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RESSERREMENT DES LIENS AVEC U METROPOLE

On a injustement reproché à la France d’avoir des colonies sans colons, ou d'entretenir à grands frais des établissements d’outre-mer pour y voir

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

les t étrangers vendre leurs marchandises et acheter leurs matières premières, ou encore de dépenser ses efforts sur un champ d'action trop vaste pour être étreint, alors que- sa faible natalité, encore aggravée par la guerre, la condamne à des entreprises plus modestes. Ces critiques, bien que la part de vérité qu’elles renferment puisse impressionner un esprit insuf- .fisamment averti, reposent en réalité sur une incompréhension de notre œuvre coloniale. Celle-ci est un de ces phénomènes sociaux puissants, qui a pu compter à l'origine, avec des causes légitimes, des manifestations répréhensibles, mais qui plonge maintenant, dans toute l'évolution de notre pays, des racines trop profondes, pour pouvoir en être séparée même mentalement, et qui a puisé une force nouvelle dans les années de guerre, pendant lesquelles nos colonies ont montré qu elles faisaient partie de notre chair et de notre sang, ont contribué à notre alimentation et à notre défense, ont partagé nos épreuves et participé à notre victoire. Pour ne parler que de l’Afrique équatoriale, et en Afrique équatoriale, plus particulièrement au Moyen-Congo, le seul inventaire de notre action dans le pays depuis quarante ans montre que la partie la plus difficile du travail est déjà faite, et que c'est au moment d’en récolter les fruits qu’il faut faire preuve de plus de persévérance et de ténacité. 11 n’est pas besoin, pour cela, d'efforts disproportionnés avec nos moyens, lorsqu’on voit la faiblesse des moyens avec lesquels on a pu obtenir déjà les résultats actuels, en dépit d’obstacles qui n’ont été dans aucun autre pays supérieurs à ceux rencontrés ici. Il suffit de se rappeler que la colonisation est une œuvre de longue haleine, dans laquelle il est imprudent de manger son blé en herbe. Il faut aussi prendre conscience que ce n'est pas l’œuvre d’un parti, d'une fraction de la nation, entreprise volontairement au profit d'une minorité, mais l’œuvre anonyme de la nation tout entière, dans laquelle chaque citoyen a une parc de responsabilité et doit avoir une part de bénéfices. Cette dernière conception nous est facilitée par les constatations faites pendant la guerre, de l'utilité des colonies, comme soutien matériel et moral et comme réservoir de matières premières. Les avantages que la métropole peut retirer de ses colonies ont été maintes fois décrits par les littérateurs coloniaux : ils sont de créer des débouchés pour certains éléments de la population en assurant du travail aux émigrants doués d’une énergie suffisante; d'augmenter les possibilités d'action pour les fonctionnaires, les ouvriers, les chefs et employés d’entreprises, les armateurs, les banquiers, les industriels et les commerçants ; de fournir aux capitaux des placements plus rémunérateurs; d’ouvrir des nouveaux centres de consommation aux produits nationaux ; d’accroître le bien-être de la métropole par l’importation d’une plus grande quantité de richesses exotiques et de matières premières, et son influence politique en multipliant ses intérêts;

de répandre à la surface de la terre son prestige et la beauté de ses arts et de ses lettres; de créer au loin des foyers nouveaux à ses enfants, de donner à leurs efforts des directions imprévues, de susciter et d’alimenter de puissantes initiatives, de faire vivre la nation de la vie plus large de l’humanité; de l’associer sur de plus vastes espaces aux luttes communes de la civilisation; de la soutenir dans la défense nationale en temps de guerre; de la sauver économiquement et de l'enrichir pendant la paix et particulièrement en ce moment; de ramener une situation normale en faisant baisser le taux du change si l'accroissement de la production coloniale permet à la France d’acheter sans perte à ses colonies ce qu’elle paie deux ou trois fois trop cher à l’étranger.

Or, dans la poursuite de ces divers avantages, chacun des moyens d'action qui ont déjà été passés en revue pour l’amélioration du sort des indigènes trouve encore ici son application.

1° Action des divers éléments de la population.

S'il est nécessaire de demander à l’indigène un minimum de loyalisme à l’égard de notre domination ; s'il peut être utile, toutes les fois que ce n'est pas encore prématuré de lui demander une contribution à la composition de nos troupes noires; s’il est avéré que rien n'est possible dans un pays équatorial ou tropical, que par l’indigène, qui est la véritable matière première par 1 intermédiaire de laquelle travaillent tous les autres éléments de la population; si c’est un fait d’expérience que l’impôt de capitation indigène est l’un des outils financiers les plus efficaces de toute action coloniale, il est avant tout à retenir que l’avantage le plus tangible retiré par tout pays colonisateur, de ses rapports avec les indigènes, est l’accroissement des échanges commerciaux, créant un débouché pour les exportations métropolitaines en même temps qu’un réservoir de matières premières à importer dans la métropole.

L’indigène aux colonies est à la fois un producteur et un consommateur. Comme producteur, ou plus exactement comme main-d’œuvre dans la production, il commande les exportations de la colonie, qui dépendent de son travail. Comme consommateur, il emploie l’argent gagné par son travail à satisfaire les besoins limités qu’il possédait avant notre arrivée, accrus de ceux que lui a apporté le contact de la civilisation ; et c’est ainsi qu’il commande également les importations dans la colonie. Plus l’indigène produit, plus il exporte et plus il importe.

Mais il faut, pour développer les exportations et les importations, connaître les besoins de la consommation dans la colonie pour les marchandises à y importer de France, en France pour les produits à y importer de la colonie. Les inventaires des besoins et des ressources (annexes ncs 5 et 6) s’ils sont tenus à jour répondent en

partie à cette préoccupation, ainsi que les moyens de liaison avec la métropole (annexe n° 8).

b et c) Les fonctionnaires et les militaires. — Le fonctionnaire colonial ou le militaire de l'école de Galliéni qui agit ense et aratro peut être considéré à la fois comme un bénéficiaire et un artisan de la colonisation.

Il faut bien dire, comme un bénéficiaire : puisque l'on considère le fonctionnarisme en France comme une sinécure, et que c'est assurément un débouché attrayant pour la jeunesse aventureuse de notre pays en même temps qu’une école d’énergie et d’ingéniosité, que d’aller administrer des territoires grands comme plusieurs départements français. Mais cette prétendue sinécure comporte plus de devoirs que de droits et plus d’épreuves ‘que de jouissances. Et le fonctionnaire, qui est véritablement un artisan de la colonisation, doit faire preuve, pour soutenir l'honneur et l’intérêt de la France, d une somme d’aptitudes et de vertus qui, si elles ne se rencontrent malheureusement pas chez tous, se rencontrent chez beaucoup et qui mériteraient mieux que l’ingratitude et l’oubli, si elles ne trouvaient leur récompense nécessaire et suffisante dans l’accomplissement d une impérieuse mission.

d) Les missionnaires. — Le bassin conventionnel du Congo étant ouvert à toutes les missions religieuses, les missionnaires français y ont un double rôle à remplir, évangélique et patriotique, en même temps qu’ils y trouvent à leur activité, un débouché qu’ils n’ont pas en France, et en même temps aussi qu'ils rencontrent dans leur mission coloniale les memes épreuves et les mêmes difficultés que lesautres éléments de la population.

e) Les colons. — Le colon, lui, est, dans la théorie, le véritable bénéficiaire de la colonisation. Qu’il soit agriculteur, commerçant ou industriel, patron ou employé, petit colon ou grand concessionnaire, commerçant libre ou directeur, agent, traitant ou comptable d'une Compagnie minière, forestière, d’exploitation agricole, do banque ou de navigation, il représente, venant de France, les intérêts de la métropole dans la colonie. Il est venu quelquefois par goût, plus souvent dans l’espoir de gagner de l’argent ou de gagner sa vie en faisant gagner de l’argent aux autres. 11 est soumis, lui aussi, aux mêmesépreuves et parfois aux mêmes déceptions que le fonctionnaire qui est soutenu par son devoir, ou le missionnaire par son idéal ; mais il y est soumis parce qu’il l'a bien voulu, et il peut* se soustraire à sa tâche s’il trouve mieux ailleurs. Il se plaint parfois de l’indigène avec qui il est en compétition, de l’administration qui ne le soulient pas suffisamment, de l’étranger qui lui fait concurrence. Mais il est comme les autres éléments de la population, un artisan de la colonisation et peut même en être l’artisan le plus actif s'il enrichit le pays en même temps qu'il s’enrichit lui-même.

f) Les étrangers. — La faiblesse de notre natalité, les épreuves de la guerre nous font trouver

des avantages dans le concours des étrangers, que les conventions internationales nous font une nbfigation de ne pas écarter. Si les colonies ont pu supporter l’épreuve de la guerre, ne pas être une charge pour la métropole, lui apporter au contraire leur aide, c’est dû en partie à ce que les difficultés temporaiies des moyens de communication les ont obligées à se suffire à elle-mêmes, à vivre d’une vie plus autonome, à développer leurs échanges avec les pays les plus voisins, à utiliser une partie de leurs ressources dans la création de petites industries locales. Finalement, la Francè y a trouvé son compte. La Grande-Bretagne nous a, depuis longtemps, en matière coloniale, donné l’exemple des méthodes de liberté qui lui ont attaché par des liens de loyalisme éprouvé et d’intérêt solidaire, les pays primitivement les plus-jaloux de leur indépendance.

g) La métropole. — 11 n’y a pas que les métropolitains de la colonie qui doivent trouver leur avantage dans la colonisation, il faut qu’il en soit de même des métropolitains de la métropole, et, comme nous l’avons dit plus haut, non pas d une certaine catégorie de privilégiés, mais de toutes les classes de la nation. Il faut pour cela qu’une liaison plus étroite s’établisse entre la métropole et ses colonies, et c’est ce qui fait l'objet de (l’annexe n" 8) au présent rapport. Cette liaison se fera tout naturellement sans effort le jour où l’enseignement colonial aura pris dans nos écoles la place qui devrait lui revenir. Il y aurait intérêt à offrir un prix important à l'auteur du meilleur manuel d’histoire de la colonisation française, histoire qui devrait être rédigée non pas comme un froid exposé d’événements dont les causes et enchaînements sont exposés méthodiquement; mais comme un drame vivant, encore inachevé, et où l'on voit aux prises à toutes les étapes ces deux aspects opposés de notre caractère national, l’enthousiasme et l’insouciance, ceux-là même qui nous ont sauvés pendant la guerre.

2° et 3° Études, . outillage, ressources financières.

Des études ont été faites sur le resserrement des liens entre la métropole et les colonies. Les plus intéressantes se rapportentaux organisations qui existent en Angleterre et en Hollande ; elles mettent en œuvre des ressources financières assez considérables. Plusieurs projets ont vu le jour en France et plusieurs tentatives ont été faites, notamment pendant la guerre, qui n’ont pas encore abouti à une organisation stable d’une envergure suffisante.

11 pourra être utile de les reprendre à l'occasion de l’Exposition de Marseille de 11)22.

L'instabilité fréquente des ministres et des fonctionnaires rend difficile la réalisation d'un programme colonial qui devrait être enseigné aux enfants dans les écoles et se poursuivre avec continuité de vues pendant plusieurs générations. Le Comité de l’Afrique française a fait beaucoup à ce point de vue pour notre politique, africaine

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mais son œuvre a été jusqu’ici plus politique qu’économique. Il resterait à créer en France, une Société savante ayant suffisamment d'indépendance et d’autorité pour dominer, sans gêner l’action individuelle des ministres, toute notre politique économique coloniale.

La Société de Géographie commerciale s’est efforcée dans une certaine mesure de remplir ce rôle.

4° Législation.

En exécution du décret, le Conseil d’Etat en tendu, du 29 juin 1919, réorganisant l’Office co~ lonial et le constituant en agence générale des colonies, un arrêté du Gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française du 1er décembre 1919, a créé une agence économique de l’Afrique Equatoriale Française à Paris. Le lieutenant-gouverneur du Moyen-Congo et les autres lieutenants-gouverneurs ont la correspondance directe avec le directeur ^le l’agence. Mais cette liaison ne sera vraiment 'efficace que si elle est complétée par la franchise télégraphique.

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