‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 66 sur 134 · francs · texte numérisé non relu

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C’est ainsi que le Maroc a pu franchir la crise monétaire difficile qu’a entraînée la hausse, puis la suppression de la monnaie hassani.

En séance. M. Barthe, député de l’Hérault, a agi comme inlerpellateur. M. Barthe s’occupe activement du Maroc. Il était rapporteur dans la législature 1910-1914 du projet de loi concernant le régime douanier des produits marocains importés en Algérie par la frontière de terre, et on se rappelle les restrictions qu’au nom de la Commission des douanes de l’époque il voulait imposer aux produits agricoles marocains similaires de ceux de France, à la vigne notamment, et les encouragements qu’il prodiguait par contre à la culture du coton. Ea discussion de ce projet de loi, dans la séance du 11 mars 1914 fl), n’a pas abouti M. Barthe a repris son rapport sous la législature 1944-1919, mais celle-ci a eu d’autres soucis, et il vient de le reprendre une troisième fois (Chambre, 1920, n° 279) : le projet s’est d’ailleurs modifié et s’étend à l’introduction des produits marocains en France comme en Algérie; nous y reviendrons. Ea thèse de M. Barthe n’a d’ailleurs pas changé.

Son interpellation — car c’en était une — a porté sur de nombreux points.

Tout d’abord les phosphates. On sait que d’importants gisements ont été découverts au Maroc auquel ils assurent une nouvelle source do richesse d’une valeur inespérée. Le bruit a couru que des Sociétés étrangères mettraient la main sur ces phosphates, et notamment sur la concession du chemin de fer qui doit en permettre

l’exploitation. Le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, et le rapporteur du Maroc ont démenti ce bruit. Le dahir du 27 janvier 1920 a réservé à l’Etat marocain la recherche et l’exploitation des phosphates, et le rapporteur a dit que celui-ci ne pourrait donc '- courir ni à la concession directe ni même à la régie co-intéressée, mais seulement à la régie directe sous une forme autonome et industrielle. Beste la question de l’égalité économique. A ce sujet, il a écrit :

Le principe de l égalité économique imposé par l’Acte d’Algésiras qui mettrait l’agriculleur ou le commerçant français sur le même pied que son concurrent étranger n’a pas été saus troubler la Commission de l’agriculture et sans créer un malaise qui a besoin d’être dissipé.

L’Acte d’Algésiras est encore une réalité internationale. Mais il faut faire confiance au gouvernement qui devra, au cours d’une convention diplomatique, briser les derniers liens déjà bien relâchés de l’accord imposé par 1 Allemagne aujourd’hui vaincue. Il sera facile alors de trouver la manière de créer au bénélice de l’agriculture fra-’ çaise, pour l'exportation des phosphates du Maroc, un"'*! «girne privilégié.

En séance, la question a élé ainsi soulevée par M. Barthe, qui a provoqué une déclaration intéressante du président du Conseil :

L'acte d’Algésiras a été détruit, vis-à-vis de l’Allemagne, le jour où le militarisme allemand nous a attaqués.

Applaudissements.)

Du côté de l’Allemagne, nous n’avons plus aucun engagement.

En ce qui concerne l'Italie, je ne crois pas que la question soit posée.

Reste l’Angleterre. Il s'agirait d’engagements que vous auriez vis-à-vis de l’Angleterre. A cet égard, Monsieur le président du Conseil, je sais que l’héritage que vous avez reçu est des plus lourds et des plus redoutables et ce n’est pas à vous que s’adresse la critique. Mais nos négociateurs ont été singulièrement légers, alors qu’au point de vue économique nous nous sommes partout effacés et que nous avons laissé trop souvent sacrifier les intérêts français, alors que la nation a fait tant de sacritices sur les champs de bataille, s ils n’ont pas obtenu la liberté du Maroc. Et si, par oubli ou par maladresse, cette mesure n’avait pas été envisagée, il vous suffirait de vous tourner vers nos amis anglais et de leur montrer ce que nous avons déjà donné, pour qu’i!s admettent la liberté et l’indépendance de notre action pour l’exploitation rationnelle des richesses du Maroc. H n’est vraiment pas possible que nous ayons les mains liées de ce côté.

M. Georges Boussenot. — Et nous avons reconnu le protectorat de l’Egypte, ce qui n’est pas déjà une si bonne action.

M. Barthe. — Je ne veux pas soulever cette question, elle est trop délicate.

M. Georges Boussenot. — Les deux questions sont liées.

M. le président du Conseil. — Il ne faut pas qu’il y ait de doute ni d’équivoque sur ce point.

Lorsque, au cours des négociations du traité de Versailles, il a été stipulé que l'acte d’Algésiras serait supprimé en ce qui concerne l’Allemagne, les Alliés, notamment les Américains et les Anglais, n’ont accepté la suppression de l’acte d'Algésiras que sous la condition expresse que le régime que l'on appelle généralement — M. Barthe sait — le régime de la porte ouverte, déterminé pour la première fois dans les accords franco-anglais de 1904, serait maintenu.

M. Barthe a parlé ensuite des pétroles , sur lesquels M. Calary de Lamazière avait donné les indications suivantes :

(1) Afrique française, 1914, Rens. Col., p. 446.

On a parlé, ces temps derniers, de l’existence d'une

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

happe de pétrole au Maroc. Il ne faudrait pas se leurrer d’espérances prématurées.

Sans doute, un sondage heureux fait dans la région de Petit-Jean a donné les premiers résultats intéressants, sinon au point de vue de la quantité produite, du moins comme un indice positif de la présence d’un naphte dans certaines couches géologiques où des suintements bitumeux sont connus depuis si longtemps.

Plusieurs sociétés financières se sont créées en vue de faire procéder à des recherches. Des permis ont été consentis, des sondages effectués, mais jusqu'à ce jour il n’est pas possible d’affirmer que le Maroc donnera une importante production de pétrole.

En séance, le gouvernement s’est montré fort discret sur cette question qui en soulève d’autres plus générales : M. Millerand, président du Conseil, s’est borné à demander qu’on lui fît conliance, et à dire qu’il envisageait pour les pétroles marocains « la même formule que pour les phosphates, ou du moins une formule qui, comme celle-là, donnera satisfaction aux intérêts français ».

Autre question débattue, celle des chemins de fer. M. Barthe a été dur pour le chemin de fer militaire, qui a pourtant rendu tant de services au Maroc. Quant au réseau normal, c’est un emprunt prochain qui permettra de le mettre enliu en mouvement.

Avec M. Morinaud, c’est une autre série de questions qui a été soulevée. Le député de Constantine, comptant qu’il y a au Maroc 40.000 Français et 6 à 7 millions d’indigènes , croit que « l’heure est venue d’appeler ces populations à l’administration et à la participation aux affaires publiques ». 11 voudrait qu’elles puissent contrôler le budget, qu’une assemblée locale semblable à la Conférence consultative de Tunisie fût appelée à examiner et à voter ce budget, et que les budgets municipaux fussent aussi délibérés par des assemblées élues. Quel cadeau à faire au jeune Maroc! M. Calary de Lamazière y a répondu :

Je suis de ceux qui considèrent que les régimes d’autorité doivent disparaître quand on entre dans une période normale. Le régime d’autorité , nécessaire en période exceptionnelle, ne doit pas subsister trop longtemps quand on revient à la formule habituelle des choses et de l’histoire.

Un effort a déjà été tenté ; il doit être rapidement continué. Il faut préciser très vite un statut pour le Maroc de demain, sans cependant procéder avec une rapidité excessive.

Ün peut opposer deux objections très graves à une manifestation immédiate législative, si je puis dire, de la volonté populaire au Maroc

Tout .à l'heure nous disions que la question de la porte ouverte n’était pas encore réglée. Hélas, non ! Il y a. au Maroc, des Chambres de commerce anglaises en particulier, qui pourraient dire qu’elles ont, elles aussi, à côté des nôtres, le droit de participer au contrôle, et de procéder à l’examen des dépenses et des recettes.

Il y a une question plus grave que celle-là. Je suis certain qu’en m'adressant à ceux qui connaissent les pays d’Islam je serai compris. Il y a un danger panislamique. Ce danger, il gronde actuellement à travers l’Asie Mineure. ( Très bien! très bien! à l'extrême gauche.)

Il a peut-être, hélas ! été dressé contre nous par certains de nos Alliés 11 existe redoutable en Perse, en Cilicie, en Syrie, dans l’Hedjaz, en Palestine. Toute la Jeune-Turquie se prépare à des efforts de violence.

E-<t-ce le moment de donner, tout de suite, aux indigènes du Maroc la part, qu’ils ont droit de réclamer, mais qu’ils

considéreraient, dangereusement peut-être, comme une victoire contre celui qui, tout de même, est pour eux 1 envahisseur ?

Voilà le danger qui nous oblige à être prudents dans nos espérances, à les limiter, peut-être à les faire attendre.

Il faut préparer l’opinion publique à des réformes nécessaires, mais il ne faut pas, cependant, trop de précipitation, pour ces deux raisons : l’incertitude de notre statut national au Maroc et le danger très grave de cette grande rumeur qui a traversé l’Islam et n’est pas encore apaisée. ( Très bien! très bien !)

Les autres questions soulevées dans cette discussion ont eu trait à la situation militaire du Maroc et à la question de l’Afrique du Nord. Nous en parlons ailleurs.

Nous allions oublier de dire que M. Barthe a tenté d’apporter à la tribune un écho, d’ailleurs timide, des polémiques trop vives répandues dans la presse et dans une partie de l’opinion du Maroc, sur la politique du résident général, ce qui a amené M. Raiberti, président de la Commission des finances, à faire cette courte déclaration :

M. LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES FINANCES. — Le général Lyautey est un grand serviteur du pays. (Très bien! très bien!) Il a repris là tradition des grands colonisateurs français. Son œuvre a été admirable pendant la paix et plus admirable encore pendant la guerre. L’histoire la retiendra comme une des œuvres qui font le plus d’honneur au génie civilisateur de la France. ( Vifs applaudissements.)

Ce peut être le mot de la lin de cetle grande discussion marocaine, la première de la nouvelle Chambre.

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Le Général Gallieni

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