‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 47 sur 134 · EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

EXPORTATIONS

Lorsque le total des exportations du Maroc oscillait, avant la guerre, entre 58 millions de francs si Tannée agricole avait été bonne , et 20 millions si les pluies n'étaient pas tombées en quantités suffisantes aux moments propices, on ne pouvait guère s’imaginer qu’en un jour prochain les statistiques des exportations indiqueraient des valeurs supérieures à 100 millions. Le fait s’est cependant produit en 1917, et s’est reproduit en 1918 (97 millions de francs, non compris les 18 millions exportés sur l’Algérie). Ces chiffres déjà très intéressants, car ils dépassent d’un tiers ceux de Tannée 1916, paraissent aujourd'hui assez modestes, puisque avec les statistiques de 1919 nous voyons évaluées à 207 millions de francs les exportations du Maroc, et à 164.407.287 francs le seul mouvement sur la France.

Au moment où nous écrivons ces lignes nous ne possédons aucun renseignement sur les échanges avec l’Algérie par voie de terre; on peut présumer qu’ils dépassent le chiffre de 1918 (17 923.000 fr.). Ainsi plus des trois quarts des exportations sont destinés à la France. La part des autres puissances est de ee fait extrêmement faible : 8 millions pour l’Angleterre, 0 millions et demi pour le Portugal, près de 5 millions pour les Etats-Unis et 3 millions et demi pour la Belgique. Cette situation n’est que la conséquence des mesures de guerre qui ont porté de grandes entraves à la liberté commerciale. Elle ne se reproduira plus de la même façon pour 1920, étant donnés les arrêtés pris dans la colonie pour préparer le retour à la vie normale.

Les produits que la France a principalement achetés au Maroc sont ; le blé dur (139.891 quintaux) ne laissant que 4 quintaux pour les autres pays, Yorge (341.484 quintaux) ; le mais en totalité (21 1 .040 quintaux) ; les amandes (771.600 kilogrammes sur 2.442.881), — l’Angleterre en a acheté un million et demi de kilogrammes — ; les graines de lin (12.173.226 kilogrammes snr 16.591.123); les pois chiches (118 555 quintaux sur 176.920) ; Y al piste (33.2 40 quintaux sur 82. 1 1 9), — l'Angleterre en a fait venir 38.067 quintaux — ; la coriandre (275.297 kilogrammes sur 1 .255.500), — l’Angleterre en a acheté 676.743 kilogrammes et les Etats-Unis 297.223 — ; les fèves (295.141 quintaux sur 321.143'; le cumin (996.627 kilogrammes sur 2.555.465) ; — ici encore les Etats-Unis et l’Angleterre se sont adressés au Maroc ; les premiers lui ont demandé 481 .633

BULLETIN DD COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

kilogrammes et la seconde 950.310 — ; le fenugrec (649.994 kilogrammes sur 3.663.399), — les principaux acheteurs sont l’Angleterre et l’Italie : près d’un million et demi de kilogrammes chacune — ; la gomme sandciraque (78.377 kilogrammes sur 185.557); les œufs (8.605.000 kilogrammes sur 8.626.096); les laines en suint (1.415.670 kilogrammes sur 1.479.719); les peaux de chèvres 1 1.238.954 kilogrammes sur 1.827.916); les peaux de moutons (1.331.878 kilogrammes sur 1.386.813); la cire brute (74.880 kilogrammes sur 112. 126) et les chiffons (516.000 kilogrammes sur 1.202.000).

Le lecteur nous excusera de lui présenter de lagon aussi sommaire la situation actuelle des exportations du Maroc. Nous nous bornons à celte simple énumération pour ne pas abuser des colonnes de ce Bulletin. Toutefois, avant de terminer cet article, nous voudrions indiquer s’il y a ou non progrès dans le commerce marocain d’exportation.

A reprendre les produits que nous venons d’énumérer, on n'aperçoit guère de progrès, d’une façon générale ; on ne constate que des déplacements de quantité provoqués naturellement par la loi de la demande et par conséquent, pendant la guerre, des hauts prix. C’est ainsi que les cultures vitales pour la France telles que le blé, Forge, le maïs sont en diminution, tout au moins au point de vue des quantités exportées, et même en diminution très marquée.

Nous sommes loin, par exemple pour le blé, de l’efforl effectué en 1916 où la statistique indiquait une exportation de 310. 433 quintaux, et pour l’orge la différence est encore plus grande, puisque les 368.000 quintaux exportés en 1919 ne représentent guère plus du quart de l’exportation de 1916, et il en est ainsi pour les laines, la cire, la gomme, la coriandre, le fenugrec, le cumin, etc. Il est vrai que le Maroc, qui s’était démuni de ses réserves au cours des années précédentes, a eu besoin de refaire ses stocks et ce peut être là une explication de cette insufliance des exportations. D’autre part, il n’est pas douteux que les négociants ont préféré, l’esprit ne dominant pas toujours la matière chez eux, s’occuper de produits plus rémunérateurs et c’est ce qui explique le mieux qu’en 1919 tout le succès va aux graines de lin et aux pois chiches, dont l’exportation dépasse de beaucoup celle de 1912, cependant très forte, à l’alpiste qui connaît une bonne année comme en 1916, aux fèves et aux chiffons qui sont, depuis trois ans, en progrès continu, aux amandes et surtout aux œufs, dont l’exportation a doublé sur celle des fortes années 1913 et 1916, grâce au contingentement qui aurait dû être appliqué aux céréales depuis longtemps.

De ces chilfres il ressort un fait indéniable : c’est la réelle prospérité du Maroc, malgré d'in suffisants moyens de production. C’est par 25.000 et 30.000 que nos compatriotes viennent chaque

année, depuis l’armistice, se lixer au Maroc. Les villes continuent à les retenir en attendant que les difficultés d’établissement à l’intérieur s’aplanissent. Les services économiques, politiques et domaniaux de la Résidence générale font actuellement de gros efforts à ce sujet, mais les meilleures volontés se heurtent à la question des transports terrestres et maritimes bien défectueux encore au Maroc. On parle pour toutes nos colonies d’un grand emprunt de mise en valeur; mais les sommes à prêter publiées, jusqu’ici, ne paraissent pas répondre à des conceptions de grande envergure. On a l’impression que l’on ignore en France l’effort actuel accompli ou en voie d’accomplissement par nos alliés anglais dans leurs possessions d’outre-mer. Nos programmes de mise en valeur sont dérisoires à côté des leurs; nous paraissons des Lilliputiens, alors qu’en réalité, nous sommes un peuple d’action et de savoir-faire. Nous faisons grand à l'occasion, comme le prouvent, dans deux domaines bien différents, la constitution de notre empire colonial et notre victoire sur le Deutschland. Mais puisque aujourd’hui nous avons besoin d’exploiter intensément nos colonies, que le Parlement donne à celles-ci le capital de premier établissement qui leur est nécessaire : cet argent sera le levier de la renaissance de la France dans un beau temps de paix.

J. Gollvex.

AU CAMEROUN

avec le corps expéditionnaire franco -anglais

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