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d’Indochine

On a insisté aussi sur la production des bois, et on a appris à ce propos que les six grands réseaux de chemins de fer français, désireux de remplacer leurs traverses, ont constitué un consortium pour l’exploitation des forêts de l’Afrique équatoriale avec un capital de 75 millions et une concession de plus de 100.000 hectares.

Partout l'effort s’impose. La nouvelle Chambre a été consternée d’apprendre que sur les 4 milliards de matière d’origine coloniale que nous importions en 1913, neuf dixièmes provenaient des colonies étrangères et un dixième seulement des colonies françaises.

On veut, on va changer tout cela. M. Sarraut, ministre des Colonies, M. Laffont, rapporteur du budget des colonies, les divers orateurs ont parlé en ce sens. Mais le ministre a tenu à dire que pour y parvenir il faut un outillage économique, une flotte coloniale et une propagande coloniale active en France, toutes idées que nos lecteurs connaissent bien, puisqu’elles ont été formulées et développées ici dans notre chronique du mouvement colonial.

Cet outillage économique, le programme en est prêt et comporte 4milliards de dépenses : voies ferrées, routes, ports, travaux d’irrigation et d’hydraulique, voies navigables, etc. M. Sarraut a soutenu sa solution, celle d’un Crédit colonial qui, au lieu de lancer à la fois en concurrence sur le marché financier, si encombré, une douzaine d’emprunts de diverses colonies, permettrait d’avoir une dette unique, de créer, comme on a fait pour les régions libérées, un grand établissement financier à la constitution duquel participeraient tous les établissements français et coloniaux, les grandes firmes industrielles et commerciales de la métropole et des colonies, et de faire émettre par cet établissement des obligations garanties par l’Etat et dont les annuités auraient été inscrites momentanément, provisoirement, au budget de l’Etat. « Il serait plus aisé,

dit M. Sarraut, d’inscrire au budget de l’Etat pendant quelques années,’ 50, 00, 70 millions d’annuités que les 400 à 500 millions qui seraient nécessaires pour exécuter ces travaux. Puis, lorsq ue, dans quelques années, grâce à ces travaux, la richesse des colonies se serait développée, qu’elles auraient franchi la période difficile actuelle, rien ne serait plus aisé pour l’Etat que de reporter sur les colonies la charge de ces annuités et de les leur faire payer au prorata de l’argent qu’elles auraient reçu. » Il est curieux de noter que des députés avaient proposé l’établissement de compagnies à charte, calquées sur le type des anciennes Chartered britanniques, mais sans pouvoir de police.

Donc, le problème est bien posé devant la nouvelle Chambre : nos colonies peuvent fournir à la métropole des quantités considérables de matières premières, mais il faut les mettre en mesure d’avoir l’outillage économique et le fret nécessaires. C’cstune vérité que nous avons souvent dite ici et que nous répéterons afin que les pouvoirs publics ne restent pas inactifs après avoir proclamé cet excellent principe.

On a aussi beaucoup parlé de politique indigène au cours de ces séances.

M. Gratien Candace a dit à ce sujet d’excellentes choses dans la séance du 29 juin :

On parle souvent de tirer beaucoup de l’indigène, de lui demander le maximum de rendement. Il faut mettre ses facultés en mesure de donner ce maximum de rendement. 11 faut l’instruire ; il faut, comme dans l’Afrique du Nord, comme en Indochine, que ceux qui ont une civilisation, soient instruits dans leur civilisation, en même temps qu’ils soient instruits dans la nôtre ; il faut, selon le mot qu’a prononcé un jour à cette tribune M. Waldeck-Rousseau, les faire évoluer dans leur propre civilisation. Elevons uniquement dans notre civilisation ceux qui sont des cerveaux neufs, sans traditions, sans passé.

Donnons-leur un enseignement technique, des notions pratiques. Pour cela apprenons -leur un métier, créons à ieur usage des écoles d’apprentissage. Rien n’a été fait de tout cela En Afrique occidentale, il y a 98 0/0 d’illettrés.

En Afrique équatoriale, il y eu a 99 ou 99.5 0/0. Instruisez ces hommes. Fondez des écoles d’apprentissage. Vous arriverez ainsi à former, dans nos colonies, des contremaîtres, de bons ouvriers.

Vous ne pouvez pas prétendre faire émigrer des Français, des métropolitains dans les colonies. La France a été saignée à blanc, elle a perdu 1.500.000 de ses enfants pendant la guerre. Elle a des centaines de mille de mutilés et elle doit refaire tout son sang et tous ses muscles. Vous ne pouvez plus compter sur une émigration intense. Vous recruterez seulement dans la métropole la plupart de vos chefs d’administration et vos capitaux d’industrie.

Il faut donc que, par un enseignement bien organisé aux colonies, vous arriviez à faire évoluer, dans notre civilisation, les populations qui ne sont pas encore civilisées et, dans leur propre civilisation, celles qui ont déjà une civilisation, afin de nous créer de véritables auxiliaires, au point de vue politique et social. ( Applaudissements .)

C’est ainsi que vous réaliserez ce qu’un de vos prédécesseurs a appelé une politique d’association. Pour cela, il faut faire évoluer nos indigènes, il faut les mettre à même de suivre l’exemple de ceux qui sont chargés aujourd’hui de leur tutelle et de leur éducation.

Le rapporteur des colonies, M. Laffont, a ap-

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prouvé ces idées, mais il y a ajouté cette notion nécessaire :

Une autre conséquence de notre devoir de générosité, c’est de respecter, partout où nous pourrons le faire, les civilisations au milieu desquelles s’exerce notre action. Nous perdons trop souvent de vue que notre action ne s’exerce pas toujours sur des masses amorphes et inorganisées, que nous sommes en présence de races différentes et dont chacune a. produit une civilisation, dont chacune se fait du monde une représentation opposée, dont diffèrent les modes de penser et d'agir. Ces civilisations sont parfois aussi évoluées que la nôtre, mais dans un sens différent.

M. le ministre des Colonies. — Très bien!

M. le rapporteur — Au Maroc, où je suis allé récemment, cette constatation m’a fortement impressionné.

On ne peut nier que cette civilisation musulmane soit très évoluée ; à certains moments même extrêmement raffinée. Au point de vue social, elle contient et elle consacre le principe d autorité, de subordination, de hiérarchie. Celui qui, au nom de nos principes démocratiques, voudrait inscrire notre devise républicaine : liberté, égalité, fraternité sur la vénérable Koutoubia de Marrakech ferait par cela même la preuve de son incompréhension absolue de la politique indigène.

Ces principes diffèrent des nôtres ; dans la mesure du possible, il faut les respecter. [Applaudissements .)

C’est pourquoi je ne suis pas un partisan farouche de cette politique d’assimilation, qui a été celle delà troisième République et qui a été souvent la cause des plus lourdes fautes. [Applaudissements.)

Nous avons une tendance naturelle à vouloir exporter les principes de 1789. Le Français est exportateur de ces principes par tempérament.

Nous raisonnons sur l’homme en soi. C’était la tendance généreuse de la Révolution française, qui avait la prétention de légiférer pour tous les hommes de tous les temps et de tous les pays C’était la prétention de Condorcet; c’est un peu la nôtre.

L idéal de la France doit donc être de conduire lentement ces populations, par l’intermédiaire de leurs chefs naturels, en les troublant le moins possible dans leurs convictions, dans leurs croyances, dans leur mode de vivre, de les mener lentement et comme par la main et sans qu'elles en souffrent, à un état politique social et économique meilleur.

Ne nous laissons pas aller à 1 idéologie, au mépris du fait.

Ht *

Il faut maintenant que ce long débat ait une conclusion pratique. M. Guisthau, président de la Commission des colonies, et M. Sarraut, ministre des Colonies, l’ont promise sous la forme suivante : le gouvernement présentera prochainement un projet de loi organisant un ellort méthodique et puissant de mise en valeur de nos colonies. Ce projet visera quatre grandes questions auxquelles toutes les autres se rattachent, la main-d’œuvre, le personnel technique, les travaux publics et les capitaux, et il sera discuté dans un débat qui portera sur tout le domaine colonial et qui constituera au Parlement une véritable « semaine coloniale* ». M. Sarraut le caractérise ainsi : « Lors de la discussion de ce projet, le moment sera favorable pour envisager suivant quelles méthodes et quel programme notre pays entend poursuivre dans son domaine colonial une haute tâche de civilisation dans laquelle la création fondamentale de la richesse s’accompagne nécessairement, suivant les traditions invariables du génie français, d’une haute mission de progrès moral et social qui confère, à coup sûr, à notre pays, le meilleur de ses titres et de son prestige, sur les races qu’il gouverne et protège. »

L’Hommage de l’Académie Française aux Coloniaux

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