ORIGINES ET LÉGENDES DE KAN KAN ET DU BÂTÉ
(i d’après les traditions locales )
11 y a longtemps, mais bien après le partage de l’empire mandingue, vivait au Diafonou (i), dans le pays Marka, un Sérifou du nom de Kabalaye. Il était T arrière-petit-fils d’un Arabe de La Mecque, appelé Mouça l’Arabou, qui était luimême un descendant d’Hamidiatou, oncle de Mohammed le Prophète. (2)
Kaba-laye habitait au Diafonou, avec une famille de Doukouré, qui étaient des Marka (3) comme les autres gens du pays, et il eut huit enfants, sept garçons et une fille.
Son nom, qui est la prononciation à la manière des Noirs de Kaba el Hadj (Kaba le Pèlerin), lui venait de ce qu’il était allé, par trois fois, à La Mecque, accomplir le pèlerinage rituel.
Et l’on raconte qu’à chacun de ses voyages, au moment où il se présentait devant la Pierre Noire, au Temple de la Kaaba, on lui avait déclaré : « Tu as, dans ton pays, une fille, du nom de Mariama; sache que la baraka (la bénédiction) qu’elle tient d’Allah est plus puissante que la tienne. »
De retour au Diafonou après son troisième pèlerinage, Kaba-laye, quelque peu dépité de ce que la grâce divine dévolue à sa fille primât la sienne aux veux des puissances divines, dit à Mariama, (pii était surnommée « gboué », c’est-à-dire la « Blanche », soit à cause de son teint clair, soit à cause de sa sagesse : « Je vois bien que tu es une « ouâli » (une sainte), puisque, sans avoir supporté les fatigues du voyage, tu as acquis tout le mérite des pèlerinages que j’ai effectués à grand’peine. Sois donc mon éducatrice dans la religion, je t’en prie, et transmets-moi la bénédiction dont tu as été gratifiée. »
(1) Le Diafonou est un canton du cercle de Nioro, dans le Sahel, au nord du Sénégal.
(2) Selon les traditions islamiques,- Mahomet ou Mohammed, fils d’Abdallah, fils d’Abd el Motalleb, fils de Hachem, de la tribu des Coreïschitcs, avait été élevé par son grand-père. 11 avait neuf oncles paternels. L’un d’eux, Hamza (prononcé Mamidiatou par les noirs), aurait été un des premiers adeptes de la nouvelle foi prêchée par le Prophète.
(3) Désignation malinkée de ceux que l’on appelle aussi Sarakollé ou Soninké.
Mais Mariama gboué lui répondit : « Ce n’est pas à toi, ô mon père, ni à ma mère, ni à n’importe quel de mes frères, que doit revenir ma baraka; mais seulement à mon cadet de même mère, Abdo uralnn ami. »
Alors, Kaba-laye lui dit : « Plusieurs des familles de Marka du Diafonou me sollicitent pour que tu agrées de devenir l’épouse d’un de leurs jeunes hommes. Puisque tu ne peux nie transmettre ta bénédiction, veux-tu, ô Mariama, afin qu’elle demeure dans notre race, te marier avec l’enfant de mon fils aîné, Tisati, que l’on nomme Ibrahima? »
Mariama y consentit, et, après leur union, elle eut d’ Ibrahima un fils, qui fut appelé, comme son grand-père, Tisati.
Quand les frères de Douramani — ainsi appelait-on souvent Abdouralunani — connurent la prédilection qu’avait pour lui leur sœur, ils furent pris de jalousie et le détestèrent.
Douramani était alors parti à. La Mecque, pour accomplir le Pèlerinage sacré. A son retour, ses frères se concertèrent pour le trahir. Et, un jour, ils l’invitèrent à aller chasser avec eux dans la campagne, dès l’aurore du lendemain.
Par la grâce d’Allah et de sa baraka, Mariama gboué eut un pressentiment du complot. Pendant la nuit, elle vint dans la case où dormait son frère, l’éveilla et lui dit : « Les fils de notre père ont formé le dessein de te perdre. Il ne faut pas aller avec eux hors du village ! » Et, pour que ses soupçons n’apparussent point, elle jeta sur le foyer de l’eau qu’elle recouvrit de sable, et instruisit Douramani sur ce qu’il avait à faire.
A l’aube, quand ses frères jaloux vinrent le chercher pour le départ, il leur déclara : « Hélas! mes frères, j’ai été malade toute la nuit, je ne puis vous accompagner. Voyez, sur le foyer, mon vomissement recouvert de sable. Laissez-moi, et partez. »
Après qu’ils se furent éloignés, IVlariama, restée seule avec lui, le prit par la main : « Pour échapper, ô Douramani, à la trahison de tes ennemis, dit-elle, il est nécessaire que tu quittes ce pays. Je sais une contrée, lointaine, qui a nom Bâté; elle est habitée par des Infidèles; ruais toi et ta race devez y acquérir de grandes richesses et une puissance considérable. Tu t’y rendras et t’y arrêteras. Je ne puis te guider moi même, car j’ai ici un époux et un fils que je ne saurais abandonner dès à présent, mais je puis te montrer le chemin. »
Elle l’emmena hors du village, portant sur son dos Tisati, son fils-, qui tétait encore. Lorsqu’ils se trouvèrent à l’écart des habitations, elle se pressa le sein : du lait qui jaillit, elle frotta les yeux de son frère, et il aperçut, comme en songe, un baobab énorme, non loin d’un grand fleuve.
« Par la vertu de ma baraka, que je te transmets, dit Mariama gboué à Douramani, tu ne perdras pas de vue cet arbre, bien qu’il soit fort éloigné. Je vois, auprès de lui, un village, appelé Kabala, qui sera fondé par toi- Tu y vivras quarante années, pendant lesquelles ni toi, ni les
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liens n’aurez à subir aucune infortune, ni à craindre aucun ennemi. A une petite distance de là, se trouve un village de Musulmans; prends garde de n’y pas pénétrej* avant de m’avoir revue. J Le chef du Bâté doit sortir de Kabala; il faut j m’y attendre; dans sept ans, mon mari sera mort et j’irai te rejoindre. »
Et Douramani partit. Après avoir marché pendant bien des jours, guidé par l’image du baobab que ses yeux ne quittaient pas, il atteignit l'endroit que lui avait indiqué Mariania. On voit encore aujourd”lmi les rejets de l’arbre miraculeux auprès duquel il éleva sa case, entre Diangaiia et (Juirilan, pour fonder Kabala. Mais il n’y a plus de traces du village.
Sept années après, Mariania gboué, devenue veuve, vint le rejoindre, ainsi qu’elle le lui avait promis. Elle était accompagnée de son fils et d’une petite tille de la famille des Silla du Diafonou, dont elle voulait faire la première femme de Tisati. Et lorsque Douramani vit arriver sa sœur, il s’écria : « I kân’nâra! » Ce qui signifie :
« Votre parole est advenue! » Ce nom de Kânnara ou Kandara resta à Tisati et à ses descendants, et leur famille, dont on trouve des rameaux à Aliamonouba, à Karfamoréa, à Médinani, et en petit nombre à Kankan, passe pour donner les gens les plus obstinés dans leurs desseins parmi les Kaba.
Mariama demeura auprès de son frère, jusqu’à ce que Tisati fût devenu grand. Elle l’envoya alors à Aliamonouba et décida d’aller habiter ellemême au lieu appelé Késona. Mais, 'avant de partir, elle alla trouver Fodé Ansoumani Kakoro, chef du village musulman de Diangana, qui était la localité dont elle avait dit à son frère qu’il ne devait pas y pénétrer avant elle, et elle lui demanda son alliance contre les Bâmanas infidèles. Ensuite, elle se rendit à Késona. Elle y mourut. Fodé Ansoumana cacha son corps et ne voulut pas même montrer sa tombe à son lils et à son frère : « Peut-être, leur dit il, s’est-elle envolée! ». Et, aujourd’hui encore, nul ne saurait dire l’endroit où Mariama gboué fut ensevelie, bien qu’on le cherche toujours, car ce serait un grand bonheur pour celui qui le découvrirait.
Telle est l’histoire de Mariama la sainte el des origines merveilleuses de la fortune du Bâté.
En ce qui concerne la fondation de la ville de Kankan, on raconte que, dans le temps de la venue de Douramani Kaba, il y avait déjà, dans le Bâté, cinq groupements de Musulmans d’origine Marka. C’étaient, à Diangana, les familles de Fodé Ansoumani Kakoro et de l\lori Bine Kaô; à Siséla (aujourd’hui Fadougou), celles de Mamadou Cissé; à Binko, dans le Gouérédougou, celle de Séku Tourc, ancêtre de Sainori et des Touré des pays sousous de la Mcllacoréc; près de Makono, celle de Foulamoro Néité; à Médinani , celle de Modi Moue a Douguunoho, propriétaire de la Salaman’dala, la grande marc sacrée de Kankan.
Les habitants les [dus nombreux, de beaucoup, étaient des Bâmanas infidèles.
Suivant les conseils de Mariama gboué, Doura-
mani s’était acquis l’alliance de deux de leurs chefs parmi les plus puissants : llamudou Kéning boa Dia, qui était à Foncé, et Férémori Fondé, seigneur du Sankaran, dont il ava'it obtenu la fille comme seconde femme.
Les autres rois bambaras de ïa région, Koutnban Sot/ia, Sakoro Daranwéli, Gbouéléma Maréng qui étaient dans le Kouroulamini (1), cl dont le dianiou était alors Taraoré — et Kankan Konaté (2) qui résidait dans le village indiqué par les baobabs que l’on voit un peu en amont du port de Kankan, sur la rive gauche du Milo, décij dèrent d’entrer en guerre contre Douramani, j quand ils virent que les Musulmans devenaient plus nombreux.
Mais, grâce au secours divin et avec l’aide de ses alliés, Douramani fut trois fois victorieux : il défit les bandes des Infidèles au voisinage de remplacement de Kankan, une première fois du côté où devait s’élever plus tard Karfamoréa (3). ensuite à Fourouban, ensuite au gué du Milo,. Les Bambaras vaincus sç retirèrent, les uns dans leur territoire du Kouroulamini, les autres sur la rive droite du fleuve.
Plus tard, Douramani eut à combattre contre Firin’kiri Maman, de Niamana, dans le Gouérédougou; et ce fut sa dernière guerre.
A sa mort, il laissa quatre enfants mâles : Fodémori ba, à qui son père avait donné, en signe d’amitié, le nom de son allié, Fodé mori Kondé, Diakaria, Modi Aliou et Fade' Daouda Kaba, qui résidaient respectivement à Kabala, à Soumankoij, à ISafadié, à Koulounkalani. On raconte que Fodé-Daouda avait fait à Koulounkalani (près du Débékoro, sur la route de Makono), de liés grandes cultures. Envieux de ses richesses, Fodé mori ba, son frère aîné, lin ordonna d’abandonner Koulounkalani et d’aller se fixer à Ban gai an. Fodé Daouda, docile, s’inclina. Il cessa de cultiver la terre pour se livrer à la pêche. Bientôt, ses greniers furent remplis de poissons séchés. Fodé mori ba, voyant ses nouvelles richesses, s'irrita encore et, cette fois, il l’envoya près du
(1) Koumban, Sakoro da, Gbouéléma sont des villages du canton de Kouroulamini, situé dans lo Sankaràn, au sud-ouest de Kankan.
(2) Ce nom de Kankan Konaté fait présumer que son village s’appelait connue la future ville avant l’arrivée des Kaba. D’autre part, suivant les traditions du Guérédougou (canton du Sankaran, à l’ouest de Kankan), remplaceraient de la ville se serait nommé primitivement « Bourén’lo », du nom d’une plante qui y pullulait ; et quand l’aïeul des Kaba arriva dans le pays, qui aurait alors fait partie du Sankaran, lo chef des Kondès, Siakiriba, en l’autorisant à s’installer, aurait placé près du gué du Milo un de ses propres parents, « Bd ma Kankan » comme une barrière sur le fleuve, afin de protéger les Musulmans à l’encontre des incursions des idolâtres de la rive droite.
Ainsi qu’il est fréquent dans les traditions indigènes, les occupants successifs du même territoire ont adapté à leui'S légendes particulières le récit d’un même fait, afin de s’attribuer le bénéfice et les titres qui leur paraissent devoir en résulter.
(3) A 4 kilomètres au nord-nord-est de Kankan, sur la rive gauche du Milo.
gué du Milo, « Bd ma km kan (1; », « comme une barrière sur le fleuve », pour qu'il garde le passage contre les incursions possibles des ennemis de la rive droite. Et le nom de « Bd ma kan kan », simplifié en « Kankan », resta au village qu'il fonda en cet endroit.
Daouda eut un fils : Fodé Torhoma, dont les quatre garçons, Diamô almami , Diamô don, Soaré fédé et Tounkara Souleymani, construisirent les premières cases des quatre quartiers de Kankan. Celles de Diamô almami et de Diamôdou, fils d’une même mère, constituèrent l’origine des grou^ies de Kabada, de Salaman'da, et de Timbôn’da ; celles de Tounkara, Souleymani et de Soaré fédé, l’origine du groupe de Banankoroda.
Diamô almami fut chef du Bâté. Après lui se succédèrent, de père en fils ou d’oncle à^neveu : Kabadiangana Mamodou, N’Kô Mddi, Kaba Mamôdou, Marnadi, Alfa Mohammodou, Diénabou i-'adima Mori.
Un des fils de Kaba Diangana Mamodou, Alfa Kâbiné, est demeuré célèbre par sa ferveur religieuse et le rôle qu’il joua quand les bandes du fameux Kondé Bourama firent incursion dans la région, détruisant Kankan et obligeant les Kaba à s’enfuir jusqu’au Foula-Diallon (2). C’est à ce moment, dit-on, que disparurent les nombreux manuscrits arabes qui constituaient une des richesses des marabouts de la ville. Alfa Kâbinè fut le guide des fugitifs au travers du Fouta. Kondé Bourama poursuivit sa marche jusqu’à Karavel, dans le Hakoun'dé-Mayo (3) ; mais la ruse des Foulbé eut raison de sa force, et il trouva sa perte dans leur pays (4).
Alfa Kabinê ramena ensuite les siens dans le Bâté, combattant sur sa route les infidèles du Sankaran, et il releva Kankan de ses ruines.
(1) Mot à mot, Bâ-ma, sur le fleuve, Kankan, tout près et pour barrer le passage ; la particule Kan-' kan indiquant une idée à la fois de contiguïté, d’obstacle et de défense.
(2) On rencontre de leurs descendants au village de Téliko. près de Mainou. Un des leurs, Maliki Kaba, fut un des alliés de la première heure de Karamoko Alfa, fondateur de l’Empire peuhl du Fouta Diallon, qui installa Maliki d’abord sur l’emplacement actuel du poste de M.amou, appelé alors Tôngol, puis, après divers changements, à Téliko, où fut élevée la mosquée.
(3) Dans le centre du Fouta-Diallon, entre Ditinn et Labé. Le H akoun dé-Mayo est le nom d'un des anciens « diwandé » (au singulier, dioual), du Pouta. Mot à mot : « entre les eaux », parce que le pays .est situé entre deux cours d’eau ; le Téné et le Bafing.
(4) On lui avait prédit qu’il devait se défier des femmes peuhls au teint clair. Pourtant, il ne sut pas résister aux attraits d’une jeune fille, rouge de peau, que les Foulbé lui offrirent. Une nuit, cette femme se leva, répandit de l’eau sur les approvisionnements de poudre de Kondé Bourama. et avertit les hommes de sa race. Les Peuhls attaquèrent peu de temps après, les guerriers de Kondé Banama. qui ne purent se servir de leurs armes. Us furent presque tous massacrés. I^eur chef, poursuivi et traqué, périt à son tour quelque temps après, selon les uns près de Labé, selon d’autres dans le Kanea (cercle de Forécaria).
Cependant, il ne lut jamais chef; il ne se maria pas et n'eul pas de descendance, ayant consacré sa vie à s'instruire et à prier.
iN’Kô Madi, Kaba Mamôdou, Marnadi, ont laissé peu de souvenirs. C’est au temps de l'un d’eux qu'en juin 1827, Caillié passa, premier Européen, à Kankan, sous le costume d’un marabout maure. 11 raconte, dans la relation de son voyage, que le chef de village de Kankan, qu’on appelait « dougoutigui », était un nommé Mamadi San’si, et que les gens du Bâté étaient alors en guerre avec le Bouré (dans le cercle de Siguiri actuel).
Alfa Mohamôdou, successeur de Marnadi, résida presque constamment à Nafadié, dans le nord du canton, où l’on montre la grande mosquée construite selon ses plans.
Il est resté un des chefs pour lesquels on a conservé le plus de vénération. Il fut un grand guerrier, en même temps qu’un homme pieux, sage et instruit. On le considère comme un saint, car un arbre à feuillage épais, et inconnu auparavant dans la région, a poussé miraculeusement sur son tombeau. Et l’on va, aux heures graves, sacrifier là des moutons à tête noire et des bœufs sans tache, afin de se rendre propices Allah et les mânes du défunt.
Venu au commandement vers 1840, Alfa Mohamôdou — Kankan Mamôdou, comme l’appelaient les Malinkés - — fit connaissance d’El Hadj Omar (Seïkhou Oumarou), alors que celui-ci passait près de Kankan, revenant de son pèlerinage à La Mecque. Il alla se fixer quelque temps auprès de lui, à Diékonko , où il reçut Vouird' des Tidiania, Revenu dans le Bâté, il fit des adeptes et le Tidianisme supplanta, chez presque tous les Malinké mori — les Serifou exceptés — - le Kadirisme précédemment en vogue. Les membres de« familles, généralement d’origine marka, qui, depuis le temps de Douramani. étaient venues se grouper autour des Kaba : Sitourou ou T ouré, Kâo, Gassama, Diakha, Bérété, Safé, Fadiga, Bagayorko, Sawané, Silla, Daramé, Bérété, Kourouma, Koumara, Kôma, Néïté, imitèrent Kankan Mamôdou. reçurent Fouird’ du cheik Omar, récitèrent son dzikr et se coiffèrent, en place du fez, du bonnet blanc, dit « tidiani », qui fut comme leur signe de ralliement. De ses relations avec El Hadj Omar, Mohammodou Kaba conserva le titre d’Alfa (El fâkih, le savant), qui est répandu beaucoup plus chez les Peuhls ou les Torôdo que chez les Mandingues.
Il voulut, lui aussi, entreprendre la guerre sainte; il s’attaqua au Ouassoulou et conquit un territoire important, sur la rive droite du Milo: mais, bientôt, il rencontra un adversaire sérieux, Dié di Dimési, ou Guimessi, qui vainquit ses troupes à une dizaine de kilomètres de Kankan, là où l’on voit encore actuellement, entre les villages de Sabadougou et d’Ouloudougou. un entassement de grosses pierres.
Ges pierres furent apportées, dit-on, par les guerriers de Diédi, quand ils se comptèrent avant la bataille. Une légende plus secrète veut qu’au-
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dessous des pierres, une jeune fille couverte de parures ail été enterrée vive. Les Musulmans vaincus furent poursuivis jusque dans l’intérieur de Kankan. Diédi ne fut arrêté que près de la mosquée, devant le réduit fortifié qu’habitait Mohannnôdou.
Dans une sortie, les Malinké-mori réussirent à rejeter au delà du fleuve les guerriers de Diédi, qui fut tué. Le colonel Peroz conte, dans sa brochure, L'Empire de VAlmami émir Samory où empire du Ouassoulou, que, d’après la légende (1), Diédi avait un tapis magique lui permettant de voyager dans les airs, et qu'au moment où il fit donner l’assaut par ses guerriers, comme il passait sur son tapis, au-dessus de la mosquée, Allah l’en précipita pour venger l’affront fait à son temple.
Alfa Mohanimôdou reconquit une grande partie du Ouassoulou. Il guerroya contre les Kondé du Sankaran, les Konaté du Toron, les Mandingues des cantons situés sur les rives du Milo, au nord du Bâté (2). Ses fils étaient les chefs de ses troupes. L’aîné, Laimini-ba, fut tué devant Kofoulani (3) ; Oumarou-ba, qui s’était emparé, dans le Sankaran, de la ville de Bagoué, clef du passage du Niandan, sur le chemin de Farana, y fut assiégé à son tour, fait prisonnier, el conduit de là. à Morigouédougou (4), où on le décapita.
Son cinquième fils, Hamadou Habibou, périt au cours des guerres soutenues contre le Ouassoulou ; le quatrième était mort au Fouta-Diallon. Quand Alfa Mohamôdou s’éteignit, il laissait cependant encore plusieurs fils, dont trois : Diénabou Fadima Mori, D bayes et Sankariba Karamako, ont joué un rôle important dans les luttes de Kankan contre Samory et dans la conquête de la région sud du Soudan par Gallieni et ses lieutenants (5).
Diénabou Fadima Mori, ou tout simplement Mori Kaba, est mort en février 1916, ayant pour successeur son fils Soufiana. Avec lui disparaissait un survivant des épopées africaines du début du nix0 siècle, auxquelles la paix française est venue, en Haute-Guinée, mettre un terme définitif.
(1) Cité par M. Arcin, dans son Histoire de la Guinée française.
(2) Kourouma du Bali Makana, — Kamara du Diôma.
(3) Village dans le nord du Bâté.
(4) Dans le Bassando, sur la route de Kissidougou, à 35 kilomètres de Kankan, et près du Milo, rive gauche.
(5) Cette période de l’histoire du Soudan a fait l'objet de relations et d’ouvrages divers, tels que : L'Empire de l'Almami émir Samory ou Empire du Ouassoulou, par le capitaine Peroz (Besançon, 1888) ; — les articles Ouassoulou ou Etats de Samory, et Kankan, du Dictionnaire de Géographie universelle de Vivien de Saint-Martin ; et surtout : Mes Campagnes au Soudan français (1887-1888), par le général Gallieni, parues en 1890, dans Le Tour du Monde, et suivies d’un compte rendu pittoresque de la mission Peroz et Plat au Ouassoulou (1887), mission au cours de laquelle ils allèrent trouver Samory, alors dans toute sa splendeur, à Bissandougou. Voir aussi VIHstoire de la Guinée française, par M. Arcins.
BIBLIOGRAPHIE
La France d aujourd’hui et ses colonies, paf Henri Busson. Joseph Fkvre et Henri Hauser, \ vol. in 8 avec 79 gravuree et 94 cartes dan* le texte : 14 francs. Félix Alcan 108, boulevard Saint-Germain.
Fidèles à l’enseignement de Vidal de la Blache, les auteur* ont tenté de donner un tableau de la France, en ses diversités régionales, à la fois si nettement caractérisée* et si harmonieusement fondues dans une unité supérieure.
Leur attention s'est portée surtout sur la vie économique de ces régions et sur celle du pays entier, vie si profondément troublée par la guerre. Ils ont essayé au milieu des phénomènes passagers de noter des changements durables.
Ils ont réintégré, à leur place et dans leur cadre, nos provinces de l’Est, heureusement recouvrées. Ils ont fait une place que les lecteurs ne trouveront pas trop large, à la France du dehors, à ce magnifique empire colonial où la métropole doit s’approvisionner de plus en plus de denrées et de matière* premières.
Des croquis, des diagrammes, des figures documentairés rendent la lecture de ce livre attrayant.
On remarque que sur 68t> pages, près de 190 sont consacrées aux colonies. C’est une bonne proportion. Dans cette partie les cartes et diagrammes «ont particulièrement abondants et le livre se termine par des vues très judicieuses sur la plus grande F’rance