III. - LE T REGIMENT DE MARCHE
DE TIRAILLEURS ALGERIENS
Avant août 1914, avant le brusque déchaînement du cataclysme, des troupes connaissaient déjà les dangers de la lutte et l’ivresse du succès. Les bataillous de zouaves et de tirailleurs, détachés de leurs dépôts algériens pour effectuer la' conquête du Maroc, faisaient aux groupes dissidents une guerre pénible et parfois meurtrière.
Lorsque après la prise deTaza ils furentsurpris' en plein bled par l’annonce de la mobilisation, leur enthousiasme ne douta pas de la victoire et leur impatience trouva interminables les rapides préparatifs de départ.
On sait le rôle glorieux joué pendant la campagne par celle Division de marche du Maroc qui vit la fourragère rouge attribuée successivement à tous ses régiments et dont la réputation de vaillance s'imposa à I ennemi lui-méme.
Six bataillons de tirailleurs indigènes, venus de tous les coins du Marocet originaires de toutes les provinces de l’Algérie, formèrent, avec un bataillon de zouaves qui les quitta plus tard, la 2® brigade marocaine.
Celte brigade, très éprouvée dès le début de la campagne, se réduisit à un seul régiment de marche de tirailleurs qui reçut, en Belgique, le nom de 7* régiment de marche de tirailleurs.
Bien qu’il appartienne à la Division Marocaine, ce serait une erreur de croire que le 7® tirailleurs de marche renferme des contingents marocains fournis par les anciens tabors. Il ne se confond pas davantage avec le 7® tirailleurs dont le dépôt se trouve à Constantiiie. Toutes les provinces de l’Algérie ont contribué à sa formation et participent à sa gloire. Oranais des 2® et 0®, Algérois du 5®, Gonstanlinois du 7®, Tunisois du 4®, ont combattu sous sou drapeau.
Plus tard, lorsque les pertes imposèrent des recoustitutions su( cessives, il a été formé pardes proportions variables de Constantinois et d’Oranaisqiii, oubliant la vieille rivalité entre Arabes et Berbères, n’ont plus lutté que de vaillance.
Ainsi, avec ses conlingents venus de toutes les régions de l’Afrique du Nord, le 7® de marche se trouve symboliser l’union des qualités guerrières de nos indigènes algériens. Le geste du général de Castelnau lui remettant, premier de tous les régiments indigènes, la glorieuse fourragère rouge, donne à ce symbole une éclatante signification.
La retraite.
Ces troupes, impatientes de lutter et certaines de vaincre, arrivent dans la zone des opérations à la fin de la bataille de Charleroi. Leur moral n'est
‘.Il —
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
pas atteint parle spectacle de la retraite et la division marocaine, à l’extrême arrière-garde, va combattre presque journellement pour retarder l’avance^ennemie.
Le. 24 'août, installés sur les crêtes entre Gons
A RABAT, LE 2ü AOUT 1914, LA l4= COMPAGNIE Dü 7® TIRAILLEURS s’embarque pour la FRANCE
et Aiglement, nos tirailleurs couvrent le repli du 9® corps. Le 26 ils font face à l’ennemi devant Blombay, le 28 dans les plaines de la Fosse à l’Eau ils prennent l’offensive.
En blanc, ceinture et chéchia rouges, leurs officiers en tunique claire, toutes les décorations sur la poitrine, tous confiants dans leur bravoure se ruent vers l’ennemi. Les rafales de mitrailleuses dissimulées dans les javelles éclaircissent leurs rangs sans ralentir l’élan des survivants. Les Allemands sont rejetés à la lisière de la forêt de Froidmont. Bien qu’infiniment plus nombreux, ils sont telle'ment impressionnés par la furie de cette charge qu’ils n’osent poursuivre leur effort et attendent l’arrivée de leur artillerie lourde pour reprendre l’offensive
Malheureusement, la situation générale est telle qu’il faut continuer la retraite, et le repli se poursuit vers le Sud. Le bataillon Mignerot du 2® tirailleurs n’a pas été touché par cet ordre et, ignorant le départ de nos troupes, esclave de la consigne reçue, il continue la lutte invraisemblable d’un bataillon contre un corps d’armée. Lorsqu’il apprend la véritable situation, il réussit à se dégager et à rejoindre le reste du régiment. Ce bataillon, parti de Bordeaux à l’effectif d’un millier d’hommes, n’en comptait plus que 320!
La retraite continue, fréquemment interrompue par des actions d’arrière-garde, et des fractions du régiment prennent une part glorieuse au combat de Berloncourt. *
Le bataillon de Ligny, du 7* tirailleurs, trouve le moyen de s’illustrer avant même d’avoir rejoint le reste de la brigade.
Augmenté de 600 réservistes du 65® B. L, il est chargé de la défense du pont de Refhel.
Sans aucun appui d’artillerie, débordé à droite et à gauche, il tient, pendant 12 heures, tête à l’ennemi. Lorsque, le pont sur l’Aisne étant presque détruit, il faut songer à la retraite, les fractions commandées par les lieutenants Cerfon et
Le Gouvello se font tuer sur place pour couvrir le repli.
Le l®® septembre la division marocaine retarde encore l’ennemi à Alaincourt au passage de la Retourne, puis continue la retraite; enfin le 4 au soir, tandis que les bataillons remontant vers le Nord-Ouest cantonnaient à Broussy-le-Grand, un ordre arrive, surexcitant toutes les énergies. C’est l’ordre de Joffre ordonnantl’offensive delà Marne: « Le moment de regarder en arrière n’est plus. »
La bataille de la Marne.
La Division Marocaine est chargée de défendre la crête dominant au Sud les marais de Saint- Gond entre Allemant et Saint-Prix. Les troupes ennemies, des divisions de la garde, cherchent à déboucher des marais. Les positions que nos troupes occupent constituent le pivot occidental de la 9® armée, la clé de la bataille.
Le 3 septembre au petit |Our les bataillons de tirailleurs garnissent la crête de Mondement, tandis que deux d’entre eux opèrent vers Saint-Prix. Pour arrêter le débouché des troupes allemandes, trois fois nos turcos, dévalant les pentes, se lancent à l’assaut de Beuves et de Saint-Prix. Trois fois ries feux de mitrailleuses et un tir meurtrier des obusiers ennemis les obligent à regagner leurs positions de départ. Us s’accrochent alors à la crête sous un marmitage d’une épouvantable violence.
Le 7 septembre la division continue à maintenir ses positions, mais à droite la situation s’est aggravée; l’ennemi a dépassé Fère-Champenoise et déborde vers le Sud-Est. Si la D. M. fléchit, la manœuvre de Foch est compromise et la vallée de l’Aube s’ouvre à l’ennemi.
Les Allemands le savent; leur artillerie lourde bat la falaise et le 9 septembre, ils engagent le combat décisif.
Les bataillons de la garde massés derrière Saint-Prix se lancent à l’assaut. Notre artillerie divisionnaire veille et le 75 tonne sans arrêt. Sur le front de la brigade l’effort ennemi est brisé et si à notre droite, il parvient à prendre pied dans Mondement, une contre-attaque de nos cama-