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Quinze ans après, le chiffre des transactions effectuées par les maisons de commerce de la seule place de Kankan approchait de 5.000.000 de francs, non compris le commerce de detail et le colportage indigène.
Les projets de grands travaux publics d'avant la guerre envisageaient le prolongement du chemin de fer Conakry-Kankan d’une part, et en premier lieu, sur Beyla, pays des colas, en second lieu sur Bougouni, un des centres de la pro- M'ince, riche mais malheureusement dépeuplée, du Ouassoulou. Si le terminus actuel devenait simple station de bifurcation, il perdrait sans doute une partie du trafic des territoires traversés par le futur rail, et il devrait chercher de nouveaux éléments de prospérité exclusivement dans une mise en valeur plus rationnelle et plus intensive des régions situées dans son rayon d’action immédiat.
Mais les programmes de grands travaux publics récemment arrêtés ont placé en seconde urgence les embranchements ferroviaires de Haute-Guinée partant de Kankan, qui conserve ainsi sa place de centre principal des pays mandingues du Haut- Niger.
Ceux-ci ont, indubitablement, pâti de la baisse du caoutchouc sauvage, qui constituait leur richesse essentielle. Les cuirs venaient en second rang; mais, malheureusement, les épizooties en ont, sinon tari, du moins réduit la source. De plus, la guerre a enlevé au pays le meilleur de sa main-d’œuvre, car les tirailleurs qui reviennent de l’armée n’ont plus guère d’inclination pour les travaux des champs ; et il serait préjudiciable que de nouveaux recrutements intensifs vinssent diminuer encore le matériel humain.
Les cultures vivrières sont devenues les éléments principaux de la vie économique du pays. Malgré les efforts réalisés et les résultats obtenus dans l’emploi des charrues et des bœufs, celui-ci est loin d’être généralisé; et c’est 1a. houe, le daba, qui constitue toujours l’outillage ordinaire des paysans mandingues ; et ceux-ci, si laborieux soient-ils, ne peuvent produire beaucoup que s’ils sont nombreux. Or, la guerre, puis la grippe sont venues les décimer.
Cultivateurs ou commerçants, pleinement attachés à la cause française, car c’est l’intervention de nos colonnes qui les a sauvés de l’anéantissement, héritiers d’une civilisation propre véritai ble, ils ne demandent qu’à fournir au négoce | européen les produits que celui-ci leur demanî dera — pourvu que ce soit dans des conditions raisonnablement rémunératrices — - et à lui acheter des articles d’importation — pourvu qu’ils soient en mesure de les payer. Mais ils ont besoin d’être guidés, aidés, encouragés. Il faut, surtout,
; qu’ils constatent dans les résultats, les avantages qu’ils ont à cultiver telle ou telle denrée.
| Quoi qu’il en soit, le commerce intérieur entre ! indigènes ou résultant de l’échange des différents | produits locaux maintient dans le pays notre acj tivité constante et Kankan aura toujours, comme | ville, une place de premier ordre parmi les
grands centres de l’Afrique occidentale française, avec, dans la partie haute du bassin du Niger, à l’entrée du pays des colas et des forêts, un rôle- similaire à celui que tiennent, dans la partie moyenne du fleuve, Bamako et Mopti, ou à celui qu’avait autrefois, aux contins du désert, Tombouctou la Mystérieuse.