‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 78 sur 134 · travailleurs indochinois ou malgaches, et · texte numérisé non relu

travailleurs indochinois ou malgaches, et

30.000 travailleurs chinois transportés en France, et a participé à l'encadrement de 120.000 travailleurs fournis par l’Afrique du Nord.

L’extension de l’artillerie coloniale n’a pas été moins formidable que celle de l’infanterie.

Après avoir formé 58 batteries, au moment de la mobilisation, elle a fourni de nombreux cadres à l’artillerie métropolitaine.

Ses 3 régiments du début sont bientôt portés à 9 régiments de campagne, et donnent en outre naissance à 1 régiment d’artillerie de montagne et à 6 régiments d’artillerie lourde.

A l’armistice, l’artillerie coloniale comptait 18 régiments d’artillerie : Ier, 2', 3e, 21e, 22, 23°, 41e, 42e, 43e, 141e, 142e, 143e, 182e R. A. P,, 183e R. A. P., 341e, 342e, 343e et le 11e régiment d’artillerie de montagne (en formation).

L’encadrement de si nombreuses formations montre quelle merveilleuse réserve de cadres constitue l’armée coloniale. Et quels cadres? Décriés avant cette guerre par tous ceux qui ne les connaissaient point, ils ont montré une valeur hors de pair.

Nous verrons plus loin, que, d’après le plan de mobilisation, les troupes coloniales ne formèrent

qu’une seule grande unité, le C. A. C., et que bon nombre de régiments furent répartis dans des unités métropolitaines.

Ce mode d’utilisation fut vite abandonné, et dès 1915. le groupement des régiments coloniaux en grandes unités fut réalisé.

Tout d’abord, les 10e, 15e et 16e divisions, ainsi que le 2e C. A. C (formé des 10e et 15° D. I. C.) furent créés dans le courant de 1915, puis apparaissaient, en 1916 la 17e division, et enfin la 11e division par prélèvements sur les précédentes. Ce qui porte à 7 le nombre de D. I. coloniales.

Seuls, le R. I. C. M. et les bataillons indigènes furent ensuite employés, le cas échéant, en dehors de ces grandes unités.

L’accroissement formidable des troupes coloniales, leur solidité éprouvée, leurs aptitudes manœuvrières justifiaient amplement ces créations de grandes unités coloniales. Du reste, les missions que leur confia notre haut commandement témoignent amplement de sa haute estime pour ces vaillantes unités. Sauf de rares exceptions, il leur confia toujours la garde de secteurs difficiles, et les engagea dans presque toutes les batailles offensives et défensives livrées sur les principaux théâtres d’opérations.

Par suite, l’historique des troupes coloniales revient à faire l’historique de la grande guerre.

Nous nous bornerons ici à donner un aperçu rapide de leurs hauts faits.

La mobilisation. — La concentration.

A la mobilisation, la répartition des troupes coloniales est la suivante :

1“ Le corps d’armée colonial est affecté à la 4e armée, d’abord en réserve à l’Ouest de Corn • mercy, puis intercalée entre les 5e et 5e armées après l’invasion de la Belgique parles Allemands. Vers le 20 août, le C. A. C. est dans la région de Stenay ;

2" La 2” B. I. C. (5e et 6e R. I. C.) entre dans (la composition du 14e C. A., puis du 21" C. A. (armée Dubail). Elle est le 8 août aux Archettes (Vosges) ;

3° Les 4L' et 43e régiments de réserve sont rattachés au 20e C. A. (général Foch'), chargé de couvrira l’Est de Nancy la concentration de la 2" armée (général de Castelnau);

4° Les 34°, 35e, 36e, 38e, 42e, 44° régiments de réserve font d’abord partie de divisions de réserve affectées à la défense du front des Alpes. Ils seront transportés dans la région Verdun- Nancy, à partir du 19 août, dès la déclaration de neutralité de l'Italie ;

5° Les 31°, 32e, 33”, 37” régiments de réserve, destinés d’abord à la défense des côtes, sont disponibles par suite de la maîtrise de la mer par les Alliés.

Les 31e et 32” vont à Maubeuge, les 33” et 37” seront transportés sur le front nord-est.

Bataille des frontières. — La retraite.

Au lendemain de l’invasion de la Belgique par les Allemands, les troupes françaises prenaient l’offensive sur tout le front, et livraient la bataille appelée bataille des frontières.

Les troupes coloniales y prirent une large part.

Corps d'armée colonial. — Dans la nuit du 21 au 22 août, le C. A C., encadré à gauche par le 12” C. A., et à droite par le 2” C. A , se portait en deux colonnes, 5* B. I C. et 3” D. I. C., de la région de Stenay sur Neufchàteau et Bossignol (Belgique), avec mission d’attaquer l’ennemi partout où il le rencontrerait. Sa 2e D. I. C. restait en réserve d’armée.

Après avoir franchi la Semoy, les deux colonnes, 5e B. I. C. à gauche, par laroute Jamoigne- Luxy-Neufchàteau, la 3e D. I. C. à droite, par la route la Sorpe-Saint- Vincent- Rossignol les Fossés, se trouvent d’une part séparées par une forêt impraticable rendant impossible toute liaison, et, d’autre part, découvertes sur leurs flancs, car les C. A. voisins sont fortement en retard. Néanmoins, elles se portent résolument en avant en raison de leur mission nettement offensive.

Elles se heurtent, l’une, près de Neufchàteau, l’autre, au Nord de Rossignol, à des forces ennemies dissimulées sous bois et fortement retranchées.

Le choc est formidable. Les braves marsouins, vaillamment soutenus par les Bigors, se jettent impétueusement sur l’Allemand , mais malgré leur héroïsme ne peuvent l’enfoncer. Ils sont submergés par le nombre, mais plutôt que de reculer, ils se font hacher. Les chefs donnent l’exemple. Les généraux Baffenel, commandant la 3e D. 1. G., Rondony, commandant la 3e B. I. C., les colonels Nèple (23e B. I. C.), Gallois (2° B. I. C.) sont tués; legénéral Montignault, commandantla lre B. I. G., les colonels Aubé (21e R. I. G.), Richard-Monguers (2e R. A. G.), sont blessés et faits prisonniers ; les marsouins des 1er et 2e R. I. G., avant de périr, enterrent leurs drapeaux; les artilleurs du 2e R. A. G., débouchant à zéro, brûlent leurs munitions, et, encerclés de toutes parts, font sauter leurs pièces. Le so-ir vient ; les débris de ces vaillantes troupes sont retirés de la bataille, et l’ennemi a été tellement ébranlé, qu’il ne poursuit pas. .

Sur tout le front, les armées françaises battent en retraite; au C. A. C., elle s’effectue sous la protection de la 2” D. I. C., qui fait front le 25 août sur la position de Saint-Walfroy, et le 27 sur la Meuse (forêt de Jaulnaye).

Le 27, le G. A. G. arrête l’ennemi sur la Meuse, et après une rude journée, reste maître du champ de bataille, mais il doit se replier en arrière des défilés de l’Argonne, pour se conformer au mouvement général de retraite ordonné par le généralissime.

Le 1er septembre, parti de la région de Groixau-Bois, il attaque de nouveau les forces allemandes en marche vers l’Est des Grandes-

BULLETIN Dü COMITÉ DE L’AFRIQÜE FRANÇAISE

Armoises-sur-le-Chêne. 11 dépasse Chôtillon, Brieulles, et atteint la lisière du bois de Sy et couche le soir sur les positions conquises, mais encore une fois il reçoit l'ordre de se replier. Il s’arrêtera le 5 septembre, entre la Saure et la Marne, à l'Est de Yitry-le-François.

Régiment colonial de la division marocaine (1 ). — A l’Ouest du G. A. C., le régiment colonial Pernot, récemment venu du Maroc avec la D. M., arrive sur le front après Charleroi. Il est chargé, avec la D. M., de protéger la retraite du 3e C. A. au cours de laquelle il livre de violents combats, notamment le 27 août vers Signy-l’Abbaye , le 30 août à Bertoncourt, près de Bethel. Après le dernier combat, ses pertes sont tellement élevées qu’il est réduit à 1 bataillon de 5 compagnies sous les ordres du capitaine Sautel. Néanmoins, il continue à se battre, et coopère à la défense de la Betourne (à Ch'itelet-sur-Retourne), ou il perd encore 350 hommes avant de se replier vers la région de Fère-Champenoise.

2e B. I. C. — Pendant l’offensive de la lrc armée en direction de Ja Sarre, la 2e B. I. G., rattachée successivement au 14e et au 21e G. A., est engagée le 19 août à Pierre-Rouge Bakishof et le 20 août sur les hauteurs à l’Est de Walscheid. Les jours suivants, au cours de la retraite, elle se dirige vers la trouée de Charmes tout en retardant l’avance des colonnes ennemies (combats du 23 août à Montigny). A la reprise d’offensive (25 août) de la 1 10 armée, la brigade se fait remarquer aux combats de la Ghipotte, à partir du 20 août.

44e et 43e R. 1. C., 35e et 36e R. I. C. — Dans la région de Nancy, nous trouvons quatre régiments de réserve. Les 41e et 43e R. I. C. rattachés au 20e C. A. sont successivement engagés à la bataille de Morhange au cours de laquelle ils remplissent la dure mission de protéger la retraite du G. A. Dans la suite ils prennent part à la victorieuse défense du Grand-Couronné de Nancy. Leur vaillante attitude leur vaudra d’êlre appelés « ma garde » par le général de Castelnau, commandant la 2° armée.

A cette défense du Grand-Couronné participent également les 35e et 30e R. I.C. arrivés du front des Alpes avec leur D. R. pendant la retraite de Lorraine. Ils organisent et défendent les bailleurs entre Meurthe et Moselle à l’Est de Nancy, puis sont engagés dans les combats pour le lorcement du passage de la Mortagne lors de la reprise d'offensive de l’armée (combats d’Einvaux, où le lieutenant-colonel Mouret, commandant le 35e R. I. G., est tué. de Mont-sur-Meurthe et de Gerbevillers).

34e, 38e, 42°, 44e R. /. C. — Plus à 1 Ouest, dans la région de Verdun, arrivent également quatre régiments de réserve pendant la retraite de nos armées. Ces régiments venus du front des Alpes évoluent sur les Hauts de Meuse qu’ils ont mission d’organiser.

Les 42e et 44e 1L I. C. livrent, le 24 août, le combat de Darmont pour participerai! forcement du

(1) L’historique de ce régiment a été publié dans l'Afrique française. Rens. Col., 1918, p. 217.

passage de l’Orne par un groupe de D. R. lors de la reprise d’offensive de la 2e armée.

Les 34e et 38e R. I. G. sont, le 1er septembre, au Nord de Verdun, à l’attaque des D. IL, en direction de la Crête de Vilosnes-Haraucourt-Sud de Dun-sur-Meuse. Dans la suite nous retrouverons tous ces régiments au Sud-Ouest de Verdun.

34e et 32e R. /. C. — Deux des régiments destinés à la défense des côtes (3 1e et 32e R. 1. G.) sont précipitamment enlevés, le 7 août, pour renforcer la garnison de Maubeuge.

Pendant l’investissement de la place, ils se distinguent au cours de sorties de la garnison qui leur coûtent des pertes sérieuses. Ils doivent, le 7 septembre, subir le malheureux sort de la place forte.

Il n’a été possible dans ce court exposé, d’indiquer sommairement que les principales affaires auxquelles participèrent les troupes coloniales pendant la retraite.

Dans tous les combats, elles montrèrent un cran superbe qui leur valut même l’admiration des ennemis. Ceux-ci ne les qualifiaient-ils pas de « diables noirs » de « la garde »?

D’ailleurs, dans la plupart des rencontres, elles restèrent maîtresses du terrain et ne se retirèrent que par ordre pour se conformer au mouvement général.

La retraite n’atteignit point leur moral et c’est pleines d’entrain qu elles se reportèrent en avant, le jour où le Généralissime jugea le moment venu de reprendre l offensive sur toute la ligne.

Bataille de la Marne.

Corps d'armée colonial. — Le G. A. C. dispute, du 6 au 10 septembre, à l’ennemi, les débouchés au Sud du canal de la Marne au Rhin, à l’Est de Vitry-le-François.

Pendant les quatre premiers jours la lutte est acharnée notamment au Centre, vers Ecriennes, et surtout à gauche, où les Allemands vont s’efforcer, pendant les quatre jours, de s’emparer de la falaise de Mont-Moret-Gote 158 (près Blaizesous-Arzillières) d’où ils dominaient la vallée de la Marne et tout le champ de bataille du C. A. C. Pendant les quatre jours le Mont-Moret passe de mains en mains, mais finalement nous reste.

Ensuite les attaques faiblissent et l’ennemi cherche à empêcher avec son A. L. nos troupes de se porter en avant. La bataille est gagnée.

Le 12 septembre, le C. A. C. se portera en avant dans la direction Valmy-Ville-sur-Tourbe où il se heurte le 14 à un ennemi solidement retranché qu’il ne peut culbuter faute de munitions d’artillerie. Là le front se fixe pour de longs mois.

Régiment colonial de la Division marocaine. — Le régiment colonial de la D. M. (brigade Blondlat), prend part à la bataille avec la D. M. dans les marais de Saint-Gond qu’elle empêche l’ennemi de tourner tout en lui interdisant les hauteurs de la falaise de Champagne qui s’avance en éperon entre Mondement et Allemant. Le 10 septembre, il se jette à la poursuite de l’ennemi

qu'il attaquera violemment au Nord de la Vesle sur le nouveau front à Prunay.

2e brigade coloniale. — Dans le même temps la 2e B. I. 0. est engagée près de la Chipotte où les Allemands s’acharnent à prendre Saint-Benoist. La lutte est très dure, mais finalement la brigade a la satisfaction de poursuivre, le 12 septembre, l’ennemi en retraite et de border, le 14, la Meurthe dans la région de Thiaville (au Nord-Ouest de Raon-l’Etape).

'il0, 43e, 36e, 35e fi. I. C. — Entre Nancy et Lunéville, les 41e, 43e, 36° et 35e B. I. C. ont pris une part active à la bataille.

Après la contre-offensive des 24 août et jours suivants du 20e G. A. sur le liane de l’ennemi en marche vers Lunéville, les 41e et 43e R. I. C. sont portés vers Reméreville, à la gauche du 20e C. A. en soutien des D. R. qui menacent de fléchir. Ils se battent à Reméreville qu’ils enlèvent et le 12 septembre voient l'ennemi se replier devant eux.

Le 36e R. I. C. attaque au Sud de Lunéville le 8 septembre et jours suivants tandis que le 33e R. I. C. occupe avec sa D. R. la ligne Rambètant Buissoncourt au Nord de la Meurthe.

La Course à la mer.

Malgré son amplitude la retraite de l’ennemi est limitée et le front se fixe sur l’Aisne. Toutes les tentatives de percée restent vaines. Aussi, les deux adversaires vont-ils s’élever vers le Nord pour chercher chacun le liane de l’ennemi, manœuvre connue sous le nom de « la Course à la mer ».

Dans cette bataille les troupes coloniales engagent le régiment colonial de la D. M., les 41e et 43e R. I. C. ainsi que des bataillons français et sénégalais venus du Maroc ou du Sénégal.

Le régiment colonial mixte du Maroc (lieutenant-colonel Larroque) venu du Maroc avec la brigade Savy (4e B. I. marocaine) est rattaché en septembre au 13e C. A. qui essaye de contourner par l’Ouest les hauteurs qui dominent la rive gauche du Matz, au Sud-Ouest de Noyon. Il attaque sur Lassigny et la Potière où il soutient de très durs combats et où il tient ensuite le secteur.

4 i° et h3e li. 1. C. — Les 41e, 43e R. I. C. enlevés de Lorraine le 22 septembre avec le 20° G. A., qui vient prolonger sur la Somme l’armée Maunoury avec mission d’envelopper l’aile droite allemande en manœuvrant par les deux rives de la rivière, sont engagés au Sud de la Somme, vers Chuignes, le 23 septembre et au Nord à partir du 2G, vers Maricourt où la lutte est très dure.

Finalement le front se stabilise devant eux et la lutte gagne progressivement Arras et les Flandres.

Le 24 octobre, le régiment sénégalais Lavenir, alors commandé par le colonel Mérienne-Lucas, est dirigé sur Saint-Nicolas (faubourg nord-est d’Arras) d’où il part à 17 h. 30 à l’attaque de la Maison Blanche (Nord-Est de Saint-Nicolas).

«ïvîeignemevts r.nrnM*uT. — \os 9 Pt 10.

Bien que l’attaque soit exécutée en pleine nuit, le régiment parvient jusqu’aux tranchées allemandes dont il enlève une partie, mais cela lui coûte des pertes tellement élevées qu’il faut le relever et ses débris sont renvoyés au Maroc.

Régiment Pelletier et bataillons sénégalais. — Plus au Nord, le régiment Pelletier avec les bataillons sénégalais Brochot et Frérejean est engagé, le 23 octobre, à l’Est de Dixmude en renfort des fusiliers marins de l’amiral Ron’arch qui viennent d’être fortement éprouvés par une lutte très violente. Il tient solidement sa position, mais le 10 novembre, pendant une attaque ennemie qui a fait fléchir ses voisins, il se voit encerclé de toutes parts. Sommé de se rendre, il préfère se faire littéralement hacher plutôt que de capituler. Un capitaine et environ quinze hommes seulement regagnent nos lignes.

Quant aux bataillons Sautel et Debieuvre, ils se battent respectivement à Saint-Eloi et à Luyghem également dans les premiers jours de novembre. Le bataillon Debieuvre est également anéanti après une série de combats et le bataillon Sautel est réduit à moins de 100 hommes. Si ces valeureux bataillons étaient anéantis, par contre l’ennemi n’était pas passé.

Leurs débris furent renvoyés au Maroc. Nous les retrouverons aux Dardanelles où ils livreront des combats non moins épiques.

Pendant cette course à la mer l’ennemi attaque sur plusieurs autres points du front pour empêcher les forces françaises de remonter vers les Flandres et notamment dans la région de Verdun avec, en outre, pour but de faire tomber Verdun.

R parvient à occuper Saint-Mihiel et à pénétrer sur les Hauts de Meuse, mais son avance est vite arrêtée et d’une façon définitive. Dans ces combats reparaissent la 2e B. I. C. et les régiments de réserves (35e, 42", 44e, 34e, 38" R. I. G.).

Les 42" et 44" R. I. G. subissent le choc à partir du 20 septembre dans la région Hattonchatel- Vigneulles, ils sont forcés de plier non sans livrer des combats jusqu'à la Meuse où ils arrêtent l’ennemi sur le front Dompcevrin-les-Paroches.

Ensuite ils tentent de réduire la tête de pont de Chauvoncourt que l'ennemi a pu établir sur la rive gauche de la Meuse.

Alors commencent les dures attaques de Chauvoncourt auxquelles participent les 34"et 38"R. I. C. qui, dès le25 septembre sont venusavecla G5"D. R. s'établir dans le bois des Paroches. Ges attaques recommencées à diverses reprises pendant l’hiver 1914-1015 seront abandonnées au printemps.

Entre temps la 2" B. I. G. attaque à l’Ouest de Saint-Mihiel pour réduire la fameuse hernie. Elle livre, du 27 septembre au 4 octobre, des combats acharnés dans la région Apremont-Loupmont, où le colonel Marchand, commandant la B. I. est blessé.

Plus au Nord-Ouest, le 35e R. I. C., venu de la région ouest de Lunéville, est également engagé le 27 septembre. Il attaque à cheval sur la route Seicheprey-Richecourt et parvient à 400 mètres du village; sur toute cette partie du front la pro-

BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE

gression de l’ennemi est définitivement arrêtée.

Et de la mer du Nord aux Vosges le front est fixé.

La stabilisation.

La période dite de stabilisation qui s’ouvre ensuite est marquée, pendant l’hiver 1914 et le début de 1 9 1 o , par une série de tentatives des deux adversaires pour percer le front. Ces tentatives bien que coûteuses échouent toutes faute de moyens d attaque suffisants.

Dans cette guerre pied à pied une des plus dures de la campagne, les troupes coloniales font preuve de leur ténacité habituelle.

En Champagne, les attaques du lorC. A. C. ont pour but de s’emparer de la ferme de Beauséjour et de son fortin ainsi que de la Main de Massiges, elles se heurteront à une résistance énergique de. l’ennemi qui, à son tour, passe à la contre-attaque (attaques du 21 septembre à la Main de Massiges;

• — attaque allemande du 3 février sur le Col des Abeilles — cote 191 — attaques françaises du fortin de Beauséjour, du 21 au 27 février, suivies de plusieurs contre-attaques ennemies — attaques allemandes de Ville-sur-Tourbe du 15 mai).

Devant Mametz, le R. 1. C. M. qui a quitté la région de Lassigny tente en vain, les 17 et 21 décembre, de s’emparer du saillant de Mamelz. Il y perd 24 officiers et 1.065 hommes.

Après s’être reconstitué, il attaque, les 26, 27, 30 avril et le 1er mai, dans la région de l'Yser, sur Pilkem où il est accueilli par un barrage d’obus asphyxiants employés pour la première fois. Scs pertes sont encore très élevées (32 officiers dont le lieutenant-colonel Larroque et plus de 1.000 hommes).

Le 13 mai, il brise une forte attaque ennemie.

La guerre de tranchées est particulièrement dure en Argonne où les surprises sont faciles et où la vie de tranchées est horriblement fatigante à cause des explosions de mines et de la boue gluante qui remplit tranchées et boyaux à la saison froide.

Là, la lutte est de tous les instants sous la forme de courts mais violents engagements locaux qu’il serait trop long d’énumérer.

La 1rc B. I. C. (lre et 2° R. 1. C.)du2 novembre jusqu’à la bataille de Champagne (septembre 1915), des éléments du C. A. C. (bataillon de Sévignac du 7° R. I. C., bataillon Doré du 23' R. I. C , 33" R. 1. C.) de fin novembre au 3 avril, la 2" B. I. C. de janvier à septembre 1915, la 15" D. I. C. (lre et 2" B. I. C. réunies) du 16 juin à septembre 1915 y sont engagées ety soutiennent notamment les combats du Four-de-Paris, 1er, 3, 6, 7 novembre, de Saint-Hubert, 9-10 décembre, de l’ouvrage Labordère, 29 janvier, de la Tour- Pointue, 16 février, du bois de Bolante, 9 mars, de la Haute Chevauchée, 14-15 mars, du Faux- Ravin, des Courtes-Chausses, 14 mars, attaques du bois Beaurain, 12 juillet.

Pendant cette période, les troupes coloniales curent la satisfaction, au prix, il est vrai, de dures

fatigues et de pertes sensibles, d’empêcher l’ennemi de progresser vers la voie ferrée Sainte- Menehould-Verdun, qu’il convoitait pour faire tomber Verdun déjà menacé par la hernie de Saint-Mihiel.

En même temps les 42e et 44e R. I. C. en secteur devant Vauquois tentent vainement de s’emparer de l’observatoire très gênant de Vauquois, dans les combats des 8 et 20 décembre, du 17 février, du 4 mars et des 5 et 6 avril.

Bataille de septembre.

Les insuccès répétés des opérations de détails amena le commandement à envisager des attaques sur un large front dans le but d’obtenir la rupture du front, rupture dont le général Blondlat avait démontré la possibilité en Artois avec la D. M.; l’expérience devait être tentée en septembre en Champagne, tandis qu’une diversion était opérée en Artois.

La totalité des troupes coloniales est engagée dans cette bataille : en Champagne, 1er, 2" C. A. C. (ce dernier venait d’être formé en juillet avec les 1 0e et 15° D. I. C.), 16e D. 1. C. ; en Artois, la brigade 41e, 43e R. 1. C.

Pendant la période de préparation les corps d’armée coloniaux préparèrent méticuleusement le terrain en vue de l’offensive.

A 1 heure II, après une préparation d’artillerie de trois jours, les 1er et 2e C. A. C. encadrés par des C. A. métropolitains se lancèrent avec entrain sur leurs objectifs respectifs (Main-de-Massiges etFerme de Navarin-Butte de Souain.)

Ils réalisèrent d’abord une progression appréciable, emportant sensiblement la première position ennemie, mais au prix de pertes élevées, surtout en cadres du fait de mitrailleuses ennemies restées intactes. Ces pertes causèrent une désorganisation du commandement qui fut très préjudiciable pour l’exploitation du succès initial et pour la conduite du reste des opérations.

Finalement, malgré des merveilles d’héroïsme, l’offensive échoua.

Les deux C. A. C. qui avaient atteint en partie leurs premiers objectifs furent relevés, et la 16e D, I. C. entra dans le secteur du Ier C. A. C.

En Artois, la lutte menée par les 41e et 43e R. I. C. dans le secteur de Souciiez ne fut pas moins violente. Ces régiments en liaison avec des troupes métropolitaines, entamèrent fortement la position ennemie au cours de combats acharnés livrés du 28 septembre au 3 octobre. Mais leurs pertes furent tellementsensibles (plus delà moitié de l’effectif) qu’il fallut les relever. Du reste, là aussi, l’attaque n’obtenait qu’un succès partiel.

Après cette bataille, les troupes coloniales se réorganisèrent en vue de nouveaux combats.

Le calme reparaissait, d’ailleurs, sur le front, tandis que l’Entente préparait, pour 1916, une nouvelle offensive pour laquelle furent désignées les troupes coloniales considérées, à juste titre, troupes de choc.

U ENSEJGN EM KNTS COLONIAUX

Verdun (1916).

Le 21 février 1916, l’ennemi déclanche la bataille de Verdun dans le but de prévenir l’offensive de l’Entente et d’arracher aux Français l’acceptation de la paix.

Cette bataille durera environ dix mois et sera une des plus sanglantes de la guerre.

Les troupes coloniales, quoique principalement destinées et employées à l’offensive sur la Somme, sont représentées par la 308e brigade (41e et 43° R. I. C.) le R. I. C. M., les 36e, 43e, 51e, 65e R. T. S., des fractions du bataillon Somaliset du 6e R. T. S.

Dans la première phase (21 février-3 mars), les troupes coloniales ne sont pas directement engagées. Elles apparaissent dans la deuxième phase (mars-octobre). D’abord la 308e B. 1. (41e et 43e R. I. C.), tient, à partir du 15 avril, le secteur d’Haudiomonl où elle reçoit les éclaboussures de la bataille sous forme de bombardements intenses.

Le 6 juin, le R. 1. C. M. compris dans une brigade de marche placée sous les ordres du colonel Savy, reçoit pour mission de dégager le fort de Vaux dont la situation est critique; il se porte le 8 à l’attaque, bien que toutes ses unités n’aient pu être mises en place et parvient jusqu’aux fossés du fort où il reste cloué malgré les contreattaques ennemies. Il sera relevé le 25 juin, après avoir perdu 25 ofliciers et 1.120 hommes.

Après le départ du R. I. C. M., la bataille pour la croupe de Souville continue.

Le 29 juillet, la 308e B. I. entre en ligne au Nord du tunnel de Tavannes; elle contient, le 1er août, avec le 41e R. I. C. une forte attaque ennemie et passe, le 8 août, à l’attaque avec le 43e R. I. C.

Très éprouvée (elle a perdu en dix jours : 37 officiers et 1.978 hommes) elle quitte le secteur le 10 août, avec la satisfaction d’avoir maintenu intégralement sa position.

Mais à l’Ouest de la 308e RL, l’ennemi à réussi à s'emparer de Fleury, devant Douaumont et, de ce fait, menace directement Verdun.

La 38e D. I. dont fait partie le R. I. C. M. lui est opposée. Le 17 août, après un combat acharné, le R. 1. G. M. s’empare du village.

Des réactions ennemies suivront cette brillanlc opération, mais, fin septembre, le calme renaitra sur ce théâtre d’opérations.

Dans la troisième phase d’opérations (octobre- 1 5 décembre) qui s’ouvre en octobre, les troupes coloniales jouent un rôle brillant pendant la contre-offensive menée par un groupe de D. I. placée sous les ordres du général Mangin, pour rétablir intégralement la ligne des forts dressés devant Verdun. Le R. I. C. M. s’empare, le 24 octobre, du fort de Douaumont en moins de quatre heures.

Enfin, le 15 décembre, pendant une nouvelle offensive d’un groupement du général Mangin pour reconquérir la Côte du Poivre, le R. I. C. M. s’empare du village de Louvemont.

La Somme (1916).

A la fin du mois de janvier, les Allemands s’étaient emparés de Frise et du bois de la Vache, la 2e D. I. G. que rejoindra bientôt la 3e D. I. C. est transportée dans la région pour rejeter l’ennemi dans ses lignes.

Elle s’empare le 7, 8 et 9 février, du bois de la Vache et du bois du Signal et, le 13, la 3e D. I. C. réalise une nouvelle progression, ensuite le front se stabilise, mais le secteur reste agité.

Pendant tout le printemps l'offensive francoanglaise se prépare.

D’après le plan d’opérations, l’armée anglaise doit attaquer à cheval sur l’Ancre, en direction de Bapaume, tandis que, à droite, l’armée française (général Foch), doit attaquer face à l’Est.

Pour cette attaque qui se déclanchera le 1 ""juillet, le l,r C. A. G. ne reçoit d’abord qu’une mission secondaire, prendre pied sur le plateau de Flaucourt en vue d’empècher l’artillerie ennemie de celte région d’agir au Nord de la rivière où attaquera le 20' C. A., il ne devra pas dépasser l’objectif fixé.

Les 1er et 2 juillet, le 1er G. A. G. enlève brillamment les deux premières positions ennemies, capturant plus de 5.000 prisonniers et de 50 canons et atteint l’objectif primitivement fixé qu’il a l’ordre de ne pas dépasser.

Gomme le succès du l"r G. A. C. est de beaucoup plus considérable que sur le reste du front, le commandement décide de pousser en avant, mais l'ennemi ayant profité du léger répit que lui a laissé le Ier C. A. G., doit mener de dures attaques pour arriver jusqu’à la Somme qu’il atteint, sauf dans la région de Barleux où, après des fluctuations diverses, l’ennemi conserve une tète de pont.

Les pertes du 1er C. A. C. (du 1er juillet au 22 août, date de sa relève, il a perdu plus de 10.000 hommes) attestent la violence de la lutte.

Dans la période d’usure qui suit, apparaît le 2' C. A. G. qui, jusqu'à la fin de l’année, mène une lutte de tous les instants, tantôt prenant part à des opérations d’ensemble, tantôt menant des actions de détail. Sa mission sera de participer à la réduction du saillant que forme la ligne allemande au Sud-Ouest de Barleux.

Parmi les durs combats qu’il livra, nous ne citerons que ceux des 4, 5, 0-15 septembre, 14 octobre, 10, 17, 18 octobre, devant Villers-Carbonnel.

Si, dans l’ensemble, la bataille de la Somme n’avait pas obtenu un succès considérable, du moins avait-elle eu pour résultat de soulager le front de Verdun.

Chemin des Dames (1917).

Aucun résultat décisif n’ayant été atteint en 1910, et les préparatifs de l’Allemagne faisant présager une offensive pour le printemps de 1917, l’Entente, dont le matériel s’est considérablement

BULLETIN DU COMITÉ DE L'AFRIQUE FRANÇAISE

accru, décide de prévenir l’offensive ennemie et de prendre en tenailles le saillant allemand entre les Flandres et la Champagne. Tandis que les armées britanniques doivent attaquer sur le front Vimy- Arras en direction de Cambrai -Douai avec l’appui à l’Ouest et au Sud de Saint-Quentin du groupe d’armées Franchet d’Espérey, il est prévu une attaque brusquée sur l’Aisne et en Champagne, effectuée en direction du Nord par le groupe d’armées Micheler, appuyé par la 4° armée en Champagne.

C’est à la 6" armée, général Mangin, placée sur le front sud de la forêt de Coucy à Craonne, qu’incombe la tâche d’enlever le Chemin des Dames.

La bataille débute le 16 avril et se poursuit jusqu’en novembre avec, il est vrai, des temps d’arrêt.

Les troupes coloniales vont y prendre une large part.

A la veille de l’offensive, elles sont réparties comme il suit :

C. A. C., 2« C. A. C., R I. C. M.,17 B. T. S., 2 B T. 1., 1 B. T. M., 1 bataillon Somali à la 6e armée;

Bataillon du Pacifique au C. A. C;

7 B T. S., à la 4e armée ;

3 B. T. S , à Belfort.

En somme, la presque totalité des troupes coloniales du front français, fait partie de la 6' armée.

Le IG avril, l’armée Mangin attaque de l’Est à l’Ouest avec le C. A. C. à cheval, sur l’Ailette du Sud de la forêt de Coucy à l’Aisne, et du Nord au Sud avec les C. A. en secteur dans la vallée de l'Aisne, parmi lesquels, à l’aile droite, se trouve le 2" C. A. C. entre Troyon et la vallée Foulon.

A gauche, le 1er C. A. C. mord dans la première position ennemie, mais se heurte à une formidable défense par mitrailleuses, notamment devant Laffaux, ferme Moisy, et à droite le 2' C. A. C. parvient aux prix de lourdes pertes à enlever les organisations ennemies jusqu’au rebord nord du plateau.

Mais dans l’ensemble, l’attaque se brise devant les nombreuses mitrailleuses ennemies

Elle reprend le 5 mai.

Cette fois le 1er C. A. C. enlève presque complètement la première position ennemie qui fait partie de la fameuse ligne Hindenburg tandis que le R. I. C. M. enlève le monument et l’éperon d’Hurtebize et que le bataillon Somali prend Cerny-en-Laonnois. Après ces combats, l’offensive française qui a eu pour résultat de prendre les observatoires du Chemin des Dames est arrêtée. Mais bientôt l’ennemi réagit notamment en juillet dans la région Craonne llurtebize.

Le Ie" C. A. C., à peine reposé par un séjour en Alsace, est reporté sur le Chemin des Dames, fin juillet dans la région Craonne-Hurtebize où, jnsqu’à fin novembre, il supporte une lutte très dure sous forme d’opérations de détails, de coups de main et de bombardements surtout par toxiques. Il aura la satisfaction en novembre de poursuivre l’ennemi jusqu’à l’Ailette lors de son repli provoqué par la victoire de la Malmaison.

En octobre, en effet, la 6° armée enlevait la partie ouest du plateau du Chemin des Dames et les plateaux qui s’en détachaient vers le Nord.

Dans cette attaque déclenchée le 23 octobre, le R. I. C. M. rattaché à la 38e D. I., a enlevé les carrières de Bohéry et la partie ouest du fort de la Malmaison, capturant 950 prisonniers, ^canons et un grand nombre de mitrailleuses.

Cette victoire de la Mal maison força l’ennemi à évacuer complètement le Chemin des Dames en novembre.

Verdun (automne 1917).

Entre temps la bataille s’était rallumée devant Verdun. Dans le courant d’août, nos attaques nous avaient permis de prendre la zone d’observatoires de la croupe Ornes-bois des Caurières que l’ennemi va s’efforcer de reconquérir.

Le 2e C. A. C. entré en ligne dans le secteur de Douaumont empêche toute progression de l’ennemi qui multiplie ses coups de main et ses attaques et bombarde à obus toxiques nos lignes et prononce notamment deux violentes attaques les 24 septembre et les 10 et H octobre.

Bataille de 1918.

A la fin de 1917 la supériorité numérique étant passée du côté allemand par suite de l’effondrement du front russe (armistice de Brest-Litowsk du 20 décembre 1917) l’ennemi va chercher la décision au printemps 1918 avant que les D. I. Américaines n’aient pu renforcer les armées de l’Entente. Suivant la méthode qui lui a si bien réussi en Russie il va tenter des offensives à grande envergure et préparées dans le plus grand secret pour bénéficier de la surprise.

Tout d’abord il obtient des succès considérables, mais au moment où il croit enfin toucher au but (15 juillet 1918) la fortune change de camp et l’initiative des opérations passe à l’Entente qui la conserve jusqu’à l’armistice du

11 novembre.

Voyons le rôle des troupes coloniales.

Au moment où se déclenche la première offensive ennemie elles se trouvent dans la région de Reims (lpr C. A. C. et R. I. C. M.) et dans la région de Saint-Mihiel (2e G. A. G.).

Au cours du printemps les 2 C. A. G. reçoivent

12 B. T. S. En outre 6 B. T. S. sont affectés à chacun des 5e 9e et 32e G. A.

Période des offensives allemandes. — Le 21 mars les Allemands réussissent à séparer les armées anglaises des armées françaises et menacent l’Ile de France.

Des divisions françaises sont employées au fur et à mesure de leur arrivée à boucher le trou. Parmi elle, se trouve la 77e D. I., avec laquelle le R. I. G. M. s’engage le 28 mars dans la région de Canny-sur-Matz. Ce régiment s’empare le 30 du village de Plessier de Roye au cours d’une brillante contre-attaque et contribue ainsi à arrêter l’avance ennemie de ce côté.

L’offensive ennemie contenue reprend le 8 avril dans les Flandres et enfin le 27 mai sur le Chemin des Dames.

Cette fois elle obtient un très grand succès; elle emporte tout le Chemin des Dames et creuse entre Reims et Soissons une vaste poche qui s’étend jusqu’à la Marne ; Soissons lui-même est tombé.

A l’Est le 1er C. A. C. en secteur dans la région de Reims arrête l’ennemi à l’Ouest et au Sud- Ouest de Reims dans les derniers jours de mai, tandis que le R. I. C. M. contribue à l’arrêtera l’Ouest de Soissons dans la région Mont-de- Choisy, bois de Nampcel dans sa marche vers Compiègne, et que la 10e D. I. C. le force à stopper sur la Marne après une belle défense à Château-Thierry.

Dans la suite, l’ennemi va s’efforcer de faire tomber Reims, nœud de voies de communications très important dont la possession lui permettrait de ravitailler plus facilement ses unités engagées dans la fameuse poche de la Marne où les grandes voies de communication font défaut. Le 1er C. A. C. ‘résiste à toutes les attaques (combats du 1er juin cote 240 près de Vrigny et de La Pompelle, du 9 juin cote 240 près de Vrigny, 18 juin cote 240 près de Vrigny et de La Pompelle.)

Enfin, le 15 juillet, l’ennemi prononce sa fameuse attaque qu’il a surnommée Friedensturm au cours de laquelle il espère d’abord faire tomber Reims et sa montagne, puis couper les armées françaises sur un large front et imposer la paix.

Dans sa manœuvre pour l’encerclement de Reims et de sa Montagne il se heurte dans la vallée de la Marne à la 10® D. I. C. qui défend opiniâtrement les hauteurs au Sud de la rivière dans la région de Port à Pinson et lui barre la route d’Epernay et dans la région cote 240 Vrigny rive droite de l’Ardre au 1er C. A. C., où un groupement de D. I. va sous les ordres du général Mordrelle repousser d’abord l’ennemi dont les progrès par la vallée de l’Ardre sont inquiétants et ensuite dirige de violentes attaques sur le liane de la poche ennemie tandis que sont déclenchées sur le flanc ouest les attaques du Sud de Soissons où le R. I. C. M. se distingue par la vigueur de ses coups (combats de Parcy- Tigny).

11 convient de remarquer que cette victoire du 18 juillet est due en grande partie à ce que Reims nœud de communications important a tenu et que de ce fait les D I. allemandes se trouvaient dans la fameuse poche comme dans une masse.

L'offensive alliée. — Tandis que le 1er C. A. C. harcelait l'ennemi au Sud-Ouest de Reims et le rejetait finalement sur la Vesle, d’autres offensives étaient entreprises sur d’autres points, car le commandement interallié jugeait « indispensable de saisir l’ennemi et de l’attaquer partout où on pouvait le faire avec avantage « sans lui laisser le temps de reconstituer ses forces ».

Le 8 août se déclenchait une attaque francobritannique pour dégager Amiens et la voie ferrée Paris-Amiens.

La 15e D. I. G. qui s’était au préalable emparée les 23 juillet et jours suivants de la position ennemie sur la rive ouest de l’Avre à l’Ouest de Mailly-Raineval, y participe avec 1 armée Debeney. Elle force l’Avre dans la région de Mailly- Raineval et progresse en direction de Plessier- Rozainvillers.

Quelques jours après, le R. I. G. M. maintenant rattaché à la 2,! D. M. entre de nouveau en ligne dans le Soissonnais (région Cuts-Blérancourt) et contribue aux affaires des 20 et 23 août à rejeter i’ennemi au delà de l’Ailette, réalisant une avance de plus de 14 kilomètres.

Les 12 et 14 septembre, la 15e D. I. C. et le 2e C. A. C. avec des D. I. métropolitaines sont engagés dans la bataille de Saint-Mihiel qui a pour résultat de dégager la voie ferrée Paris- Avricourt par la réduction de la hernie. Pendant que le 2' G. A. G. s’empare de Saint-Mihiel, la 15e D. I. C. enlève de haute lutte la formidable position des Eparges, devant laquelle tous nos efforts ont si souvent échoué.

Toutes les opérations conduites du 18 juillet au 20 septembre ont reconduit l’ennemi sur la ligne Hindenburg. La rupture de cette ligne va être tentée sans laisser à l’ennemi le temps de souffler.

Le 26 septembre une attaque franco-américaine est prononcée entre Suippes et Meuse en direction de Mézières. Pendant cette offensive le R. I. G. M. s’empare de la Butte du Mesnil, du plateau de Grateuil, traverse l’Alin et s’empare du village de Vieux le 29.

L’ennemi était en pleine retraite.

Le R. I. C. M. reparaît quelques jours après de vaut Olizy-Beaurepaiie (combats des 20 et 23 octobre) au moment où les franco-américains qui se sont donné la main par le défilé de Grandpré, tentent l’assaut du dernier massif de l’Argonne.

De son côté le 1er G. A. C après avoir ramené l’ennemi sur la Vesle, continuait le dégagement de Reims, notamment entre le lor et le 4 octobre.

Le 5 octobre il poursuit l’ennemi et du 7 au 11 force la Suippes; pendant la nuit du 13 au 14 il franchit l’Aisne (le 7e R. I. C. entête) et progresse ensuite jusqu’au contact de la Hunding-Stellung à l’Ouest de Château-Porcien.

Il mord le 19 dans la Hunding-Stellung qu’il enlève complètement le 27.

Enfin le 1er G. A. G. est relevé le 6 novembre avec la 3e D. I. C. pour prendre part à l’offensive de Lorraine tandis que la 2e D. I. G. avec le 13" C. A. poursuit l’ennemi jusqu’à Mézières où l’arrêtera l’armistice.

D’aulre part les bataillons sénégalais des 10° et 15° D. I. G. affectés provisoirement à la 1S° D. I. contribuent, du 8 octobre au 11 octobre inclus, à l’enlèvement au nord de Verdun, des hauteurs du bois d’Haumont, d’Ormont et de Consenvoye sur la rive droite de la Meuse.

Quant à la 15" D. I. G. elle donne l’assaut de la Kriem’nilde-Stellung avec la lre armée américaine le 3 novembre, en attaquant la cole 398 qui relie la crête d’ilaraucourt aux liants de Meuse;

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

après l'enlèvement de la Kriemhilde-Stellung, elle est arrêtée sur la Theinte par l’armistice.

Dardanelles.

En 1915 les troupes coloniales participaient à l'expédition des Dardanelles décidée par l’Enrente en vue de rétablir les communications avec la Russie.

Tandis que la Hotte franco-anglaise devait forcer les Dardanelles, une armée de terre francoanglaise devait sous les ordres du général anglais sir Jam Hamilton prendre pied dans la presqu île de Gallipoli.

Dans le corps expéditionnaire français les troupes coloniales entraient pour moitié avec les 4e, 6", 7e et 8" régiments mixtes de marche (européens et sénégalais) devenus dans la suite 54e, 56e 57e et 58e R. LC.

Les opérations de débarquement effectuées à partir du 25 avril sous le feu des batteries et des mitrailleuses turques furent particulièrement difficiles et coûteuses, elles comprenaient un débarquement de troupes anglaises dans la presqu'île de Gallipoli et simultanément une forte diversion sur la côte d’Asie où le colonel Ruef coin mandant la brigade (4e et 6e mixtes) avec le G" mixte enleva, le 25, le fort de Koum-Kaleh après un combat très dur. Dans la suite la brigade Ruef qui évacue Koum-Kaleh par ordre, le 26 avril, apporte son concours à l’armée anglaise de Gallipoli, bientôt suivie par la brigade Simonin .(7e et 8e mixtes).

Sur la presqu’île de Gallipoli, les troupes coloniales livrèrent de rudes combats, surtout jusqu’au 10 mai où les attaques et les contre-attaques se succédèrent très violentes et dTine façon continue.

Dans la suite les attaques s’espacèrent tout en restant très violentes et jusqu’à mi-juillet date à laquelle elles cessèrent. Néanmoins nos troupes prises sous les coups directs des batteries de Gallipoli et de flanc des batteries de la côte d’Asie continuèrent à être soumises à de violents bombardements.

Fin septembre la D. I. métropolitaine (général Bailloud) étant enlevée pour aller au secours des Serbes, les troupes coloniales (17e D I. C.) restèrent seules comme troupes françaises.

Elles quittaient lin décembre 1915, celte terre ingrate avec la satisfaction d’avoir contribué puissamment à immobiliser de gros effectifs ennemis et un important matériel d’artillerie.

Elles étaient appelées à continuer le combat en Macédoine.

Macédoine.

L’entrée en guerre de la Bulgarie, fin septembre 1915, aux côtés des Empires centraux rendit nécessaire l’envoi de secours franco-britanniques à la Serbie, mais l’arrivée tardive de ces forces ne put empêcher la débâcle de la malheureuse Serbie.

L’armée d’Orient se vit donc contrainte de se replier sur Salonique où elle organisa un grand

camp retranché dont la défense nécessita bientôt l’envoi de renforts.

La 17e D. I. C. reconstituée à Mitylène après l’évacuation des Dardanelles fut comprise dans ces renforts et elle débarqua à Salonique au début de février 1916.

Elle comprenait la brigade européenne (54° et 50' R. I. C.) et recevait de France une 2e brigade européenne (1er et 3° R. I. C.j en échange de sa brigade sénégalaise 57e et 58° R. I. C.) dirigée sur la France.

Cette D. 1. participe d’abord à l’organisation d'une ligne de défense, Livadi-Galatista, sur les hauteurs situées entre les lacs Langaza-Bechick et la presqu’île de Chalcidique, puis est poussée en mai sur la Strouma lorsque la mise en état de défense du camp retranché est jugée suffisante.

Quelque temps après elle est engagée dans la région de Doiran lors de l'offensive de l’armée d’Orient au moment de l’entrée en guerre de la Roumanie.

Devant Doiran, la 47e D. 1. C. réussit à s’emparer des avancées de la position bulgare, mais faute de moyens d’artillerie suifisants-, elle se voit arrêtée devant la position principale.

Bientôt elle reçoit d’ailleurs, Tordre de cesser ses attaques, car TA. O. arrête ces opérations pour faire face à une contre-offensive bulgare sur ces deux ailes vers Monastir et sur la Strouma.

La 33e B. I. C. lui est enlevée pour être transportée dans la région de Monastir où elle forme une D. I. coloniale provisoire avec la 21e brigade coloniale mixte (général Sicre), récemment venue de France.

Devant l’imminence des attaques auxquelles allait participer cette D. I. entre le lac Presba et le chemin de fer de Monastir, les Bulgares fortement poussés par les Serbes, à l’Ouest du Vardar se replient dans la nuit du 2 au 3 octobre.

Un détachement placé sous les ordres du général Sicre et composé du 35e R. I. C. et de la 114e B. I. est lancé à leur poursuite, mais ne peut les déloger des fortes positions sur lesquelles ils se sont retirés. Une attaque de la D, 1. C. provisoire prononcée le 14 octobre échoue également devant des retranchements couverts par des réseaux de fils de fer laissés intacts par le canon, malgré la vaillance déployée par les troupes (la 33' R. I. C. a 37 officiers et 1.190 hommes hors de combat à elle seule;.

Au cours d’une nouvelle poussée les brigades Sicre (21e B. 1. G.) et Fourcade (33e B. I. C.) attaquent de part et d’autre de la branche Ouest de la Cerna appuyant à l’Ouest l’armée Serbe, qui ellemême attaque avec trois D. I. la boucle de la Cerna.

Un succès important est obtenu, le 20 novembre les brigades débouchent sur le front Biljanik et Novak à hauteur de Monastir. Après la prise de Monastir la progression de l'armée d'Orient se ralentit et s’arrête malgré l’héroïsme des troupes. Sur le front de la D. I. C. provisoire, le 3e R. 1. C. prêté par la 34" B. I. C. relevée du frontde Doiran, tenteen vainle 7 décembrede bousculer l’ennemi. La solidité du nouveau front est telle que le

commandement ajourne de nouvelles attaques.

Pendant l’hiver les troupes coloniales se renforcent, elles comptent en janvier trois D. I. (11e, 16° et 17 D. I. G.) et quelques bataillons indigènes (sénégalais et indochinois).

A la reprise des opérations en mars 1917, la 11' D. I. G. est engagée au Nord-Ouest de Monastir où l’A. O. s’efforce de ravir aux Bulgares les régions d’observatoires qu’ils possèdent sur la vallée, quelques succès couronnent ses efforts.

Au mois de mai pour les opérations dans la région Monastir-boucle de la Cerna, en vue de la rupture du front les trois D. I. G. attaquent, les 16° et 17e D. I. C. renforcées du 42e R. I. C. de la 1 1' D. I. G. dans la boucle de la Cerna, la 21e B. I. G. (11° D. I. G. au Nord-Ouest de Monastir.)

Cette fois encore elles remportent des succès partiels, mais en définitive échouent malgré de gros sacrifices car les moyens d’artillerie sont toujours nettement insuffisants.)

Dans la suite ces attaques coûteuses sont abandonnées et l’armée d’Orient va rassembler les moyens nécessaires et se réorganiser en vue d’obtenir enfin la décision.

Toutefois des opérations à objectifs limités ont lieu en septembre et octobre 1917 dans la région de Pogradec à l’Ouest du lac Presba et sont couronnées de succès ; là encore les troupes coloniales

sont représentées par des unités indigènes (séné' galais et indochinois).

En 1918 l’armée d’Orient hâte ses préparatifs, tout en multipliant sur son front les coups de main pour empêcher l’ennemi de prélever des forces au profit du front occidental, et en été 1918, elle est prête à attaquer.

L’armée serbe reconstituée brûle du désir de libérer sa patrie, mais il lui faut ouvrir sur le front bulgare, la brèche par où elle s’élancera. C’est à 2 D. I. françaises que revient est honneur, la 122CD.T et la 17e D. I. C. Malgré les difficultés inhérentes à la nature du terrain et à la puissance de la défense, ces 2 D. I. remplissent entièrement leur mission, les lo et 1 6 septembre, l’ennemi est culbuté, partout son front cède sous l’effort des assaillants. Les 11e, 16° D. L C. prennent également une large part au succès qui de jour en jour va grandissant jusqu’au moment où les Bulgares sont contraints de capiluler (29 septembre 1918). L’armistice conclu, les troupes exploitent le succès en se portant à marches forcées vers le Danube pour porter leurs efforts contre l’Autriche-Hongrie. Mais bientôt les événements se précipitent, progressivement tous nos ennemis mettent bas les armes et la victoire définitive vient enfin le 1 1 novembre couronner nos brillants soldats.

Pertes des troupes coloniales en France, aux Dardanelles et en Orient.

PERTES NUMERIQUES EN OFFICIERS ( Morts nu champ d'honneur ou disparus définitivement).

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