LÉGENDE
Bâtiments et maçonnerie existant en fin igii et conservés
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Comité de l Afntfue française
2° Une grande construction pour laquelle un projet avait été fourni et des crédits accordés. Elle devait servir au logement du commandant et contenir en même temps tous les bureaux. Des approvisionnements en briques séchées avaient été constitués, et l’argent consacré à l’achat des bois nécessaires. Tous ces travaux pouvaient être terminés avant la fin de 1 année 1916, les ordres donnés à cette époque interdisant toute sortie. De plus, l’abandon de la pierre comme matériaux à bâtir, et son remplacement par les briques en argile, bien connues de nos tirailleurs, avait permis de travailler très vite.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Aussi point n’était besoin, comme certains ont cru devoir le faire, d’épiloguer au sujet d’absence
de casemates et d'abris de bombardement Le
pays s’opposait de lui-mème à tout transport de grosse artillerie et, à notre avis, le 65 m/m italien, le seulcanon dont étaient armés lesSenoussistes, ne pouvait causer de grands dommages dans les murs d’un poste, dont l’épaisseur était de plus d’un mètre de maçonnerie, pierres et briques. Le poste était très fort par lui-même, malgré sa mauvaise situation, et la constitution de trois groupes s’appuyant les uns les autres mutuellement (fortin turc, coffre Est avec le puits, coffre sud) en faisait un fort imprenable auquel personne ne son-
geait à s’attaquer.
Les moyens d'action. — a ) Le commandement. La lenteur des communications entre Bilma et Bardaï (quinze jours par courrier ordinaire) rendait très difficile l’action du commandement. Le commandant du secteur ne pouvait recevoir que des directives et était, la plupart du temps, livré à , son entière initiative. Plus lentes encore étaient les liaisons avec le territoire : les T. O. par la ligne télégraphique Zinder Nguigmi, puis par courrier à chameau jusqu’à Zouar via Bihna, enfin par piéton entre Zouar et Bardaï, mettaient plus d’un mois... Dans certains cas, estimés particulièrement urgents, le Tchad, par T. S. F. les faisait parvenir à Faya; il fallait de ce point encore quinze jours pour un courrier passant par Zouar, aucune communication directe n’existant entre Faya et Bardaï par suite de la présence des dissidents à Modrua, Yibi. La nouvelle de la déclaration de guerre parvint par cette voie et ne fut connue que vers le 20 août.
Le commandement subordonné ne put s’établir que grâce à une entente entre les deux officiers de Bardaï etde Zouar, ce dernier, quoique dépendant du secteur de Tibesti, recevant des ordres directement du commandant de la région à Bilma. De ces divergences il est résulté fatalement la mise hors de cause de la S. M. n° 2, qui, avec ses chameaux fatigués, ses hommes harassés etatteints du « béribéri » ne pouvait plus ni s’occuper de coopérer à la pacification, ni assurer la sécurité de la route Bilma-Zouar. Les courriers devinrent la proie des dissidents qui les arrêtaient très régulièrement.
b) Les effectifs — le moral des tirailleurs. Nous avons vu précédemment la répartition des troupes : avec un tel effectif, il ne pouvait être question d’abord que de: 1° construire le plus rapidement possible les postes; 2° établir entre eux des liaisons constantes par action concertée des deux détachements.
Voir venir les indigènes, manifester notre force et leur montrer que nous avions décidé de nous installer chez eux; ensuite, les gros ouvrages terminés et nos postes à l’abri des coups de force, circuler continuellement dans la montagne et
faire la chasse aux rebelles Tel était le plan
à suivre pour obtenir des résultats.
Il y avait à tenir compte de la fatigue des tirailleurs dont beaucoup avaient enduré des priva-
tions pendant toute la colonne, et supporté avec des vêtements en loques les rigueurs d’un premier hiver en montagne. Les détachements de relève n’étaient guère plus enthousiastes. Le pays était sans ressources, sans kola, sans tabac, sans dioulas, avec des courriers très irréguliers. Ils n’étaient pas autorisés à vivre avec leur famille et ils appréciaient peu de manger du riz pendant toute l’année. Enfin chaque détachement comprenait un petit lot de mauvais sujets pour lesquels l’envoi au Tibesti était une punition.
c) Les reconnaissances et opérations. Nous les exposons par ordre chronologique ;
Février 1915. — Zoumri.
Mars. — Les sources chaudes de Soborouni, le Tarso- Touri.
Avril. — Contre-rezzou à Abo-Turkou.
Mai. — Escorte de l’Azalay d’été.
Juin-Juillet. — Aozou.
Août. — Contre-rezzou Abo-Toudoul’ou.
Septembre. — Liaison avec Zouar.
Octobre. — Visite du commandant Tilho à Bardaï et liaison avec la section N°2.
Novembre. — Rezzou vers Mechcur (Abo-Aozou).
Décembre, — Escorte de la caravane d’hiver.
Janvier 1916. — Enneri Arraye et Toudoufou.
Février. — Zoumri.
Mars. — Opérations autour de Bardaï contre le rezzou revenant de l’Ennedi.
Avril. — Escorte de la caravane d’été et opérations contre Abo.
Mai. — • Zoumri.
d) Les résultats. — 1° En ce qui concernait la pacification, elle se faisait lentement; et si l’on n’avait pas encore obtenu la soumission de tous les réfractaires, il était permisd’espérerà bref délai une situation satisfaisante, sauf pour la région d’Abo. Vers la mi-1916, Zouar était soumis, Zoumri était tranquille et venait d’être l’objet d’un pillage par un rezzou d’Abo, Yibi commençait à sentir l’action des troupes du Tchad ; enfin Aozou venait insensiblement à nous.
2° Nous n’avions pas pu empêcher la formation, ni le départ des rezzous teddas. Mais dans toutes les occasions, nous pouvions fournir, avec précision, des renseignements sur l’objectif, la route suivie, l’effectif du rezzou. Comme nous l’avons vu, le manque de communications rapides ne nous permettait pas de prévenir à temps les régions menacées. Nous seuls pouvions prévoir à coup sûr l’enlèvement de nos courriers et faire
d’avance notre sacrifice Une seule fois, il fut
possible de faire parvenir au commandant Tilho l’avis qu’un rezzou de 100 fusils, et 60us la direction de Barkad ji-Kosso, se dirigeait vers l’Ennedi, en suivant la bordure orientale du massif tibestien. Ces pillards furent reçus par des populations prévenues, armées; il ne put réussir et, poursuivi par les troupes du Borkou jusqu’à Doumar, il fut obligé de se jeter dans la montagne et essaya de se venger sur le Zoumri. En plusieurs autres circonstances, il eût été possible d’opérer de même pour l’Aïr ou le Kaouar, si nous avions eu la T. S. F.
3° Un service de renseignements assez bien organisé, et largement muni de fonds nous per-
mettait de suivre assez attentivement, non seulement les événements locaux, mais encore ce qui se passait sur nos frontières, soit à KoufTra, soit au Fezzan. L’interprète du secteur Mahmadou Bellah, s’était vite familiarisé avec la langue du pays et, tout en nous aidant dans nos études, rendait de grands services dans la formation des agents. Il fut remplacé en 191 G par un jeune interprète qui De parlait que le haoussa Quant
au fidèle serviteur qu’était Mahmadou, il est tombé bravement victime de son courage, en décembre 1916, au cours d’un combat aux envivirons d’Agades, entre la méhalla de Khaossen et l’escorte de l’Azalay, rentrant de Bilma.
Il nous souvient, à ce sujet, d’avoir signalé, au début de 1916, certains renseignements relatifs à une expédition préparée par les Senoussistes contre Agadès et Zinder. Les paroles prôtées-pour la circonstance parles différents agents ou caravaniers que nous avions pu interroger, soit à Sidi Mohammed Labid, soit à Khaossen, étaient : « Lorsqu’on veut faire tomber un arbre, ce n’est pas aux branches que l'on s’attaque, mais aux racines. » Pour conclure sur cette question, il est certain que si Bardai n’avait pas été évacué précipitamment en juillet 1916, l’attaque d’Agadès, en décembre de la même année, aurait pu être prévenue; il n’y aurait pas eu surprise et des vies humaines précieuses et des dépenses inutiles auraient été épargnées.