, la terrasse rocheuse n’ayant pu être perforée. Dans la cour du fortin turc, un mois d’efforts nous avait fait avancer de 0 m. 25 et casser toutes nos barres à mine; la couche apercer devait être d’environ 10 mètres. Il avaitfallu rechercher un emplacementà l’extérieur, dans le terrain natroné, vers le village de Touski. Entouré d’une « zeriba » et d’un mur en briques, il pouvait être défendu; pour plus de sûreté il avait été prévu qu’il serait englobé dans le coffre Est et protégé contre les inondations de la saison des pluies.
f) Enfin les améliorations suivantes devaient être réalisées avant la fin de 1916 :
1° Un camp pour les sous-officiers européens , en remplacement du coffre sud constitué par l’ancienne « cagna » retapée de l’officier turc.
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