DE 1917 A
La mauvaise habitude qu’ont prise les statisticiens d’indiquer en valeurs le mouvement commercial des pays qu’ils étudient oblige, en raison des termes de comparaison possibles, à suivre ceterrement. Son inconvénient est cependant grave : elle ne permet pas de fixer avec précision la situation commerciale des Etats, en raison de la dévalorisation actuelle de l’argent. Il est banal de dire que seules les quantités de produits importées ou exportées peuvent aujourd’hui être considérées comme le baromètre de cette situation et nous aurions aimé à nous y rattacher entièrement si les statistiques publiées à ce jour sur le Maroc nous l’avaient permis. Pour les données générales, la chose nous est malheureusement impossible et il ne nous reste, pour toute base d’appréciation, qu’à comparer des valeurs entre elles. Pour le détail des articles, nous sommes plus favorisé et nous pourrons mieux étudier la situation de chacun d’eux au cours de ces dernières années.
Le commerce total de la zone française a atteint : en 1917, 319.579.618 fr. ; en 1918, 354.622. 397 fr. ;
en 1919, 573.159. 408 francs; non compris le mouvement avec l’Algérie qui a été de 66.659.000 fr. en 1917 et de 74.723.000 fr. en 1918. A ne considérer que les valeurs, le commerce général du Maroc a largement doublé depuis 1916 — puisqu’il a maintenant dépassé le demi-milliard — et ce, malgré les difficultés inhérentes à l’état de guerre et surtout à l’après-guerre où les relations maritimes de la France avec ses colonies sont devenues lameniables, au préjudice réciproque des deux parties.
Il faut, en effet, se méfier du mirage des chiffres qui expriment aujourd’hui une valeur, et ce ne sera pas une raison de chanter que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsqu’on aura constaté que la part de la métropole, importations et exportations, est représentée dans ce trafic par une valeur de 354.440.486 francs contre 20t. 600. 305 francs en 1918 et 206.098.969 francs en 1917. A première vue, la situation s’indique en progrès, surtout si l’on remonte à 1916 où le commerce français s’arrêtait à 155.319.906 francs. Mais ce progrès est-il réel? C’est ce que nous indiquerons plus loin après avoir dit que l’Angleterre arrive bon second dans la course au commerce du Maroc, avec un chiffre de 134 millions et demi contre 63 millions en 1916: son effort reste parallèle au nôtre sans jamais se démentir. Des autres nations, à part l’Espagne qui a triplé son chiffre de 1916, aujourd’hui 35.853.936 francs, et les Etats-Unis qui s’intéressent au Maroc pour 25 millions et demi, soit quatre fois plus environ qu’en 1916, nous ne dirons rien dans ce très bref travail destiné seulement à donner quelques idées d’ensemble sur la situation du commerce au Maroc en 1919.
Dans ce demi-milliard, qui représente la valeur des échanges du Maroc avec l’extérieur, pour quelle part s’inscrivent respectivement les importations et les exportations? C’est ce que nous allons voir avec un peu de détail puisque nous nous proposons de dire en même temps quelques mots des éléments auxquels ce résultat est dû.
Supplément à l’ Afrique Française de mai 1920.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Tout d’abord un fait saute aux yeux, quelle que soit la part à réserver au phénomène de « l’intlation ». C’est le sensible progrès que connaît l’exportation des produits marocains. Certes, le chiffre des importations de marchandises européennes commence à devenir sérieux :
215.710.537 francs en 1917, 257.579.981 en 1918, et 366.041.951 francs en 1919 (I). Mais le rapport entre la valeur du commerce d’importation en 1916 et en 1919 ne varie que du simple au double, tandis que pour le commerce d’exportation il y a plus, et par conséquent mieux.
En indiquant pour 1919 un total de 207.117.457 francs à la sortie du Maroc, les statistiques marquent que ce genre de commerce s’est développé beaucoup penuant la guerre. Son rapport s’est établi de 1 à 3 entre 1916 et 1919, soit, si l’on veut des chiffres : 68.503.990 francs en 1916, 103.869.081 fr. en 1917, 97.042.416 fr. en 1918 et 207.117.457 fr. en 1919, non compris les exportations sur l’Algérie qui oscillent entre 13 et 20 millions. La constatation est intéressante. Mais elle ne tend pas surtout à parler en faveur du Maroc agricole dont la prospérité est aussi relative qu’irrégulière — que nous sommes loin de l’époque où Tes Romains considéraient l’Afrique du Nord comme un grenier d’abondance ! — Nous voulons plus particulièrement y voir un effort de bonne volonté pour faire servir le Maroc au relèvement de notre pays, effort vraiment méritoire, car le Maroc, encore sans chemins de fer, sans ports et sans navires suffisants, est gêné pour produire comme pour écouler ses produits, faute de posséder un outillage économique qui réponde à l’impulsion qu’a su lui donner le général Lyautey. Peut-être le Parlement français et la grande presse française — qui portent en eux la faute d’avoir trop longtemps négligé les questions coloniales — vont-ils comprendre désormais que pour produire, alin d'améliorer le change de la France, il faut donner aux producteurs l’instrument de travail qui leur manque. Le Maroc vient s’inscrire sur le registre des distributions en tête des bénéficiaires parce que ses relations avec la métropole doivent devenir nombreuses et peu coûteuses, parce que l’immigration française s’y poursuit avec intensité, parce qu’on y a déjà beaucoup travaillé et que les statistiques sont là pour le prouver. Donner au Maroc des instruments de travail, des moyens sérieux, ce sera travailler pour la France.