II. — Le Sahara de 1914 à
L’histoire du Sahara pendant la guerre peut se diviser en deux périodes, séparées par la prise de commandement du général Laperrine.
C’est du côté de la Tripolitaine que se sont produits, au début de la guerre, des événements inquiétants. Le mouvement senoussiste eut pour conséquence l’évacuation du Fezzan par les Italiens et le retrait des garnisons de Chat et de Ghadamès, qui vinrent, en décembre 1914, chercher un refuge sur notre territoire. Elles y trouvèrent toutes facilités en vue de leur ravitaillement en vivres et en munitions et de leur retour, une fois reconstituées, sur le sol de la Libye. Dans le but d’assurer la sécurité de nos possessions et de repousser, le cas échéant, toute incursion des bandes senoussistes, une partie de nos troupes sahariennes fut dirigée, dans le courant de décembre 1914, sur la frontière lybique. Bien
Supplément à l'Afrique Française (le janvier 1920.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
que nous eussions cherché à éviter tout conflit avec les Senoussistes, et malgré les protestations répétées de bon vouloir des personnages officiels de la secte, les agents secondaires ne déguisaient pas leurs sentiments malveillants à notre égard. Nos Chaanba étaient l'objet des sollicitations d’un chef senoussiste; nos méharistes étaient incités à la désertion et une propagande hostile était faite dans quelques-unes de nos tribus. Des déserteurs de l’armée italienne, appartenant pour la plupart aux Chaanba, crurent le moment favorable pour effectuer, sur les caravanes et les troupeaux, principalement dans le cercle de Touggourt, des attaques à main armée qui prirent peu à peu un caractère de gravité assez sérieux pour compromettre la sécurité dans cette région.
En septembre-octobre 1915 se produisit la grande poussée contre nos postes de l’Extrême- Sud tunisien, poussée préparée en Tripolitaine par les Germano-Turcs et sur laquelle ils avaient fondé de grandes espérances. Le 25, les rebelles tripolitains tentaient d’enlever le poste de Bir- Remtsa, entre Dehibal et Tatahouine. Le 2 octobre, plus de 2.000 rebelles assiégeaient Oum- Souigh ; le poste fut secouru le 9 octobre : il avait repoussé tous les assauts, et la colonne de secours du commandant Morand infligeait à la harka des pertes considérables. Ces faits d’armes comptent parmi les plus glorieux de l’armée d’Afrique (1).
Pour rétablir le calme, de petites garnisons d’infanterie furent installées à Touggourt et à El-Oued, des pelotons de spahis envoyés dans le territoire de Touggourt, des goums levés pour poursuivre lesdjiouch, une Compagnie saharienne créée dans le territoire de Touggourt, le chef-lieu du territoire des oasis transféré à titre provisoire d’In-Salah à Ouargla.
L’année 1916 fut, pour le Sahara, l’année critique. Dès la fin de 1915, les premières défections commençaient dans la région des Touaregs Azgueurs, dont la soumission était récente. En contact immédiat avec la Tripolitaine et avec Ghat, ces tribus étaient de plus en plus travaillées par la propagande senoussiste (2). Si-Labed, neveu du grand-maître delà confrérie et son khalifa au Fezzau, avait pris aux Italiens en retraite tout un matériel de guerre moderne. En février 1916, il disposait à Ghat d’une mehalla de plusieurs centaines de guerriers, dotée de quelques canons italiens et turcs et bien approvisionnée en munitions. Il en confia le commandement à un de nos adversaires de l’avant-guerre, Ahmoud- Sultan, ancien suzerain de Djanet, qu’assistait le cheikh Abdesselem.
Sous la conduite de ce dernier, la mehalla vint, en mars 1916, à travers le Tassili, mettre le siège devant notre poste de Djanet. La garnison, réfugiée dans Fort-Charlet, résista courageusement à la canonnade pendant dix-huit jours. Manquant d’eau, elle réussit à sortir, mais finit
(1) L 'Afrique française, 1915, p. 307-309; 1916. p. 18-21.
(2) Gouvernement général de l’Algérie, Situation générale des territoires du Sud pendant les années 1916, 1917 et 1918 , Rapport d’ensemble présenté par M. Jonnart. Alger, 1919.
par être en majorité capturée (1). La chute de Fort-Charlet détermina un mouvement général parmi les tribus Azgueurs. Les campements et lestroupeaux émigrèrent en Tripolitaine. La plupart des hommes valides allèrent grossir les rangs de la mehalla.
Une colonne de répression, forte de près d'un millier d’hommes, et dont le commandement fut confié au lieutenant-colonel Meynier, fut alors organisée à Ouargla. Elle atteignit rapidement la région azgueur. Un vif combat rejetait, le 12 mai, la mehalla senoussiste dans les ksours de Djanet. Le 18, le Fort-Charlet était réoccupé de haute lutte et les contingents ennemis se réfugiaient dans Ghat.
L’hostilité générale des tribus naguère soumises, le danger de lignes de communications trop étendues, enfin les difficultés de ravitaillement firent effectuer, à la fin de 1915, l’évacuation du poste de Djanet et décider celle de Fort-Polignac, considérés comme trop excentriques; en même temps, un point d’appui solide était organisé à Forl-FIatters.
La dissidence des Touaregs Azgueurs resta d’abord sans répercussion immédiate sur les Touaregs Hoggars, maintenus dans la soumission par leur amenokal Moussa-ag-Amastane. Pendant les premiers mois de 1916, leur attitude fut irréprochable. Un de leurs contingents collabora à la répression de la révolte de Firhoun, chef des Oullimiden soudanais. Au combat d’Anderamboukan, au Sud de Menaka, sur la rive gauche du Niger, Sahariens et Hoggars rivalisèrent de bravoure.
Dans les derniers mois de 1916, une crise passagère détourna les tribus imrads de leur fidélité. Les Hoggars furent très impressionnés par les exploits de la bande senoussiste qui, le 1er décembre 1916, massacra le Père de Foucauld à Tamanrasset et pilla les centres de culture de la Koudia. Les succès senoussistes en pays azgueur étaient démesurément grossis. Enfin notre poste soudanais d’Agadez était assiégé par la mehalla de Kaoussen, principal lieutenant de Si Labed. Les tribus abandonnèrent leurs terrains de parcours et se réfugièrent les unes dans l’Air, les autres dans la région montagneuse de l’Ilaman. Même la fidélité de Moussa parut un moment ébranlée; il recevait de Si-Labed des lettres pressantes et éloquentes qui faisaient appel à ses sentiments islamiques. Menacé dans son ravitaillement, il dut entrer en négociations avec Khaoussen et son attitude provoqua les commentaires les plus tendancieux. A ce moment, la menace senoussiste parut assez sérieuse pour faire croire à une poussée générale sur tous nos confins sahariens.
III, — Le Sahara de 1917 à 1919.
En créant un commandement intersaharien au début de 1917, on avait surtout voulu éviter les
(1) Le maréchal des logis Laurent Lapierre, chef du poste do Djanet, vient de recevoir la croix de la Légion d’honneur pour sa brillante conduite; sa captivité chez les Sahariens a duré plus de trois ans.
Biskra >
Te met n*
A LG ERI E
Laghouat /
' °Toieur
STUNISIL/'
rj^ MedemnP \ TatahouuH ° Oûary/a Detuùat
OBerMan ofHaUeman(f\ /
O \P 8/ r Pister
Meknès
/ Gèry ville
Aîn Sefra 1.
:ripou
5 Berfiech/c
Sou De/rftr-
lem Oumf
Colomb Bechar
^ \ ; \fgti
°Taroudànt
reRhadamés r,0N
yfcrrrAùOes
%'* GOURA RA oO
tait,? o TmunoM f V'
, Cueltan
oinSalah
Jaqhmoui
’ o/H en/et
TANEZROUfî
m lue c
Tamanra Si/er
7aùe/ùa/ac
Jemassmm F' Fia tiers
Boubout
° Tipdout
8 ou Ber nous
oFtPolignae
F E 2 Z A N Mourzouk
Chanet
iPUiarlet
isnéros
Sebkha dldjil
Joty! 'ms ki
oTaouôenn/fy
hmissao'
inAzaoua^CX
■>/n Ou zi et t/aou/n
oChmyuetti
tnGuezzamo oc
WfeToyane
^Jaghmèprt
K/dafo 0 E $
IFORASS
0 Tabankhori
oAra'Ouan
, TTchitt
°Bilma
TAGANT
o Ouatais Tombouctou,
Goundafy'
>8ourem
VGao
L n A Tl ÇA I