SITUATION POLITIQUE DU SOUS
Examinons maintenant la situation du Sous dans son ensemble. La vallée même est au calme depuis le Bas-el-Üued jusqu’à Agadir. Elle n’a à redouter que les entreprises de quelques pillards : des Erguita, Ida-ou-Zal, lda-ou-Mahmoud qui. une fois leur coup fait dans la région boisée d’arganiers. regagnent leurs montagnes inaccessibles. Le pacha deTaroudant a, par des opérations de police fréquentes poussées jusqu’aux contreforts de l'Atlas, assuré la sécurité relative de la route Maghzen dans la traversée des Ifaouara.
l (1) Sur lesquelles s'est livré le combat du 11 avril 1017.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE -
Eu se rapprochant vers la mer, on pénètre sur le territoire des Ksima. Des postes d’assès (^jalonnent la route, patrouillent dans la forêt d’arganiers qui s’étend jusqu’au pied de l’Atlas. Deux tribus turbulentes fournissent des bandes armées toujours à l'affût d’un bon coup à faire : les. Mesguina-Gueblaniin et les lfesfassen Ida-ou- Tanan. Les Mesguina-Gueblaniin sont sous l’autorité nominale du caïd Mtouggui.
Les Jda-ou-Tunun sont encore en partie insoumis. Les Aït-ou-Azzoun, fraction du Nord et Nord-Est, ont fait à Marrakech acte de soumission au Maghzen par l’intermédiaire du caïd Mtouggi.’ Les Ahl-Tinkert se rallient autour de leur chef Bou Naga, qui par ses attaches avec son beau-, frère le chikh Saïd Tigzirin, des Aït-Tameur, penche vers la soumission. La troisième fraction, les lfesfassen, touche plus directement Agadir, elle est travaillée par le caïd lvsimi qui a entamé des pourparlers avec les autorités françaises. Ainsi, la confédération des Ida-ou-Tanan. malgré une ardente propagande entretenue avec soinpen dant la guerre par les agents d’El Hiba, se dissocie. La grande route qui reliera Marrakech à Agadir à travers l'Atlas et sera terminée au printemps, permet dès maintenant de se rapprocher du centre religieux des Ida-ou-Tanan : la zaouïa de Sidi-Brahim ou Ali de Tighanimin. De très nombreuses reconnaissances d’avions effectuées par l’escadrille de Marrakech ont permis de relever les principales vallées de l’Atlas, d’en dresser la carte et d’identifier les villages et la fameuse zaouïa, tandis que de Mogador,les routes de pénétration escaladent le plateau des Ida ou Bouzia pour se rapprocher de la zaouïa d’Issoukal ; chez les Aït-ou-Azzoun , une route va pénétrer chez les Aït-Aissi et une autre se dirige vers les Ahl-Tinkert.
Ainsi isolés, encerclés et travaillés politiquement, les Ida-ou-Tanan se rendent compte qu’ils ne pourront plus échapper longtemps à l’autorité du Makhzen et rester dans l’isolement.
D’ailleurs, ils peuvent en venant à Agadir, se rendre compte de notre volonté chaque jour affirmée de donner à notre occupation de la vieille citadelle portugaise un caractère définitif. — Un abri à barcasse et une jetée de 300 mètres se construisent; on détermine l’emplacement de la ville nouvelle, on étudie l’adduction de l’eau, on y précise la propriété et on achève l’installation du camp militaire. Ainsi se prépare l’ouverture du port d'Agadir au commerce et à la pénétration européenne.
Au sud de l’oued Sous, l’ Anti-Atlas est dans un calme relatif. Le pacha de Taroudant, El Hadj Hoummad étend son influence sur les Ida-ou Zekri, les Ida-ou-Zeddout, les Indouzal.
Le pacha de Tiznit, Si Taïetrel Goundafi, naïb du Makhzen pour la zone sud, étend son influence sur la confédération des Ghtouka de la plaine et de la montagne, sur les Ida-ou-Baquil et Ouled- Djerrar. Il maintient le contact avec le Tazeroualt,
(1) Gardions.
les Aït-Brihim', les Ahl-Sahef, les Aït-Yazza et jusqu’à Tamanart et au Tatta.
Au delà de cette couverture politique il reste deux centres d’hostilité procédant encore de l’agitation créée par El lliba : l’un autour de Kerdous groupant les Iboudraren-Ida-ou-Semlal , les Mejjat , Ait - er - Kha , .Akbsas; l’autre autour d’Âhmed n’ Taleb et Mrebbi Bebbo (frère d’El Hiba) groupant les Aït-Ba-Amran, Isebouïa et arabes Aït-Lhassen et Tekna
Toute progression dans la zone sud de Tiznit reste donc subordonnée à la liberté d'action dans l’axe Tiznit, El-Khemis, Aït-Boubeker, Goulimin.
Mais il faut au préalable régler avec l’Espagne la modalité suivant laquelle pourra s’exercer notre action saharienne, complètement entravée pour le moment par la zone espagnole dite d’H’ni et celle s’étendant du Dra au Bio-de-Oro.
Commandant Bernard.
Patw, |p 1 1 décembre 1919.
UNE MISSION D’ÉTUDES PRATIQUES
AU MOYEN-CONGO (Janvier-Avril 1920)
[Suite et fin) (T ).
Historique de la Mission
I. Organisation de la Mission. — Le 14 juin 1919, le vice-président de la Société de Géographie Commerciale de Paris, accepte le principe d'une mission d’études pratiques au Moyen-Congo.
Le 18 juin, le Directeur des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions au Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux- Arts prend l’initiative de patroner cette mission. Le 24 juin 1919, le lieutenant gouverneur du Moyen-Congo offre à M. Pobéguin, ancien administrateur en chef des colonies, explorateur et naturaliste, chargé précédemment de diverses missions d’études pratiques dans les Colonies, de se charger de cette mission. Elle reçoit, le 25 juin 1919, l’adhésion de la Commission des missions du Ministère des Colonies et le 27 juin le concours du Comité de l’Afrique Française. Le 28 juin, le programme de la Mission est arrêté (annexe 2). Le Comité National des Conseillers du Commerce extérieur de la France s'y associe le 1er juillet. Le 10 juillet, son organisation est consacrée au déjeuner de la Société de Géographie Commerciale.
IL Travaux préparatoires. — Entre l’embarquement à Bordeaux, le 26 juillet 1919, du lieutenant gouverneur titulaire du Moyen-Congo pour
(1) Rens. Col., 1920, p. 137 et 186.
Brazzaville et le départ, le 12 décembre 1919, de M. Pobéguin pour la colonie, la mission a ren- j contré quelques difficultésde réalisation, enraison notamment de la pénurie des moyens de transports maritimes; de nombreux fonctionnaires, militaires ou commerçants prêts à partir pour l’Afrique Occidentale ou l’Afrique Equatoriale française, attendant leur embarquement. Ces mois d’attente n’ont pas été perdus : l’un des objets de la mission étant d’établir des moyens de liaison entre la France et la Colonie. M. Pobéguin s'est mis en rapport avec les divers services publics, sociétés savantes et établissements susceptibles de le seconder dans l’exécution de son programme, (annexe n° 8) et a suivi les essais de tracteurs à chenille effectués en France en vue de leur utilisation aux Colonies.
III. Exécution de la Mission au Moyen- Congo. — M. Pobéguin, arrivé le 10 janvier 1920 à Brazzaville, y a d’abord étudié les diverses sources d'information existant au chef-lieu. Il a ensuite accompagné le gouverneur dans une tournée à travers la colonie, du 10 février au 2 avril 1920 sur le Congo, la Sangha et la N Goko, jusqu'à Ouesso, Fort-Soufllay et retour. Il a quitté Brazzaville, le 10 avril 1920 pour rentrer en France.
Programme de la Mission
Paris, le 28 juin 1919.
La Société de Géographie Commerciale a accepté la charge d'organiser une mission d’études au Moyen-Congo, conliee à l’un de ses membres, M. Pobéguin, ancien Administrateur enChefdes Colonies, explorateur et naturaliste, déjà chargé précédemment de diverses missions d’études pratiques dans les colonies.
Le caractère scientifique et pratique de cette mission, destinée à servir de liaison entre les organes d'études de la Colonie et ceux de la Métropole, est dû à l’initiative de la Direction des Inventions, récemment rattachée au Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts.
La mission, qui se trouve, dès maintenant, sous le patronage de la Direction des Inventions et du Ministère des Colonies, a reçu en outre le concours du Comité de l’Afrique Française et dn Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur.
Motifs de la Mission. — Des trois colonies et du territoire qui composent actuellement le Gouvernement Général de l’Afrique Equatoriale Française, le Moyen-Congo est la colonie qui a été le plus éprouvée par I accord franco-allemand de 191 1 . Néanmoins loin d’être une charge, elle a été un soutien pour la métropole, pendant la guerre. Elle a fourni son caoutchouc et son huile de palme à l’industrie métropolitaine et au Ministère du Ravitaillement : les troupes locales ont conquis sur l’ennemi, non seulement les territoires cédés, mais aussi le Cameroun, colonie allemande, qui est la porte du Congo, et dont l’Administration nous est échue.
Ainsi nous apparaît le Moyen-Congo, avec un triple motif d’intérêt : colonie malheureuse, éprouvée par trois années d’amputation et quatre années de guerre ; colonie utile, offrant à la métropole par ses richesses latentes, encore inexploitées, un réservoir de matières premières ; colonie d’honneur si l’on peut s’exprimer ainsi, qui engage notre responsabilité, la France môme souveraine, étant moralement tenue de justifier, devant le monde entier, de la supériorité de ses méthodes.
Là-bas comme ici, l’espérance que fait naître la v’etoire,
permet de regarder avec sang-froid, pour panser nos plaies saignantes et profondes, la situation troublante qui résulte de sept années d’épreuves ; une population décimée, des ressources financières insuffisantes, les services techniques dispersés.
Ces trois facteurs essentiels de la colonisation, la maind'œuvre, les capitaux, la direction, se trouvent simultanément compromis au moment même ou il est urgent, pour le relèvement de la Frauce, qu’un essor nouveau leur soit
imprimé.
Il y a là un de ces phénomènes sociaux fréquents où tout s’enchaîne. Pas de capitaux sans main-d’œuvre et sans services techniques, mais aussi pas de main-d’œuvre ni de services techniques sans capitaux. A défaut de services permanents, actuellement trop coûteux, une mission technique s’impose pour que la France soit informée avec précision de ce qu’elle peut faire. Tel a été l’objet de la mission d'études scientifiques et pratiques envoyée au Maroc pendant la guerre, par le Comité de l’Afrique Française. Tel est également l’objet de la mission Pobéguin. Son caractère limité n’est pas un obstacle à son succès, I lui permet, au contraire, une réalisation immédiate, avec la perspective de provoquer, à son retour, d’autres niissions.
La colonisation est une œuvre de longue haleine. Si la période d’explorations et de couquêtes est terminée et que celle d’exploitation commence à peine, la période des étud< s n’est pas close, car ce n’est que sur des documents précis < certains que l’Etat, le public et les industries privées engageront, dans nos colonies, ce capital de premier établissement indispensable à toute entreprise.
Objet de la Mission. — La mission devra :
1° Etablir l’inventaire des études déjà faites et des études restant à faire sur le Moyen Congo.
2° Mettre immédiatement à jour celles de ces études, déjà anciennes, qui se rapportent aux richesses minières, agricoles et forestières de la Colonie, afin de favoriser l’exploitation de ces richesses, et le développement des relations économiques entre la Colonie et la France.
3° Rechercher les moyens pratiques de développer la population noire en quantité et en qualité, notamment par i’hygiène infantile, la diminution du portage humain, l’amélioration de l’alimentation, et des applications limitées d’assistance indigène et d’enseignement technique appropriées au milieu.
4° Jeter les premières bases, tant daus la colonie qu’en France, d’un centre d'études scientifiques françaises, en liaison permauente avec les établissements scientifiques et les sociétés savantes de la métropole.
Composition de la Mission. — La mission se compose de M. Pobéguin
Il sera secondé, si possible, par un agent de. nos colonies de l’Ouest-Africain, mobilisé pendant la guerre dans le service technique des chars d’assaut, et qui vient de provoquer, de la Direction des Inventions, des essais préliminaires en France pour l’utilisation des tracteurs à chenille comme moyen de transport dans les colonies.
Durée de la Mission. — M. Pobéguin pourra s’embarquer pour Brazzaville, en octobre. Sa mission qui est dès main tenant prévue pour les mois d’octobre, novembre et décembre 1919 sera prolongée, s’il y a lieu, pendant les premiers mois de 1920.
Travaux préparatoires. — Avant son départ, M. Pobé- ’ guin se mettra en rapport avec toutes administrations publiques ou privées, en vue de faciliter l’accomplissement de sa mission, et notamment :
1° Demander tous renseignements et documents concernant les études de toute nature déjà faites sur le Moyen- Congo.
2U Provoquer, ou recevoir, tous questionnaires ou programmes sur les études restant à faire dans la colonie.
3° Etudier en particulier tous problèmes se rattachant à l’exploitation des richesses minières, agricoles et forestières de la colonie, au développement des relations économiques entre la colonie et la .France, ainsi qu’à l’hygiène, au portage, à l’alimentation, à l’assistance, à l’enseignement.
4° Demander le concours de tous établissements scientifiques et sociétés savantes de la métropole, pour l’étude des moyens pratiques qui pourront leur permettre d’établir