KANKAN. PLACE DE LA VIEILLE MOSQUÉE UN JOUR DE GRANDE PRIÈRE
quand on voyait sur un mamelon recouvert de sable les restes d’un vieux temple musulman, bâtiment carré, réduit à des lambeaux de murs et aux contreforts des piliers de soutènement de la terrasse disparue, encore imposant par sa masse auprès des petites cases qui lui cédaient la place ; quand, sur le fond de lumière du ciel, se dressaient les panaches dépaysés des quelques dattiers stériles du voisinage, ce sable, ces palmiers, ces ruines, cet espace nu restituaient à l’Islam atténué du tropique un peu de l’austérité et de l’aridité de son berceau arabique.
Au cours des premiers mois de l’année 1917, la mosquée a été refaite. Elle a subi dans son architecture l’influence du climat et de l’évolution des temps : si la grande salle des prières a conservé un plan quadrangulaire, elle a été, en sus de sa terrasse, protégée par une immense rotonde de chaume.
Néanmoins, quand, à l’heure du Maghreb, de-
là main, poursuivent le passant « toubabou » de bon” zourrrou retentissants; d’autres, assis en cercle, font virer sur des petits vans de grosses I graines machinées en totons; parmi les cases,
: des « sonkourous » aux poitrines de marbre noir, j et des matrones aux chairs tombantes, scandent, à coups réguliers, le bruit du pilon au moyen dui quel elles décortiquent le riz du repas du soir. C’est aussi l’heure où les petits bœufs fauves du pays rentrent au bercail, conduits par de mai- ' grès bergers peuhls, pendant que quelques bourricots placides se laissent encenser avec conscience, sans doute pour se préserver des insectes nocturnes, par la fumée des ordures nue l’on brûle et qui, au crépuscule, enveloppe toute la ville nègre j d’un brouillard épais et suffocant. On est bien ( dans ce « beled es’Soudane » que décrivaient les ! anciens voyageurs arabes, pays trempé d’Islam, i sans doute, mais pays des Noirs, pays des rives du vieux Niger.