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LE PORT DE CEUTA

L’attention se porte de plus en plus en Espagne sur le port de Ceuta, dont l’importance a soudain grandi aux yeux des Espagnols, depuis le projet de grandes lignes ferrées Paris-Dakar- Amérique du Sud. Nous avons déjà plusieurs fois signalé l'état de la question (1) et publié une carte du port.

La Revue de la Marine marchande vient de publier, sous la signature de M. Victor Monge, vice-consul de France à Tétouan, une intéressante étude (2) que nous résumons.

Ceuta, dont l’origine remonte presque au déluge puisqu'on lui attribue comme fondateur Sem, fils de Noé, après avoir été colonie phénicienne, carthaginoise, grecque, romaine, puis sous la domination des Vandales, des Goths, des Arabes et des Portugais, devint espagnole en 1580 et l'est restée malgré les tentatives des Marocains qui lui ont fait subir le plus long siège de l’histoire (de 1694 à 1727). Position purement militaire et bagne, elle n’a repris vie qu’à partir de la guerre de 1860. Elle avait alors 2.200 habitants, elle en a, en 1918, 30.000 sans compter 10.000 hommes de garnison; le bagne a été supprimé en 1910. Ceuta tend à se débarrasser de son caractère de place de guerre. Sa population est composée surtout d’Espagnols, d’Israélites originaires de Tétouan et d'Arabes.

C’est un port franc, exportant surtout des conserves de poisson et important le lot habituel des importations au Maroc, tissus, matériaux de construction, objets d'alimentation, notamment de nombreux envois laits pour l’Intendance. En 1918, le commerce a été le suivant ;

Cabotage. Entrées 42.926.466 tonnes

— Sorties 2.916.992 —

Etranger. Entrées 2. 06o. 845 tonnes

— Sorties 731.875 —

Ce qui représente 14 millions de pesetas d’importations et 4 millions d’exportations. En 1919, ce dernier chiffre a dépassé 8 millions de pesetas. L’industrie des conserves est la principale, mais la région semble riche en mines (3).

Ceuta est reliée par des câbles avec Tanger, avec Melilla et avec Estepona (Malaga). Un chemin de fer dont la construction et l'exploitation ont été concédées à la Compania Espanola de Colonizacion (Colonizado'ra) et une route carrossable la relient à Tétouan. Elle a des services de navigation quotidiens sur Algésirasct hebdomadaires sur Malaga, Tanger et Cadix, Melilla et Barcelone.

L’importance de Ceuta, c’est son port. Nous reproduisons ci-après tout ce qu’en dit l’étude de M. Monge :

Le Port. — Le port de Ccula est en construction. Le besoin d’un port à Ccula a commencé à se faire impéricu-

(1) Afrii/iie française, 1019, p. 197.

(2) Ceuta, son commerce, son port, son avenir, dans la Revue de la Marine marchande, décembre 1919, p. 687.

1 3) Dans la conférence récemment faite par M. Merry del Val à la Société royale de géographie de Londres, l’ambassadeur d’Espagne donne à Ceuta 15.000 habitants seulement et comme chiffre d affaires 15.800.000 pesetas en 1915.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

sement sentir en 1860, à la suite des difficultés éprouvées pour le débarquement du corps expéditionnaire de Tétouan. Le genie militaire élabora un projet en 1851, mais ce projet ne fut pas exécuté Le 7 mars 1880, une loi fut promulguée qui déclarait d’utilité générale la construction du port de Ceuta ; conformément à cette loi l'ordre fut donne d’entreprendre les travaux en tenant compte aussi bien des nécessités commerciales que des nécessités militaires. En 1884, le génie se mit en devoir d exécuter le projet de 1861, mais les conditions de navigation et d’armement avaient changé et les travaux, ne répondant plus aux besoins du moment, durent cire suspendus en 1897.

Plus tard, la construction du port de Ceuta fut confiée au ministère du Commerce. Un Comité des travaux du port (Junta de Obras del Puerto) fut constitué, et adopta en 1916 un projet établi par l'ingénieur directeur des travaux, M. José E. Rosende. L’entreprise fut mise en adjudication en 1908, et les travaux commencèrent au cours des premiers mois de 1909.

Ce projet Rosende est celui qui est actuellement en exécution.

Il consiste en deux digues d’abri : la digue jetée nord et la digue nord, qui enserrent une superficie de 106 hectares, comptée à partir des calaisons de 4 à 20 mètres. Cet espace est divisé en deux parties par les jetées transversales : la jetée Alphonse XIII et la jetée lleina- Victoria-Eugénia, formant ainsi un port et un avant-port.

L’entrée de l’avant-port, entre les deux pointes de la digue jetée nord et de la digue nord, aura 300 mètres de largeur, celle du port entre les pointes des deux jetées transversales, aura 200 mètres. La largeur de ces jetées transversales sera de 60 mètres. La moitié des bassins aura de 10 à 20 mètres de fond. L’autre moitié de 4 à 10 mètres.

La Société adjudicataire était formée au début de MM. Arango. Escrina et Lopez Trigo, elle est réduite aujourd’hui à MM. Arango père et lils. Ce dernier est ingénieur des mines. Les pierres nécessaires à la construction du port sont extraites de la carrière de 1 Acho, et surtout des carrières de Benzu, situées à 7 kilomètres à l'ouest de Ceuta, et sont amenées par un petit chemin de fer qui relie les carrières au port. On prévoit aussi la construction de grands magasins de dépôts, où les marchandises pourront être débarquées parles grues du port. Les terrasses de ces magasins serviront de séchoir aux marchandises avariées.

Les travaux de construction du port n’ont pas été poursuivis jusqu’à présent avec toute la rapidité désirable. La cause de celte lenteur est imputable à des difficultés financières. Aussi l’opinion publique à Ceuta s’est-tlle vivement intéressée à un projet d’émission d obligations pour l’achèvement du port, établi par le Comité des travaux. Mais cette émission, autorisée par la loi du 25 décembre 1912, se heurta à des obstacles de toutes sortes et échoua. L’idée fut reprise et les Cortès approuvèrent, le 19 juillet dernier, et le Sénat adopta, le 10 août, un projet de loi autorisant l’émission d’obligations à 5 0/0 d’intérêt, pour une somme de 11.500.000 pesetas (1).

Aussi, après la promulgation de celte loi — certains disent avant la promulgation — M. Jaimc Cusso y Maurell, an nom de la Banque hispano-africaine (filiale de la Colonizadora) qu’il dirige, et d'un consortium de Bilbao et de Catalogne, offrit au Comité des travaux d’acheter les obligations à émettre. Cette proposition fut agréée, et on commença immédiatement le recrutement des ouvriers en Espagne. On attend l’arrivée prochaine de 3.000 ouvriers et le Comité des travaux, d’accord avec la municipalité, s’occupe de l’aménagement de vastes baraquements pour les loger. Le Comité des travaux désire terminer rapidement la digue jetée nord et commencer immédiatement la construction de la jetée commerciale Alphonse XIII. avec tous les services annexes, y compris la jonction du chemin de fer de Ceuta avec le port. A cet effet, il active la construction des blocs, l’édification des magasins et le dragage.

Le port de Ceuta est cependant utilisable dans son état actuel. Ses quais atteignent 600 mètres, le fond en bordure a une quinzaine de mètres, et des navires de fort tonnage peuvent y accoster. Je dois ajouter que Ceuta a ainsi aujourd’hui l’avantage sur Gibraltar, sur Tanger et sur les

(1) Voir le texte dans Y Afrique française 1919, page 197.

autres ports de la côte occidentale du Maroc, d’offrir aux navires qui s’y arrêtent la possibilité de débarquer leurs voyageurs et de décharger leurs marchandises à quai.

La construction du port doit être terminée le 26 décembre 1920, mais il est certain que les travaux ne seront pas achevés à cette date.

Indépendamment de l’aclivilé qu’il déploie pour mener à bonne fin l’œuvre de la construction du port de Ceuta, M. Cusso y Maurell, au nom de la Banque hispano-africaine et de la Colonizadora, offre au Comité des travaux d’avancer les fonds nécessaires à la jonction du chemin de fer de Ccula-Télouan avec la jetée nord, entreprise dont l’importance au point de vue du tarif avec l’intérieur est indiscutable.

La presse porte un grand intérêt à cette question du port de Ceuta et il n’est pas douteux que cette campagne reçoit son inspiration du gouvernement lui-même qui compte avec Ceuta tuer Tanger et rivaliser avec Gibraltar.

Il est à noter aussi qu il a été décidé dernièrement de charger M. Arango, adjudicataire des travaux du port de Ceuta. du prolongement du chemin de fer de Benzu jusqu’à Et Ksar Esseghir. avec construction d’un débarcadère en ce dernier point. Je rappelle enfin le projet de jonction de la. ligne militaire de Rio Martin à Tétouan avec celle de Ceuta-Tétouan, avec prolongement de la première jusqu’à Bousfiha en attendant le Fondak Ces projets témoignent en effet de l’intérêt qu’on attache maintenant eu Espagne aux communications.

Le chemin de fer de Ceuta-Tétouan, livré à l’exploitation en mai 1918, est le premier qui, dans le Maroc occidental, pénètre de la côte de la Méditerranée à l’intérieur et, étant donné les inconvénients que présentent généralement les ports de la côte africaine atlantique, il menace d’attirer à lui le commerce de la plus grosse partie du Nord-Marocain.

Quant au port lui-même, outre le grand avantage dont il jouit d’être le point de départ de la ligne dont il vient d’être question, outre son importance comme base d’embarquement, de débarquement et de ravitaillement des troupes espagnoles de la région de Tétouan, il est appelé, lorsque cette zone sera ansi pacifiée, à être le centre des transactions entre les tribus qui l’avoisinent et l’extérieur, et le port d’embarquement des minerais qui seront extraits de cette contrée, certainement riche en mines de fer, de cuivre, de charbon.

D'ailleurs, placée sur le passage du courant commercial et d'émigration le plus important du monde, Ceuta, si les Espagnols savent tirer tout le parti possible de celte situation, s’ils persévèrent dans les dispositions qui semblent les animer aujourd’hui, est appelée à un avenir considérable. Avec les voies de pénétration dont elle sera la tête et son caractère de port franc, elle pourra lutter avantageusement avec Gibraltar et alors se réalisera, peut être, dans un avenir plus ou moins lointain, ce vœu émis il y a plus de vingt ans par la Commission supérieure consultative de la guerre espagnole : « Ceuta doit être une ville cosmopolite, c’est-à-dire un grand caravansérail espagnol où s’arrêteront les étrangers, et nos compatriotes qui vont au Maroc exploiteront son industrie, son commerce et son agriculture dont les riches produits pourront s’échanger jà avec les autres nations. »

Remarquons encore, d’après une note du Boletin de la Real Societad geografica (novembre 1919, p. 393) que la Chambre de Commerce de Ceuta proteste contre l’établissement d’une douane à Ksar-es-Srir (Esseghir) et demande au contraire la continuation rapide de la ligne projetée partant de Ceuta, Ksar-es-Srir et allant s'embrancher sur le Tanger-Fez à sa sortie de la zone tangéroise.

L’abondance des matières nous oblige à ajourner au prochain fascicule la fin du récit de M Cl. Faure. Au Cameroun avec le corps expéditionnaire franco-anglais.

| Le Gérant :J. Legrand.

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