‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 20 sur 75 · A TRAVERS LE RAPPORT SUR LE BUDGET DES COLONIES · texte numérisé non relu

A TRAVERS LE RAPPORT SUR LE BUDGET DES COLONIES

M. Landry, député, rapporteur du budget des colonies, est un nouveau venu dans le monde colonial. Il y fait une entrée brillante par le rapport qu’il vient de présenter au nom de la Commission du budget (Chambre n" 5447). A celte heure le rapporteur pouvait en effet présenter un tableau d’ensemble du rôle de nos colonies pendant la guerre. M. Landry n’y a pas manqué et c’est ce qui fait l’intérêt spécial de son rapport, bien qu’il ait dû accepter presque à l’improviste et tardivement la charge de l’écrire.

Il rappelle tout d’abord l’histoire de la guerre aux colonies, l’attaque de Bône et de Philippeville le 4 août 1914 par le Gæben et le BresLau, le bombardement de Papeete le 22 septembre, puis notre conquête du Togo et du Cameroun. Plus inédit est ce résumé d’ensemble de l’attitude des indigènes :

L’ennemi avait espéré qu’en cas de guerre, dans notre empire colonial, comme dans l’empire colonial anglais, des révoltes indigènes nous créeraient de sérieuses diflicultés. Des intrigues avaient été préparées, parfois de longue main, en vue de ce résultat. En divers lieux, ces intrigues se sont poursuivies durant la guerre. Elles ont eu très peu de succès. C’est à peine si quelques incidents fâcheux se sont produits.

En Indochine, en novembre 1914, le poste laotien de Samneuafut attaqué par des pirates chinois, qui assassinèrent l’administrateur Lambert. Puis ce fut l’attaque de Sonia. Les Allemands de Chine faisaient passer des armes et de l'argent aux rebelles. Mais, dès le début de 1916, la colonne Friquegnon avait raison de ceux-ci.

La rébellion de Thaïnguyen (août 1917), les incidents de Cochinchine et de Poulo-Condore (1916), les manifestations contemporaines de Kompomchnang au Cambodge, le complot du roid’Annam (mai 1916), que sanctionna la déposition de Duy-Tàn, n’eurent pas de répercussion sensible sur l’ensemble de la population indochinoise, qui demeura fidèle à la France en dé})it des excitations des Allemands et des révolutionuaires annamites de Chine.

De même, en Afrique Occidentale Française, il faut bien enregistrer la propagande active menée en Mauritanie, à l’instigation d’agents allemands, par le dissident El Hiba ; les incidents du Bélédougou et de Dédougou au Haut-Sénégal et Niger ; le siège d’Agadès par les Touaregs, dans le territoire militaire du Niger ;^nfin, au Dahomey, certains troubles parmi les populations fétichistes du Mono. Mais dans l’ensemble, ici comme en Asie, les mouvements, pour graves qu’ils aient pu être momentanément, ont toujours été localisés, et ont toujours été rapidement réduits. Ils n’ont pas empêché le recrutement des tirailleurs, ni porté une atteinte sérieuse au loyalisme indigène.

A Madagascar, l’organisation d’une société secrète politique par quelques jeunes intellectuels ambitieux, découverte dans le dernier mois de 1915, n’a eu aucun effet sur la situation générale.

Parmi nos autres colonies, la seule qui ait connu quelque agitation est la Nouvelle Calédonie. Mais cette agitation, ((ui prit naissance au commencement de 1917, est terminée depuis longtemps, et elle est restée confinée parmi les petites tribus indigènes du massif montagneux du Nord-Ouest de l’île. •

Dans l’ensemble, donc, la population de nos colonies, " pendant toute la durée de la guerre, est demeurée calme et 1 confiante dans les destinées de la mère-patrie. ;

Mais si la guerre proprement dite a peu affecté les colonies, elles ont été pourtant fort troublées au point de vue économique et linancier. Mais « elles ont vécu, et c’était l’essentiel ». Le ralentissement des communications maritimes et des transports a été la cause principale de ce trouble ;

Eu Afri([ue occidentale, en dehors de la raréfaction des relations maritimes et de l’élévation des frets, la mobili- • sation générale, privant les maisons de commerce françaises de la plus grande partie de leur personnel, et le recrutement qui absorba un certain nombre de travailleurs ruraux, eurent pour résultat une diminution sensible de l’activité économique.

Dès 1915, le lléchissement des recettes douanières fut tel que la colonie dut prévoir l'aide delà métropole pour équilibrer son budget. L’Etat consentit une avance de

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