‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 23 sur 75 · I. - LE Ü‘ ZOIWES · texte numérisé non relu

I. - LE Ü‘ ZOIWES

Pan! Pan ! VArbi !

Leu chacals sont par ici!

Les zouaves sont une des troupes les plus représentatives de l’armée française. Il Hotte autour de leur chéchia un esprit de cocarde ([ui plaît au tempérament français. Ils ont une tradition et un esprit de corps très profonds, le recrutement en est choisi et vient de toutes les provinces de France et d’Algérie. Il y a quelque dix ans, leur réputation sembla pâlir pour des raisons bien connues. Au Maroc, et surtout dans la guerre actuelle, les zouaves ont reporté cette réputation à des hauteurs inconnues jusqu’alors. « Us ont décoré leurs drapeaux d’une gloire immortelle. »

Le 27 décembre 1914, un officier belge, blessé devant Lombaertzyde, était apporté sans connais- .sance au poste de secours du 4" bataillon du 8* zouaves. Quand il revint à lui, il demanda :

« Où suis-je ? — En sûreté au milieu des zouaves, répondit le commandant. — Ah ! les zouaves, reprit l’officier belge, ils sont toujours les premiers soldats du monde! »

Parmi les régiments de zouaves, le 8® est au premier rang avec le 4®. A la mobilisation, les quatre bataillons, dont il fut composé, étaient au Maroc. Le l" bataillon (l®® bataillon du l®® zouaves) assurait dans ses postes la tranquillité de la Cliaouia. Le 2® (2® bataillon du 3® zouaves) était à Rabat Au Maroc depuis deux ans, il avait occupé Sati et Mogador, fait entre Mogador et Marrakech les fameuses colonnes de Dar-el-Gadi et de Dar-.\nflous, occupé et organisé Agadir, puis parcouru les plaines brûlées du Tadla. Le 3® (3® bataillon du 2® zouaves) veillait au Maroc oriental, dans la région d’Oudjda. Le 4® (4® bataillon du 3® zouaves) tenailles postes de la vallée du Sebou, face au Maroc espagnol.

La vie de colonnes et de postes, sous la tente, toute d’imprévu et d’alertes, avait aguerri les corps et trempé les âmes. Ces quatre balaillons, fondus au creuset des mêmes souffrances et des mêmes joies, des mômes espoirs indomptables et des mêmes sacrifices, « bronzés au feu de cent batailles d, vont former la plus belle organisation parmi les organisations humaines, « un beau régiment ».

Au Maroc, au contact des Allemands, chacun sentait venir la guerre. A la mobilisation, chacun comprit que la partie décisive se jouerait sur notre frontière du Nord-Est et que c’était là qu’il fallait défendre et conquérir le Maroc. C’est là que furent envoyés les zouaves. Parmi eux, personne ne doutait de la victoire.

Débarqués à Bordeaux et à Cette, du 7 au 15 août, 3 bataillons (1®'', 2® et 4®) forment le régiment de marche du lieutenant-colonel Lévôque, le 3® bataillon faisant partie d’un régiment de marche de tirailleurs. Le 20 août, ils sont dans la région de Mézières-Charleville. Les jours suivant, ils entendent le canon de Charleroi. Le 25, ils franchissent la frontière de Belgique, et, de Sugny, petit village belge, ils voient flamber les villages de la .Meuse el de laSemoy. Ils recueillent

Supplémenl à V Afrique Française de mars-avril 1919.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

le IX* corps el prennent l’arrière-garde. Et la retraite de la Marne commence. Comme les derniers zouaves du 2® bataillon sortaient de Sugny, une religieuse dit au commandant Burkardt qui commandait le 2® bataillon : « Vous partez, commandant? » Il répondit : « Nous reviendrons. » Aujourd’hui les zouaves sont revenus.

La retraite de la Marne.

Les zouaves qui la firent, ne se crurent jamais battus. Certes, ils eurent l’angoisse du sol envahi. A grandes journées ils marchaient vers le Sud. Ils se disaient : « Nous manœuvrons, nous manœuvrerons, s’il le faut, jusqu'à la Seine ou la Loire. » Ils gardèrent intacte leur foi.

Des noms et des dates jalonnent la route de la retraite. Les vrais combats commencèrent le 28 août, au matin. L’arrière garde retarda les têtes de colonnes ennemies à Signy-l’Abbaye. L’après-midi, toute la division marocaine se lança à la contre -attaque dans les plaines de la Fosse-àl’Eau. Les zouaves attaquèrent Domery et les bois au Nord. Les combats furent acharnés. Les pertes furent lourdes. Mais les Allemands reculèrent ou furent cloués au sol, et les zouaves restèrent maîtres du champ de bataille. Le carnet d’un officier allemand, trouvé quelque temps plus tard, disait : « Nous nous sommes battus dans les plaines de la Fosse-à-l’Eau avec les fameuses troupes africaines, zouaves et tirailleurs. Quel sens de la manœuvre ! Comme ils se glissent dans le terrain! et quel mordant dans l’attaque... »

Pourtant, l’ordre de retraite vient. 11 faut cpuvrir l’écoulement des colonnes. Le 29 août, ù,n bataillon de zouaves tient Launoy aussi longtemps qu’il est nécessaire. Et la retraite continue.

Le 30, nouveau coup de boutoir. Les zouaves n’attendent pas l’ennemi, ils l’attaquent, et ce sont les combats acharnés de Novi Bertincourt. Devant les zouaves, les Allemands reculent. Sur la droite, la ligne a cédé, et la retraite continue.

Le 1®® septembre, nouvel arrêt. Les zouaves, déployés sur les hauteurs qui dominent Alincourt, attendent les avant-gardes ennemies, au débouché des bois et les arrêtent net.

Alors, ces missions de contre-attaque et d’arrière-garde remplies, à grandes marches, jusqu’au 6 septembre, la retraite continue par Reims et sa Montagne. Jours sombres, jours d’angoisse pour ceux qui ne savaient pas.

Le 6 septembre, arrive l’ordre fameux : « Le moment n’est plus de regarder en arrière... » Les zouaves sont au Nord des marais de Saint- Gond, et occupent les hauteurs de Joches et de Coizard. La mission est simple : tenir jusqu’au dernier. Dans l'après-midi, le combat s’engage. L’ennemi est arrêté. Mais, vers la gauche, la ligne cède, les zouaves ne sont qu’une mince ligne. Derrière eux, des passages difficiles. Ils sont ramenés aux débouchés sud des marais de Saint-Gond. Leur centre est sur la route qui va de Broussy-le-Petit à Coizard. Une mince ligne

encore, sans réserve derrière, pas beaucoup d’artillerie. La garde prussienne hésite dans les marais.

Le 7, ce sont des combats d’arrière-garde et de reconnaissances. Le 8, les Prussiens attaquent en masses profondes ; ils sont fauchés, et nulle part ils ne peuvent atteindre les tranchées creusées par les zouaves. Mais nos bataillons sont décimés. Des mille combattants que comptait chaque bataillon au départ de Bordeaux, il en reste à peine 200, fatigués, amaigris, mais toujours aussi résolus.

Il faut prendre un peu de champ. Dans la nuit du 8 au 9, les zouaves sont ramenés à la lisière nord des bois d’Allemand. Malgré la fatigue extrême, ils creusent des tranchées. La garde prussienne s’est emparée du château de Mondement. Il ne faut plus qu’elle avance d’un pas. Non seulement, il faut tenir, mais contreattaquer. En liaison avec le 77® d’infanterie, les zouaves attaquent le château de Mondement. Les premières attaques échouent; ils recommencent. Les bonnes nouvelles arrivent. Sur la gauche, Franchet d’Esperey est vers Montmirail. A droite, Foch, prenant.les Allemands de flanc, les a bousculés. Deux 75, amenés à bras, tapent à toute volée dans le château qui est enlevé dans un dernier assaut. Le 10, de Mondement et des bois d’Allemand, les zouaves voient fuir la garde prussienne. C’est la victoire de la Marne !

Aujourd’hui, les Allemands des pays occupés disent : « Depuis la Marne, nous savions que nous serions battus. Mais nous avons tenté la chance comme un joueur malheureux, dans une partie de poker. »

Toute la division fut citée à l’ordre des armées. Comme un mince fil d’acier, elle avait tenu, jusqu’à tension extrême, sans rompre, et Foch a pu dire : « La fortune a voulu que la division marocaine fût là. »

Puis, ce fut la poursuite. Dès le 13 septembre, les zouaves vinrent se heurter contre les positions savamment choisies par l’ennemi en Champagne, au Nord des marais de la Vesle. Malgré leur petit nombre, ils enlèvent Vez, Prunay, Les Marquises. Mais l’artillerie fait défaut et la guerre de tranchées commence.

Les zouaves la mèneront dans les secteurs les plus variés. Partout où apparaît la D. M., l’activité de combat redouble, et la plupart du temps, devant elle apparaît une division de la garde prussienne. Elle ne passe jamais plusieurs semaines sans faire de prisonniers : secteurs de Sillery, de la Pompelle, de Boesinghe, de Saint- Eloi près d’Ypres, de Nieuport ; les secteurs d’Attiche, devant Noyon, route de Paris, qu’il faut garder pendant la grande offensive allemande 1916 sur Verdun, secteur boueux delà Somme devant Villers-Carbonnel, secteur de Lassigny, secteur de Dancourt-Popincourt, devant Roye, (îur secteur de Berry-au-Bac, entre la Miette et l’Aisne, secteur de Beaumont et de Seicheprey, en Lorraine au Nord de Toul, partout les zouaves ont montré leur mordant, faisant

coups de main et reconnaissances, remuant la terres creusant et fortifiant. Travail obscur, ingrat pour lequel il faut une volonté d’airain. Un jour, en Lorraine, le régiment fut relevé par les Américains, qui témoignèrent hautement leur admiration pour le 8® zouaves. Pendant tous ces séjours en secteur, les zouaves du 8® ne perdirent jamais un bout de tranchée.

En octobre 1914, le 8® zouaves prend nettement

palmes, la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire, puis la fourragère rouge, et demain sans doute, la Légion d nonneur viendra couronner son drapeau.

Bien qu’ayant participé, comme'on l’a vu plus haut, à la vie de secteur, le 8® zouaves fut de presque toutes les grandes actions offensives de la guerre, et il pourra inscrire sur la soie de son drapeau : la Marne, Yser, Artois, Champagne,

I.K DKAI'EAU DU ZOÜAVES (Photograpliie prise à l.udwigsliafen.)

sa personnalité, avec ses quatre bataillons, son numéros, et déjà son esprit de corps. En août 1915, il recevra son drapeau. 11 aura trois colonels pendant la guerre : les lieutenants-colonels Modelon, Auroux et Lagarde. Le lieutenant-colonel Mode- Ion lui fera cueillir deux palmes et la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre. Sous le commandement du colonel Lagarde, il conquerra cinq

RCNSBlaNBMINTS COLONIAUI.— N“* 3 et i

Somme, Moronvilliers, Verdun, Soissons, 18 juillet, Chemin des Dames, tous ces noms qui, dans l’histoire de l’avenir, sonneront bien haut.

Yser.

Au Nord de Boesinghe, sur la rive droite de l’Yser, il est un petit bois, appelé bois triangu-

BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE

laire. Depuis dix jours, la division de fer de Nancy menait une lutte sans merci. G’étaient sans cesse attaques et contre-attaques. Le 14 novembre 1914, les zouaves vinrent renforcer le 26® d’infanterie. Le 3® bataillon contre-attaqua dans le bois, avec une telle ardeur et une telle vaillance, que chasseurs à pied et fantassins se mirent à applaudir en criant : « Bravo, bravo, les zouaves! » Le bois fut pris. C’était le temps de la course à la mer. Tant que les zouaves furent là, dans l’eau, la neige, la glace, la boue et le froid, les Allemands n’avancèrent plus d’un pas.

Artois.

U mai — lil juin — 22 juin 1915.

Trois dates célèbres pour le 8* zouaves! Le 9 mai, la victoire le toucha de son aile. Pétain commandait. Les canons sonnaient fort dans l’air clair du matin.. Les zouaves sont en réserve. A dix heures, l’attaque. A onze heures, les tirailleurs sont à la cote 140, A midi, les zouaves sont à la grande route d’Arras. Les renforts allemands arrivent de toutes parts. Ils contrc-attaquent. Les zouaves fauchent ces contre-attaques de leurs feux, puis contre-attaquent eux mêmes au son du clairon. Ils sont très en pointe sur le reste de la ligne, au petit chemin creux, depuis fameux, sous le nom de Chemin des Zouaves, qui va de Souchez à Neuville-Saint-Vaast. Le 11 mai, la bataille reprend. Il faut prendre la cote 140. L’attaque partira du chemin creux à 14 heures. Pris de flanc par des feux de mitrailleuses et de 77 d’une violence inouïe, les zouaves sont fauchés. Mais ils tiendront tant qu'on voudra.

L’attaque de grande percée est reprise le 16 juin. Le 8* zouaves attaque devant Souchez. Les vagues successives s’avancent comme à la manœuvre, balayant tout. Encore une fois les zouaves sont très en pointe sur la cote 119. Ce n’est pas encore l’heure de la grande ruée. L’ennemi dispose de moyens puissants, et les pertes sont lourdes.

Les zouaves sont relevés, les Allemands contreattaquent et reprennent leurs tranchées. Un bataillon est en danger d’étre fait prisonnier. Alerte pour les zouaves. Et le 22 juin, deux compagnies, les 5® et 7®, capitaine Arrestal et capitaine Mugnier, s’élancent, sans préparation d'artillerie, sans un coup de feu. Les tranchées sont reprises et les Allemands faits prisonniers.

Champagne.

25 septembre 1915.

Sera-ce pour cette fois? Les troupes sont nombreuses dans les bois de sapins de la Champagne pouilleuse. La préparation d’artillerie dure trois jours. L’artillerie de tranchée travaille déjà fort. Le 8® zouaves est près du bois Sabot, en face de la bulle de Souain. Les longs boyaux s’allongent dans la craie blanche. Le 23 septembre, à 9 h. 13, sous un ciel brumeux, par une pluie fine.

le 8® zouaves s’élance, 3® bataillon en tête. Il faut tourner le bois Sabot. Une heure après, le bois était à nous avec des prisonniers, des canons, du matériel ! Mais à la hutte de Souain, les Allemands ont une seconde position intacte que l’artillerie n’a pas détruite. Toutes les attaques viennent se briser sur les réseaux de fils de fer. L'ennemi contre-attaque en vain ; les morceaux de France que les zouaves du 8® ont reconquis, ils les gardent.

Somme.

9 juillet — il juillet 1916.

Ba/ieux. — Triste souvenir pour les zouaves du 8® ! Belles occasions perdues ! Souvenirs émus des amis tombés avec une vaillance inégalable. Depuis le l®*" juillet, une série de succès permettait les plus belles espérances. Le 9, il s’agissait de prendre Barleux. Ce fut la tâche du 4® bataillon du 8® zouaves. Ce que l’on peut dire, c’est que la préparation fut insuffisante Les Allemands avaient eu le temps d’amener de gros renforts, de se fortifier et de semer traîtreusement des réseaux de barbelé dans les avoines et les blés. Les zouaves s’élancent avec une bravoure intrépide. Ils sont fauchés dans les fils de fer.

Le H juillet, l’attaque est renouvelée par le 2® bataillon. Même insuffisance de préparation, même insuccès.

Le Mont-Sans-Nom.

17 avril 1911.

Une vraie victoire pour les zouaves. Depuis des mois, le 8® zouaves a travaillé silencieusement avec la volonté acharnée de forcer le succès. En décembre 1916, une attaque était prête devant Villers-Carbonnel. Elle est remise. En mars 1917, une autre attaque était prête deVant Boye. Les Allemands s’en vont. Alors est décidée l’attaque des monts de Moronvilliers. Le 8® zouaves doit enlever le Mont-Sans Nom. La préparation, quoique hâtive, est minutieuse. Le mont se dresse sur la plaine de Champagne, formidablement fortifié. Avant l’opération , les zouaves disaient : « Il faut du culot pour attaquer cela! » Ils aimaient ce « culot ». Et pourtant, en ce tcmps-là, ce n’étaient pas encore les grandesorgues de l'artillerie lourde! L’attaque part à 4 h. 43 par un matin de neige et de boue, dans la lumière indistincte de l’aube. Les trois bataillons sont l’un derrière l’autre. Une heure et demie plus tard, le mont étaienttourné par les manœuvres les plus habiles, la garnison, le matériel, les canons capturés. Les objectifs étaient atteints. On pouvait marcher, mais à droite, à gauche, c’était l’accrochage. Encore une fois, les zouaves étaient en pointe. Naturellement, les contre-attaques vinrent. Le 19 et le 20, elles furent formidables. Trois régiments s’acharnèrent sur les zouaves. Mais les zouaves se souvinrent que le drapeau de leurs anciens n’a jamais reculé. Il est un bois

RENSEIGNEMNTS COLONIAUX

bizarrement noaimé N“ 50, dont les 100® et 101® saxons se souviendront longtemps. Là, pourrit parmi les ramées de pins, la fleur de la jeunesse saxonne.

Le 8® zouaves avait retrouvé sa voie. Désormais ses succès ne s’arrêteront plus.

Verdun.

20 août 1911.

Battre les Allemands sur le terrain choisi par eux-mêmes et conquérir les observatoires nécessaires aux opérations futures, tel est le but. Le 8® zouaves doit enlever le ravin des Caurettes, la crête de l’Oie et le bois des Corbeaux. La préparation est faite de longue main, minutieuse, formidable. L’artillerie lourde donne toute sa puissance. Le 19, au soir, par un beau jour d’été, sous un ciel teinté de rose et de rouge, parmi la poussièi’e des éclatements et les brumes légères qui montent des prairies de la Meuse, c’est un tel ouragan, que dans la tranchée, les zouaves disent : d Avec cela, on peut y aller. »

L’attaque part à 5 heures du matin, dans le brouillard, et malgré les mitrailleuses, trois heures après, les Caurettes, la crête de l’Oie, le bois des Corbeaux, des prisonniers, des minen, des mitrail leuses étaient entre les mains des zouaves. Ils ne s’arrêtent pas. Leurs reconnaissances audacieuses franchissent le ruisseau de Forges, abordent le bois de Forges, détruisent les batteries. Pendant dix jours, ils tiennent le bois des Corbeaux et l’organisent. Ils ne pouvaient donner un coup de pioche sans rencontrer un obus ou un crâne.

L’année la plus formidable de la guerre. Un instant, la balance du destin semble pencher en faveur de l’Allemagne. Mais, dans la tempête, un pilote prit le gouvernail et, d’un coup de barre terrible, il redressa le navire. Désormais, la victoire est sûre et prochaine.

Les zouaves seront aux endroits les plus durs des dernières batailles; cela s’appelle : Villers- Bretonneux, Soissons, 18 juillet, le Chemin des Dames, et le matin même de l’armistice, ils étaient prêts à se lancer dans la bataille qui devait se livrer en Lorraine.

Villers-Bretonneux.

26 avril 1918.

Après leur terrible coup de boutoir du 21 mars, les Allemands veulent s’emparer d’Amiens et couper l’armée britannique de l’armée française. Pour prendre Amiens, il faut être maître du fameux plateau de Villers-Bretonneux. Les Allemands montent une attaque avec des troupes fraîches. Les zouaves ne l’attendent pas, ils attaquent les premiers. L’action va s’engager

dans des conditions difficiles. Le régiment est prévenu le 25 avril à 14 heures. Il faut relever, dans la nuit, des troupes australiennes dont la ligne est flottante. Les reconnaissances faites sous des feux violents, sont pénibles. Toute la nuit se passe à disposer les troupes, une longue nuit de fatigue sans sommeil.

Les bataillons sont l’un derrière l’autre. Il s’agit d’enlever le monument de Villers-Bretonneux. A l’aube, à 5 h. 15, le régiment s’ébranle parmi les blés et les cultures. Les compagnies de tête suivent le barrage roulant, gravissent les pentes, arrivent à la crête, mais ne peuvent déboucher. Les sections de tête perdent 50 0/0 de leur effectif. Pris de face et d’enfilade par des feux de mitrailleuses, ils s’accrochent au terrain^ sans reculer d’une semelle, malgré la violence des feux d’artillerie.

L’après-midi, une nouvelle tentative est faite. Les reconnaissances gagnent une centaine de mètres. Si le Monument n’a pu être atteint, l’opération n’en est pas moins un succès. Elle a prévenu une attaque et désorganisé deux divisions allemandes mélangées, au cours d’une relève.

Le chef d’état-major du corps australien, dont les zouaves avaient, les jours précédents, admiré la froide bravoure et l’indomptable énergie, exprima au colonel, en termes émus, l’admiration de ses troupes pour la magnifique tenue et l’habileté manœuvrière du régiment sous le feu.

Pendant quatre jours, le 8® zouaves organisa le terrain, sous un marmitage en quelque sorte fantastique, puis s’en fut vers un nouveau destin.

Soissons. — La Crise.

Page 1