AUGMENTATION DE LA PRODUCTION
Le. but définitif, la justification dernière de toute colonisation, est l’augmentation de la production. C’est là principalement le devoir à côté du droit. C’est le travail du peuple colonisateur, travail qu’il accomplit par l’intermédiaire et avec le concours des populations du pays colonisé. C’est sa façon de contribuer au progrès universel et d’augmenter les sources de richesses et de bonheur de l’humanité. L’indigène n’a pas plus le droit d’immobiliser et de maintenir improductives des richesses qui sont le patrimoine du genre humain, que nous n’avons celui de le dépouiller de ce qui est nécessaire à son existence et à son évolution. Dans son sens le plus large et le plus élevé, la production peut s’entendre de tout ce qui accroît la vie physique, morale et intellectuelle, production des richesses naturelles, de la vie humaine, production industrielle et scientifique. Tout ce qui augmente cette production vient à l’actif de la colonisation, mais il ne suffit pas d’avoir un programme : il faut le réaliser, et, en matière de colonisation, le domaine des réalisations, c’est le domaine économique. Augmenter la production, c’est augmenter, non d’une manière accidentelle et temporaire, par un épuisement du pays, mais d’une manière métho dique, progressive et permanente, les ressources utilisables de la colonie. Par ressources utilisables, il faut entendre l'exploitation et, s’il y a lieu, le renouvellement des ressources naturelles, leur premier traitement dans la colonie et leur transporta pied-d’œuvre au port d’embarquement d’ou elles sont exportables. L’inventaire de ces ressources pour le Moyen-Congo, fait l’objet de l’annexe n° .'i. Les moyens d’en augmenter la production peuvent être empruntés aux diverses catégories déjà envisagées par les autres buts de la colonisation.
1° Action sur la production
des divers éléments de la population.
a) Les indigènes. — Nous l’avons dit, l’indigène est le producteur ou plus exactement représente la main-d’œuvre dans la production. Pour augmenter la production, il faut augmenter la population, son bien-être et ses besoins, et tel est le premier but étudié plus haut, l’amélioration du sort de l’indigène. Il faut ensuite l’habituer au travail : aux cultures, aux récoltes, aux constructions de routes et de chemins de fer, à la conduite des machines et des bateaux. L’éducation professionnelle, le travail libre des villages, les contrats d’engagement, le travail à la tâche, les primes de bon rendement, le travail par prestation, sont des moyens différents d’obtenir un même résultat. Il suffit de traverser les villages indigènes et de causer avec les chefs pour se rendre compte qu’il n’est pas impossible de mener de front le travail de la production pour les besoins généraux, soit pour les travaux publics (routes, ponfs, lignes télégraphiques, etc.), soit pour la vente et l’exportation (caoutchouc, amandes et huile de palme, copal, ricin, ivoire, etc.), et le travail de la production pour les besoins immédiats du village (débroussements, chasse, pêche, plantations de manioc, bananes, maïs, patates, construction de cases, soins à donner aux . enfants, etc.), le rôle des chefs est précisément de répartir ce travail entre tous, et lorsque les chefs sont bien choisis et que leur tâche est proportionnée à la population qui relève de leur autorité recensée nominativement, ils parviennent très bien à faire face à tous les besoins.
b) Les fonctionnaires. — Les partisans et les adversaires de l’Etatisme ou du laisser-faire se mettent facilement d’accord aux colonies sur la nécessité de l’intervention de l’administration pour augmenter la production.
La façon rationnelle de procéder consiste à avoir un programme de longue durée, basé sur l’expérience des services techniques chargés d’en suivre l’exécution avec méthode et continuité, des fonctionnaires du service général choisis en raison de leur expérience et de leur caractère, et à qui l'on fasse confiance pour disposer des moyens d’action qu’il faut leur fournir. Qu’il s’agisse de travaux publics, de plantation, d’élevage, d’exploitation de mines ou de forêts, rien d’utile ne peut être fait en peu de temps. Il faut bien près de dix années pour construire un chemin de fer colonial, une fois que le tracé en est approuvé ; il faut sept ans avant de saigner un Funtumia élaslica pour en obtenir utilement le latex à caoutchouc; le palmier à huile produit au bout de sept ans, le cacao et le café au bout de quatre ou cinq ans, le sisal au bout de trois à cinq ans, le manioc, le bananier, le ricin au bout de dix-huit mois. Four faire des essais de coton, il faut introduire les meilleures espèces, étrangères, choisir les terrains, reconnaître les maladies, les combattre, recommencer plusieurs fois les expériences. Pour créer et utiliser un jardin d’essai,
il faut vingt ans. Pour faire de l’élevage, il faut faire venir les animaux reproducteurs, les mettre à l’abri fie la mouche tsé-tsé, les entourer de soins et leur fournir l’alimentation nécessaire, avoir un personnel de conduite et de garde suffisamment entraîné, suivre loutes ces opérations pendant une dizaine d'années. D'autre part, pour transmettre un ordre daus les régions presque entièrement dépourvues de lignes télégraphiques, il faut un mois ; pour échanger une correspondance, il en faut plusieurs; pour déplacer un fonctionnaire, il en est de même; s’il suffit de plusieurs mois pour supprimer un poste, il faut près d’un an pour le reprendre en main après l'avoir quitté. Les bâtiments abandonnés tombent en ruine, les routes non entretenues sont enva hies parla brousse; les plantations non poursuivies sont perdues.
Or, le séjour normal d'un fonctionnaire colonial en Afrique équatoriale est de deux ans. Si pendant la guerre, plusieurs séjours ont été prolongés longtemps au-delà de cette limite, au détriment d'ailleurs de la santé des fonctionnaires, il en est beaucoup qui ne peuvent même pas l’atteindre. Les mutations fréquentes et parfois inévitables diminuent encore la durée du séjour dans une même circonscription ou dans un même poste, et il n’est pas certain que le fonctionnaire qui rentre dans la colonie après son congé en France retourne dans la même circonscription. A défaut de stabilité dans les fonctions des chefs de circonscription, sera-ce le gouverneur de la colonie qui maintiendra la continuité des efforts ? Son séjour à lui-même est de deux ans et il est rare qu’un gouverneur soit renvoyé plusieurs fois dans la même colonie; l’exception confirme d'ailleurs la règle, et montre en même temps les avantages que l’on peut tirer d’une action prolongée : le Dr Ballay a gouverné pendant huit années «la Guinée française, et M. Angoulvant pendant neuf ans la Côte d’ivoire. A défaut encore de cette stabilité nécessaire dans les personnes, peut on la trouver dans les traditions, dans l'éducation nationale, dans les passations de service, dans les archives locales? Ce sont des préoccupations qui doivent passer au premier plan de toute exécution efficace d’un programme d’augmentation de la production coloniale; si difficile qu'en soit la réalisation, il ne faut rien négliger en toute circonstance pour se rapprocher de ! idéal que de telles conceptions nous tracent.
Bien moins difficile est l’exécution des autres articles du programme, tels que le contrôle de la production par des services techniques. Ceux-ci n’existent pas actuellement au Moyen-Congo. Cependant le projet de budget de la colonie pour 1920, prévoit pour la première fois à Brazzaville, un sous-inspecteur d’agriculture, un vétérinaire : une telle mesure ne peut être efficace qu’à la condition d’être l’origine d’une action méthodique ininterrompue et de longue durée : un inventaire des cultures faites dans chaque circonscription devrait être établi et tenu à jour lors de chaque mutation.
c) Les militaires. — La tâche que l’on demande aux militaires aux colonies est autrement complexe que celle qu’ils ont à accomplir en France en temps de paix. Indépendamment de la préparation à la guerre qui est leur raison d’être, et de l’administration des troupes qui absorbe partout la vie quotidienne, il y a le maintien de la sécurité dans les régions troublées, et la contribution à l’œuvre de la colonisation aux lieu et place des fonctionnaires civils. Aux divers points de vue de l'instruction des troupes noires en vue de leur utilisation éventuelle hors de la colonie ; de la préparation à la défense de la colonie; de l’alimentation, de l’hygiène et de l’éducation physique des recrues en vue de l’amélioration de la race ; de leur emploi aux opérations de police et au maintien de l’ordre, ou.à l’administration des territoires non encore remis à l’administration civile ; enfin de leur participation aux corvées de travaux d intérêt général, il y a lieu de se préoccuper de la répartition des troupes entre les diverses régions de la colonie. Pour 1920, l’effectif vient d'en être ramené de six à quatre compagnies, réparties respectivement entre Brazza ville et trois circonscriptions militaires de la Lobaye, de la Karagouakoudou et de la Louessé. Les trois compagnies des circonscriptions sont chargées de l’administration de ces circonscriptions en attendant que l’état de la population indigène et les disponibilités de personnel civil permettent de les faire administrer par des fonctionnaires civils. La Compagnie de Brazzaville a collaboré à divers travaux de construction et de transport. En même temps que les troupes doivent contribuer de la sorte à l’œuvre générale d’augmentation de la production, elles constituent une source de besoins à satisfaire pour leur propre ravitaillement. Il peut en résulter une augmentation des échanges, les difficultés qu’entraîne l’alimentation des troupes indigènes étant susceptibles de donner au problème de ravitaillement dans les centres importants une ampleur qui dans une certaine mesure peut en faciliter la solution. Tout problème de ravitaillement se ramène à la connaissance des besoins, des ressources et à l’application des ressources aux besoins en temps utile, c’est ainsi qu’il ne paraît pas douteux que le ravitaillement de la population indigène du chef-lieu puisse être effectué par le fleuve, à condition d’y organiser la production et les transports.
d) Les missionnaires . — Le rôle des missions à 1 égard des indigènes a été exposé plus haut. Leur œuvre au point de vue du développement de la production est plus ou moins étendue suivant les régions. Au Congo belge, la mission catholique de Kisantu, la mission protestante de Bolobo, pour ne parler que de celles-là, ont, la première, un jardin d’essai de premier ordre, la seconde des ateliers de vannerie, d’imprimerie, etc. Au Moyen Congo français, il y a une imprimerie à la mission de Loango, des plantations dans la plupart des établissements. La mission catholique de la congrégation du Saint-Esprit dispose
BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
de moyens de transport sur le fleuve et les rivières. Plusieurs concessions de terre ont été accordées aux diverses missions.
c) Les colons. — Ainsi qu’il a été dit plus haut, il y a trois régimes de colonisation appliqués au Moyen-Congo suivant les régions :
1° Au Nord de la Léfini, le régime des grandes concessions, soit pour trente années en exécution du décret de 1889, pour l’exploitation de toutes les richesses du sol, soit pour dix années en exécution des conventions de 1910 pour l’exploitation par le consortium de la Compagnie tores tière Sangha-Ouhangui, des seules essences à caoutchouc. Les Sociétés concessionnaires n’ayant pas la pleine propriété de leurs concessions, n’avaient pas intérêt à y effectuer les grands travaux préparatoires de colonisation que l’Etat ou la colonie, faute des frais indispensables de premier établissement au début de notre colonisation dans le pays, n'y ont pas effectués davantage, s’en reposant sur les Sociétés pour mettre en valeur le pays qui en définitive ne l’a pas été ou presque pas. Déjà les conventions de 1910 constituent à beaucoup d’égards une amélioration sur celles de 1899. Mais les trois années d’amputation et les quatre années de guerre n’ont pas facilité l’exploitation des ressources locales; l’augmentation temporaire des amandes de palme et de ricin pendant la guerre étant due exclusivement à des causes passagères dont la disparition tend à compromettre à nouveau la situation. Il faut escompter un réel progrès de la dénonciation, à leur expiration, des conventions, des concessions en cours et du retour du régime du droit commun, qui existe. dans d’autres colonies; il n’est pas besoin d’attendre ce moment pour sortir de la période d’inaction consécutive à la guerre et pour activer la production. Celle-ci est fonction, d’une part de la capacité de travail des indigènes, d’autre part des facilités d’évacuation des produits. On a vu quels moyens d’action existent sur le travail des indigènes; il en est un qui consiste à lui payer un prix suffisant; pour 1920 le prix du caoutchouc a été fixé uniformément au Moyen-Congo, à l franc le kilogramme de tout venant, c’est-à-dire tel que l’indigène l’apporte avant dessication ; c’est le prix'de rétrocession du caoutchouc que l’indigène apporte en nature au titre de, l’impôt ; en fait la d illusion du numéraire est suffisante au Moyen-Congo pour que l’impôt soit versé partout en numéraire ; mais la fixation d’un prix de rétrocession est utile comme prix de base à titre d’indication, et le prix d’un franc le kilogramme tout venant est excellent par sa simplicité et la facilité du contrôle que l’indigène peut exercer lui-même sur ce qu’on le paie. Il suffit de faire une tournée dans les villages réeolteurs de caoutchouc pour se rendre compte de ce que le paiement sur ces bases est déjà un moyen d’activer la production. Dans d’autres colonies, comme au Gabon, on arrive à le payer 2 francs; or, plus la production est élevée, moins les frais généraux sont onéreux pour la Compagnie concessionnaire, plus les droits à la sortie
rapportent, de façon que tout le monde en bénéficie , l’indigène, le colon et la colonie, sans compter la France qui, en augmentant ses achats aux colonies peut diminuer ses achats à l’étranger.
2° Au Sud de la Léfini et jusqu’à la région côtière, c’est le règne du commerce libre. 11 est plus favorable à la production, mais la terre est inégalement riche, moins productive sur le plateau Batéké, très riche en palmiers à huile dans le pays Bacongo.
3" Dans la région côtière qui faisait primitivement partie du Gabon, et que doit traverser le nouveau chemin de fer, c’est le régime des grands domaines en toute propriété à des particuliers qui ont par suite intérêt à les faire produire sans les épuiser, et où certaines plantations, notamment de caféiers et de cacaoyers ont été faites, mais où les grands travaux qui doivent donner des débouchés à la colonie n’ont pas encore été accomplis et où les propriétaires n’ont jamais fait de sacrifices en proportion de l’immensité des terrains qui leur ont été attribués.
f) Les étrangers. — Le statut des étrangers diffère peu de celui des Français dans la colonie, qui se trouve tout entière comprise dans le bassin conventionnel du Congo où il n’est pas admis de régime différentiel. Toutefois, l’Etat étant possesseur des terres vacantes et pouvant en disposer à son gré, il n’est accordé de concessions temporaires d’exploitation forestière qu’à des personnes de nationalité française ou naturalisées, ou à des sociétés constituées suivant la loi française et dont le conseil d administration est composé, pour les trois quarts au moins, de membres de nationalité française, y compris les président et vice-président. De même, les grandes concessions de terres, sous les régimes des décrets de 1899, ne sont devenues définitives que lorsque les bénéficiaires se sont valablement constitués en sociétés selon la loi française, le président de la société et les trois quarts du Conseil d’administration, dont le président et le viceprésident devant être Français et le siège social en territoire français. Il n’en demeure pas moins que les étrangers peuvent faire du commerce, acquérir des postes à bois, des concessions de moins de 10.000 hectares, des permis d’exploration de mine, des permis de coupe de bois, et des permis annuels d’exploitation forestière. Ainsi qu’on l’a vu plus haut, la France peut y trouver son avantage si la colonie elle-même en bénéficie, et si tous les titulaires, à un titre quelconque, de droits sur le domaine situé dans la colonie, concourent sincèrement au développement de la production; ce qui ne peut se faire que par un travail sérieux et soutenu, à l’exclusion de toutes opérations de spéculation, d’achat pour revendre ou d’émission pure et simple de papier.
g) La métropole. — La colonisation est le produit de ces trois facteurs : la main d’œuvre, c’està-dire l’indigène; le personnel de direction, c’est-à-dire les fonctionnaires ou les militaires; le colon français ou à défaut étranger; les capitaux, c’est-à-dire les avances de fonds, que la
métropole engage dans la colonie pour y augmenter la production des ressources et en tirer des hénélices. Ces capitaux peuvent être introduits sous forme de participation de l’Etat aux frais généraux de la colonisation, ou sous forme d’avances constituées par des banques, ou sous forme de capitaux engagés par des particuliers ou des sociétés privées. La participation de l’Etat aux frais de la colonisation qui a été considérable dans d’autres colonies comme l'Indochine, l’Afrique Occidentale Française ou Madagascar, a été minime en Afrique Equatoriale, ce qui est l’une des causes principales de ce que ce pays n’est pas encore plus développé.
Les banques, si elles ont contribué dans certains pays étrangers comme l’Australie au développement rapide de la production sur une grande échelle, n’ont, par suite de diverses raisons, pas joué le même rôle dans la colonie française. En Afrique équatoriale, il n’y a même pas de banque ■d’émission.
Quant aux capitaux privés, on a calculé avant la guerre que la France avait placé 30 milliards de francs à l’étranger et 3 milliards seulement dans ses possessions d’outre-mer dont la moitié dans l’Afrique du Nord. Les grandes sociétés «onoessionnaires ont introduit, au Moyen-Congo, une vingtaine de millions et quelques autres entreprises une dizaine de millions, non compris les 10 millions de la Banque française de l’Afrique équatoriale; mais, les unes n’ont pas fait leurs atfaires par suite de circonstances malheureuses, d’autres ont rapporté de l’argent à leurs actionnaires sans que la colonie en ait ■bénéficié autrement que par les redevances payées au budget général, l’exploitation ayant consisté principalement à prendre ce qui existe sans rien faire pour augmenter les sources de la production, c’est-à-dire à faire du commerce en revendant plus cher que l’on n’achète, plus encore que de l’exploitation rationnelle en créant des industries permanentes. Or, pour intéresser la métropole à nos colonies, il est nécessaire et suffisant de les faire connaître à tout le monde, et de les faire connaître avec un grand luxe de détails précis, ce qui est l’objet des moyens de liaison entre la colonie et la métropole.
2° Etudes sur la production.
Au point de vue des travaux publics, les services coloniaux ont en France des traditions qui, •malgré quelques erreurs inévitables, ont lait leurs preuves dans tonfes nos colonies ; ce qu’il Faut, c’est passer à l’exécution.
Au point de vue agricole, il y a encore beaucoup ù faire surtout en Afrique équatoriale et particulièrement au Moyen-Congo. 11 est possible de profiter de l’expérience du Congo belge, dont les services agricoles sont plus développés que les nôtres et publient un bulletin intéressant. En attendant la création d’un jardin d’essai permanent, il faudrait s’efforcer d’utiliser ceux des colonies voisines, et de resserrer les liens existant avec le Jardin colonial.
D'une manière générale, les ressources de toute nature de la colonie font l’objet de l'annexe nu i au présent rapport, et le développement des moyens de liaison avec la métropole de l’annexe n° 8.
3° Outillages et ressources financières.
C’est l'outillage qui manque le plus à la colonie, outillage agricole, outillage industriel, et, avant tout, outillage de transports terrestres ou fluviaux. Un pays sans débouché sur la mer, voilà sa caractéristique. Rien de plus pressé que le chemin de fer de Brazzaville à la côte, qui doit dégorger la colonie. Tous les moyens de transport sont d’ailleurs solidaires et ne s’excluent nullement : pays de rivières, il lui faut des bateaux et tout ce qui est nécessaire pour naviguer. Pays de forêts, il lui faut des larges pistes et des lignes télégraphiques. Tous les perfectionnements de la science peuvent venir aussi, mais doivent passer après. Le nécessaire n’exclut pas le superflu, surtout quand les ressources financières le permettent, mais le nécessaire doit passer en première ligne.
Le budget du Moyen-Congo a été misérable pendant toute la durée de la guerre, au point que les rapports de l’inspection des colonies présentent comme un défaut ce qui est généralement considéré comme une qualité en matière budgétaire : l’augmentation des ressources par l’impôt, la diminution des dépenses par la compression des services, défaut effectivement , par suite de l’abus rendu nécessaire par d'impérieuses circonstances et qui a atteint la dernière limite.
Le budget de la colonie pour 1920 se présente sous de meilleurs auspices, grâce à une subvention de 900.000 francs de la métropole, mais ce n’est encore qu'un budget d’orientation et l’on ne peut rien faire en un an. Le budget subvient aux dépenses d’intérêt général de l’ensemble de l’Afrique équatoriale. Enfin l’emprunt voté de 171 millions va permettre de commencer des travaux qui doivent, après trente-cinq ans d’occupation, doter la colonie de l’outillage indispensable de premier établissement.
4° Législation.
Le domaine législatif en matière de production se borne à peu près à la règlementation sur les concessions de terres, de mines, de forêts. 11 est du ressort des décrets et des arrêtés du gouverneur général. Des perfectionnements peuvent encore y être apportes. Ce sont des sujets qui ont d’ailleurs été amplement étudiés tant en France qu’à l’étranger, notamment dans les congrès internationaux coloniaux. Mais en pareille matière, il faut attendre moins des textes que de la volonté des hommes de produire toujours davantage.