‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 4 sur 134 · MNJEIGNEMBNT* COI.OM AUX . — N · texte numérisé non relu

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sur le Tademayt. Ces bandes, peu nombreuses mais agressives, composées de gens de toute origine, entravent le ravitaillement de nos postes extrêmes. Parmi leurs tentatives, il y a lieu de mentionner, en février 1918, l’attaque de deux automobiles du service de l’aviation dans les gorges d’Aïn-Guettara : 2 officiers, 8 militaires français, 7 goumiers sont tués; la destruction des deux tracteurs et l’enlèvement de la mitrailleuse d’aviation donnent à cette expédition un certain retentissement dans le Sahara. En avril, une autre bande pousse une incursion sur le Tademayt même et réussit à enlever quelques chameaux au goum d’El Goléa dans la région de Fort-Miribel. Poursuivies par nos Sahariens, en même temps que les contre-rez/.ous des Chanbas opèrent jusqu'à 280 kilomètres au Sud-Est de Ghadamès, dans la région où les pillards trou-

conflits entre les diverses colonies, obtenir une réelle coopération entre elles et arriver à une certaine unité dans les méthodes de police saharienne. C’est ce triple but que le général Laperrine s’efforça d’atteindre, dans des conditions particulièrement difficiles. Laissant une large initiative à ses subordonnés, leur faisant une entière confiance, il agit surtout par des directives, des conseils et des tournées d’inspection.

La colonne de Djanet ayant été dissoute, le général Laperrine supprima les unités de marche formées d’éléments divers et revint à l’emploi de groupes de police plus mobiles. L’amalgame des

Comité <?e / Afriqut français*

Sultan ayant esquissé une démonstration dans le voisinage de Fort-Flatters, une sortie de la garnison le décida à reprendre, sans accepter le combat, le chemin de l’Est.

Cette incursion manquée est le dernier épisode saillant de l’activité senoussiste. Au cours de l’année 1918, la désunion se met entre les chefs tripolitains. Les uns, avec Mohammed Idriss, se tournent vers l’Angleterre. Les autres, comme Si Labed, rompent avec les Germano-Turcs. Les pillards du Tassili et de Ghadamès , n’osant plus s'attaquer à Fort-Flatters, reportent leur activité sur la ligne de ravitaillement Ouargla-Insalah et

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

vaient asile, ces bandes ne tardent pas à se dissocier et à disparaître complètement.

A la fin de 1917, la situation en pays azgueur n'inspire plus d’inquiétude. Les populations sont lasses de la période de troubles qu'elles viennent de traverser et le terrain parait favorable à une action politique. Le capitaine Depommier rentre à Dja.net, qu'il trouve évacuée par ses habitants; il obtient la soumission des Kel-Djanet et des Iedhanaren, qu’il ramène dans l'oasis et qui consentent à payer l'impôt et une amende. Faisant valoir aux chefs rebelles le bénéfice de la soumission, il décide deux des plus notoires, Boubekeur ag Allegoui et Brahim ag Abakada, à entrer en relations avec ses émissaires; bien que Boubekeur se retranche derrière sa qualité de fonctionnaire turc, le capitaine Depommier reçoit l’assurance, sinon d’une soumission immédiate, du moins d’une neutralité bienveillante. En mai 1919, Brahim vient chercher, à Fort-Polignac, l’aman du général Laperrine, qui le nomme amrar des Azgueurs du Tassili. Seul, Abmoud Sultan reste hostile.

Chez les lloggars, l’insurrection semble générale au début de 1917, à la suite de l’arrivée d’une bande senoussiste conduite par Ebbeuh ag Rhabelli, qui avait dirigé l'assassinat du Père de Foucauld. En avril, un combat indécis, soutenu dans la Koudia par les Sahariens du Touat contre les tribus imrads, ne suffit pas encore à les ramener à nous. Mais le capitaine Depommier rentre à Motylinski, ramenant Moussa ag Amastane ; l’intlucnce et les négociations de celui-ci aboutissent bientôt à la soumission presque complète des Hoggars. Moussa, pour restaurer son prestige compromis par suite de la désobéissance de ses tribus au début de 1917 et de son emprisonnement par Khaoussen à Agadez, demande à conduire songoum dans l’Air contre les Taïtoqset les 11 oggars dissidents et à agir de concert avec nos troupes contre Khaoussen; à son retour, il effectue dans l’Ahaggar une rentrée triomphale. En juin, les derniers rebelles sont rentrés, et en août 1917 une députation de notables va à In-Salah recevoir l’aman du général Laperrine.

A la lin de 1917, la situation en pays hoggar s’est sensiblement améliorée et est redevenue presque comparable à celle de l’avant-guerre.

De tous les adversaires que nous avons rencontrés au Sahara pendant la guerre, le plus redou- j table a été assurément Khaoussen. C’est un Touareg de l’Air, qui avait quitté le pays au moment de notre occupation et qui passait à juste titre pour très intelligent, énergique et brave. Le 13 dé cembre 1916, il était venu assiéger Agadez avec des bandes senoussistes(l). Des détachements qui ignoraient sa présence dans la région avaient été massacrés par lui; nos pertes s’élevaient à 3 officiers, 3 sous officiers, 56 tirailleurs indigènes. Deux colonnes, la colonne Mourin et la colonne Berger, sont envoyées au secours d'Agadez. La première, comprenant 72 Européens et 1.100 in-

(1; L 'Afrique Française, 1917, p. 257 et 27!.

digènes, arrive à Agadez le 3 mars 1917, bouscule Khaoussen et débloque la garnison ; elle a 22 tués et 40 blessés. Les deux colonnes donnent la poursuite à Khaoussen et l’atteignent le 13 avril dans le défilé de Ter-Azert, à 150 kilomètres au Nord- Est d’Agadez; mais l’agitateur se dégage et s'enfuit vers le Nord. Les deux colonnes se disloquent le 25 juin, laissant des garnisons fixes à Agadez et à Ingall. Les troupes anglaises de la Nigéria, pendant ce temps, couvraient le territoire de Zinder contre les Oullimmiden.

Khaoussen cependant n’a pas quitté la région. En juillet 1917, une colonne légère, envoyée contre lui d’Agadez, l’attaque au puits de Messin (100 kilomètres Nord d’Agadez) et le met en fuite ; il laisse sur le terrain 74 cadavres, 1 canon, 20.000 cartouches, des obus, des gargousses. Cependant, à la fin d’août, il pousse encore une pointe sur le Damergou et surprend une reconnaissance de tirailleurs; il rentre dans l'Air en novembre. Le lieutenant Nédélec (1) l’attaque près de Tamaslach (80 kilomètres Nord d’Agadez) et lui inllige une sévère leçon (14 février 1918). Dans sa retraite, Khaoussen se heurte à Moussa ag Amastane, qui achève de détruire ses bandes à Talarlak. Les deux troupes réunies le poursuivent et le harcèlent jusqu’à Taghmeurt (250 kilomètres Nord-Est d’Agadez); Moussa le suit plus loin encore. Après une dernière tentative sur le Kaouar en avril 1918, Khaoussen, dont la mehalla est complètement disloquée, abandonne définitivement la lutte; il est pendu à Mourzouk en mars 1919. Sa fuite ramène le calme dans l’Air, qui fait sa soumission complète.

On a pris l’habitude d’appeler Ouled-Djerir tous les pillards originaires du Sud marocain et du Rio de-Oro opérant en Afrique Occidentale Française, mais ces rezzous, qui ne comprennent souvent pas un seul Ouled-Djerir, sont composés en réalité de tous les aventuriers du Sahara occidental : Berabich, Reguibat et autres. Les principaux chefs de ces pillards sont El Khalifa, fils du chef des Berabich dissidents, et les fils de notre vieil ennemi Abidin el Kounti. Laissés maîtres de la situation par le départ de toutes les forces mobiles pour Agadez, de gros rezzous opèrent dans les régions de Goundam, de Tombouctou, de Bourem, de Gao, de Kidal. De vigoureuses patrouilles de nos postes gênent leurs opérations et protègent dans une certaine mesure les populations paisibles des bords du Niger, mais c’est dans l'Erg d’Iguidi qu’on peut porter à ces rezzous des coups mortels et donner une aide sérieuse à la région de Tombouctou.

C’est ce qu’on s’est efforcé de faire toutes les fois que les événements du Tafilelt n’ont pas absorbé l’attention du front Ouest, comme ç'a été le cas surtout en 1918. En juillet 1917, le groupe mobile de la Saoura a poursuivi au Sud- Ouest de Tabelbala un rezzou rentrant d’Afrique Occidentale Française. D’autres tournées ont été effectuées en octobre-novembre dans 1 Iguidi.

(1) L Afrique française, 1918, p. 143.

Dans un contre-rezzou effectué par le capitaine Vincent à Mahitigat 70 kilomètres Ouest de Boubout), en représailles de l'enlèvement d’un convoi de Beni-Abbès à Adrar, un gendre et un neveu d’Abidin ont été tués. En mai 1919, un beau contre-rezzou de l’adjudant-chef Cuvelier, parti de Bou-Bernous avec 75 méharistes et 1 mitrailleuse, a complètement razzié les campements ennemis au Nord d’El-Kseib; ce hardi coup de main a produit le meilleur effet.

En résumé, l’année 1918 a marqué la fin de l’agitation que la guerre avait fait naître au Sahara et que l’appui donné par les Germano- Turcs aux contingents tripolitains avait réussi à propager. La situation est redevenue tout à fait comparable à ce qu elle était en 1914. Notre occupation, solidement appuyée dans l’Ahaggarsur le loyalisme de Moussa ag Amastane et bénéficiant dans l’Est d’éléments favorables qu’une action politique soutenue a fait tourner à notre avantage, ne se présente plus comme un problème d’ordre politique. Elle n’est plus qu’une question de police locale, pour laquelle nous disposons, avec les Compagnies sahariennes, d’un outil parfaitement adapté au milieu.

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