IV. — Par le contre-djich
11 ne sera pas question du djich du Sahara qui opère sur de grands parcours. Le général Laperrine a posé les principes de la sécurité dans ces régions (1).
(1) Afrique française , 1920, p. 47.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Le mot « contre-djich » n’est pas tout à fait exact, car il est réservé au djich lancé sur les tribus « Siba », monté ou toléré par nous. Il s’agit ici d’une troupe organisée spécialement pour assurer la police du bled.
Jusqu’à présent, au Maroc, pour lutter contre le djich, nous avons eu des goums, des maghzens à pied ou à cheval, et des groupes francs de tirailleurs à l’effectif de 50 hommes.
Ces organes de police du bled assurent bien la sécurité au moment où ils passent et dans la zone immédiate où ils patrouillent, mais la plupart du temps, éventés par les djicheurs, ils ne parviennent pas à s’en saisir.
, Et voici pour quelles raisons :
Pour le moghazeni ou le goumier, le djich n’est pas intéressant parce qu’il n’y a pas de butin à ramasser, et puis souvent il est mauvais tireur. Tandis que le djicheur, très ménager de ses cartouches, ne tire qu’à coup sûr puisque c’est son seul moyen de réussir, le moghazeni, lui, lâche son coup sans viser (nous ne faisons pas son instruction quand il est au repos dans les postes, et c’est un tort).
Il est d’ailleurs peu payé et assez mal récompensé.
Lâchés pour ce travail de poursuite des djiouch presque toujours sans oflicier, les moghazenis mal commandés opèrent maladroitement.
Enfin, ils sont en petit nombre, et dans les postes, ils sont employés le plus souvent aux besognes exigées par l’administration.
Les groupes francs de tirailleurs ont une mauvaise organisation :
Fantassins, habillés d’etfets européens, avec un paquetage ou un barda indigène trop lourd parce qu’ils emportent outils, vivres de réserve, linge de rechange, ustensiles de campement, ils se font suivre de 2 mulets porteurs de vivres qui les encombrent, et leur lieutenant est pourvu d’un cheval visible de trop loin et qui ne peut pas passer partout.
Ce qu’il faut pour lutter en « contre-djich » contre un adversaire presque insaisissable, c’est un élément de 50 indigènes, tirailleurs ou partisans, tous tireurs de précision, habillés comme les djicheurs, ne portant pas ' plus de vivres qu’eux, n’ayant pas de mulets à leur suite, et commandés par un lieutenant jeune, vigoureux, alerte, animé de l’esprit d’otfensive à outrance et qui ne soit pas doté d’une monture.
Si ce sont des tirailleurs, il faut qu’ils aient de fortes indemnités; si ce sont des partisans, il faut les rétribuer largement.
Dans les contrées où les djicheurs agissent à cheval, on peut concevoir une organisation analogue d’éléments cavaliers.
Il doit y avoir un nombre de ces éléments proportionné au territoire occupé de telle façon que les zones, toujours les mêmes, où ils sont appelés à patrouiller, soient parcourues totalement chaque mois au cours de trois randonnées de 6 à S jours chacune.
Il faut qu’une fois lâché, le chef ait toute ini-
tiative pour son parcours et ses stationnements qui ne peuvent résulter que des premiers renseignements reçus ou de ceux recueillis en cours de, route.
11 faut que ces éléments puissent se ravitailler en vivres et munitions dans les postes où ils passent, et surtout qu’ils soient capables de se nourrir avec les seules ressources du pays, si besoin est.
En une seule formule : il faut que pour vivre, marcher, stationner, ils emploient les mêmes procédés que leurs adversaires, les djicheurs.
Ce n’est qu’à ce prix que le « contre-djich » obtiendra des résultats.
Bien entendu ce n’est pas tel ou tel de ces procédés qui doit être employé de préférence à tel autre. Tous doivent être mis en œuvre, car si l’un d’eux fait faillite : téléphone coupé, émissaire empêché, groupe franc immobilisé, etc..., les autres fonctionneront.
Trop de soldats sont morts lâchement assassinés, sans profit aucun, sur les routes du Maroc. Cela vaut la peine que toutes ces mesures de précaution soient prises.
Commandant Vicaud,
du 9° tirailleurs.
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